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Wallonie-Bruxelles : au-delà de la Belgique ?

Numéro 4 Avril 2008 par Lechat Benoît

avril 2008

L’é­vo­lu­tion que la Bel­gique poli­tique a tra­ver­sée au cours de ces der­niers mois a accé­lé­ré des ten­dances latentes depuis plu­sieurs décen­nies. D’une part, le mou­ve­ment natio­nal fla­mand fait de plus en plus mani­fes­te­ment le choix de la consti­tu­tion d’un État-nation à part entière, tout en occu­pant le cadre de la Bel­gique fédé­rale pour mieux ser­vir cette fin. D’autre […]

L’é­vo­lu­tion que la Bel­gique poli­tique a tra­ver­sée au cours de ces der­niers mois a accé­lé­ré des ten­dances latentes depuis plu­sieurs décen­nies. D’une part, le mou­ve­ment natio­nal fla­mand fait de plus en plus mani­fes­te­ment le choix de la consti­tu­tion d’un État-nation à part entière, tout en occu­pant le cadre de la Bel­gique fédé­rale pour mieux ser­vir cette fin. D’autre part, les fran­co­phones, empê­trés dans une sorte de pro­ces­sus inter­mi­nable de deuil, sem­blaient jus­qu’à pré­sent vivre cette évo­lu­tion sur le mode pas­sif, défen­sif voire réac­tif. Dif­fé­rents signes font espé­rer qu’ils com­mencent à dépas­ser ce posi­tion­ne­ment. L’heure est — enfin ! — au « pro­jet » à consti­tuer, aux « syner­gies » à ins­tau­rer, aux débats à ouvrir, aux réflexions à faire aboutir…

Le conte­nu que ce « pro­jet » pour­rait prendre est très variable, en fonc­tion des inter­lo­cu­teurs et notam­ment du lieu à par­tir duquel ils s’ex­priment. Nous avons invi­té une série d’ob­ser­va­teurs et d’ac­teurs de la réa­li­té wal­lo-bruxel­loise pour ten­ter de voir s’il est pos­sible (et à quelles condi­tions) de défi­nir une ver­sion « posi­tive » de ce pro­jet, c’est-à-dire qui ne soit pas seule­ment une manière de construire une « Bel­gique par sous­trac­tion », d’ap­pli­quer « l’art d’ac­com­mo­der les restes », comme l’a bien dit jadis Jacques Dubois.

L’ob­jec­tif de l’exer­cice auquel nous vou­lons vous convier est éga­le­ment de voir s’il est pos­sible de défi­nir une iden­ti­té ou un pro­jet qui fasse plei­ne­ment droit aux réa­li­tés poli­tiques et démo­cra­tiques régio­nales de la Wal­lo­nie et de Bruxelles, à savoir l’exis­tence de deux Régions dis­tinctes dotées d’ins­ti­tu­tions et de pro­jets poli­tiques propres, même si ceux-ci peuvent se recou­vrir. Il s’a­git éga­le­ment de recon­naître la diver­si­té interne de ces deux Régions, avec, d’une part, les Fla­mands de Bruxelles et les popu­la­tions d’o­ri­gine étran­gère de plus en plus nom­breuses sur le ter­ri­toire de la Région bruxel­loise et, d’autre part, la Com­mu­nau­té ger­ma­no­phone sur le ter­ri­toire de la Région wallonne.

La convic­tion qui nous guide aujourd’­hui est que les Wal­lons et les Bruxel­lois doivent conce­voir leur ave­nir poli­tique sans le sou­mettre au cadre belge actuel et aux rela­tions conflic­tuelles avec la Flandre. Cette vision « auto­nome » est la seule capable d’as­su­rer un ave­nir aux habi­tants des deux Régions voire, par ailleurs, de lais­ser réel­le­ment ouverte la pos­si­bi­li­té d’une Bel­gique refon­dée qui rem­pla­ce­rait le pro­jet d’une Bel­gique fédé­rale à l’é­chec duquel nous sommes en train d’as­sis­ter. Par auto­no­mie, nous enten­dons la capa­ci­té de la Wal­lo­nie et de Bruxelles à se pro­je­ter de manière indé­pen­dante dans le futur tout en étant capables de recon­naître les liens qu’elles peuvent déve­lop­per avec d’autres régions et sin­gu­liè­re­ment la Flandre.

Cette « auto­no­mie » doit notam­ment les ame­ner à pro­gres­si­ve­ment pen­ser leurs poli­tiques « comme si » elles devaient être finan­cées à par­tir des recettes fis­cales que ces Régions génèrent elles-mêmes, ce qui ren­force la néces­si­té d’une réor­ga­ni­sa­tion en pro­fon­deur de leurs ins­ti­tu­tions et la mobi­li­sa­tion des moyens qui seraient ain­si déga­gés pour pré­pa­rer dou­ble­ment l’a­ve­nir : en aug­men­tant l’ef­fi­ca­ci­té et la légi­ti­mi­té des poli­tiques publiques en Wal­lo­nie et à Bruxelles et en pré­pa­rant un éven­tuel ave­nir sans la Flandre.

C’est sur cette base, qui n’est pas à sou­te­nir, mais à « cri­ti­quer », quitte à la décons­truire com­plè­te­ment, que nous avons pro­po­sé aux auteurs qui suivent de répondre à trois ques­tions, tout en leur lais­sant le loi­sir de déve­lop­per un tout autre raisonnement.

1. Que pen­sez-vous du point de vue pro­po­sé d’un pro­jet poli­tique à construire « au-delà de la Bel­gique » ? Si vous n’êtes pas fran­co­phone, quelle serait votre per­cep­tion d’un tel pro­jet, com­ment pour­riez-vous vous y situer et com­ment inter­pré­tez-vous l’é­vo­lu­tion actuelle des fran­co­phones à l’in­té­rieur de la Belgique ?

2. Com­ment conce­vez-vous le déve­lop­pe­ment à venir des rela­tions entre Wal­lons et Bruxel­lois ? Sur quels élé­ments com­muns et sur quelles dif­fé­rences les construire ? Quel devrait être le conte­nu d’un pro­jet poli­tique (au sens fort, par exemple de la créa­tion d’un espace poli­tique struc­tu­ré par des idéaux par­ta­gés) com­mun aux Wal­lons et aux Bruxellois ?

3. Pou­vez-vous iden­ti­fier quelques mesures prio­ri­taires pour aug­men­ter la légi­ti­mi­té et l’ef­fi­ca­ci­té des ins­ti­tu­tions publiques wal­lonnes, bruxel­loises et fran­co­phones, afin de leur per­mettre d’at­teindre une forme d’« auto­no­mie » la plus grande possible ?

Toutes les per­sonnes sol­li­ci­tées n’ont pu répondre. Manquent, par exemple, des éco­no­mistes ou une approche ger­ma­no­phone de ces ques­tions. Les contri­bu­tions qui suivent consti­tuent des inter­ven­tions dans un débat en pleine évo­lu­tion et que La Revue nou­velle conti­nue­ra à nour­rir bien au-delà de ce dossier. 

Lechat Benoît


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