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Vers la coronarécession

Numéro 3 – 2020 - Covid-19 crise crise financière économie économie politique par Xavier Dupret

avril 2020

Un virus a frap­pé la Chine, il y a quelques semaines de cela, et l’économie mon­diale est sur le point de vaciller. L’OCDE a, d’ailleurs, revu récem­ment ses pré­vi­sions de crois­sance à la baisse. Cet accès de sinis­trose n’a plus grand-chose à voir avec la situa­tion en Chine où l’épidémie semble bien mai­tri­sée depuis quelque temps déjà.

Dossier

Le pes­si­misme de l’OCDE se fonde davan­tage sur la pro­pa­ga­tion du coro­na­vi­rus à d’autres par­ties du globe. La situa­tion n’est plus com­plè­te­ment sous contrôle. Le coro­na­vi­rus met à nu de pro­fondes fra­gi­li­tés struc­tu­relles lovées au cœur de nos éco­no­mies. Ces dés­équi­libres peuvent d’ailleurs conduire, comme nous le ver­rons, à une réces­sion géné­ra­li­sée, spé­cia­le­ment si le pic des conta­mi­na­tions n’est pas encore atteint en mai. La chose n’a rien d’improbable. Une étude1 concer­nant la sai­son­na­li­té du Covid-19 semble, en effet, indi­quer que le taux d’humidité et la tem­pé­ra­ture sai­son­nière influe­raient peu sur la pro­pa­ga­tion du virus.

Le choc de l’offre ?

Il est, certes, encore trop tôt pour pro­duire une ana­lyse pré­vi­sion­nelle de ce en quoi pour­raient consis­ter, dans le détail, les effets éco­no­miques à long terme de l’épidémie de coro­na­vi­rus. La chose ne doit tou­te­fois pas empê­cher de prendre quelques risques cal­cu­lés. On repè­re­ra, pour com­men­cer, que du côté du récit domi­nant, l’appréhension de l’impact du coro­na­vi­rus se pose prin­ci­pa­le­ment en termes de choc de l’offre. Le cœur du rai­son­ne­ment est le sui­vant : « Contrai­re­ment aux réces­sions tirées prin­ci­pa­le­ment par un défi­cit de la demande, le défi posé par un ralen­tis­se­ment du côté de l’offre est qu’il peut entrai­ner une forte baisse de la pro­duc­tion et des gou­lets d’étranglement géné­ra­li­sés. Dans ce cas, des pénu­ries géné­ra­li­sées, ce que cer­tains pays n’ont pas vu depuis les files d’attente des sta­tions d’essence des années 1970, pour­raient en fin de compte faire mon­ter l’inflation, et non la réduire2. »

Un épi­sode « stag­fla­tion­niste » (c’est-à-dire une com­bi­nai­son de réces­sion et d’inflation) serait donc à nos portes. On retrouve une argu­men­ta­tion simi­laire dans le chef des par­ti­sans de la relo­ca­li­sa­tion de pans entiers d’industrie stra­té­gique en Europe3. Dans l’hypothèse d’une impor­tante vague de rapa­trie­ments de seg­ments des chaines de valeur en Europe, les entre­prises connai­tront une hausse de leurs couts de pro­duc­tion qu’elles réper­cu­te­ront sur leurs prix de vente. Cette ana­lyse entend poser un bémol à cette pré­sen­ta­tion des choses. Pour qu’une vague d’inflation, com­pa­rable à celle des années 1970, puisse se mani­fes­ter dans nos pays, il faut qu’un conflit de répar­ti­tion apparaisse.

Un conflit de répar­ti­tion désigne un méca­nisme par lequel les entre­prises aug­mentent leurs prix afin de faire face à une hausse de leurs couts et ain­si main­te­nir leur taux de pro­fit. La vague d’inflation nait de la réac­tion du col­lec­tif des tra­vailleurs obte­nant que leurs salaires reflètent à la fois l’évolution des prix à la consom­ma­tion et celle des gains de pro­duc­ti­vi­té. Par consé­quent, les couts de fabri­ca­tion aug­mentent et les employeurs sont alors inci­tés à aug­men­ter en retour les prix afin de main­te­nir leurs marges. La boule de neige de l’autoalimentation de la hausse des prix se forme alors. C’est ce qui s’est pro­duit en Europe au cours des années 1970. C’est alors que « les deux chocs pétro­liers de 1973 et 1978 se sont gref­fés sur les pres­sions infla­tion­nistes du conflit de répar­ti­tion interne aux pays occi­den­taux pour pro­vo­quer une dérive infla­tion­niste mon­diale4 ».

Depuis, les choses ont bien chan­gé. « Dans la seconde moi­tié des années 1970 et sur­tout dans les années 1980, l’élargissement de la force de tra­vail mon­diale a dété­rio­ré, puis fait com­plè­te­ment écla­ter la négo­cia­tion col­lec­tive des salaires. Avec l’individualisation des salaires, le pou­voir s’est défi­ni­ti­ve­ment dépla­cé du côté des employeurs5. »

On connait la suite. Le rétré­cis­se­ment de la part des salaires, sous nos cieux, a déjà été très lar­ge­ment com­men­té. Pour­tant, on n’insistera pas assez sur le fait que jamais la part attri­buée aux sala­riés n’a été aus­si basse dans les pays membres de l’OCDE depuis soixante ans. En 1980, la part des salaires était de 65% en Alle­magne contre 57% en 2014. En France, on signale la même ten­dance avec une perte, entre 1980 et 2014, de plus de 9 points de pour­cen­tage en ce qui concerne la part des salaires. En 1980, les sala­riés de l’Hexagone se par­ta­geaient 67,3% du PIB. En 2014, ils n’en per­ce­vaient plus que 58,1%. En résu­mé, et cela aide­ra à situer la Bel­gique dans cette bat­te­rie de chiffres, la part des salaires rap­por­tée au PIB de l’Union euro­péenne (limi­tée à quinze États membres) accuse une baisse ver­ti­gi­neuse, pas­sant de 67 à 56,8% du PIB6. Pour toutes les zones concer­nées, les niveaux atteints au milieu des années 2010 marquent le plus bas depuis 1960.

Dans ces condi­tions, on com­pren­dra mieux qu’une aug­men­ta­tion des prix de cer­taines mar­chan­dises ne condui­ra pas néces­sai­re­ment à un sur­croit d’inflation, c’est-à-dire une ten­ta­tive de recon­quête de la perte de pou­voir d’achat subie, mais plu­tôt à une baisse de la consom­ma­tion. Les méca­nismes d’action col­lec­tive, sus­cep­tibles de conduire au chas­sé-croi­sé pré­cé­dem­ment décrit entre les pro­fits et les salaires, ont été pro­fon­dé­ment mis hors-jeu au cours des der­nières décen­nies. En France, par exemple, l’augmentation des salaires réels a chu­té, pas­sant de 2,5% pour la décen­nie 1972 – 1982 à 0,7% entre 1983 et 20027. En Bel­gique, la pro­gres­sion des salaires est à l’arrêt depuis 2008. En fili­grane de cette invo­lu­tion, il faut cher­cher l’explication par le chô­mage de masse qui a for­te­ment limi­té les pos­si­bi­li­tés de reven­di­ca­tion sala­riale du côté du fac­teur tra­vail. « Cette modé­ra­tion […] s’explique éga­le­ment par les poli­tiques mises en œuvre par l’État (dés­in­dexa­tion des salaires, moindres reva­lo­ri­sa­tions du Smic, décen­tra­li­sa­tion des négo­cia­tions, allè­ge­ments de coti­sa­tions patro­nales, dis­po­si­tifs de par­ti­ci­pa­tion et d’intéressement favo­ri­sant l’individualisation des salaires, etc.) […]. La modé­ra­tion sala­riale consti­tue d’abord un des piliers de la poli­tique dés­in­fla­tion­niste. Elle a per­mis de rompre la spi­rale infla­tion­niste au début des années 19808. »

Il faut donc tout l’aveuglement idéo­lo­gique de l’école néo­clas­sique pour ne pas voir cette don­née et en appré­hen­der l’influence sur la for­ma­tion des prix. Le chô­mage de masse qui per­dure dans nos pays depuis plus de trente ans empêche donc une autoa­li­men­ta­tion de l’inflation par la reven­di­ca­tion sala­riale et la conflic­tua­li­té sociale. En clair, si des gou­lets d’étranglement se mani­festent à l’avenir sur cer­taines chaines de valeur, la demande sera éga­le­ment affec­tée. L’effet sur les prix sera donc clai­re­ment plus défla­tion­niste qu’inflationniste. Le gou­ver­neur de la Banque de France ne disait pas autre chose, le lun­di 2 mars 2020 : « Plus cet effet sur l’offre se pro­longe, plus ça devient aus­si un effet sur la demande. […]. Aujourd’hui, du côté de la demande, c’est limi­té à cer­tains sec­teurs […]. Ce n’est pas encore un frei­nage géné­ra­li­sé de la consom­ma­tion9. » Ces lignes datent de début mars, une éter­ni­té par les temps qui courent. Vu les mesures de confi­ne­ment qui se géné­ra­lisent en Europe, pour l’heure, on peut, en effet, s’attendre à une chute impor­tante de la consom­ma­tion chez nous.

Ce contexte n’est guère de nature à favo­ri­ser une reprise de l’inflation qui ne serait, par ailleurs, pas mal­ve­nue vu le niveau d’endettement de nos éco­no­mies. Avec des taux d’intérêt réels néga­tifs, les acteurs se désen­dettent méca­ni­que­ment. Hélas, deux fac­teurs plaident en faveur d’un scé­na­rio davan­tage défla­tion­niste qu’inflationniste pour l’avenir immé­diat. On com­men­ce­ra par poin­ter l’évolution des cours du pétrole. Depuis le 4 jan­vier 2020, le baril de Brent n’a ces­sé de bais­ser sur les mar­chés. Il est, en deux mois, pas­sé de 65 à 34,97 dol­lars (valeur consta­tée le 13 mars 2020). Il s’agit là d’une baisse de plus de 47% depuis le début de l’année. Or, le pétrole conti­nue à consti­tuer un élé­ment cen­tral de nos éco­no­mies. La plu­part des pro­duits que nous uti­li­sons au quo­ti­dien ont été asso­ciés au pétrole brut au cours de leur pro­ces­sus de fabri­ca­tion et/ou pour leur trans­port. Il n’est rien jusqu’à l’agriculture qui ne dépende du pétrole à tra­vers l’utilisation de pes­ti­cides et d’engrais. En tout état de cause, un intrant essen­tiel de nos éco­no­mies voit son prix bais­ser de façon par­ti­cu­liè­re­ment vigou­reuse. Cette ten­dance n’augure guère d’un redé­mar­rage de l’inflation. La situa­tion était d’ailleurs à ce point pré­oc­cu­pante pour l’OPEP qu’elle a déci­dé de réduire sa pro­duc­tion de 1,5 mil­lion de barils par jour au début de ce mois. La chose n’a tou­te­fois pas per­mis d’enrayer la chute des cours du brut10. Le krach du pétrole s’est, ensuite, confir­mé le 9 mars alors que la Rus­sie et l’Arabie saou­dite entraient dans un nou­vel épi­sode de confron­ta­tion11.

L’automobile consti­tue éga­le­ment un autre sec­teur qui condi­tionne néga­ti­ve­ment l’évolution de l’inflation chez nous à court et moyen terme. Pour l’heure, les ventes de voi­ture en Chine et en Europe accusent le coup. « Les imma­tri­cu­la­tions de voi­tures neuves ont recu­lé en Alle­magne de 11% en février, et les com­mandes de 19%. Le pre­mier mar­ché euro­péen subit les pre­miers effets de l’épidémie de Covid-19 et “il est très pro­bable que nous assis­tions encore à une baisse à deux chiffres […] au cours des pro­chains mois”, a com­men­té Peter Fuss, ana­lyste du cabi­net d’audit et de conseil EY12. »

On rap­pel­le­ra que le sec­teur auto­mo­bile consti­tue éga­le­ment un pilier impor­tant de l’économie euro­péenne. En 2015, l’automobile repré­sen­tait 10% des expor­ta­tions de l’UE et 6% de la valeur ajou­tée (8% dans l’est de l’Union), c’est-à-dire plus que l’industrie phar­ma­ceu­tique. La fabri­ca­tion auto­mo­bile occu­pait, à cette même époque, 3% de la main‑d’œuvre euro­péenne. Les ventes à l’étranger de véhi­cules fabri­qués en Europe repré­sen­taient 10% des recettes d’exportation du Vieux Conti­nent13. L’économie prin­ci­pale de l’Europe (en l’espèce, l’Allemagne) dépend tout par­ti­cu­liè­re­ment de l’automobile pour son com­merce exté­rieur. En 2017, les voi­tures et les pièces de rechange auto­mo­biles consti­tuaient le pre­mier poste d’exportation de la patrie de Goethe (16,8% des recettes d’exportation)14. On com­prend mieux, dans ces cir­cons­tances, pour­quoi le patro­nat alle­mand redoute la réces­sion la plus longue du sec­teur manu­fac­tu­rier outre-Rhin depuis la réuni­fi­ca­tion15. Avec deux com­po­santes à ce point majeures de nos éco­no­mies en pos­ture aus­si déli­cate, on ne peut que se mon­trer scep­tique devant les pro­nos­tics de reprise de l’inflation.

Pour savoir si le pes­si­misme est de rigueur, on se réfè­re­ra uti­le­ment aux dif­fé­rentes pro­jec­tions de l’OCDE du début du mois concer­nant la crois­sance mon­diale16. À l’époque, l’OCDE esti­mait que si le phé­no­mène de conta­gion obser­vé en Chine devait se repro­duire à l’identique en Amé­rique du Nord et en Europe, la crois­sance mon­diale serait de 1,5% pour toute l’année 2020, soit un niveau infé­rieur à l’année 2008. Dans ce cas de figure, cer­taines éco­no­mies de la zone euro, dont le taux de crois­sance était déjà faible avant l’apparition du coro­na­vi­rus, entre­ront en réces­sion. Il n’est, d’ailleurs, aucu­ne­ment exclu que ce scé­na­rio ne s’étende pas à d’autres par­ties du globe dans un ave­nir proche.

En effet, puisque le coro­na­vi­rus a tou­ché les États-Unis, il aura tout le loi­sir, dans les mois à venir, de faire plus ample connais­sance avec les quelque 27,5 mil­lions d’Américains (8,5% de la popu­la­tion17) qui ne béné­fi­cient d’aucune cou­ver­ture de soins de san­té depuis la répu­dia­tion de l’Obamacare par l’administration Trump. C’est ici que les choses pour­raient se gâter sérieu­se­ment, au-delà, d’ailleurs, des pré­vi­sions les plus sombres de l’OCDE.

Certes, et c’est bien pour cela que le Dow Jones est remon­té le ven­dre­di 13 mars, un plan de crise a fini par émer­ger des négo­cia­tions entre Démo­crates et Répu­bli­cains qui se par­tagent, aujourd’hui, le Congrès. Les inves­tis­seurs sont ras­su­rés car ils sentent qu’il y a une forme de pilo­tage de la crise aux États-Unis. Par contraste, les décla­ra­tions de Donald Trump du 10 mars n’avaient, en revanche, fait qu’ajouter de la confu­sion à la confu­sion, notam­ment en pro­po­sant de nou­velles réduc­tions d’impôts non ciblées. Ce pro­jet avait cabré le Congrès entrai­nant, au pas­sage, un jeu­di noir à Wall Street qui, entre le 11 et le 12 mars 2020, a per­du près de 15 points18. Depuis, les pour­par­lers bipar­ti­sans ont mis la Mai­son Blanche sur la touche. Cet état de choses a per­mis d’atteindre un accord qui vise à don­ner les moyens du choix du confi­ne­ment aux tra­vailleurs ayant contrac­té le coro­na­vi­rus en leur garan­tis­sant deux semaines de congé de mala­die payé et jusqu’à trois mois de congé rému­né­ré en cas d’hospitalisation de longue durée. Les tra­vailleurs concer­nés gar­de­ront les deux-tiers de leur salaire. Mais ces dis­po­si­tions ne s’appliquent qu’aux employés des entre­prises de moins de cinq-cents employés. Les grandes entre­prises sont exclues de ce dis­po­si­tif. De plus, le dépar­te­ment du Tra­vail aura la pos­si­bi­li­té d’exempter les tra­vailleurs de toute entre­prise de moins de cin­quante sala­riés19.

La lutte contre la pro­pa­ga­tion du coro­na­vi­rus en pâti­ra natu­rel­le­ment, tout comme le moral des consom­ma­teurs. De sur­croit, le finan­ce­ment fédé­ral, soit 70% des bud­gets des mille-quatre-cents centres de san­té à but non lucra­tif qui des­servent envi­ron 29 mil­lions d’Américains à faible reve­nu, pren­dra fin en mai20. Si le pic de coro­na­vi­rus n’est pas atteint à ce moment, la pres­sion à la baisse sur la crois­sance amé­ri­caine n’en sera que plus aigüe. En effet, un dis­po­si­tif de pre­mière ligne cen­sé venir en aide à la frange des tra­vailleurs ne béné­fi­ciant pas d’assurance-maladie (et, donc, les plus sus­cep­tibles de ne pas soi­gner leur Covid-19) sera mis hors ser­vice. On ima­gine les résul­tats sur le taux de conta­mi­na­tion outre-Atlan­tique et par­tant, le pes­si­misme gran­dis­sant des ménages.

Effets en série

Jusqu’à pré­sent, les ana­lyses tablaient sur une reprise pro­gres­sive de l’économie mon­diale à par­tir de mai, c’est-à-dire au moment où le pic de l’épidémie sera pas­sé. Peut-être pour­rons-nous alors oublier (tem­po­rai­re­ment?) le SARS-CoV‑2. Cepen­dant, il aura, entre­temps, déjà mis à nu les fra­gi­li­tés de l’économie mon­diale. Le coro­na­vi­rus fonc­tionne, en défi­ni­tive, comme l’étincelle qui pour­rait mettre le feu à la plaine. L’économie mon­diale se carac­té­rise, en effet, par un ensemble de tares struc­tu­relles qu’une dimi­nu­tion de l’inflation (déjà faible, au demeu­rant, par les temps qui courent) est sus­cep­tible d’aggraver.

Les poli­tiques moné­taires accom­mo­dantes adop­tées par les banques cen­trales dans la fou­lée de la crise de 2008 ont eu pour effet de géné­ra­li­ser des taux d’intérêt nuls voire néga­tifs21. Ce fai­sant, il s’est ins­tal­lé un cli­mat d’encouragement à l’imprudence sur les mar­chés. La fai­blesse des taux d’intérêt a inci­té les inves­tis­seurs à prendre incon­si­dé­ré­ment des risques pour déga­ger des pro­fits. Et puisque les titres obli­ga­taires (spé­cia­le­ment, les obli­ga­tions publiques) se carac­té­risent par de faibles ren­de­ments, des bulles se sont alors for­mées sur les mar­chés des actions.

En outre, l’activité des mar­chés finan­ciers se greffe comme un sys­tème de ponc­tions pré­le­vées sur l’économie dite réelle, celle qui fabrique des mar­chan­dises. Dès lors que les chaines de valeur sont blo­quées à par­tir de la Chine, une série de cor­rec­tions sur les mar­chés s’avère inévi­table. Pour qu’un finan­cier puisse valo­ri­ser son capi­tal à Wall Street ou à la City de Londres, il faut impé­ra­ti­ve­ment qu’un ouvrier chi­nois se trouve au tra­vail der­rière une ligne de pro­duc­tion pour fabri­quer le nou­veau télé­phone d’Apple ou les vête­ments qui seront mis en vente aux quatre coins de l’Europe par la firme irlan­daise Pri­mark. La mise en valeur du capi­tal finan­cier au Nord s’effectue par l’extraction de valeur ajou­tée pro­duite au Sud. C’est ain­si que chez nous, « les pro­fits domes­tiques ne pro­viennent pas seule­ment des opé­ra­tions domes­tiques, mais aus­si, en par­tie, du contrôle des réseaux pro­duc­tifs inter­na­tio­naux22 ».

Le ralen­tis­se­ment des chaines de pro­duc­tion en Chine prive donc de reve­nus les mar­chés finan­ciers du Nord alors que les acteurs pri­vés y sont lour­de­ment endet­tés. « La dette mon­diale a atteint un nou­veau som­met his­to­rique de 164.000 mil­liards de dol­lars en 2016, soit l’équivalent de 225% du PIB mon­dial. […]. La dette de 164.000 mil­liards de dol­lars est impu­table à 63% au sec­teur pri­vé non finan­cier et à 37% au sec­teur public. La dette mon­diale porte dans une très large mesure la signa­ture des pays avan­cés23. »

Depuis, la ten­dance n’a pas été à la baisse, bien au contraire. « La dette mon­diale, publique comme pri­vée, se situe à un niveau record. Elle était de 184.000 mil­liards de dol­lars à la fin 2017, ce qui équi­vaut à 225% du PIB mon­dial24. » Au total, on retrouve, sur les mar­chés, 75.000 mil­liards de dettes pri­vées consi­dé­rées comme risquées.

Une dimi­nu­tion de l’inflation fera méca­ni­que­ment croitre le poids rela­tif de l’endettement de ces acteurs. Si l’on couple à ce phé­no­mène une perte de reve­nus inhé­rente à la chute dras­tique de la crois­sance mon­diale, on obtient alors un cock­tail déto­nant pou­vant débou­cher sur des faillites reten­tis­santes de grands groupes. Ces faillites avaient déjà été anti­ci­pées, en rai­son du ralen­tis­se­ment éco­no­mique mon­dial, par Joseph Sti­glitz à l’automne der­nier25. L’aggravation des don­nées rela­tives à la crois­sance mon­diale ren­force, au pas­sage, la plau­si­bi­li­té de ce scénario.

Voi­là qui explique pour­quoi les banques sont, à leur tour, conta­mi­nées par le coro­na­vi­rus puisque les reve­nus qu’elles tirent des mar­chés finan­ciers sont en berne. Pour les pro­fes­sion­nels du sec­teur, il est clair que si les pers­pec­tives éco­no­miques se dété­riorent, la nota­tion des banques va souf­frir. En effet, la qua­li­té des actifs (c’est-à-dire dans une grande mesure, les cré­dits consen­tis à des canards boi­teux) va inévi­ta­ble­ment conduire à une dégra­da­tion de la nota­tion des éta­blis­se­ments ban­caires26. À ce moment, une contrac­tion du cré­dit inter­ban­caire se pro­dui­ra. Les banques ne se feront plus confiance et ne se prê­te­ront plus d’argent. La crise de liqui­di­té se trans­for­me­ra alors pro­gres­si­ve­ment en crise de solvabilité.

L’activité éco­no­mique s’en res­sen­ti­ra inévi­ta­ble­ment. Les faillites se mul­ti­plie­ront et les banques auront alors toutes les rai­sons de se méfier les unes des autres, entrai­nant les éco­no­mies occi­den­tales dans une spi­rale clai­re­ment réces­sive. Si l’expansion de l’épidémie de coro­na­vi­rus se pour­suit sans don­ner l’impression de pou­voir être mai­tri­sée avant la fin avril ou le début mai, l’heure sera à la des­truc­tion de capi­tal, sur­tout si le retour à la nor­male prend quelques mois de plus en Chine (un mil­liard d’habitants pour un ter­ri­toire immense, tout de même). Une crois­sance du PIB de 1,5%, comme évo­qué pré­cé­dem­ment, est trop faible et pré­pare de bien déso­lants len­de­mains. On peut, en effet, esti­mer que l’économie mon­diale, avec un taux de crois­sance de 2,5%, ne dis­pose plus d’un mate­las de richesses suf­fi­sant pour absor­ber des chocs27. Le filet de sécu­ri­té de l’économie mon­diale, à l’heure où ces lignes étaient écrites, se rétré­cis­sait donc d’heure en heure.

Un cer­tain nombre de faits posent, d’ores et déjà, ques­tion et tendent à démon­trer que la « coro­na­ré­ces­sion » est de nature à s’auto-entretenir. Les ten­sions repé­rables du côté de l’offre sous forme de gou­lets d’étranglement sur les chaines de valeur se tra­duisent sur les grands mar­chés de consom­ma­tion du Nord, sou­mis depuis des décen­nies à un pro­cès de défla­tion sala­riale, par une réduc­tion de la demande. En outre, les consom­ma­teurs des éco­no­mies du Nord broient du noir, sur fond de pro­pa­ga­tion du coro­na­vi­rus. Faute de demande exté­rieure, la chaine de pro­duc­tion ne redé­mar­re­ra pas de sitôt à plein régime en Chine. Les mar­chés de valeurs en Occi­dent ne dis­po­se­ront alors plus de la base maté­rielle à par­tir de laquelle ponc­tion­ner la valeur ajou­tée. Les dettes dou­teuses des acteurs pri­vés pren­dront de plus en plus de relief au sein des bilans ban­caires en Europe et en Amé­rique du Nord. Et la cir­cu­la­tion du cré­dit en sera pro­fon­dé­ment affec­tée avec l’effet dépri­mant que l’on ima­gine sur l’activité économique.

On peut tou­jours tabler sur un pro­gramme de relance en Chine, mais il sera prin­ci­pa­le­ment orien­té vers le mar­ché inté­rieur chi­nois. Sans doute sou­la­ge­ra-t-il quelque peu les acti­vi­tés de nos mul­ti­na­tio­nales sur place, mais le sou­ci des auto­ri­tés chi­noises sera, somme toute légi­ti­me­ment, d’éviter de gros sou­cis à leurs cham­pions natio­naux en acti­vant la consom­ma­tion locale. Le retour pour nos mar­chés finan­ciers sera qua­si­ment nul puisque l’accès des banques occi­den­tales à l’épargne chi­noise, dont les fabu­leuses réserves de change du pays (3.000 mil­liards de dol­lars), est des plus limi­tés. À ce stade de la mala­die, le centre névral­gique de l’accumulation de capi­tal en Occi­dent sera pro­fon­dé­ment grippé.

On note­ra que, para­doxa­le­ment, c’est la Chine, le pays ini­tia­le­ment le plus affec­té par le coro­na­vi­rus, qui dis­pose des meilleures cartes pour sau­ver son éco­no­mie natio­nale. L’Empire du Milieu a, en effet, accu­mu­lé des liqui­di­tés qui lui per­met­tront de sou­te­nir ses banques et son sec­teur pri­vé dans les mois à venir.

Pen­dant ce temps, l’Occident vivra vrai­sem­bla­ble­ment un épi­sode de des­truc­tion de capi­tal. Ce der­nier doit s’appréhender selon la vision mar­xienne de « baisse rui­neuse du prix des mar­chan­dises » (c’est de cela dont on parle quand on évoque une situa­tion de défla­tion) résul­tant de « la dépré­cia­tion de masses de valeur qui les empêchent de renou­ve­ler leur pro­ces­sus de repro­duc­tion en tant que capi­tal à la même échelle28 ».

Nous n’en sommes, pour l’instant, pas (encore?) là. C’est que, paraît-il, nos banques cen­trales veillent.

Les banques centrales et nous

La gâchette de la baisse des taux d’intérêt a déjà été action­née au début de ce mois par la Fed, avec les résul­tats par­ti­cu­liè­re­ment médiocres que l’on connait29. Sou­ve­nons-nous. Dans l’urgence, la Fed a mon­tré les dents en bais­sant de 0,5 point de pour­cen­tage son taux direc­teur. Cette réduc­tion du loyer de l’argent, puisqu’elle avait pour but de décou­ra­ger l’épargne et, à contra­rio, encou­ra­ger l’investissement et la consom­ma­tion, était sup­po­sée redon­ner du tonus à Wall Street. Cet évè­ne­ment peut être qua­li­fié d’historique. La der­nière inter­ven­tion de ce type de la part de la Fed remonte à décembre 2008 alors que le sys­tème finan­cier glo­bal était mena­cé d’implosion. En tout état de cause, la Fed n’a pas convain­cu les mar­chés. Wall Street a ter­mi­né la pre­mière semaine de mars en baisse et a conti­nué la seconde au bord de l’abime. Les réper­cus­sions sur la consom­ma­tion outre-Atlan­tique, si cette ten­dance se pour­suit, seront dramatiques.

Aux États-Unis, les ménages, vu la fai­blesse des méca­nismes publics de pro­tec­tion contre la pau­vre­té, sont davan­tage dépen­dants de leur patri­moine pla­cé en Bourse, que ce soit pour le finan­ce­ment de leur retraite ou de leurs périodes d’inactivité. Si leur por­te­feuille accuse le coup, leur consom­ma­tion en sera affec­tée. De plus, la baisse des cours entrai­ne­ra une dimi­nu­tion de la capi­ta­li­sa­tion des grandes socié­tés cotées. Pour les moins sol­vables d’entre elles, comme nous l’avons déjà vu, il se pro­dui­ra une vague de faillites. Celles qui échap­pe­ront à cette vague de des­truc­tion de capi­tal ne seront pas néces­sai­re­ment mieux loties. En effet, leur faible niveau de capi­ta­li­sa­tion les condui­ra à revoir à la baisse leurs inves­tis­se­ments. On peut éga­le­ment s’interroger sur la vali­di­té d’une relance par la baisse des taux en ce qui concerne l’Europe. Le taux de refi­nan­ce­ment de la Banque cen­trale euro­péenne (BCE), c’est-à-dire l’intérêt dont doivent s’acquitter les banques du Vieux Conti­nent en cas d’emprunt de la BCE, est nul depuis bien­tôt quatre ans. En véri­té, l’action atten­due par les mar­chés finan­ciers cor­res­pond à un impé­ra­tif de sur­vie d’une tout autre nature. Cer­tains éta­blis­se­ments finan­ciers sont, en effet, mena­cés d’asphyxie. Il leur convient, dès lors, que les banques cen­trales se lancent à nou­veau dans des opé­ra­tions de rachat d’obligations (dites opé­ra­tions de quan­ti­ta­tive easing) et réin­jectent, par là même, de la liqui­di­té dans les rouages de la cir­cu­la­tion monétaire.

Cela dit, on peut dou­ter qu’un retour des pro­grammes de quan­ti­ta­tive easing suf­fise à cal­mer les mar­chés. En effet, le cœur pro­duc­tif de l’accumulation a été tou­ché. Lorsque l’épisode de SRAS a frap­pé en 2003, la part de la Chine dans le PIB mon­dial était de 4%, soit quatre fois moins qu’aujourd’hui. Autre­ment dit, l’augmentation de la richesse per capi­ta en Chine et dans les émer­gents rend les pays membres de l’OCDE davan­tage vul­né­rables à l’égard de catas­trophes sani­taires qu’ils ne contrôlent pas. Il est dif­fi­cile d’imaginer un trai­te­ment moné­taire pour ce type d’angoisse hau­te­ment existentielle.

Bien sûr, on pour­ra tou­jours cher­cher quelque récon­fort en se pro­je­tant dans un ave­nir mar­qué par un mou­ve­ment de relo­ca­li­sa­tions chez nous. Cepen­dant, gare, en la matière, aux illu­sions. En effet, si des acti­vi­tés sont rame­nées en Europe, ce sera à la condi­tion de main­te­nir un sous-emploi et une armée de réserve indus­trielle com­pa­tibles avec la pres­sion à la baisse sur les salaires. Ce mou­ve­ment de relo­ca­li­sa­tions sera donc accom­pa­gné d’une modi­fi­ca­tion des pro­cès de pro­duc­tion qui seront davan­tage inten­sifs en capi­tal au détri­ment de l’emploi. Au pas­sage, ce type de stra­té­gies cor­res­pond à un fac­teur de dégra­da­tion des taux de pro­fit, à savoir l’alourdissement de la com­po­si­tion orga­nique du capi­tal. Cette der­nière désigne la rela­tion entre le capi­tal constant (c’est-à-dire les machines, les moyens de pro­duc­tion et les matières pre­mières) au numé­ra­teur et le capi­tal variable (les salaires) au déno­mi­na­teur. Un alour­dis­se­ment de la com­po­si­tion du capi­tal se pro­duit lorsque « les gains de pro­duc­ti­vi­té ne peuvent plus com­pen­ser les dépenses consen­ties pour l’achat d’un nombre accru de moyens de pro­duc­tion30 ». Des don­nées conjonc­tu­relles assez basiques per­mettent d’augurer de ce type d’évolution pour les éco­no­mies occi­den­tales. C’est ain­si que le taux de pro­fit des socié­tés non finan­cières amé­ri­caines connait un mou­ve­ment de baisse régu­lière depuis 2016. Aujourd’hui, les entre­prises amé­ri­caines réa­lisent 11 cents de béné­fices pour chaque dol­lar de valeur ajou­tée, soit le même niveau qu’au pre­mier tri­mestre 2008 alors que l’économie des États-Unis s’acheminait vers les len­de­mains glo­rieux que l’on connait31.

La chute des taux de pro­fit cou­plée à des relo­ca­li­sa­tions cou­teuses en capi­tal ne per­met­tra pas d’éviter des faillites en série. Et les banques cen­trales ne pour­ront rien contre cette ten­dance. En effet, l’action des ban­quiers cen­traux est de nature indi­recte. Leur métier est de four­nir des liqui­di­tés aux éta­blis­se­ments de cré­dit qui accordent des prêts aux entre­prises. Elles ne ciblent, en revanche, pas spé­ci­fi­que­ment des firmes en situa­tion de ban­que­route. La réponse la plus adé­quate à ce type de situa­tions repose sur la voie bud­gé­taire lorsque des États natio­na­lisent des entre­prises pour les sau­ver de la faillite et de la dis­pa­ri­tion, comme ce fut le cas pour Gene­ral Motors aux États-Unis en 2009.

Entre­temps, les poli­tiques de quan­ti­ta­tive easing, en confé­rant de façon inha­bi­tuelle aux banques cen­trales un rôle cru­cial sur les mar­chés secon­daires, ont, durant une décen­nie entière, mas­qué une situa­tion de défla­tion struc­tu­relle. En effet, la cir­cu­la­tion moné­taire s’est, depuis 2009, effec­tuée sous la tutelle des banques cen­trales. Sans l’action de ces der­nières, le châ­teau de cartes se serait écrou­lé car le robi­net du cré­dit aurait été cou­pé net. En d’autres termes, la des­truc­tion de capi­tal et la défla­tion consti­tuent l’horizon struc­tu­rel de nos éco­no­mies depuis la Grande Réces­sion de 2007.

Et, c’est pré­ci­sé­ment cette réa­li­té qu’un modeste micro-orga­nisme est venu rap­pe­ler à la pla­nète entière. Au grand dam, bien sûr, de nos amis libé­raux qui répè­te­ront ad nau­seam la fable du choc exo­gène et de la crise sani­taire par­tout où ils le pour­ront. Il y a là, comme qui dirait, matière à débats…

  1. Luo W., Majum­der M. S., Liu D. et Poi­rier C., The role of abso­lute humi­di­ty on trans­mis­sion rates of the Covid-19 out­break, medRxiv, 17 février 2020, . Cet article n’ayant pas encore été éva­lué par la com­mu­nau­té scien­ti­fique, il importe de ne pas lui accor­der de carac­tère défi­ni­tif. Cela dit, cette source doit nous conduire à ne pas prendre pour argent comp­tant les anti­ci­pa­tions basées sur la sup­po­sée sai­son­na­li­té du coronavirus.
  2. Rogoff K., « A coro­na­vi­rus reces­sion could be sup­ply-side with a 1970s fla­vor », The Guar­dian, édi­tion mise en ligne du 3 mars 2020. Ce texte a été tra­duit en fran­çais sans men­tion de la source ori­gi­nelle sur le site des Échos sous le titre « Coro­na­vi­rus la réces­sion est désor­mais à nos portes » (4 mars 2020). Il est piquant de consta­ter que la presse macro­niste, lorsqu’elle tra­duit un texte paru dans les pages d’un jour­nal bri­tan­nique de gauche, n’en men­tionne pas la pro­ve­nance. Le jour­na­lisme de réfé­rence n’est déci­dé­ment plus ce qu’il était outre-Quiévrain.
  3. Opi­nion de Petit­jean, M. « Coro­na­vi­rus en chi­nois ne veut pas dire Leh­man en anglais », L’Écho, 4 mars 2020.
  4. Agliet­ta M. (dir), Capi­ta­lisme. Le temps des rup­tures, Ed. Odile Jacob, Paris, 2019, p. 19.
  5. Agliet­ta M. (dir), ibid.
  6. Ame­co, décembre 2015.
  7. Des­platz R., Jamet St., Pas­se­ro Vl., Romans F., « La modé­ra­tion sala­riale en France depuis le début des années 1980 », Eco­no­mie et Sta­tis­tique, 2003, n° 367, p. 41.
  8. Allain O., « La modé­ra­tion sala­riale. Le point de vue (néo)kaleckien », Revue éco­no­mique, vol. 60, n° 1, 2009, p. 81.
  9. Pro­pos rap­por­tés par Le Monde, édi­tion papier du mer­cre­di 4 mars 2020.
  10. L’Écho, édi­tion papier du ven­dre­di 6 mars 2020.
  11. La Croix, édi­tion mise en ligne du 9 mars 2020.
  12. La Libre Bel­gique, édi­tion mise en ligne le 5 mars 2020.
  13. Fre­driks­son G., Roth A., Taglia­pie­tra S., Veu­ge­lers R., Is the Euro­pean auto­mo­tive indus­try rea­dy for the glo­bal elec­tric vehicle revo­lu­tion ?, Poli­cy Contri­bu­tion Issue n˚26, décembre 2018, p.3 – 6. 
  14. The Obser­va­to­ry of Eco­no­mic Com­plexi­ty (OEC), MIT, mars 2020.
  15. La Tri­bune, édi­tion mise en ligne du 5 mars 2020.
  16. Wall Street Jour­nal, 2 mars 2020.
  17. Ber­chick E. R., Bar­nett J. C. et Upton R. D., Health Insu­rance Cove­rage in the Uni­ted States : 2018, 8 novembre 2019 Rap­port numé­ro P60-267 (RV).
  18. Pour plus de pré­ci­sions, lire Der­ruine O., « Le coro­na­vi­rus. Bouc émis­saire d’un krach bour­sier », « Délits d’initiés », blog de La Revue nou­velle, consul­té le 14 mars 2020.
  19. The New York Times, édi­tion mise en ligne du 14 mars 2020.
  20. NBC News, They’re trea­ting unin­su­red Ame­ri­cans. But as coro­na­vi­rus ramps up, money is run­ning out, consul­té le 14 mars 2020.
  21. Voir Der­ruine O., op.cit.
  22. Durand C., Le capi­tal fic­tif : com­ment la finance s’approprie notre ave­nir, Paris, Les Prai­ries ordi­naires, 2015, p. 178.
  23. L’Economiste, mis en ligne du 25 sep­tembre 2018.
  24. IMF, IMF Rap­port annuel 2019, p. 12.
  25. Chal­lenges, mis en ligne le 26 sep­tembre 2019.
  26. Capi­tal, mis en ligne du 4 mars 2020.
  27. Rogoff K., op. cit, The Guar­dian, mis en ligne le 3 mars 2020.
  28. Marx K., Théo­ries sur la plus-value (1863), tome 2, Paris, Mes­si­dor, 1976, p. 591 – 592.
  29. L’Écho, 4 mars 2020.
  30. Roe­landts M., Dyna­miques, contra­dic­tions et crises du capi­ta­lisme, Ed. Contra­dic­tions, 2010, Bruxelles, p. 89.
  31. Bureau of Eco­no­mic Ana­ly­sis (BEA), Haver Ana­ly­tics, octobre 2019, consul­té le 8 mars 2020.

Xavier Dupret


Auteur

chercheur auprès de l’association culturelle Joseph Jacquemotte et doctorant en économie à l’université de Nancy (France)