Skip to main content
Lancer la vidéo

Souffle ténu

Numéro 2 mai 2025 par Aline Andrianne

mai 2025

I. Hésiter oser lancer son clavier sur la piste des mots saura-t-il les trouver ? Ruminer tempêter sur la quête mystique du mot unique dont le sens cyclique se confond en lui-même Dénaturer torturer la mélodie aliénée de cet autre silencieux en une rature pernicieuse absconde pour tes yeux Harceler trouver la parole épurée qui t’ouvrira le silence […]

Italique

I.

Hésiter oser

lancer son clavier sur la piste des mots

saura-t-il les trouver ?

Ruminer tempêter

sur la quête mystique du mot unique

dont le sens cyclique

se confond en lui-même

Dénaturer torturer

la mélodie aliénée

de cet autre silencieux

en une rature pernicieuse

absconde pour tes yeux

Harceler trouver

la parole épurée

qui t’ouvrira le silence

de la voix écoutée.

II.

Écrire comme on s’immole,

Sans retour en arrière

Sans fuite possible

Avec la volonté d’un condamné

Livré aux geôles de ses angoisses.

Écrire comme on s’immole,

Sur la dureté d’un papier

Gratter l’allumette du discours

Qui enflammera son enveloppe

Des flammèches insidieuses

Des yeux qui se poseront dessus.

Écrire comme on s’immole,

Pour hurler à l’étouffée

Les lambeaux d’un monde

Dont le meilleur est la fin.

Écrire comme on s’immole

Las et pathétique

À bout de force

Jusqu’à la lie des mots.

III.

Tu disais :

« on répond aux imbéciles par le silence »

Et j’essayais,

De ne pas répliquer

De me draper dans un silence grandiloquent

D’ériger un édifice avec mes mots tus

Une tour d’ivoire et d’or

Protection de fortune

Contre ces mots-flèches,

Ces mots-poisons pourrissant le sang

Et altérant le sens de toute sentence.

Mais leur regard disait :

« qui ne dit mot consent ».

Qui consent qu’on saigne

Confirme la consigne

Qu’on sacrifie le corps

Sous l’autel du mâle dominant.

Et tu disais, Maman :

« le silence est d’or »

En oubliant de me révéler

Que je suis alchimiste.

Coupable de transformer

L’or en plomb,

Sorcière au fond,

Qu’on sangle, qu’on serre

Qu’on ferre, qu’on lacère

Qu’on immole sur le bucher

Au nom du bon père de famille.

IV.

Douleur séculaire

pesanteur viscérale

du caillot d’humeurs

dégoutant de nos envers

dans une déchirure

originelle

sous le regard placide

d’une lune translucide

qui nous enchaine

dans un corps animal.

V.

D’abord la vie

T’éparpille

T’éclate

T’atomise

Te déchiquète

T’anéantit

Et puis

Qu’advient-il

Dans ces ténèbres ?

De l’obscurité

Renaitre

Sur les ruines d’un monde

Dans l’absence de l’être

S’extraire

Du chaos ouvert

Sur la vacance des désirs

Se lasser

De l’étreinte léthargique

Appelant la fin

Ensuite, advient

Des essais des échecs

Des vœux des victoires

La brûlure du quotidien

Sur un visage vierge

Sans face solaire

La morsure du vide

Ventilé par les réminiscences

De ce que tu n’es plus

Un sentier sinueux

S’invente sous tes vacillements

À l’ombre de tes silences.

Aline Andrianne


Auteur

Aline Andrianne est romaniste, professeure de français et français langue étrangère. École Européenne (EEB2).
La Revue Nouvelle
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.