Souffle ténu
I. Hésiter oser lancer son clavier sur la piste des mots saura-t-il les trouver ? Ruminer tempêter sur la quête mystique du mot unique dont le sens cyclique se confond en lui-même Dénaturer torturer la mélodie aliénée de cet autre silencieux en une rature pernicieuse absconde pour tes yeux Harceler trouver la parole épurée qui t’ouvrira le silence […]
I.
Hésiter oser
lancer son clavier sur la piste des mots
saura-t-il les trouver ?
Ruminer tempêter
sur la quête mystique du mot unique
dont le sens cyclique
se confond en lui-même
Dénaturer torturer
la mélodie aliénée
de cet autre silencieux
en une rature pernicieuse
absconde pour tes yeux
Harceler trouver
la parole épurée
qui t’ouvrira le silence
de la voix écoutée.
II.
Écrire comme on s’immole,
Sans retour en arrière
Sans fuite possible
Avec la volonté d’un condamné
Livré aux geôles de ses angoisses.
Écrire comme on s’immole,
Sur la dureté d’un papier
Gratter l’allumette du discours
Qui enflammera son enveloppe
Des flammèches insidieuses
Des yeux qui se poseront dessus.
Écrire comme on s’immole,
Pour hurler à l’étouffée
Les lambeaux d’un monde
Dont le meilleur est la fin.
Écrire comme on s’immole
Las et pathétique
À bout de force
Jusqu’à la lie des mots.
III.
Tu disais :
« on répond aux imbéciles par le silence »
Et j’essayais,
De ne pas répliquer
De me draper dans un silence grandiloquent
D’ériger un édifice avec mes mots tus
Une tour d’ivoire et d’or
Protection de fortune
Contre ces mots-flèches,
Ces mots-poisons pourrissant le sang
Et altérant le sens de toute sentence.
Mais leur regard disait :
« qui ne dit mot consent ».
Qui consent qu’on saigne
Confirme la consigne
Qu’on sacrifie le corps
Sous l’autel du mâle dominant.
Et tu disais, Maman :
« le silence est d’or »
En oubliant de me révéler
Que je suis alchimiste.
Coupable de transformer
L’or en plomb,
Sorcière au fond,
Qu’on sangle, qu’on serre
Qu’on ferre, qu’on lacère
Qu’on immole sur le bucher
Au nom du bon père de famille.
IV.
Douleur séculaire
pesanteur viscérale
du caillot d’humeurs
dégoutant de nos envers
dans une déchirure
originelle
sous le regard placide
d’une lune translucide
qui nous enchaine
dans un corps animal.
V.
D’abord la vie
T’éparpille
T’éclate
T’atomise
Te déchiquète
T’anéantit
Et puis
Qu’advient-il
Dans ces ténèbres ?
De l’obscurité
Renaitre
Sur les ruines d’un monde
Dans l’absence de l’être
S’extraire
Du chaos ouvert
Sur la vacance des désirs
Se lasser
De l’étreinte léthargique
Appelant la fin
Ensuite, advient
Des essais des échecs
Des vœux des victoires
La brûlure du quotidien
Sur un visage vierge
Sans face solaire
La morsure du vide
Ventilé par les réminiscences
De ce que tu n’es plus
Un sentier sinueux
S’invente sous tes vacillements
À l’ombre de tes silences.
