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Réaction d’un chrétien gay

Numéro 2 mai 2025 par Michel Elias

mai 2025

Le pape François, depuis son avènement, avait entrouvert la porte de l’Église aux personnes LGBTQIA+. Il avait posé plusieurs signes d’accueil pastoral qui contrastaient avec l’attitude de ses prédécesseurs : depuis son mémorable « Qui suis-je pour juger ? », ce ne furent que signes d’accueil de personnes trans, utilisation du vocable « gay », jusqu’à son récent document fiducia supplicans reconnaissant […]

Billet d’humeur

Le pape François, depuis son avènement, avait entrouvert la porte de l’Église aux personnes LGBTQIA+. Il avait posé plusieurs signes d’accueil pastoral qui contrastaient avec l’attitude de ses prédécesseurs : depuis son mémorable « Qui suis-je pour juger ? », ce ne furent que signes d’accueil de personnes trans, utilisation du vocable « gay », jusqu’à son récent document fiducia supplicans reconnaissant une valeur aux couples de même sexe… La bénédiction de ces couples « irréguliers » dans certaines conditions, devenait possible. Cette ouverture a pourtant déçu les personnes concernées par son caractère timide et limité, mais elle a cependant suffi à provoquer un tollé du côté conservateur. Les évêques africains, entre autres, ont immédiatement fait savoir qu’ils ne béniraient pas ces couples de pécheurs.

La réponse du Vatican à cette protestation collective fut de temporiser et de reconnaitre un certain droit aux diocèses rebelles d’interpréter le document en fonction des spécificités culturelles locales.

Nos diocèses belges sont actuellement particulièrement ouverts à l’accueil des personnes LGBTQIA+. Les évêques flamands ont nommé un responsable interdiocésain de la pastorale des personnes LGBTQIA+ en la personne de Willy Bombeek, un laïc qui ne cache pas son homosexualité. Du côté francophone, l’évêché de Liège par exemple n’a pas attendu Fiducia Supplicans pour proposer à ses prêtres, depuis plusieurs années, un schéma liturgique afin d’accompagner les couples de même sexe mariés civilement et qui souhaitent une célébration religieuse.

Le pape François devait donc être conscient du positionnement et de l’ouverture de l’Église catholique belge quant à ces débats éthiques. Malgré cela, au cours de sa visite en septembre 2024, il a à plusieurs reprises tenu des propos conservateurs en décalage avec notre « culture locale ». Citons en vrac une vision du rôle des femmes limité à l’accueil fécond, aux soins et au dévouement, la qualification de tueurs à gages pour les médecins pratiquant l’avortement, le projet assez saugrenu de canoniser le roi Baudouin… Difficile d’aller plus à rebrousse-poil de la culture belge ! Je ne crois pas que tous les Belges apprécieront de voir s’édifier des cultes à saint Baudouin. Des saints sur nos autels, on en a assez. En revanche, il nous faut des hommes et des femmes (enfin reconnues égales !) capables ici-bas de construire une Église moins cléricale et plus conforme à la bonne nouvelle de l’Évangile de Jésus Christ.

Cette étonnante posture de François en Belgique questionne de la part d’un pape qui s’est clairement engagé à porter l’Évangile vers les « marges » de l’Église et du monde. À moins qu’il ne s’agisse d’une stratégie ? Mais laquelle ? En tout cas elle stimule les « marges » à se faire entendre, à protester… Et c’est peut-être ce que cherche le pape. Car il sait qu’il faut que les pouvoirs cléricaux soient bousculés par le temps présent.

Je ne parle pas évidemment ici au nom de tous les chrétiens LGBTQIA+ de Belgique ni au nom de l’association dont je fais partie : « la Communauté du Christ Libérateur ». Qui suis-je pour parler en leur nom ? Ils ne m’ont pas mandaté. Mais cela ne m’empêche pas de parler de l’expérience que je fais de cette communauté et d’exprimer mes ressentiments et mes espoirs.

En tant que chrétien gay, j’ai dû depuis belle lurette décanter ma foi. Faire la part entre ce qui est essentiel et laisser tomber les inepties. Ce travail de discernement n’a été que rarement soutenu par des pasteurs. Il a fallu se débrouiller seul pour continuer à croire « malgré tout ».

Mais nous avons su nous réunir, nous avons pu nous retrouver, pour « aller notre chemin » (Luc, ch.4, v.30), faire Église ensemble et entamer une recherche sur ce que peut vouloir dire l’Évangile à des personnes LGBTQIA+. Bien que longtemps largement abandonnés de nos pasteurs et toujours stigmatisés par le Magistère, nous, chrétiens et chrétiennes « queer », il a bien fallu que nous nous serrions les coudes.

Nous avons résolu d’exister sans demander la permission à personne, mais en nous nourrissant aussi de nos traditions respectives tout en discernant en elles ce qui nous donne des forces et nous fait grandir.

Les personnes LGBTQIA+ sont une réalité à la fois intemporelle et universelle. Nous existons comme une réalité cachée dans toutes les sociétés depuis que le monde est monde. Quoique minoritaire notre réalité a quelquefois pointé l’oreille et certaines sociétés lui ont fait une place (les indiens d’Amérique, les pages de certains rois africains…). Mais dans l’ensemble ce sont l’invisibilisation et l’ostracisation qui ont dominé, y compris dans de nombreuses traditions religieuses. Hétérosexualité obligatoire et patriarcat dominant furent érigés en normes incontestables pour tous. L’homophobie se nourrit beaucoup des traditions religieuses.

Le message de l’Évangile, lu avec le regard des exclus, apparait pourtant bien différent. L’attitude de Jésus est complètement à rebours des (fausses) valeurs établies de son temps. « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ? » (Matthieu ch 9, v.11) interrogent les Pharisiens. Les quatre évangiles regorgent de citations de ce genre. Et Jésus finit crucifié parce qu’il est un rebelle hérétique aux yeux du clergé. Un des axes du message des Évangiles est bien celui de l’inclusion des marginaux et la dévalorisation des normes établies du pur et de l’impur.

Concernant l’Église catholique, les chrétiens et les chrétiennes LGBTQIA+ attendent avec une impatience grandissante une réforme radicale de la doctrine à propos de la sexualité, des questions de genre, de transgenre et d’intersexualité. Des échos timides de cette impatience sont apparus dans les rapports qui ont été recueillis au cours des échanges préparatoires au synode sur la synodalité organisé dans les paroisses. Mais ont-ils été bien entendus à Rome ?

Les institutions religieuses, les différentes Églises, sont des réalités historiques. Elles ont leurs pesanteurs. Mais aujourd’hui que les sociétés civiles ont pris conscience de l’existence des personnes LGBTQIA+ et leur donnent progressivement plus de droits civiques, il est urgent que ces institutions religieuses relisent leurs textes à la lumière du souffle de l’Évangile. Tout le monde en bénéficiera, les homos comme les hétéros.

Michel Elias


Auteur

Michel Elias est membre de la «Communauté du Christ Libérateur», groupe chrétien de personnes LGBTQIA+.
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