Pour un renouvèlement karmique
Fin décembre 2025, l’année n’en finissait plus de s’éterniser. Pour tout le monde, la fin du cycle karmique commencé neuf ans plus tôt arrivait à point nommé. En effet, collectivement, la société semblait un peu essoufflée – certaines mauvaises langues diront : « à force de s’époumoner en protestations et manifestations inutiles », d’autres penseront plutôt : « si la vie démarre par un cri, pourquoi faut-il se taire par la suite ? » – et les leaders du monde libre (au singulier, s’il vous plait, parce que la liberté appartient à celleux qui ont raison, qui ont le plus de pouvoir et qui frappent le plus fort) cherchaient assez hardiment comment distraire leurs administré·es alors qu’il ne restait plus assez d’argent pour le « panem et circences » certifié quelques siècles auparavant « appellation d’origine contrôlée » et ayant fait ses preuves en matière d’éludation des questions essentielles.
Fin décembre 2025, l’année n’en finissait plus de s’éterniser. Pour tout le monde, la fin du cycle karmique commencé neuf ans plus tôt arrivait à point nommé. En effet, collectivement, la société semblait un peu essoufflée – certaines mauvaises langues diront : « à force de s’époumoner en protestations et manifestations inutiles », d’autres penseront plutôt : « si la vie démarre par un cri, pourquoi faut-il se taire par la suite ? » – et les leaders du monde libre (au singulier, s’il vous plait, parce que la liberté appartient à celleux qui ont raison, qui ont le plus de pouvoir et qui frappent le plus fort) cherchaient assez hardiment comment distraire leurs administré·es alors qu’il ne restait plus assez d’argent pour le « panem et circences » certifié quelques siècles auparavant « appellation d’origine contrôlée » et ayant fait ses preuves en matière d’éludation des questions essentielles.
C’est comme ça qu’on vit fleurir toute une série d’initiatives non concertées pour détourner l’attention des citoyen·nes et leur faire croire que le monde continuait d’avancer, même en fin de cycle, alors qu’il suffisait pourtant normalement, en neuvième année karmique, de profiter des acquis et du travail des huit années précédentes, de faire le tri entre les bons et les mauvais processus, d’évacuer les relations toxiques. Bref, en somme, de se purifier pour mieux renaitre au cycle suivant.
Ainsi, on vit un ex-président (faire) écrire un livre (par un ghost writer) sur l’expérience de l’incarcération, après seulement quelques journées passées dans une prison de luxe, avec traitement de faveur, rivalisant par son audace littéraire et politique avec « les derniers jours d’un condamné » de Victor Hugo. Les trolls sur Internet ayant par ailleurs contribué à populariser le titre de l’ouvrage et les intentions de son auteur, l’ex-président avait même l’espoir que cet ouvrage, qui deviendrait assurément un classique, lui permettrait de revenir, au tournant du 4e âge, à l’Élysée. Certaines projections karmiques assuraient pourtant qu’il aurait pu atteindre ce résultat – une nouvelle présidentielle – sans mêmela rédaction d’un chef‑d’œuvre, tant les graines corruptibles semées étaient fertiles, vivaces, sans grande concurrence et pourraient germer dans le nouveau cycle qui s’entamerait avec l’année 2026. (Si l’argument de l’âge, devenu imparable depuis que deux présidents américains en avaient usé, ne suffisait pas simplement à sa réincarnation dans le renouveau).
Ou, on célébra de concert avec les politicien·nes bruxellois·es et dans l’allégresse insouciante d’une population livrée à elle-même, le nouveau record mondial qu’ils et elles venaient de faire gagner au gouvernement de leur région magnifiquement défaillante. Il est vrai que les prix et records rassemblent toujours, à défaut des partis politiques divergents, au moins les âmes recensées (et celles-dont-il-ne-faut-pas-parler) sous une même bannière : celle de la cessation de projets, paiements, aménagements, primes et lois. C’était évidemment sans compter l’inestimable aide du président d’un parti libéral qui s’est élu représentant de la foi catholique en Belgique et a cru bon de partager sa critique artistique au sujet des choix esthétiques posés pour une crèche temporaire. L’un dans l’autre, ces vaines gesticulations ont permis à ces asticots politiques de continuer durer jusqu’au 31 décembre dans le même attentisme-réactionnisme. Avec le renouveau cyclique, la capitale de l’Europe reprendrait naturellement du poil de la bête, avec ou sans soutien financier des banques – puisqu’elle pourrait compter sur l’aide sans réserve des autres régions qu’elle avait largement contribué à financer au cycle précédent, malgré leurs dénégations, dénigrements, désamours et désaveux. Autre alternative reposant sur les mêmes lois conséquentielles du cycle karmique : Bruxelles pourrait évoluer vers une administration clanique, tenue par le grand banditisme et les gangs revendeurs de drogue, dont la réponse « autoritaire » des gouvernements des neuf années antérieures avait permis l’ascension au pouvoir, en plus du soutien populaire.
On proposa également aux jeunes de divers pays européens (Allemagne, Belgique, France…) de s’engager dans un service militaire – sous réserve de fonds suffisants, d’encadrant·es en nombre, de matériel aux normes. En leur adressant nominativement une lettre pour mieux les persuader, car, tablant sur la fin des données personnelles et la proximité avec ses subalternes, le ministre belge de la Défense a estimé gagner sensiblement en pouvoir de persuasion. On a donc donné du Kevin, Mathilde, Isaac, Sonia et Ahmed aux possibles recrues d’un futur conflit qui s’enlisera dans des combats hybrides, des opérations spéciales, et autres joyeusetés. Cette stratégie d’autant plus efficace qu’elle visait des esprits jeunes (incapables de recul, tout le monde le sait) n’a finalement pas fait long feu face au (dés)engouement populaire et aux fonds de tiroir déjà vidés pour « rester concurrentiel et attractif pour les grandes entreprises ». En ces débuts de 2026, les parents peuvent donc souffler et se tranquilliser : le monde va certainement devenir plus pacifique grâce à la renaissance des énergies magnétiques invisibles et leurs enfants se révéler inutiles dans cette boucherie moderne évitée.
2026 : 2 + 0 + 2 + 6 = 10 à 1 + 0 = 1 (Calcul simplifié : 2026 = 1)
Les chiffres sont simples, ils parlent d’eux-mêmes. Leurs logiques sont limpides, objectives, implacables. Personne ne peut contester l’évidence même de leur sens.
2026, première année d’un nouveau cycle. Tout redevient possible. Tout se libère, se déploie et prend une nouvelle direction. Il est enfin temps de rêver en grand, de croire à l’impossible, de se réincarner dans une meilleure version de soi pour se rapprocher de la perfection, du nirvana.
En 2026, j’y crois : les guerres prennent fin (toutes, même celles au Congo ou au Soudan ou…) ; le réchauffement climatique se stabilise et entame même une tendance inverse dans les années suivantes ; l’humain arrête d’empoisonner son environnement direct et indirect et en voit les conséquences positives sur sa santé physique et mentale ; l’économie néo-ultra-libérale, carnassière, mondialisée telle qu’on la connait, disparait pour un nouveau système d’échange où chaque objet ou service a retrouvé sa juste valeur ; les discriminations sexuelles, genrées, raciales, validistes… sont remplacées par des pratiques d’écoute active, de compréhension, de bienveillance, de pardon et de réconciliation.
Georges-Louis Bouchez et Paul Magnette s’enlacent avant de se quitter et de se promettre une autre bonne soirée comme celle qu’ils viennent de vivre ; le chômage en Wallonie baisse ; Theo Franken s’installe à Molenbeek et défend une politique d’inclusion et d’accueil des migrant·es en dotant l’armée d’un nouveau rôle civil et civique ; Bruxelles défend ses intérêts et mène une politique cohérente et prospère sur tout son territoire grâce à un gouvernement composé de citoyen·nes tiré·es au sort ; le cordon sanitaire isolant les idées d’extrême droite est remis en place et le champ politique redevient un espace où on se soucie du bien commun, de la justice sociale et de l’unité nationale ; la Revue nouvelle est entièrement financée par des subsides, qui deviennent rapidement non nécessaires en raison de l’engouement durable d’un lectorat toujours plus nombreux et fidèle, car attaché au travail d’analyse indépendant de ses contributeur·ices ; le projet du métro 3 est abandonné, le RER promis il y a plus de 10 (ou 15 ans ? à moins que ça ne soit 20 ans ?) est inauguré et les navetteur·euses ne s’interrogent plus sur leur moyen de transport pour arriver en ville, le train devenant la seule réponse logique ; Ryanair quitte l’aéroport de Charleroi car le low cost n’est plus un modèle économique viable et reverse en une fois tous les impôts éludés par esprit de justice… (Je vous laisse continuer, car ce renouveau est également participatif).
Comme la liste de bonnes résolutions que nous avons prises en laissant 2025 derrière nous, nous allons profiter de cette nouvelle énergie et maintenir le cap vers le changement, c’est sûr, (presque) sans aucun doute possible. Cet avenir mirifique va advenir, c’est le karma qui l’a prédit.
