Pauvreté infantile et participation
En Belgique, 15,9% de la population vit sous le seuil de pauvreté. D’après les chiffres EU-SILC 2017, le taux grimpe jusqu’à 17,9% pour les enfants. La Fondation Roi Baudouin en 2014 et le rapport sur la pauvreté infantile et juvénile en Fédération Wallonie-Bruxelles en 2016 soulignent que les mineurs sont moins bien lotis que la population générale, et ce quel que soit l’indicateur privilégié. Cette contribution propose quelques réflexions concernant la notion de participation des enfants en situation de pauvreté, en prenant appui sur une recherche réalisée de manière conjointe par l’université de Mons et l’université de Gand dont l’objectif était d’identifier quarante « pratiques inspirantes » en matière de lutte contre la pauvreté infantile dans les grandes villes de Belgique.
En Belgique, 15,9% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 5,1% est en situation de privation matérielle sévère. Environ un Belge sur cinq éprouve des difficultés à s’en sortir. Les chiffres de 2017 de l’enquête sur les revenus et conditions de vie des ménages de l’Union européenne, European Union Statistics on Income and Living Conditions (EU-SILC), indiquent que les enfants sont encore moins bien lotis, puisque ce taux grimpe jusqu’à 17,9% pour les 0 – 15 ans et plus encore chez les jeunes de plus de 16 ans.
La lutte contre la pauvreté infantile fait partie des priorités politiques, tant au niveau national qu’européen1. La participation constitue un élément clé des politiques publiques de lutte contre la pauvreté des familles et des enfants qui sont désormais reconnus comme acteurs à part entière. En effet, de nombreux textes rappellent cette nécessité de faire participer les enfants, à commencer par la Convention internationale des droits de l’enfant (Cide) que la Belgique a ratifiée dans les années 1990. Mais comment cela se traduit-il concrètement ? Que recouvre cette notion de participation ? Va-t-elle réellement de soi ? La mise en œuvre d’une recherche concernant les pratiques jugées « inspirantes » en la matière a donné lieu à plusieurs interrogations et réflexions à ce sujet, qui sont partagées au travers de cette publication.
La pauvreté infantile : une piqure de rappel
L’indicateur européen At risk of poverty or social exclusion (Arope) combine trois mesures pour évaluer la pauvreté : la pauvreté monétaire, l’intensité de travail et la privation matérielle. En 2016, le Rapport sur la pauvreté infantile et juvénile en Fédération Wallonie-Bruxelles rédigé par Anne-Catherine Guio et Ariane Bay (2016), présenté au Parlement de la Communauté française, pointait déjà que les mineurs sont plus à risques que la population générale, et ce, quel que soit l’indicateur privilégié.
La pauvreté monétaire désigne la mesure relative de la proportion des ménages situés sous le seuil de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian national. Tant l’Unicef que la Fondation Roi Baudoin soulignent que la pauvreté monétaire concerne un enfant sur dix en Flandre et en Région de Bruxelles-Capitale, un sur quatre en Wallonie. Les familles nombreuses et monoparentales sont particulièrement touchées, avec respectivement 20% et 36,4% de ces ménages situés sous le seuil de pauvreté, ce qui n’est pas sans effets sur les enfants qui grandissent dans ces foyers.
La proportion des enfants faisant partie d’un ménage à faible intensité de travail est également plus élevée que celle de la population belge : en 2017, cela s’appliquait à 13% des 0 – 17 ans. Les ménages composés de deux adultes et de deux enfants concernés par la faible intensité de travail se situent sous la barre des 4%, contre environ 12% dans les ménages de plus de trois enfants et 41% lorsqu’il s’agit de parents seuls avec un ou plusieurs enfant(s).
La privation matérielle sévère renvoie aux conditions de vie : elle désigne la situation des personnes qui ne peuvent avoir accès à toute une série de biens et de services (au moins quatre sur un total de neuf items), tels que chauffer son logement, pouvoir faire face à des dépenses inattendues ou payer son loyer dans les temps, en raison de leurs limitations financières. En Belgique, plus de trois-quarts des enfants faisant partie d’un ménage à risque de pauvreté font aussi partie d’une famille qui ne peut pas faire face à des dépenses inattendues. Un indicateur européen de privation matérielle ciblant spécifiquement les enfants a été introduit pour la première fois en 2009 dans le cadre de l’enquête EU-SILC, puis à nouveau utilisé en 2014. Il comprend des items spécifiques tels que : ne pas posséder de livres adaptés à son âge, ne pas avoir de vêtements neufs, impossibilité d’accès à des activités de loisirs, ne pas avoir la possibilité d’inviter des amis, ne pas pouvoir participer aux sorties scolaires, etc. En Flandre, environ un dixième des enfants cumule au moins trois de ces items, plus d’un quart en Wallonie et un tiers à Bruxelles. Dans l’édition 2015 de l’Annuaire de pauvreté, Anne-Catherine Guio (2015, p. 113 – 142) identifiait des variables explicatives comme le revenu familial, le niveau de formation, l’intensité de travail du ménage, la composition familiale, le statut d’occupation, le statut migratoire ou encore la région de résidence, ceci permettant d’avoir une vue d’ensemble des facteurs de risque en matière de privation matérielle chez les enfants. Les risques sont ainsi plus élevés pour l’ensemble des items chez les enfants issus de ménages à risque de pauvreté par rapport aux autres.
La privation matérielle sévère peut avoir de lourdes conséquences sur la santé. Les enfants en situation de pauvreté partent aussi avec une longueur de retard par rapport aux autres (Pannecoucke, De Graeve, Lahaye, Van Rossem, Vranken, 2017, p. 287 – 296), ils doivent surmonter des facteurs défavorables à leur épanouissement et ils sont limités dans leurs opportunités de participation. Les enfants de familles défavorisées rencontrent fréquemment des obstacles dans leur parcours scolaire. Or, un niveau d’instruction faible va de pair avec des difficultés à décrocher un emploi et un risque de pauvreté plus élevé (Devos et Nicaise, 2016, p. 3 – 23). Ainsi, ils sont confrontés à plus de risques de transmission intergénérationnelle en grandissant. En la matière, la Belgique affiche une forte tendance à la reproduction des situations de pauvreté par rapport aux autres pays européens.
Les politiques de lutte contre la pauvreté infantile
« La lutte contre la pauvreté des enfants et de leur famille figure depuis quelques années en bonne place sur l’agenda politique en Belgique et en Europe », indique le Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale. Une recherche commanditée par le SPP Intégration sociale à propos de la pauvreté urbaine soulignait ainsi en 2017 l’importance des mesures s’adressant plus spécifiquement aux familles (De Graeve, Fournier, Decoster, Pannecoucke, Lahaye, Van Rossem, 2017). On considère actuellement qu’il est nécessaire de lutter conjointement contre la pauvreté des enfants et celle de leurs parents.
La réduction de la pauvreté des enfants et des jeunes constitue l’une des priorités de la Stratégie Europe 2020 adoptée par l’Union européenne. Récemment, le Conseil de l’Union européenne a inclus les politiques de développement intégré de la petite enfance comme instrument de réduction de la pauvreté et de promotion de l’inclusion sociale. Le texte, daté de juin 2018, rappelle notamment l’intérêt de favoriser une approche multifonctionnelle et intégrée. La lutte contre la pauvreté infantile représentait déjà une thématique clé en 2010, lors de la présidence belge du Conseil de l’UE.
Ainsi, au niveau national, la secrétaire d’État à l’Intégration sociale et à la Lutte contre la pauvreté a présenté le premier Plan national de lutte contre la pauvreté infantile en 2013. Les objectifs stratégiques renvoient au fait de grandir dans des familles possédant des ressources adéquates, l’accès aux services, la participation des enfants aux activités sociales, de loisirs, sportives, ainsi que leur écoute et la gouvernance multiniveaux à ce sujet. Le troisième Plan fédéral de lutte contre la pauvreté de 2016 – 2019 comprend, quant à lui, six objectifs, dont l’un spécifiquement dédié à la lutte contre la pauvreté infantile.
La participation : un levier des politiques de lutte contre la pauvreté
La participation est une notion liée aux valeurs de démocratie et au concept d’empowerment. Recommandée par l’OMS en tant que moyen permettant de réduire le fossé entre les informations théoriques et leur application concrète sur le terrain, elle est essentielle pour lutter contre la pauvreté, qui est considérée comme un problème de participation sociale par Maria Bouverne-De Bie. Aussi les politiques publiques se transforment-elles progressivement en faveur de la participation citoyenne qui devient un incontournable en matière de politiques sociales et de santé, ce que Loïc Bondiaux traduit par l’«impératif participatif » (Mazeaud et Talpin, 2010, p. 354 – 374).
La Cide, ratifiée par la Belgique dans les années 1990, a influencé la vision de l’enfant au XXIe siècle : celle d’un enfant acteur, capable et sujet de droits. L’article 12 reconnait le droit de participation des enfants aux processus décisionnels les concernant, peu importe leur âge (Lansdown, 2001).
En particulier, la participation se présente comme un instrument politique de lutte contre la pauvreté et la pauvreté infantile, permettant de redonner une place d’acteurs aux individus les plus vulnérables, en leur permettant de débattre, voire influencer, les décisions dont ils font l’objet (Charlier, Glineur, De Gaeve, 2017). Aussi, en 2013, la Commission européenne présente le paquet Investissement sociaux pour la croissance et l’inclusion sociale, qui comprend une recommandation « Investir dans l’enfance pour briser le cercle vicieux de l’inégalité ». Celle-ci reprend plusieurs principes généraux et mesures afin de lutter contre la pauvreté infantile, articulés autour des trois piliers suivants : l’accès aux ressources suffisantes et adaptées, l’accès aux services de qualité et abordables, et la participation des enfants à la vie sociale. Ce dernier pilier comprend le volet des apprentissages informels grâce à la participation aux activités culturelles, sportives et de loisirs, d’une part, et celui de la participation des enfants aux décisions les concernant, d’autre part.
Cette volonté de faire participer les enfants les plus vulnérables transparait au travers de différents textes adoptés ses dernières années, tant au niveau européen (par exemple, via les recommandations du Conseil européen de 2012 ou les conclusions du Conseil de l’Union européenne concernant les politiques de développement intégré de la petite enfance en 2018) que national (notamment, au travers du Plan national de lutte contre la pauvreté infantile de 2013 et du Plan fédéral de lutte contre la pauvreté de 2016 – 2019). Cependant, cet intérêt reste relativement récent. En effet, si l’on remonte à 2007, Morissens, Nicaise et Ory (2007) n’observaient pas de référence explicite à la participation des enfants dans les mesures du Plan d’action national en matière d’inclusion sociale (PAN/inclusion). En 2009, l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse (OEJAJ) a commandité une recherche auprès de l’asbl RTA (2009) concernant les projets innovants en matière d’intervention auprès des jeunes et des enfants. Le rapport retient la participation des bénéficiaires (sous différentes formes) parmi les cinq composantes principales permettant de qualifier un projet « d’innovant ».
La participation des enfants en situation de pauvreté : qu’en est-il dans les faits ?
En Belgique, les projets participatifs incluant des enfants en situation de pauvreté existent. Ils ont d’ailleurs fait l’objet de différentes études au cours des dix dernières années. Une recherche menée conjointement par l’université de Mons et celle de Gand à la demande du SPP Intégration sociale visait à mettre en évidence quarante projets participatifs répartis sur l’ensemble du territoire belge. Ces « pratiques inspirantes » en matière de lutte contre la pauvreté infantile ont également été présentées dans le cadre d’une journée d’échanges en octobre 2017 (Charlier, Glineur, De Gaeve, 2017).
La participation, l’originalité et la collaboration constituent les trois critères de sélection des projets qui sont variés, répartis dans les différentes zones géographiques du pays et ciblant des publics d’âges divers. Ils sont articulés autour de quatorze thématiques principales, respectivement : insertion professionnelle, citoyenneté, empowerment, culture, santé, aide à la jeunesse, accueil de la petite enfance, aide matérielle, santé mentale, renforcement des droits, soutien scolaire, soutien à la parentalité, capital social et cohésion sociale. Le rapport final permet ainsi d’identifier des lignes de force communes aux différents projets : l’approche intégrale comprenant l’approche globale, la conciliation de l’approche collective et l’accompagnement individualisé, l’implication de l’entourage et l’accrochage scolaire ; la nécessité de collaborer entre les organisations au travers d’un travail en réseau et d’un financement multiniveaux ; et les conditions ou les facteurs qui contribuent à une approche bottom-up, tels que l’accessibilité, l’adaptation, l’identification des intérêts du public cible et la créativité.
Cette recherche a donné lieu à différents questionnements concernant la participation des enfants, qu’ils soient en situation de pauvreté ou non, et les freins qui subsistent en la matière. Cette contribution n’entend pas présenter une analyse approfondie ni une présentation exhaustive des initiatives, mais propose de partager quelques éléments de réflexion prenant appui sur cette étude.
Des freins qui subsistent
Qu’est-ce que la participation ? Cette interrogation constitue sans doute le premier point sur lequel il a fallu se pencher. En effet, le terme, que l’on retrouve dans le langage courant, peut porter à confusion : « prendre part à » un projet ne suffit pas pour qu’on puisse considérer une participation réelle des enfants. Mais alors, comment définir un projet participatif ? Sur quels critères se baser pour établir une sélection ?
Plusieurs écrits scientifiques soulignent que le concept de participation recouvre des sens différents, notamment en fonction du domaine (par exemple la psychologie, la sociologie, etc.) dans lequel il est évoqué (Larivière, 2008, p. 114 – 127), mais aussi des pratiques envisagées. Il existe des modèles de participation qui distinguent différents niveaux. Par exemple, le modèle de Bresson scinde la participation selon qu’elle soit associée à une action publique, une action collective ou une mobilisation, tandis que le modèle de Hart distingue huit niveaux de la participation des enfants, allant d’une participation orchestrée par les adultes (au plus faible niveau) à celle prise à l’initiative et dirigée par les jeunes eux-mêmes (au plus haut niveau).
Dans le cadre de la recherche, les critères étaient larges. Il s’agissait de laisser participer les enfants et les jeunes à l’une ou plusieurs phases du projet, en tenant compte de leur âge. Nous avons principalement pris appui sur Matheson et ses collègues (2005, p. 1 – 16) qui considèrent la participation comme un degré d’engagement dans la communauté pouvant se décliner autour de l’échange d’informations, la consultation, la prise de décision partagée et la responsabilité. Aussi, les quarante projets retenus dans le cadre de la recherche sur les pratiques inspirantes en matière de lutte contre la pauvreté infantile se révèlent diversifiés et envisagent la participation sous différents angles.
Nous avons ensuite été confrontés à cette seconde difficulté : comment trouver des projets participatifs satisfaisant aux critères de recherche ? Lorsque les initiatives sont développées par des intervenants, avoir pour objectif la participation des enfants et des jeunes ne suffit pas pour qu’elle soit effective ! Encore faut-il que les premiers concernés aient conscience de leur existence. Une certaine communication de la part des organisateurs semble ainsi nécessaire pour rendre les projets visibles et/ou informer plus spécifiquement le public cible. Mais la visibilité ne garantit pas pour autant la fréquentation. L’accès aux activités extrascolaires se révèle bien souvent ardu pour les familles les plus précarisées. Plusieurs responsables ont ainsi souligné leurs préoccupations à ce propos au cours de la recherche : « Les gens qui sont vraiment paupérisés ne font pas le pas de venir à nos ateliers» ; « On se dit que ça serait bien de faire l’animation avec les parents, mais comment les mobiliser ? ». Les aspects liés aux déplacements sont ainsi rappelés par une responsable : « Beaucoup de familles sont isolées, souvent des mamans seules, finalement sortir c’est difficile d’un point de vue purement pratique ».
Un autre frein qui peut entrer en ligne de compte est directement lié aux représentations des adultes concernant les enfants, considère l’une des responsables d’un projet : « Pour moi le plus gros frein, c’est toujours convaincre les adultes que les enfants vulnérables ont les capacités de participer… c’est ce qui prend le plus de temps. C’est de convaincre les adultes que les enfants peuvent participer, qu’ils ont des tas de choses à dire, qu’ils sont intéressés. Une fois qu’on a passé ce cap-là, ça va. » Ceci n’est pas sans rappeler les observations réalisées par Elsa Albarello et Muriel Wiliquet dans le cadre de leur étude concernant le point de vue de jeunes de 10 à 18 ans concernant leur propre participation en Fédération Wallonie-Bruxelles (Albarello, Albarello, Wilique, Mouraux, 2007): ces jeunes ont l’impression que leurs possibilités de participation ne sont pas nécessairement associées à une réelle prise en compte de leur avis par les adultes. Ils sont ainsi volontaires pour prendre des décisions qui les concernent, mais pas convaincus de l’intérêt qui leur est porté. Un autre responsable observe qu’il s’agit parfois également pour les jeunes eux-mêmes de se « défaire certains préjugés » concernant leurs propres compétences par rapport à celles de professionnels.
S’il nous semble essentiel de saluer la qualité des projets participatifs qui existent sur notre territoire, le manque de moyens dont ils disposent témoigne d’un cruel paradoxe. Les moyens financiers constituent le nerf de la guerre, avec « des moyens humains qui font défaut ». Ce manque de moyens n’est pas nécessairement un obstacle insurmontable pour les professionnels motivés — « Course aux subsides, oui, est un frein, mais en même temps j’ose espérer que même s’il n’y avait pas de subsides, on le ferait » —, mais constitue néanmoins un frein important « car cela implique plus de temps, on doit parfois faire des choix ; ce n’est pas forcément facile ». L’une des jeunes impliquées dans un projet témoigne de cet aspect : « On a dû se battre dès le début, on a dû trouver des fonds, des subsides, on est allé défendre notre projet dans différents bureaux, pour qu’ils puissent nous aider et se faire entendre aussi ». « Le problème, c’est toujours une question de moyens. Le problème de la subsidiation, c’est toujours… cela pose question, quand même, que ça soit une fondation qui doive répondre à ça », partage un responsable de projet qui identifie un manque de financement des politiques publiques — ceci étant associé à un manque d’intérêt ou de reconnaissance. Ce paradoxe du secteur social n’est pas nouveau : face aux personnes en situation de précarité et/ou de pauvreté qui constituent son public cible, il est lui-même soumis à un manque de moyens ; une précarisation du travail social.
Selon Céline Bryon-Portet (2011, p. 107 – 118), c’est particulièrement au niveau local qu’émergent des pratiques participatives. On voit apparaitre des formes institutionnalisées de solidarité, liées à l’environnement géographique et aux relations de voisinage. Mais l’auteure précise aussi qu’on retrouve une dimension fonctionnelle de l’entraide locale mise en place par des associations ; ces formes de soutien apparaissant plus rigides et codifiées que celles liées aux liens spontanés. Le développement d’initiatives locales pose aussi la question des prises en charge inégalitaires : dépendantes du local, elles font écho aux inégalités qui subsistent entre les territoires (Cazottes, 2014, p. 150 – 167).
Enfin, la participation des personnes en situation de pauvreté ne doit pas à se réduire à celle des enfants, sinon on se retrouve face au paradoxe dénoncé par le Centre socialiste d’éducation permanente (Cesep) (2015): « La participation a le vent en poupe, au-delà du public et du cadre spécifiques de cette recherche. Pour autant, il faut se demander si ces dispositifs ne font pas voir aux jeunes qui les fréquentent des espaces de débat et de décision qui, ailleurs et plus tard, leur seront bien souvent fermés. »
Synthèse en guise de conclusion
Si des initiatives telles que celles retenues dans le cadre de notre étude existent et sont à valoriser, nous constatons néanmoins que la participation demeure difficile à mettre en œuvre concrètement (Bee et al., 2015, p. 1834‑45).
Il s’agit d’abord d’identifier ce qu’un est un projet participatif pour envisager d’en mettre un sur pied. Nous l’avons évoqué, le concept recouvre des sens différents selon le domaine étudié, ce qui peut être une source de confusion. La participation des enfants et des jeunes peut prendre plusieurs formes, associées à des niveaux plus ou moins importants. Puis, si les projets existent, encore faut-il qu’ils soient visibles, pérennes et/ou accessibles, d’autant qu’ils demeurent plus accessibles aux familles disposant de plus de revenus qu’à celles en situation précaire. En outre, développer un projet pour favoriser la participation des enfants et des adolescents correspond à une démarche différente de celle d’encourager les projets imaginés par ces mêmes jeunes. Lors de la mise en œuvre de la recherche, nous avons nous-mêmes été confrontés à nos propres contradictions, puisque c’est en tant qu’adultes que nous avons fait appel à des intervenants (eux aussi adultes) pour évoquer ces questions.
Ainsi, la participation des enfants et des jeunes se heurte-t-elle encore à des obstacles, qu’ils soient de nature plus concrète ou plus abstraite, et plus pernicieuse. Des écarts entre théorie et pratique peuvent aussi subsister. Affirmer encourager la participation ne suffit pas ; il est nécessaire d’y mettre les moyens pour être à la hauteur des attentes et des enjeux. Enfin, il s’agit de garder à l’esprit que la participation présente des limites, voire des revers. Comme cela a pu être dénoncé pour le concept de l’empowerment, le risque est de se satisfaire d’une injonction à la participation qui ne serait pas assortie de moyens pour rendre cette participation possible, ce qui contribuerait alors, dans un même mouvement, à déresponsabiliser les pouvoirs publics et (sur)responsabiliser les individus les plus vulnérables (De Vriendt, 2011, p. 37‑43 ; Willaert, 2011, p. 5‑8).
- Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, Des faits et des chiffres, 2018 (consulté le 7 octobre 2018).
