Nouvelle direction
Vivace. Voilà le tempo de la partition à quatre mains jouée par la codirection de La Revue nouvelle depuis plus de 10 ans. Arrivés aux commandes en 2013, Christophe Mincke et ses colistiers successifs, Thomas Lemaigre et Azzedine Hajji, ont accompagné le projet dans toutes ses dimensions : budgétaire, éditoriale, rédactionnelle, administrative, communicationnelle, etc. La Revue nouvelle, […]
Vivace. Voilà le tempo de la partition à quatre mains jouée par la codirection de La Revue nouvelle depuis plus de 10 ans. Arrivés aux commandes en 2013, Christophe Mincke et ses colistiers successifs, Thomas Lemaigre et Azzedine Hajji, ont accompagné le projet dans toutes ses dimensions : budgétaire, éditoriale, rédactionnelle, administrative, communicationnelle, etc. La Revue nouvelle, c’est une symphonie et parfois, ça grince, ça s’accorde et se désaccorde pour trouver le « bon ton ». Car, comme dans un orchestre, il faut savoir gérer (bénévolement) un mode tutti, où aucun instrument n’est laissé de côté. Il n’y a pas de rythme andante, ça se fait toujours un peu au forceps. Mais, au final, les huit numéros annuels de La Revue nouvelle ont été publiés, con brio même si parfois, douloureusement. Sans fausse modestie, on peut se réjouir que de nombreux numéros phares jalonnent le parcours éditorial. Il est impossible de les choisir et de les épingler dans ces pages, mais on sait qu’ils sont bien au chaud dans les bibliothèques et que leurs analyses pourront être utilisées et saisies par des professionnel·les, des étudiant·es, des citoyen·nes au gré de leurs réflexions et travaux. Alors, il s’agit ici, avant toute autre chose, de remercier risoluto les équipes et les personnes qui ont endossé la direction d’un projet un peu fou, en dissonance avec les préceptes contemporains. En affirmant un droit à l’analyse de fond, argumentée et accessible, qui pointe du doigt avec sérieux les injustices, les incohérences et les idées simplistes, qui déconstruit des normes et des logiques considérées a priori comme valides, La Revue nouvelle se positionne en porte-à-faux du tempo de notre monde actuel, de ses chefs et de ses mantras. Ce n’est pas forcément confortable, mais c’est assurément animato.
Aujourd’hui, une nouvelle page s’ouvre. Parce nous sommes réalistes, la prudence nous empêche d’annoncer, tambour battant et trompettes claironnantes, en mode fortissimo, la mise en place d’une nouvelle direction. Toutefois, cette dernière est réjouissante et inédite. Après huit décennies de direction assurée par des figures masculines, La Revue nouvelle passe officiellement le flambeau à… un quatuor féminin. Marie-Sophie du Montant, ex-rédactrice en chef de notre revue et chargée de projets culture à l’ULB, Cristal Huerdo Moreno, traductrice, maitresse de langues à l’UMONS et à l’UCL-Saint-Louis, Charlotte Maisin, chercheuse en sciences sociales à la Fédération des Services Sociaux, ainsi que Laurence Rosier, professeuse de linguistique à l’ULB et autrice forment, aujourd’hui, le noyau qui portera le projet de La Revue. Elles le feront avec l’équipe rédactionnelle, le comité de rédaction, l’assemblée générale et vous, cher·e lecteur·ice.
Une nouvelle équipe, c’est aussi un renouvellement de projet. Il y aura des priorités, parce que le temps est compté et la vie va plutôt crescendo. Les deux premiers actes que cette direction à huit mains va proposer sont de l’ordre de la survie du projet, ils touchent aux aspects budgétaires et éditoriaux. En effet, le subside de l’aide à la presse que nous percevons actuellement, bien qu’indispensable, ne suffit plus. Il manque de l’argent pour espérer exister encore dans 18 mois. La somme à réunir n’a rien d’une montagne, mais, sans elle, notre projet s’éteindra. Ce qui est en jeu, globalement, ce n’est pas seulement une revue, c’est une autre manière de réfléchir et de tracer des alternatives enthousiasmantes là où les dystopies gagnent du terrain. Pour continuer à faire entendre ce contrepoint, il nous faut aujourd’hui plus que jamais votre soutien pour que quelques milliers d’euros s’ajoutent à une trésorerie diminuendo — cela peut se faire de multiples manières, via une souscription à la revue, un abonnement en cadeau, un don ou un legs, un partage de nos publications sur les réseaux sociaux, etc. Le second défi consiste à élargir le cadre des d’auteurs et d’autrices, des allié·es, des lecteur·ices. L’idée, c’est de faire communauté. Nous souhaitons des collectifs adaptés à nos cadences (et à nos multiples engagements et front laborieux, qu’ils soient professionnels ou privés), c’est-à-dire impliqués, empreints de liberté, curieux, joyeux et critiques. Nous espérons que, d’ici quelques mois, cette dynamique sera porteuse de quelques changements, car si nous sommes profondément attachées au projet éditorial de La Revue, nous pensons aussi qu’il peut et doit évoluer dans sa forme.
Notre quatuor, féminin et intergénérationnel, n’a pas l’habitude de chuchoter. Nous n’allons pas la jouer adagio et pianissimo face à un contexte politique, social, économique en défaveur d’une revue intellectuelle de débats et d’opinions, ancrée à gauche. La Revue s’inscrit dans un environnement de plus en plus menaçant et devient, soyons claires, davantage une cible à éliminer qu’un artefact toléré. Nous sommes déterminées à la défendre, publiquement et dans ses instances internes. Nous le ferons dans le dialogue et sans complexes, toutefois conscientes de nos privilèges (et des idées préconçues qui s’y associent inévitablement) de femmes blanches, européennes, aisées. Et nous l’écrivons encore, tant ce message mérite d’être inlassablement répété : aujourd’hui, nous sommes plus que jamais convaincues de la nécessité d’une réflexion qui ne s’épargne ni la complexité ni les nuances ; de débats qui mobilisent des arguments fondés et non fallacieux ; de sujets qui ne s’embarrassent pas de complaisance face aux idéologies dominantes ; d’une vision de la presse libre et indépendante, soutenue publiquement dans le but de construire une démocratie saine. Seul·es nous n’y parviendrons pas, avec vous, nos abonne·és, nos allié·és d’un jour, d’une année ou d’une vie, si.
Ce sera un quatuor en mode allegro. Nous remercions les anciens directeurs de nous léguer le pupitre. Aujourd’hui, nous vous adressons un appel qui ne relève ni du slogan éphémère ni de la ritournelle creuse : soutenez la Revue et rentrez, cantabile, dans la danse !
