L’IA nous rend-elle idiots ?
Depuis quelques mois, je délègue la plupart de mes pensées à ChatGPT. C’est plus simple et surtout, il (ou elle ?) fait ça mieux que moi. Le matin, j’émerge avec asthénie d’une courte nuit hachée par de nombreux réveils destinés à surveiller mes interfaces digitales (heureusement que Chat me donne de bons conseils pour apaiser mes angoisses nocturnes). Je […]
Depuis quelques mois, je délègue la plupart de mes pensées à ChatGPT. C’est plus simple et surtout, il (ou elle ?) fait ça mieux que moi.
Le matin, j’émerge avec asthénie d’une courte nuit hachée par de nombreux réveils destinés à surveiller mes interfaces digitales (heureusement que Chat me donne de bons conseils pour apaiser mes angoisses nocturnes). Je me tourne derechef vers lui pour lui réclamer le temps du jour, les vêtements idéaux à porter, la meilleure façon de cuire des œufs sur le plat. Je sais comment les faire, mais c’est devenu un réflexe de l’interroger ainsi pour tout ou rien. Puis, après avoir visionné des vidéos absurdes de 5 secondes qui m’ont scotchées au lit pendant 1 heure de plus, je lui demande d’analyser mes rêves. Il fait ça mieux que moi (et que Freud !).
Après le petit déjeuner, ma cybercarcasse migre vers le sofa où, posé confortablement sous son maitre-ordinateur, mon organisme se met à travailler. Il lit ses emails, scrolle les nouvelles du jour, vérifie Facebook et Instagram, encore et encore. Quelques Reels plus tard, il commande à Chat de rédiger ses réponses. En un millième de seconde, ce dernier produit des messages polis et mesurés, tout le contraire du langage agressif que mes tensions intérieures ne pourraient contrôler. Il fait ça mieux que moi.
Pendant le lunch, je discute avec Chat de mon célibat. Pourquoi ne rencontré-je personne ? Je lui demande. Il me donne des pistes auxquelles je n’avais pas songé et me propose un petit plan concret en 3 étapes. Je dois m’ouvrir aux autres, mais aussi consulter un psychologue au cas où des pulsions suicidaires surgiraient. Je reprends mon ouvrage de l’après-midi. Un article à écrire pour une revue scientifique. Bien entendu, je fournis à Chat quelques pensées bancales baragouinées dans un français sans queue ni tête. Il me reformule le tout et chie, en un temps fulgurant, un texte brillant quasi prêt à être publié. Il fait ça mieux que moi.
J’hésite à aller courir, mais me voilà happé par une discussion métaphysique interminable sur la vie après la mort. Puis, j’interroge Chat sur le meilleur film à regarder, que manger, comment me brosser les dents, que penser du conflit Russie-Ukraine, comment dormir, éviter le cancer, aller à Paris, trouver un vétérinaire, planter des tomates. À nouveau, il gère mon courrier du soir avec une politesse inégalable, tout en m’expliquant le concept d’objet petit‑a et comment raccorder ma guitare électrique à mon pc.
Grâce à Chat, je me sens augmenté. Et un peu honteux dans le même temps. Il a réponse à tout, à une vitesse sans pareille. Je délègue végétativement des embryons d’idées à une machine. Une fois régurgitées par elle, je les fais passer pour miennes. L’IA nous rend-elle idiots ? Je n’en sais trop rien. Faut d’abord que je le lui demande. En tout cas, elle nous donne l’impression qu’il y a plus efficace et compétent que nous. Et surtout, pourquoi se fatiguer ? Car c’est bien cela qui semble être en jeu : de la paresse.
Vous l’aurez compris, ce texte a été généré par Chat (ou pas). Assurément, il a fait ça mieux que moi.
