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L’homme qui valait un milliard

Numéro 5 Août 2025 par Louis Reul

août 2025

Le titre de ce billet s’inspire bien évidemment d’une célèbre série télévisée américaine de science-fiction et de fantastique, diffusée entre le 7 mars 1973 et le 6 mars 1978, « L’Homme qui valait trois milliards » (NB : en francs français de l’époque). Le pitch : « Le colonel Steve Austin, un astronaute américain chevronné, a fait partie de ceux qui ont marché […]

Billet d’humeur

Le titre de ce billet s’inspire bien évidemment d’une célèbre série télévisée américaine de science-fiction et de fantastique, diffusée entre le 7 mars 1973 et le 6 mars 1978, « L’Homme qui valait trois milliards » (NB : en francs français de l’époque).

Le pitch : « Le colonel Steve Austin, un astronaute américain chevronné, a fait partie de ceux qui ont marché sur la Lune. Plusieurs mois après, redevenu pilote d’essai pour la NASA, et alors qu’il pilote un engin expérimental lors du test en vol d’un nouveau jet (…), il est victime d’une avarie qui le contraint à un atterrissage en catastrophe. Il ne peut alors éviter le crash de son appareil, et est gravement blessé.

À la suite de son accident, il subit une intense opération chirurgicale, au cours de laquelle certaines parties de son corps (dont le bras droit, les jambes et l’œil gauche) sont remplacées par des prothèses bioniques dernier cri valant six millions de dollars, qui améliorent considérablement ses performances physiques. Il peut dès lors courir bien plus vite, voir bien plus loin et soulever des charges bien plus lourdes. Cependant, le grand froid (à une température en dessous de 0 °C) rend inutilisable sa force bionique. »1

Cette série n’est pas passée inaperçue, c’est le moins que l’on puisse dire, elle est devenue, avec le temps, culte.

Et bien, nous avons un tel héros parmi nous, près de chez nous.

Maxime Prévot s’est crashé aux élections de 2019 mais, tel un phénix, il est sorti grand vainqueur en 2024 d’une remontada jugée époustouflante par tous les observateurs. Son bras droit avait entretemps été renforcé, son œil gauche recentré et ses deux jambes (le bon sens et l’équilibre) remises sur pied. Pour la petite histoire, dans le générique, sur « le schéma technique c’est le bras gauche qui est présenté comme devant être remplacé alors que c’est bien entendu la prothèse du bras droit qui est finalement montrée et installée. »2

« Pour les astrologues (égyptiens), la naissance d’un phénix marquait le début d’une révolution sidérale. »3

Et pour ce qui est d’une révolution, on a été sidéré.

À peine installés, les gouvernements du côté francophone prennent trois décisions majeures : baisse à 3 % des droits d’enregistrement, réduction importante des droits de succession et fin des nominations dans l’enseignement et, plus largement, dans les administrations concernées.

À la grosse louche, le cout total de ces trois mesures pourrait tourner autour d’un milliard.

À la grosse louche ?

Ben oui, les gouvernements concernés n’en savent pas grand-chose ; la seule certitude c’est que ces trois orientations ont été prises sans disposer d’informations suffisantes pour prendre une décision raisonnée ! Mieux encore, aucun des experts autoproclamés n’a soulevé – publiquement en tout cas – le fait que, pour le moment, le fédéral subventionne indirectement la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Wallonie en prenant à sa charge une partie des pensions des statutaires ; dès lors, toutes choses égales par ailleurs, passer à des CDI fait augmenter le cout salarial à charge de Fédération !

Il est de bon ton dans les débats politiques de confronter les décideurs à leurs engagements programmatiques. Et relire les programmes électoraux à la lumière des accords passés révèle toujours des surprises. Voici le passage de celui des Engagés consacré aux droits d’enregistrement : « Réduire – voire supprimer – les droits d’enregistrement pour l’achat de la première résidence, la remplaçant par une taxe annuelle basée sur la valeur du bien et dont le total ne pourra jamais dépasser le montant des droits d’enregistrement. Parallèlement, augmenter les droits d’enregistrement pour les acquisitions immobilières ultérieures, afin d’équilibrer le marché et de favoriser l’accès à la première propriété. »

Un point sur trois est concrétisé (la baisse des droits d’enregistrement), mais c’est la part la plus couteuse pour les finan-ces publiques wallonnes… et la plus facile donc à faire passer puisqu’il s’agit d’une baisse de la pression fiscale.

Aucune ambigüité quant à la réforme des droits de succession. C’est quasi un copier-coller du programme des Engagés. Le MR n’en demandait pas tant dans son programme ; il lui a suffi d’écouter son nouveau bras droit.

Pour ce qui est de la fin des nominations dans l’enseignement, le programme disait autre chose : « La rigidité du régime statutaire actuel est un frein dans le parcours professionnel des enseignants débutants. C’est pourquoi nous voulons, dans le cadre d’une réforme plus large de la fonction publique, évaluer la pratique des nominations au regard de la nécessaire modernisation du secteur public afin de répondre à divers enjeux comme le cout des pensions, la gestion des ressources humaines, la précarité des débuts de carrière… En ce qui concerne l’enseignement, dans l’attente de cette modernisation et au vu du souhait de revalorisation salariale, nous souhaitons laisser le choix aux enseignants entre le statut de nomination actuel et un statut alternatif […] ». Une fois de plus, dans l’excitation de la victoire, on a oublié l’évaluation qui était promise par les Engagés et oublié l’idée de proposer le choix, pour un temps en tout cas.

La responsabilité de ces décisions, qui vont plomber le pilotage politique et budgétaire de ces gouvernements, est évidemment partagée entre les partenaires de la majorité, mais, indubitablement, la patte des Engagés a été ici essentielle, voire déterminante.

Plus qu’au niveau fédéral, où les acquis des Engagés semblent moins nombreux ou moins forts ; même l’exigence centrale dans le programme d’une croissance des soins de santé de 3,5 %, claironnée pendant des mois comme incontour-nable, n’a pas été obtenue. Sans parler de la « bonne blague » que lui a jouée Bouchez. Souvenez-vous, les pouvoirs bioniques ne fonctionnent pas sous 0°, et il a fait froid pendant le weekend où l’Arizona a été mise sur rails.

Et voilà déjà notre prodige qui s’est exfiltré à l’international. Il est légitime, dans notre petit pays, d’avoir des ambitions internationales. Mais si vite ? Parce que le bilan ministériel de Prévot n’est quand même pas extraordinaire ; trois ans avec les compétences des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine dans le gouvernement Magnette n’ont pas laissé le souvenir de réalisations remarquables. Il est piquant de constater que cette parenthèse ministérielle n’est même pas évoquée dans l’interview de Prévot donnée à l’avenir ce 11 février 2025. Ce n’est en tout cas pas l’assurance autonomie qui a avancé sous sa responsabilité.

Intéressante l’allusion à l’assurance autonomie : elle était in illo tempore une des mesures phares du CDH. Elle est aujourd’hui reléguée dans les oubliettes de la fin de la législature et n’en sortira certainement pas si la réforme des droits de succession est confirmée.

Il parait que les années d’opposition ont servi à peaufiner des propositions originales, faisables, équilibrées et, bien sûr, responsables. Sauf qu’on ne les a pas suivies ou qu’on ne disposait même pas de l’amorce d’un chiffrage budgétaire. Il faut être particulièrement peu attentif – voire naïf – pour croire à un renouveau radical comme l’affirment complaisamment les Engagés eux-mêmes et ceux qui y croient (encore). Les communicants l’ont emporté sur les militants.

Prévot trouvait Macron « très inspirant » en 2017 ; on aurait dû se méfier.

Hubris4 encore, hubris toujours…

  1. AlloDoublage. (s.d.). L’Homme qui valait trois milliards.http://www.allodoublage.com/fiches-series/definition.php?val=3923_homme+qui+valait+trois+milliards
  2. Wikipédia. (s.d.). L’Homme qui valait trois milliards. Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Homme_qui_valait_trois+milliards
  3. Encyclopædia Universalis. (s.d.). Phénix (mythologie)https://www.universalis.fr/encyclopedie/phenix-mythologie/
  4. Gombert, G. (2019, 22 mars). Le syndrome d’hubris ou quand le pouvoir rend fou. Hellowork. https://www.hellowork.com/fr-fr/medias/syndrome-hurbis-quand-pouvoir-rend-fou.html

Louis Reul


Auteur

est un pseudonyme. Il est un observateur attentif de la vie socioéconomique et politique.
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