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Les discours des syndicats policiers face aux violences

Numéro 5 – 2021 - police syndicat Violences par Sybille Smeets Carrol Tange

juillet 2021

En situation de crise sanitaire, la dénonciation récurrente par les syndicats de formes variées de violences à l’égard de la police s’est redoublée dans les médias de celle de violences policières, connaissant des répercussions au niveau politique. Les prises de position des syndicats policiers méritent à cet égard un examen attentif de l’évolution de leurs ressorts performatifs, situés dans un contexte à la fois professionnel et sociétal, ordinaire et de crise.

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Dans le contexte de crise sanitaire internationale, la remise en cause de violences policières a été propulsée avec plus ou moins de persistance à l’avant-plan dans les médias de diffusion de l’information (presse écrite, télévision et radio, mais aussi réseaux sociaux) européens et américains et dans l’agenda politique. En Belgique, tant à l’occasion d’incidents médiatisés qu’en raison de ce contexte, un débat jusqu’alors limité depuis les années 1990 à des dénonciations de violence à l’égard de la police a été ouvert à propos des deux types de violences. Des organisations syndicales participent de manière notable à ce débat, avec un discours qui peut interpeler en ce qu’il met en avant, outre une dégradation des relations entre la police et certaines populations, essentiellement les violences subies par les policiers et le « police bashing » discréditant l’institution dans son ensemble. Sur un ton typiquement emphatique, un syndicat professionnel, récusant notamment les accusations de profilage ethnique, a ainsi dénoncé de manière générale une situation sociétale caractérisée par un accroissement de diverses formes de violence dans les relations interpersonnelles, que ce soit dans les médias sociaux ou sur la voie publique, la police constituant un « bouc émissaire responsable de tous les maux de notre société ». Une société « assiégée », dont les citoyens sont appelés à bien réfléchir : « le loup parviendra-t-il à vous convaincre que le chien de berger est l’être le plus maléfique qui soit ? Une fois ce brave chien éliminé, le mouton serait alors une proie bien fragile ! Ou bien, dit autrement, une fois la police empêchée d’agir, qui s’érigera en dernier rempart pour préserver notre État de droit ? » (SNPS, Infos, 17 juin 2020). S’il est évident que la police est le chien de berger, et les citoyens les moutons, reste à savoir qui sont les loups menaçant cet État de droit. Et surtout comment, pour les syndicats, le berger qu’est l’autorité publique est invité à répondre à cet appel : « Le choix est simple mais essentiel : c’est le modèle sociétal de demain qu’il faut écrire ! » (SNPS, Infos, 12 juillet 2020).

Si un tel discours interpelle dans la foulée des incidents émaillant la manifestation Black Lives Matter (BLM) de juin 2020 à Bruxelles, il invite à en comprendre les ressorts performatifs et les contextes institutionnel et sociétal. Un contexte dont un incident récent parait confirmer l’importance autant que la complexité : le 15 novembre 2020, sur fond de négociations tendues entre syndicats et gouvernement fédéral, la vidéo d’un contrôle Covid-19 d’un groupe de jeunes hommes à Ixelles est diffusée sur les réseaux sociaux. On y voit des policiers entourés et frappés de manière répétée pendant que certains filment la scène, façon « happy slapping » (vidéolynchage ou vidéoagression)1. Outre l’importance que prennent de plus en plus les images dans le débat sur les violences, qu’elles soient policières ou à l’égard de la police, un tel incident illustre et met en évidence les prises de position syndicales. Nous nous efforcerons de souligner à la fois les ressorts discursifs des positions observées ces dernières années et d’en livrer certaines clés de compréhension2. Avant de ce faire, il est cependant nécessaire de brosser quelques éléments du contexte institutionnel dans lequel ces coalitions professionnelles se positionnent dans la défense des intérêts d’un personnel policier caractérisé par une condition bien singulière.

Émergence du discours syndical

Le paysage des coalitions professionnelles policières en Belgique a été profondément structuré par la réforme des polices de la fin des années 1990. Sans revenir sur la genèse du fait syndical parmi les services de police, on retiendra que la réforme va intégrer tout en le cadrant légalement tant le paysage policier que sa représentation professionnelle. Deux types d’organisations syndicales en émergent.

D’une part, des émanations de syndicats intersectoriels, aux orientations politiques marquées (socialistes, chrétiennes ou libérales): on y retrouve la Centrale générale des services publics-Administrations et institutions (CGSP-Admi), le Syndicat libre de la fonction publique-Police (SLFP-Police) et la Confédération des syndicats chrétiens-Services publics (CSC-SP). D’autre part, des agrégations avant tout sectorielles d’organisations professionnelles reconnues depuis la réforme : le Syndicat du personnel de police et de sécurité (SNPS) et Sypol.be. Seuls les quatre premiers ont toutefois le statut légal de syndicats représentatifs (atteignant 10% du personnel de la police intégrée), SLFP-Police et SNPS se taillant la part du lion et revendiquant chacun entre 18.000 et 20.000 membres, pour un personnel policier belge d’environ 35.000 fonctionnaires de police et civils3. Cette représentativité est cruciale en ce qu’elle conditionne la présence des syndicats à la table des négociations avec l’employeur ainsi que l’obtention d’un financement public leur permettant d’assumer leur rôle (Strebelle, Tange, 2001). En découle une indéniable concurrence, les syndicats s’efforçant de manière générale de fournir à leurs affiliés le meilleur package de services, notamment juridiques. Tant cette mise en régime de concurrence que la recomposition de la représentation professionnelle lors de la réforme constituent des clés de compréhension des revendications et stratégies communicationnelles des uns et des autres dans la défense des intérêts de leurs affiliés.

Si durant les derniers mois précédant la décision sur le principe de la réforme des polices, les prises de position syndicales portaient essentiellement sur la place et les finalités de la police, à partir de la loi de réforme, les syndicats représentatifs ont surtout discuté d’enjeux sociaux plus classiques liés au leitmotiv de « la sainte trinité : une meilleure paie, un statut protecteur et une pension plus généreuse4 ». Sans plus se limiter au processus de mise en œuvre de la réforme, les conditions de travail des fonctionnaires de police, ainsi que les moyens leur permettant d’assumer leurs fonctions opérationnelles, ont constitué dès lors, et constituent toujours actuellement, le cœur des réunions de consultation et de négociation structurellement mises en place entre représentations syndicales et directions ou autorités de police.

Les résultats de ces réunions sont évoqués régulièrement dans les organes de communication des syndicats ou, le cas échéant, dans les médias, lorsqu’un mouvement de grève (ou de grève du zèle) est annoncé, en général en front commun syndical. Dans ce cadre, les manques de moyens et, surtout, d’effectifs, entrainant de mauvaises conditions de travail et une surcharge des tâches, y compris qualifiées par les syndicats d’«indues »5, y sont systématiquement présentés, parfois de manière très appuyée, comme constituant un danger accru pour les policiers : « Aujourd’hui, la police est comme une auto qui a perdu ses pneus mais continue à rouler sur ses jantes » (SLFP-police, Le Soir, 25 novembre 2015).

À partir de 2015, l’actualité des attentats terroristes (en France, puis en Belgique) et la crise sanitaire ont redonné du grain à moudre aux discours sur le rapport entre manque de policiers, recrudescence des atteintes à l’intégrité physique des policiers et détérioration de leur santé, y compris mentale : « Depuis les attentats terroristes, on en demande toujours plus à la police […] On a eu les brigades Covid du confinement, puis il y a eu les devoirs d’enquête qui n’avaient pu être réalisés pendant le confinement. On a eu le police-bashing avec tout le débat sur les violences policières, et maintenant nous avons de nouvelles mesures à faire respecter. C’est dur physiquement, mais c’est aussi dur mentalement, il y a un énorme filtre au niveau du parquet, et les policiers passent leur temps à rédiger des PV qui finissent à la poubelle… On a l’impression de tenter de remplir le tonneau des Danaïdes » (SLFP-police, Le Soir, 19 octobre 2020).

Une condition policière aux liens troubles avec la violence

Toutefois, si l’on examine les discours des syndicats représentatifs durant la dernière décennie, on constate que, alors que les CGSP-Admi et CSC-SP semblent s’en tenir globalement à ce positionnement focalisé sur les conditions de travail dans la fonction publique en général, les SNPS et SLFP-Police communiquent en outre activement à l’occasion d’incidents impliquant des policiers.

Dans ce cadre, les discours qui s’attèlent à dénoncer les violences à l’égard de policiers et, parfois, à répondre aux critiques des violences commises par des policiers, prennent une place de plus en plus importante dans leurs communications et interviews. Des incidents graves et décès de policiers dans l’exercice de leur fonction, se produisant à intervalles réguliers, amènent le SLFP-Police à proposer, dès fin 2010, un « Protocole contre la violence dont les policiers sont les victimes6 ». Les années 2010 et 2020 sont, à cet égard, marquées par de très nombreux communiqués se positionnant à l’égard de telles violences et exprimant un refus de les considérer comme étant « inhérentes à la fonction » (SLFP-Police, 2012).

Jouant sur les tensions entre le caractère professionnellement singulier, fréquemment attribué aux métiers policiers, et des conditions de travail classiques, leurs discours illustrent en définitive la centralité d’une rhétorique de « condition policière » spécifique qui serait caractérisée par une forme de sort commun fondé sur des différences par rapport aux « autres » (professions ou personnes) (Monjardet, 1996) et créatrices d’une solidarité professionnelle d’autant plus forte [Skolnick, 2005 (1994), 270] qu’elle repose sur le partage de deux dimensions centrales : d’une part, le risque policier (qui vise le policier ès qualités) susceptible de mettre à mal la légitimité du policier par l’atteinte à son autorité symbolique et, d’autre part, la vigilance à son égard, vécue comme une suspicion récurrente (Monjardet, 1996, 186 sq). Monjardet met ainsi en évidence trois stéréotypes partagés par une majorité de policiers et que l’on retrouve dans les discours syndicaux : « l’incompréhension (réciproque) des médias et du public, la préoccupation à l’égard d’une efficacité difficilement mesurable et l’affichage d’une exigence minimale d’honnêteté » (1996, 160).

Cette insistance sur la « condition policière » permet ainsi d’affirmer que les policiers constituent « une catégorie de travailleurs à part » (Berlière, 1987, 67) pour lesquels il convient donc d’adapter les mesures de protections professionnelles et juridiques à cette exceptionnalité : « Nous voudrions que la violence contre les policiers soit considérée comme une atteinte à l’État de droit. […] la société a le devoir moral d’oser les solutions les plus dures pour l’endiguer. […] Le principe serait qu’un acte de violence à l’encontre d’un fonctionnaire de police ne reste jamais impuni. Il faut non seulement alourdir les sanctions, comme c’est déjà prévu, mais également faire en sorte que les peines soient effectives » (SLFP-Police, 2012).

Dans les discours syndicaux examinés, et en particulier au travers des prises de parole des SLFP-Police et SNPS, ces dimensions (risque, vigilance, incompréhension) s’articulent ainsi autour de deux thèmes récurrents : celui du « soutien des autorités » (nous y revenons plus loin) et celui du « respect de l’autorité (symbolique)», comme ce qui devrait commander le « respect » de la part de certaines populations, et en particulier des jeunes de certaines origines ou quartiers et dont l’absence entraine les violences de part et d’autre. Peut-être en raison de la prise de parole croissante des syndicats sur la question, la dénonciation des violences à l’égard de policiers semble se faire depuis dix ans plus systématique et radicale. Elle évoque désormais tant des atteintes physiques que des agressions verbales émanant non seulement d’«auteurs » (d’infractions), mais également d’un nombre croissant de « citoyens lambda » (SLFP-Police, Violence contre les policiers : pour une approche globale, 2011, p. 2).

Déjà en 2012 le SLFP-Police dénonçait le fait « non seulement que cette violence à l’égard des policiers augmente […], mais aussi qu’elle fait désormais l’objet d’un véritable partage sociétal : hier encore, ces violences n’étaient exercées que par une frange particulière du public — les truands, les délinquants… —, aujourd’hui, elles sont également le fait du citoyen lambda qui, agacé par un contrôle, peut à tout moment se muer en agresseur ». Les refus de l’autorité du policier par des « citoyens infractionnels » (SNPS, Infos, 23 mai 2020) sont donc interprétés comme une dégradation plus fondamentale des rapports sociétaux et de la reconnaissance même des principes d’un État de droit. Mais ce faisant, est englobée dans le même raisonnement une variété toujours plus grande de comportements, dont le seul dénominateur commun est l’intervention de policier et le postulat du consentement citoyen à son autorité. Et face à l’absence de consentement, ce sont encore la force et la sanction qui sont convoquées au titre de moteurs de la restauration du respect de l’autorité symbolique du policier. Loin de reconnaitre cette perte du consentement de ces populations pour autre chose qu’un laisser-aller général, le raisonnement adopté s’arcboute sur le monopole de l’exercice de la force publique et fait même des violences policières sa face obscure, celles-ci manifestant à l’occasion d’incidents (certes déplorés) une réalité estimée déplorable et les conséquences de la remise en cause du postulat du respect dû à l’autorité que le policer incarne.

Ainsi, si dans la question des violences, ce sont, sans surprise, essentiellement les violences à l’égard de policiers qui sont dénoncées par les syndicats, la définition même de ce qui constitue ces violences est singulièrement large tant que cela concerne le policier en tant que victime : agressions physiques avec ou sans arme, mais aussi agressions verbales — menaces, insultes et impolitesses — placées, plus que « les coups »7, au cœur de tensions caractérisant au quotidien les relations de la police. Auditionné le 7 juillet 2020 par la commission des affaires intérieures et de la justice sur le thème des violences à l’encontre des policiers et des secouristes, le SNPS, prolonge ces dénonciations des violences contre des policiers, par celle de violences dans les médias sociaux, l’englobant dans ce qu’il estime constituer du « police bashing […] Ces formes de violence verbale, jugées inacceptables, constituent une nébuleuse allant de la critique argumentée à l’insulte pure et simple » (SNPS, Infos, 7 juillet 2020).

Pour autant, cette conception étendue des formes de violence contre la police, mobilisée dans le discours syndical, n’a pas vraiment d’équivalent du côté des personnes soumises à ces interactions négatives et répétitives et n’a clairement pas sa place dans le discours de défense de la profession, d’autant qu’elle caractérise souvent l’expression de points de vue contre lesquels les organisations professionnelles se positionnent. Pourtant, hormis la dénonciation de certains gestes, plus rarement de certaines personnes (perdant alors leur dénomination de « collègue »), l’argumentation exonératoire de la responsabilité individuelle des policiers au nom de circonstances professionnelles est similaire à celle, renvoyant à des circonstances sociales, refusée aux auteurs d’actes de violence physique ou verbale contre la police.

Des fonctionnaires lâchés par leurs autorités ?

Dans ce cadre, la dénonciation de violences contre les policiers est également l’occasion pour les syndicats de pointer une inégalité de traitement des policiers et des citoyens dans la réponse des autorités à la violence, qu’il s’agisse de leurs droits en tant que personnes mises en cause ou de victimes, mais également de la célérité avec laquelle cette réaction intervient. Ainsi, après l’été 2016, dans la foulée d’incidents en région liégeoise durant lesquels des policiers usent de leur arme à feu, les syndicats critiquent les nouvelles normes « défavorables » aux policiers en cas de conséquences graves de certains usages de la force : « Alors que les députés adoptent […] un projet de Loi visant à étendre le droit à l’assistance d’un avocat, les fonctionnaires de police n’en auraient pas le droit et seraient menacés d’être privés de leur liberté en cas de refus de renonciation ou en cas d’un recours à la force/contrainte mais ayant occasionné des blessures graves ! Non, nous ne sommes pas des sous-justiciables pour lesquels les directives européennes s’appliquent à géométrie variable ! » (SNPS, Infos, 18 novembre 2016). La mise en évidence d’inégalités de traitement s’appuie notamment sur des tactiques d’objectivation visant à chiffrer correctement la situation, mais surtout à la contextualiser à l’aide de chiffres destinés tant à contrer les dénonciations de violences et abus policiers qu’à souligner celles subies par les policiers, ainsi que leurs conséquences pour l’institution, son image et son fonctionnement. Très récemment, le SLFP-Police s’indigne ainsi de la faiblesse du suivi judiciaire « face au phénomène des violences contre la police […]. Il relève que 33% des plaintes des policiers sont classées sans suite par les parquets, contre seulement 13% des plaintes pour coups et blessures entre citoyens “civils”» (Le Soir, 19 octobre 2020).

La dénonciation du laxisme (ou du non-soutien) des autorités est, à ce titre, une antienne syndicale, en particulier dans sa corrélation avec son effet le plus immédiat : un sentiment d’impunité des auteurs de violences à l’encontre de policiers que seule une politique de tolérance zéro serait à même de contrer car « par la politique de l’autruche menée durant des années, on a participé d’une part au développement dans la tête des “auteurs” qu’il n’y avait plus aucune limite et que tout était permis. Mais, d’autre part, nous constatons de plus en plus souvent que le “citoyen lambda” développe lui aussi une agressivité de plus en plus marquée à l’encontre des policiers, dès lors qu’il pense que cette violence n’est pas sanctionnée » (SLFP-Police, Violence contre les policiers : pour une approche globale, 2011, p. 2).

À nouveau, le caractère inéquitable du traitement des policiers par rapport au sort réservé aux citoyens mis en cause est pointé, cette fois pour en accentuer l’importance symbolique : « Le SNPS rappelle sa revendication d’une tolérance zéro à l’égard des auteurs de violence contre les policiers. Il ne faudrait pas que les auteurs de tels actes sortent des commissariats avant les policiers (privés de leur liberté en vue d’être entendus)!» (SNPS, Infos, 18 novembre 2016). Ou encore, à la suite d’une interpellation en juin 2020 de citoyens à la commune d’Anderlecht et Saint-Gilles quant à la question du profilage ethnique, le SLFP-Police soulignera que « se concentrer sur certains quartiers et individus n’a rien à voir avec du racisme […] Si la stigmatisation envers la police, continue, le travail de la police en Belgique deviendra impraticable […] Les gens doivent savoir quel type de police ils désirent avoir. Ne veulent-ils plus de contrôles ciblés dans les quartiers à problèmes ? Veulent-ils laisser la délinquance prendre le contrôle des rues et des autres habitants de quartier ? Ou bien veulent-ils une police forte qui soit effectivement orientée vers la communauté, mais stricte envers les criminels ? Si le choix tend vers cette dernière option, il doit être accompagné du soutien total des autorités » (Le Soir, 11 juin 2020). Comme le manque de respect qui serait est au cœur d’une dégradation de la relation à certaines populations, le manque de « confiance » et surtout de « soutien » est au cœur d’une détérioration de la relation aux autorités de police (administratives et judiciaires) autant que policières (hiérarchie au sein des organisations policières): « Les mesures sont claires, faites confiance à la police […] Il faut donner ce signal de confiance à la police par des poursuites au niveau judiciaire et que les communes imposent des sanctions administratives communales si un PV a été établi » (Le Soir, 1er octobre 2020) car « qui s’en prend à l’institution policière, s’en prend à la société » (SLFP-Police, Le Soir, 4 avril 2012). L’idée de fond étant qu’à trop remettre « injustement en cause » la police belge non seulement à l’occasion d’incidents impliquant ses membres, mais également sur la base d’évènements et remises en cause concernant la police d’autres pays (on pense en particulier à la France et aux États-Unis), on s’exposerait à des conséquences pour le « travail policier futur », affectant tant la condition policière que les conditions de travail : «[…] tous les collègues sur le terrain vont être confrontés maintenant et pour le reste du déconfinement à l’argument “Et la manif’ BLM alors!” lorsqu’ils interviendront pour des motifs d’irrespect des normes Covid, faisant encore un peu plus diminuer le respect normalement attendu de la fonction de police. […] Effet non négligeable : de très nombreux collègues (et aspirants) nous ont contactés pour nous signifier que jamais ils ne voudraient travailler à Bruxelles : la carence en personnel dans les six zones de police n’est pas près d’être effacée ! » (SLFP-Police, Nouvelles, 8 juin 2020)

L’extension médiatique du domaine de la lutte syndicale

Comme on le voit, les prises de position relevées jusqu’ici s’appuient sur diverses ressources et tactiques discursives destinées à en assurer le caractère convaincant pour un public général, les autorités et peut-être plus encore pour la base policière.

S’agissant, par exemple, d’objectiver les violences policières et à l’égard de policiers, notamment à l’occasion d’auditions par diverses instances de contrôle (comité P) ou parlementaires (commissions ad hoc de niveau fédéral ou régional), les syndicats s’appuient de manière croissante sur la mobilisation de mesures prises à l’étranger, mais surtout sur des chiffres divers : des congés de maladie, de policiers en incapacité de travail, mais également issus de sondages auprès d’échantillons de policiers dont on extrapole, de manière parfois méthodologiquement douteuse, les résultats à l’ensemble des membres du personnel policier. Ainsi, à partir du sondage mené en 2020 par le SLFP-Police sur la violence à l’égard des policiers8, et portant sur un échantillon de répondants volontaires de 4.100 policiers, la SNPS en déduit que « chaque année, les hommes et femmes en uniforme essuient entre 10.000 et 13.000 agressions de toutes sortes ». Et en conclut, de manière lapidaire, que « Si l’on tient compte de la carence en personnel aux alentours de 4.000 équivalents temps plein pour le cadre opérationnel, il reste donc 38.000 policiers et policières pour se répartir ce nombre insupportable de bien plus de 10.000 faits annuels de violence par tiers, signifiant que presque un collègue sur trois est en droit de se demander, à chaque prise de service pendant un an, s’il/elle reverra les siens et en quel état » (Le Soir, 19 octobre 2020). Plus récemment, ces mobilisations de chiffres se sont aussi doublées de campagnes sur les réseaux sociaux (à l’exemple de la récente affaire d’Ixelles ou de la campagne de lutte contre les violences policières d’octobre sur Facebook, Twitter et Instagram).

Mais au-delà du constat de la dégradation des conditions de travail que constituent indéniablement les violences à l’égard des policiers, ce thème participe également d’un patron récurrent de réponse à des remises en cause de violences policières dans les médias par des acteurs politiques ou associatifs (telles certaines ONG de défense des droits humains) dont l’action est régulièrement présentée par les syndicats comme entretenant un « message de méfiance à l’égard de la police » (SLFP-Police, Le Soir, 15 mars 20139). Les deux s’enchainent de manière régulière dans la presse : des critiques de l’action de certains policiers donnant lieu à des revendications concernant la réponse à apporter aux violences contre les policiers, notamment de la part des SNPS et SLFP-Police. Ainsi, il apparait que lorsque leur dénonciation n’est pas suscitée par un incident où des policiers sont clairement victimes, les violences à l’encontre de policiers constituent alors une forme de tactique discursive défensive, un miroir aux alouettes professionnel détournant, ou plutôt retournant la question professionnelle posée : la violence « supposée » des policiers n’est-elle par le reflet des violences subies par les policiers ? À titre d’exemple parmi d’autres, à la suite de la publication du rapport du Comité P, le SLFP-Police se fendra d’un communiqué en novembre 2013 soulignant que s’il y a une augmentation de la violence par policier, il faut la mettre en miroir de l’augmentation de la violence contre les policiers : « On parle donc d’environ de 0,1% des policiers ce chiffre est extrapolé de la proportion entre policiers poursuivis pénalement et condamnés en 2009 – 2012 et effectif policier total ! II est donc bien malheureux que ce rapport et ce pourcentage précis ne soient pas placés dans leur juste contexte […] Il n’y a aucune impunité à l’égard des policiers auteurs de fait de violence, à l’inverse de ce que prétend par exemple la Ligue des droits de l’homme. Nous demeurons convaincus que la réduction de la violence par les policiers à une marge minimale passe par le combat contre la violence dont les policiers sont eux-mêmes victimes. »

Toutefois, l’évocation de la violence à l’égard de la police ne permet pas seulement de nuancer (ou d’expliquer) les violences policières. Elle permet aussi de revenir sur des revendications plus classiques renvoyant au manque de moyens et d’effectifs, à la surcharge de travail et aux questions salariales et financières ; soit que ces éléments sont corrélés avec les violences dénoncées (policières ou à l’égard de la police), soit que ceux-ci sont opportunément rappelés à l’occasion de ces violences.

Plus encore, les dénonciations de la dégradation de la condition policière ne font alors pas que se juxtaposer à celles de la détérioration des conditions de travail. Elles se renforcent mutuellement. La dramatisation ne se limite ainsi jamais à une réaction défensive ponctuelle, à une tactique visant avant tout à détourner l’attention d’un incident singulier. Elle se comprend sans doute mieux comme un effort, parfois opportuniste, mais toujours cohérent, visant de manière générale au renforcement mutuel de deux types de revendications, les unes propres à l’institution, les autres communes avec d’autres catégories professionnelles.

Pour le dire plus prosaïquement, la dénonciation des violences associées à l’exercice de la fonction policière permet de manière générale, et également quel que soit l’incident violent défrayant la chronique, d’obtenir un rapport de force plus favorable aux syndicats dans leurs négociations sur les conditions de travail. Dans la question des violences (policières mais surtout à l’égard des policiers), on passe ainsi constamment de l’évocation d’une condition policière singulière, spécifique aux métiers policiers, et constituant la base de leur solidarité, à celle des conditions de travail au sein de la police, revendiquant des pénibilités communes à d’autres métiers (d’urgence notamment), mais qui prennent des accents particuliers au regard de cette condition policière tellement défensive.

Dans ce même registre tactique, on notera que le principe même de certaines mesures visant à mobiliser des images est rejeté lorsqu’elles sont interprétées comme une remise en question du travail policier. Ainsi l’introduction des caméras corporelles (bodycams), évoquée à intervalles réguliers depuis 2013 afin de répondre aux violences attribuées à la police, suscite dans un premier temps un refus de tels « bidules » d’une majorité de syndicats, au motif que le métier de policier est déjà hyperévalué et contrôlé et que l’introduction d’un tel dispositif entretiendrait chez le policier le sentiment de ne bénéficier de la confiance ni de sa hiérarchie, ni de ses autorités (SLFP-Police, Nouvelles, 26 mai 2013). Cela étant, depuis le début 2020, il semble que les caméras portatives ne fassent plus l’objet d’une telle opposition de la part des syndicats, pour autant qu’elles permettent d’améliorer la sécurité et le travail du policier.

Outre la manifestation d’un contexte favorable auprès des autorités fédérales, on peut déceler dans ce repositionnement les conséquences d’une évolution de l’environnement sociétal, dans lequel les citoyens mobilisent de manière croissante la prise d’images des interventions policières à l’aide de smartphones et les diffusent sur les réseaux sociaux. Le changement de posture vis-à-vis des bodycams, tout comme le soutien à l’utilisation de drones équipés de caméras, constitue ainsi un indice parmi d’autres d’une logique de lutte à armes égales non seulement dans le cadre d’incidents spécifiques portés à la connaissance des autorités disciplinaires ou judiciaires, mais plus largement sur le terrain médiatique. Face aux « dénonciateurs des violences policières » qui utilisent depuis longtemps vidéos, témoignages, chiffres produits à partir des discours et des perceptions des victimes de violences, les syndicats mobilisent en effet de manière croissante non seulement des chiffres et tableaux censés objectiver les violences et souffrances professionnelles, mais également des sondages d’expériences et des témoignages de policiers et de policières. Il est aussi plus fréquemment fait usage de vocabulaire et d’exemples exceptionnels visant à la dramatisation des situations10 autour du danger et du risque inhérents à la condition policière.

Mais que disent les syndicats quand les images dépeignent un incident de violence policière manifeste, laissant peu de place à une interprétation favorable aux policiers comme en France, dans l’affaire Michel Zecler ? Dans l’affaire Chovanec, par exemple, un exercice discursif délicat sera réalisé par les syndicats, passant par la condamnation unanime et sans réserve d’un geste isolé (le salut hitlérien) à, de manière plus nuancée, la (re)contextualisation de la maitrise de Josef Chovanec par plusieurs policiers fédéraux de l’aéroport de Charleroi. Il sera ainsi appelé à ne pas blâmer les acteurs de cette scène dramatique en renvoyant aux circonstances (une personne se faisant du mal), au rôle et aux décisions de l’officier responsable, à des demandes répétées de mise au point d’une procédure et de formations par le gouvernement (base légale cadrant le personnel et le protégeant juridiquement) (SLFP-Police, Nouvelles, 20 aout 2020). Cet exercice de contextualisation requalifiant les allégations d’abus en pratiques acceptables (nécessité de la mission policière, cadre légal respecté) ou tolérables (défaillance involontaire, justifiée par les circonstances d’urgence ou de crise, comme cela est présenté ici) ou, ou contraire, injustifiables (faute professionnelle individuelle, manifeste comme dans le cas du salut hitlérien) est somme toute assez classique de l’organisation policière (Moreau de Bellaing, 2016) et permet d’éviter un vrai débat sur des « violences policières structurelles » pour au contraire se concentrer sur les « pommes pourries11 », « n’ayant rien à faire au sein du corps » (SLFP-Police, Le Soir, 7 mai 2020), et continuer à défendre cette « énorme majorité » de policiers belges respectueux qui dénonce l’amalgame « avec une réalité lointaine qui n’est pas la sienne et en a marre d’être l’objet d’attaques malveillantes sans fondement » (SLFP-Police, Nouvelles, 8 juin 202012).

Le mot de la fin… aux conditions de travail

Malgré la multiplication d’interventions de syndicats sur la question des violences à l’égard de la police, directement ou en réponse à des critiques sur la violence des policiers, la question des conditions de travail reste in fine le cœur des discours syndicaux. Les négociations étant quasi permanentes13, les violences (des policiers et à l’égard des policiers) sont, on l’a vu, expliquées, voire justifiées par un renvoi à la nécessité de se préoccuper des conditions de travail des policiers. Outre l’invocation de meilleures formations et de nouvelles procédures protégeant le policier, la principale réponse aux « incidents » (mais aussi au manque d’attractivité de la carrière) demeure encore et toujours la trinité du salaire, de la pension et du statut.

Mais, précisément, s’agissant du futur de la fonction policière, le fait que les syndicats soient devenus des (les?) porte-paroles de la profession policière (voire de l’institution policière) face aux médias, surtout lors d’incidents qui marquent les esprits, est problématique lorsque le point de vue adopté est systématiquement ou exclusivement défensif. Contexte aidant, les appels récurrents des syndicats à sanctionner plus sûrement et durement les auteurs de violences à l’égard de la police, y compris les faits les moins graves du point de vue administratif (sous le seuil des quatre mois d’incapacité de travail), ont ainsi trouvé un écho dans les initiatives du parquet et des autorités politiques (via des circulaires notamment). La condamnation du manque de respect à l’égard de la fonction a entretemps été renforcée par l’argument que l’impact de ces violences ne se limiterait pas aux agressions physiques.

On observe, dès lors, depuis quelques années un retour en grâce d’incriminations qui constituaient il n’y a pas si longtemps encore des indicateurs de possibles abus policiers ou à tout le moins de mauvaises relations entre la police et certaines populations : les traditionnels PV d’«outrage » et de « rébellion »14.

Une telle évolution est inquiétante dès lors que les discours syndicaux, investissant le champ médiatique, tendent à promouvoir un certain conservatisme professionnel et une attitude plus ferme des autorités de police. De tels discours étonnent d’autant moins qu’ils constituent le corolaire de la défense des conditions de travail du flic de base, ce que Malochet (2007) appelle « la police ordinaire de la rue », cumulant les caractéristiques les plus difficiles de la profession policière dont celle de faire, de l’avis même de ces policiers, « le sale travail de la société » (dirty work), cette perception créant une distance supplémentaire avec les populations et les hiérarchies (Van Maanen, 2003).

Dans ce cadre, les discours syndicaux peuvent être, à maints égards, un amplificateur de certaines idées reçues concernant la police, notamment l’idée que c’est un métier dangereux, d’action, de vocation, essentiellement tourné vers la lutte contre le crime. Ancrées dans des situations critiques et médiatiquement dramatisées, leurs prises de position ne correspondent pas forcément à un point de vue professionnel partagé, mais plutôt aux perceptions les plus critiques et dramatiques de la condition policière, de son évolution. Ce faisant, on renforce encore une compréhension de l’action policière au travers d’«une mise en scène dramatique qui […] travestit plus qu’elle ne […] révèle » (Brodeur, 1991, 311) et dont il n’est pas sûr qu’elle puisse, à moyen ou long terme, être favorable à la profession.

Il est dès lors d’autant plus essentiel de relever ces idées reçues, motivant tant le nombre que la qualité des interactions multiples entre jeunes et policiers. Car pointées de manière récurrente comme source de violences à l’encontre des policiers, mais aussi de violences policières, ces interactions découlent en partie de la conviction que le contrôle systématique de ces jeunes est une tactique efficace de lutte contre la criminalité. En raison tant d’un effet dissuasif sur la délinquance — pourtant jamais réellement démontré — que de l’opportunité que constitueraient ces contrôles de « tomber » sur des « délinquants notoires », des personnes recherchées, ou de fouiller les personnes contrôlées afin de trouver des stupéfiants, des armes prohibées et des marchandises recelées. Une telle efficacité est pourtant infirmée par la recherche, le taux de réussite en matière judiciaire — le « hit rate »15 — étant très faible pour les contrôles (De Maillard, 2019). Mais de telles interactions contribuent surtout à dégrader les relations au quotidien et à servir de « prétexte » à ces incidents qui défraient la chronique.

Bibliographie
  • Berlière J. M., 1987, « La professionnalisation de la police en France : un phénomène nouveau au début du XXe siècle », Déviance et Société, vol. 11, n° 1, p. 100 – 141.
  • Brodeur J.P., 1991, « La police, mythes et réalité », Les Cahiers de la sécurité intérieure, 1991, n° 6, p. 310 – 337.
  • Comité P, 2013, Enquête relative aux différentes formes de violence commises contre les membres des services de police bruxellois, Rapport d’enquête de contrôle, 59 p.
  • Jacques de Maillard J., 2019, « Les contrôles d’identité, entre politiques policières, pratiques professionnelles et effets sociaux. Un état critique des connaissances », Champ pénal/Penal field [En ligne], 16, 2019.
  • Malochet V., 2007, Les policiers municipaux, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Partage du savoir ».
  • Monjardet D., 1996, Ce que fait la police. Sociologie de la force publique, Paris, L’Harmattan.
  • Moreau de Bellaing C., 2016, Force publique. Une sociologie de l’institution policière, Paris, Ed. Economica,
  • Skolnick J.H., 2005 (1994), « A sketch of policeman’s “working personality”», dans T. Newburn (éd.), Policing : Key Readings, London, New York, Routledge, p. 264 – 279.
  • Strebelle C. et Tange C., 2001, « Les syndicats face à la réforme des services de police : entre “démocratie” et corporatisme », L’Année Sociale 2000, revue de l’Institut de sociologie de l’ULB, Bruxelles, De Boeck Université — Institut de sociologie de l’ULB, p. 208 – 223.
  • Van Maanen J., 2003, « Comment devient-on policier ? », dans J.-P. Brodeur, D. Monjardet (sld.), Connaitre la police. Grands textes de la recherche anglo-saxonne, Paris, La documentation française, p. 129 – 158. 
  1. Dans le cadre d’auditions par le comité P en 2013, les syndicats évoquent déjà des embuscades de policiers via des appels 101, dont l’agression est filmée (rapport 2013 du comité P).
  2. Pour ce faire, nous avons analysé les prises de position des syndicats à l’égard des violences (violences policières et à l’égard de la police) telles qu’elles émergent de leurs discours. Nous avons dépouillé les communiqués diffusés à la presse ou publiés sur les sites officiels des syndicats depuis 2010, mais aussi les articles du journal Le Soir depuis 2010 (autour des mots-clés « syndicat », « police », « policier », en Belgique), afin de replacer ces discours dans un contexte plus large de revendications syndicales. Les extraits repris dans cet article proviennent de ces sources.
  3. Si le SNPS met en général en avant l’ensemble de ses membres, celui-ci comprend également des affiliés appartenant à d’autres secteurs que celui de la police.
  4. Il s’agit là d’une expression reprise du discours syndical (Le Soir, 4 octobre 2020).
  5. Cette obligation de prestations « indues » est régulièrement dénoncée par les syndicats dans le cadre des grèves des surveillants pénitentiaires, obligeant le remplacement de ces derniers par des policiers locaux ou fédéraux. Cela conduira d’ailleurs un syndicat non représentatif (Sypol) à préconiser l’instauration d’un service minimum dans les prisons.
  6. Violence contre les policiers : pour une approche globale, publié en 2011.
  7. En 2013, un rapport du comité P évoque un commentaire des syndicats auditionnés : ce sont bien plus ces interactions fréquentes (le plus souvent verbales) qui impacteraient les policiers (et leur comportement) que des incidents dramatiques touchant physiquement des policiers. Une réflexion reprise par les auteurs du rapport et confirmée par leur enquête auprès d’un échantillon de policiers travaillant à Bruxelles (comité P, 2013).
  8. Qui est une remise au gout du jour d’un sondage déjà réalisé en 2013.
  9. Ici, à propos de la création de l’Observatoire des violences policières.
  10. Au sens théâtral du terme, pas au sens commun. Selon le grec drama, il s’agit d’une action accentuant (ici dénonçant) l’importance du fait qu’il se passe quelque chose : par exemple l’embuscade et le happy slapping de policiers.
  11. |La « doctrine de la pomme pourrie » réduit la violence ou l’abus policiers à une faute individuelle du policier, c’est-à-dire soit à un manque de discipline, de sang-froid ou de discernement, soit la recherche d’un intérêt privé (voir Moreau de Bellaing, 2016).
  12. À la suite de la manifestation BLM à Bruxelles en juin 2020. Dans ce communiqué le SLFP-Police chiffre à « quelque deux-cents cas par an d’usage de la force inapproprié (mépris marqué dans l’intervention ; serrage trop fort d’un colson aux poignets lors d’un service d’ordre, par exemple) et à entre sept à quatre cas par an de violence caractérisée et inacceptable qui valent à leurs auteurs d’être démissionnés ».
  13. Et plus intenses encore en raison de la réforme des pensions, dans un contexte d’austérité budgétaire et de cadres policiers structurellement déficitaires.
  14. Ces incriminations étaient en effet fortement soupçonnées de constituer des contre-tactiques (plaintes reconventionnelles) visant à discréditer les plaintes déposées à l’encontre de policiers. Même si l’attention s’est portée principalement sur l’enjeu de la prise d’images, on a encore pu observer de manière emblématique la mise en œuvre d’une telle tactique par les policiers français mis en cause dans l’affaire du tabassage à Paris, fin novembre 2020, du producteur noir Michel Zecler.
  15. Le hit rate se définit par le faire que contrôle d’identité donne lieu à une suite judiciaire ou potentiellement judiciaire effective : arrestations judiciaires, PV/auditions/convocations, poursuites.

Sybille Smeets


Auteur

criminologue et professeure à l’université libre de Bruxelles (ULB), sybille.smeets@ulb.be

Carrol Tange


Auteur

criminologue et chef de travaux à l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC), carrol.tange@just.fgov.be
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