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Langue de bois, citoyens et postdémocratie

Numéro 8 - 2017 par Émilie Jacquy

décembre 2017

« Pour com­prendre une acti­vi­té humaine com­plexe, il faut connaitre la langue et l’approche des indi­vi­dus qui pour­suivent cette activité[efn_note]Crête J., Imbeau L., Com­prendre et com­mu­ni­quer la science, Qué­bec, Presses de l’université Laval, 1994, p. 11.[/efn_note].» Quoi de plus com­plexe que le fonc­tion­ne­ment actuel de notre post­dé­mo­cra­tie où citoyens et man­da­taires poli­tiques semblent par­ler des langues dif­fé­rentes ? Com­ment peuvent-ils s’entendre lorsque les pre­miers dénoncent la langue de bois des seconds ? Cette langue de bois ne serait-elle qu’une expres­sion de sens cou­rant ? À tra­vers un groupe de dis­cus­sion de citoyens et l’analyse des dis­cours d’un Pre­mier ministre, nous mon­trons que la langue de bois, que la science poli­tique n’a pas concep­tua­li­sée, nous en apprend beau­coup sur ce que les citoyens savent des hommes et femmes politiques.

Article

Comment se parle-t-on en démocratie aujourd’hui ?

La lit­té­ra­ture en science poli­tique, riche de débats sur la repré­sen­ta­tion et la par­ti­ci­pa­tion, démontre qu’il existe un écart entre, d’un côté, le dis­cours et le fonc­tion­ne­ment poli­tiques et, de l’autre, des ini­tia­tives et des cri­tiques citoyennes. La langue de bois creuse-t-elle cet écart ? L’actualité le lais­se­rait intui­ti­ve­ment pen­ser. Les affaires Publi­fin ou Samu social, par exemple, accroissent le désa­bu­se­ment des citoyens à l’encontre des man­da­taires publics. Et le dis­cours poli­tique semble jouer ici un effet démul­ti­pli­ca­teur. Les argu­ments avan­cés par des élus pour légi­ti­mer les pra­tiques qui leur sont repro­chées ont atti­sé un ras-le-bol citoyen. Dans une lettre ouverte1, Bar­ba­ra Dufour (ensei­gnante) et Wal­ter Fel­trin (patron de PME) dénoncent les « pro­pos indé­cents de cer­tains élus » et se disent « incré­dules » face au « sau­ve­tage déses­pé­ré de ce qui peut encore être pré­ser­vé par ceux qui se croient encore cré­dibles ». Pris dans la tour­mente média­tique, les res­pon­sables poli­tiques incri­mi­nés se taisent, invoquent des pro­pos mal inter­pré­tés ou mal­adroits. Une telle conjonc­ture appa­rait comme un labo­ra­toire du rôle que joue le dis­cours poli­tique en démo­cra­tie aujourd’hui.

Au-delà des faits d’actualité, le poli­tiste et socio­logue bri­tan­nique Colin Crouch constate que « nous avons pris l’habitude d’entendre les poli­ti­ciens par­ler un lan­gage dif­fé­rent de celui des gens nor­maux […] des décla­ra­tions super­fi­cielles et sédui­santes qui les dis­tinguent des autres » (Crouch, 2013, p. 31). Les causes sont plu­rielles et les effets importants.

À par­tir du XIXe siècle, l’impératif d’une com­mu­ni­ca­tion de masse a pro­gres­si­ve­ment conduit la classe poli­tique à se cal­quer sur le modèle publi­ci­taire. Les mes­sages courts et répé­ti­tifs, les images mar­quantes, les énon­cés au nombre limi­té de carac­tères et déli­vrés rapi­de­ment prennent le pas sur des échanges étayés et cir­cons­tan­ciés. Les débats télé­vi­suels au der­nier tour des élec­tions pré­si­den­tielles tant aux États-Unis en 2016 qu’en France en 2017 attestent d’un glis­se­ment des formes de com­mu­ni­ca­tion au plus haut niveau de l’appareil éta­tique et à ses moments les plus popu­laires. « Vous men­tez », assène à plu­sieurs reprises un Emma­nuel Macron à une Marine Le Pen ayant sur­fé sur la rhé­to­rique popu­liste pen­dant toute la cam­pagne élec­to­rale. Les effets en termes de dé-démo­cra­ti­sa­tion du fonc­tion­ne­ment poli­tique et du vivre ensemble sont majeurs.

Colin Crouch (2013, p. 31) n’hésite pas à dire que la forme de com­mu­ni­ca­tion que pri­vi­lé­gie aujourd’hui le monde poli­tique « ne res­semble ni aux pro­pos quo­ti­diens des citoyens ordi­naires ni au lan­gage d’une authen­tique dis­cus­sion poli­tique », mais sur­tout qu’elle est conçue pour « échap­per à l’examen de ces deux modes prin­ci­paux de dis­cours démo­cra­tique ». Les prin­cipes de libre auto­no­mie des citoyens par rap­port aux gou­ver­nants et de mise en débat col­lé­gial préa­lable à toute déci­sion publique, chers à Ber­nard Manin (1995) pour garan­tir la légi­ti­mi­té d’un gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, se retrouvent sur la sel­lette. Crouch voit là une carac­té­ris­tique du fonc­tion­ne­ment actuel de la démo­cra­tie qu’il qua­li­fie de postdémocratie.

Dès lors, il est utile de rap­pe­ler que le dis­cours poli­tique est sou­vent taxé de langue de bois car il anes­thé­sie­rait la rela­tion démo­cra­tique, et de se sou­ve­nir que l’expression elle-même nous vient de l’ancien Bloc de l’Est (Char­tier, Ous­ti­noff, Nowi­cki, 2010, p. 9 – 10) où elle y dési­gnait l’utilisation d’un lan­gage de pro­pa­gande par des régimes non démo­cra­tiques. Le lan­gage de l’administration tsa­riste n’était-il pas qua­li­fié de « langue de chêne » (Sha­pi­na, 2008)? Et le mou­ve­ment Soli­dar­ność en Pologne n’a‑t-il pas fait de sa dénon­cia­tion de la langue de bois sovié­tique une com­po­sante cru­ciale de sa dis­si­dence (Nowi­cki, 2010, p. 23 – 28)? Tra­duite en fran­çais et repla­cée dans un contexte démo­cra­tique, la langue de bois, tout comme sa cou­sine « nov­langue », ren­voie à des concep­tions et à des usages divers, mais elle est tou­jours employée pour « dis­qua­li­fier » le dis­cours de l’autre (Krieg-Planque, 2012, p. 69 – 83). L’utilisation de la langue de bois est prin­ci­pa­le­ment asso­ciée aux man­da­taires publics et aux fonc­tion­naires, mais le fait qu’on la retrouve éga­le­ment employée par les groupes pri­vés (Lecaus­sin, 2010, p. 135 – 141) ain­si que par les jour­na­listes (Legrand, 2010, p. 151 – 155) en fait un enjeu du vivre ensemble démocratique.

En rai­son de « l’ambigüité de ses emplois », de sa « dési­gna­tion pro­blé­ma­tique » et de sa « valeur émi­nem­ment dépré­cia­tive » (Monte et Oger, 2015, p. 13), la notion de langue de bois laisse scep­tique le monde aca­dé­mique qui y fait par­fois réfé­rence, mais sans concep­tua­li­sa­tion. Pour­tant, les citoyens uti­lisent sou­vent la notion pour cri­ti­quer le dis­cours de leurs élus. Par­tant du constat que cela « mérite de vraies recherches » (Wol­ton, 2010, p. 157), nous avons donc réa­li­sé une enquête pour défi­nir et carac­té­ri­ser scien­ti­fi­que­ment la langue de bois à l’ère post­dé­mo­cra­tique. Qu’est-ce la langue de bois pour les citoyens belges fran­co­phones ? À quoi l’identifient-ils dans un dis­cours poli­tique ? Est-il pos­sible de la cer­ner par des indi­ca­teurs objec­tifs ? D’un point de vue scien­ti­fique, que peut nous lais­ser voir la notion de langue de bois, notam­ment sur la rela­tion com­plexe et ten­due qui s’établit, en démo­cra­tie, entre les citoyens et les gou­ver­nants ? Notre recherche a ten­té de répondre à cette série de ques­tions. En expo­ser ici les résul­tats per­met en outre d’ouvrir le labo­ra­toire d’un cher­cheur en science poli­tique tra­vaillant sur un thème de la vie quotidienne.

Le langage courant et la démarche scientifique à la croisée des chemins

La langue de bois relève du sens com­mun qui relève, lui, par défi­ni­tion (Simeant, 2008, p. 497), du bon sens, mais aus­si de pré­ju­gés. Il est donc inté­res­sant de cer­ner la langue de bois à tra­vers une démarche scien­ti­fique. Si la lit­té­ra­ture en science poli­tique ne cir­cons­crit pas pré­ci­sé­ment les contours du phé­no­mène par un concept, des livres et des articles y font néan­moins réfé­rence notam­ment en France (Del­porte, 2011) et pointent l’usage d’appellations diverses selon les époques et les lieux, depuis la nov­langue du roman 1984 par Orwell jusqu’au « dou­bles­peak » des gou­ver­ne­ments démo­cra­tiques notam­ment amé­ri­cains2. Der­rière la plu­ra­li­té des repré­sen­ta­tions, deux facettes se des­sinent, récur­rentes : l’utilisation d’un champ lexi­cal vague et de for­mules sté­réo­ty­pées, d’une part, et, d’autre part, la ten­dance à neu­tra­li­ser la dimen­sion poli­tique du discours.

Au départ de ces déno­mi­na­teurs com­muns, nous avons pu construire un cadre d’analyse en pui­sant dans dif­fé­rents tra­vaux en socio­lin­guis­tique des carac­té­ris­tiques défi­ni­tion­nelles et une série d’indicateurs poten­tiels de la langue de bois. Les tra­vaux d’Alice Krieg-Planque3 (2012) et de Claire Oger (2010, p. 91 – 95) sur l’analyse des dis­cours notam­ment ins­ti­tu­tion­nels nous ont par­ti­cu­liè­re­ment ins­pi­rées. En effet, s’agissant d’investiguer la com­mu­ni­ca­tion dans le champ poli­tique, il est utile de pri­vi­lé­gier des dis­cours dits ins­ti­tu­tion­nels, c’est-à-dire un ensemble d’énoncés qui est « pro­duit offi­ciel­le­ment par un énon­cia­teur sin­gu­lier ou col­lec­tif qui occupe une posi­tion juri­di­que­ment ins­crite dans l’appareil d’État, qu’il soit fonc­tion­naire ou repré­sen­tant poli­tique » (Oger, Olli­vier-Yaniv, 2003, p. 127).

Le cadre d’analyse a été mis à l’épreuve du ter­rain. Pour pro­duire l’effet de démons­tra­tion, le dis­po­si­tif métho­do­lo­gique a recou­ru à deux tech­niques : une ana­lyse de dis­cours et un groupe de dis­cus­sion. D’une part, nous avons tes­té les indi­ca­teurs poten­tiels de la langue de bois inté­grés dans le cadre d’analyse en les appli­quant à un cor­pus de dis­cours ins­ti­tu­tion­nels éma­nant du gou­ver­ne­ment fédé­ral au pou­voir en Bel­gique depuis 2014, et en par­ti­cu­lier le dis­cours du Pre­mier ministre Charles Michel sur l’austérité4. En nous appuyant sur la lin­guis­tique, nous ne nous sommes donc pas tant inté­res­sées à « de quoi on parle », mais à « com­ment c’est dit ». D’autre part, nous avons orga­ni­sé un groupe de dis­cus­sion pour com­prendre quels cri­tères les citoyens uti­lisent pour qua­li­fier un dis­cours poli­tique de langue de bois et pour faire émer­ger les repré­sen­ta­tions qu’ils en ont5. Il ne s’agit pas seule­ment de voir quel consen­sus se crée autour de la langue de bois, mais de repé­rer aus­si les diver­gences d’opinions voire les conflits qu’elle sus­cite. Enfin, dans une phase confir­ma­toire, nous avons croi­sé les indi­ca­teurs pré­sents dans l’analyse de dis­cours et dans les échanges citoyens du groupe de dis­cus­sion. Les résul­tats de l’une, de l’autre, puis croi­sés four­nissent des résul­tats dont une par­tie (et une par­tie seule­ment ; l’attention étant concen­trée sur l’apport du groupe de dis­cus­sion) est pré­sen­tée et dis­cu­tée ci-après.

Comment détecter la langue de bois ?

Le fige­ment est une pre­mière carac­té­ris­tique par laquelle une langue de bois se laisse poten­tiel­le­ment détec­ter. Il implique une asso­cia­tion répé­tée de mots qui finissent par sem­bler indis­so­ciables les uns des autres et qui figent le dis­cours en le ren­dant pré­vi­sible. La for­mule (Krieg-Planque, 2009) est une forme par­ti­cu­lière de fige­ment. Construite par l’usage social et char­gée d’enjeux socio­po­li­tiques, elle est connue de tous, elle évoque quelque chose pour tous, mais elle ren­voie à des signi­fi­ca­tions et à des valeurs mul­tiples voire dia­mé­tra­le­ment oppo­sées. Au fige­ment de la forme s’oppose l’ambigüité du sens. « Créer de l’emploi » est une for­mule que le gou­ver­ne­ment (2014 – 2019) et sin­gu­liè­re­ment son Pre­mier ministre (Charles Michel) emploient de manière récur­rente pour dif­fé­rentes audiences : étu­diants, employés, élec­teurs, jour­na­listes, etc. Ils l’associent sou­vent, à des­ti­na­tion de ces mêmes publics, à un slo­gan : « Jobs, jobs, jobs ». Une for­mule peut être régu­liè­re­ment employée avec d’autres mots ou expres­sions. Ce phé­no­mène de co-occur­rences appa­rait éga­le­ment symp­to­ma­tique de la langue de bois. À l’expression « déve­lop­pe­ment durable », les audi­teurs enten­dront sou­vent acco­ler les termes « chan­ge­ment cli­ma­tique », par exemple.

Un autre mar­queur pos­sible de la langue de bois réside dans l’ambigüité séman­tique, notam­ment par un pro­cé­dé de nomi­na­li­sa­tion qui consiste à for­mer un nom à par­tir d’un verbe ou d’un adjec­tif. Les res­pon­sables poli­tiques expli­que­ront sou­vent qu’une part de res­pon­sa­bi­li­té leur échappe dans des déci­sions publiques mar­quées par la « mon­dia­li­sa­tion ». Les citoyens sont par ailleurs pla­cés dans l’incapacité de voir quels acteurs sont à l’origine de l’action de mon­dia­li­ser ou à son pilo­tage. Cha­cun est libre d’incarner la notion comme il l’entend, ce qui laisse place à l’équivoque. C’est au citoyen qu’il revient d’expliciter l’implicite, avec l’effet d’intensification que cela peut com­por­ter. Cette ambigüi­té per­met au dis­cours de conten­ter des publics aux attentes plu­rielles. La lin­guis­tique parle de dis­cours « pluri-adressé ».

Le jeu sur les pro­noms per­son­nels per­met aus­si à un locu­teur de se dési­gner à tra­vers des valeurs fluc­tuantes « mais tou­jours sup­po­sé­ment por­teuses d’intérêt géné­ral » (Krieg-Planque, 2012, p. 72). Un « nous » est tan­tôt un indi­vi­du poli­tique, un de ses col­lègues ou la col­lé­gia­li­té de tout le gou­ver­ne­ment auquel ils appar­tiennent, diluant ain­si la déci­sion publique. Ce peut être aus­si un « nous » qui englobe les des­ti­na­taires du dis­cours. « Le monde change. Avec une rapi­di­té tota­le­ment inédite. Nous devons donc adap­ter notre modèle éco­no­mique et social », décla­rait Charles Michel à la Chambre des Repré­sen­tants le 10 octobre 2017.

La moda­li­sa­tion est un autre méca­nisme géné­ra­teur d’ambigüité. Elle consiste à énon­cer un fait sans prendre d’engagement, en uti­li­sant des verbes qui intro­duisent une nuance hypo­thé­tique. « Il faut prendre un cer­tain nombre de mesures véri­ta­ble­ment strictes et mon inten­tion est de contri­buer à ce que ces mesures soient prises », affirme Elio Di Rupo en jan­vier 2017, invi­té à s’exprimer sur le mon­tant des rému­né­ra­tions per­çues par les admi­nis­tra­teurs de Publi­fin6.

La conces­sion consti­tue un pro­cé­dé lin­guis­tique qui tente de rendre com­pa­tibles, sou­vent dans une seule phrase, des orien­ta­tions en réa­li­té diver­gentes. Il peut s’agir de lignes direc­trices pour un gou­ver­ne­ment qui tente de com­bi­ner, par exemple, crois­sance éco­no­mique et pré­ser­va­tion des res­sources natu­relles, ou d’une per­son­na­li­té poli­tique qui veut se mon­trer à son avan­tage. À pro­pos de la polé­mique sus­ci­tée par l’accueil en Bel­gique de membres d’une délé­ga­tion sou­da­naise iden­ti­fiant leurs com­pa­triotes arrê­tés au parc Maxi­mi­lien à Bruxelles, Charles Michel rap­pelle l’ambition du gou­ver­ne­ment de mener « une poli­tique migra­toire humaine, mais ferme »7.

De manière beau­coup plus asser­tive, celui qui pra­tique la langue de bois peut assoir la légi­ti­mi­té de ce qu’il affirme sur son sta­tut social, sa posi­tion ins­ti­tu­tion­nelle, ou ren­voyer la res­pon­sa­bi­li­té à un locu­teur exté­rieur. Invi­té à réagir à la grève de la Cen­trale géné­rale des ser­vices publics (CGSP), le Pre­mier ministre Charles Michel déclare : « Per­sonne ne doute des vraies rai­sons qui ont conduit un seul syn­di­cat […] à déclen­cher cette grève contre un gou­ver­ne­ment, mais pas pour défendre l’intérêt des tra­vailleurs »8.

Ces pro­cé­dés lin­guis­tiques ne four­nissent certes pas une grille exhaus­tive pour l’analyse de la langue de bois. Mais, en tant que mar­queurs poten­tiels, ils per­mettent d’analyser des dis­cours ins­ti­tu­tion­nels pour déter­mi­ner dans quelle mesure ils relèvent de la langue de bois. Les résul­tats de telle ana­lyse de dis­cours sont pré­sen­tés dans la der­nière sec­tion de l’article, croi­sés avec ce que le groupe de dis­cus­sion a pu éga­le­ment pro­duire. Car au-delà de l’identification du phé­no­mène, c’est bien plus ce qu’il génère sur la dyna­mique démo­cra­tique qui nous intéresse.

Faire parler les citoyens

Les citoyens sont-ils donc récep­tifs à tous ces pro­cé­dés de lan­gage ? Y recon­naissent-ils, et de manière consciente ou non, une langue de bois ? Le groupe de dis­cus­sion, sou­vent appe­lé focus group, est une tech­nique d’entretiens col­lec­tifs qui per­met de « géné­rer des hypo­thèses sur des sujets peu explo­rés » (Tou­ré, 2010, p. 11) et d’«accéder au sens com­mun, aux modèles cultu­rels et aux normes » (Duchesne, 2008, p. 36). Le groupe de dis­cus­sion per­met en effet de décrire les phé­no­mènes tels qu’ils sont vécus et par­ta­gés par les acteurs en ren­dant compte des signi­fi­ca­tions par­ta­gées autant que des points de diver­gence (Tou­ré, 2010, p. 8), le sens com­mun étant par nature ambi­va­lent et contra­dic­toire9. Pour explo­rer le phé­no­mène de la langue de bois, et dans une optique induc­tive, le groupe de dis­cus­sion offre une arène d’émergence des repré­sen­ta­tions citoyennes.

Le groupe est ici com­po­sé de huit citoyens. Ce nombre se situe dans la moyenne de ce qui est pres­crit pour faire émer­ger des repré­sen­ta­tions en nombre et de manière fai­sable10. Les huit citoyens par­tagent un cri­tère d’homogénéité sociale. Ce sont des adultes en reprise d’études. Ils res­sentent un inté­rêt pour les phé­no­mènes poli­tiques et ils sont deman­deurs d’une démarche pour construire un esprit cri­tique. Ils pré­sentent un degré d’interconnaissance qui relève d’un « contexte fami­lier sans qu’ils par­tagent à pro­pre­ment par­ler le même réseau de socia­bi­li­té » (Duchesne, Hae­gel, 2008, p. 36). Cela faci­lite la prise de parole par tous. Mais l’échantillon est aus­si diver­si­fié en termes d’âge, de genre, de situa­tion socio­pro­fes­sion­nelle, de niveau de diplôme, d’origine eth­nique et de lieu d’habitation, comme en atteste le tableau ci-dessus.

Un scé­na­rio d’animation du groupe a été écrit pour pré­pa­rer minu­tieu­se­ment deux heures de dis­cus­sion entre­cou­pées d’une pause favo­ri­sant la convi­via­li­té des échanges. Le scé­na­rio com­pre­nait, entre autres, la confi­den­tia­li­té sur l’objet au cœur même du dis­po­si­tif (la langue de bois), l’emploi de textes écrits et de vidéos pour maté­ria­li­ser les dis­cours du Pre­mier ministre auprès des par­ti­ci­pants11, de post-it pour qu’ils mettent à plat leurs com­men­taires, de pan­cartes à bran­dir pour signa­ler leur désac­cord avec un pro­pos en train de se dire, etc. In fine, le scé­na­rio a conduit le groupe à répondre aux ques­tions sui­vantes : Qu’est-ce que la langue de bois ? En quoi est-elle pré­sente dans les extraits d’interviews de Charles Michel qu’ils ont écou­tés, dans les dis­cours qu’ils ont lus, en guise d’amorce au groupe de dis­cus­sion ? Quels en sont selon eux les traits for­mels, c’est-à-dire les pro­cé­dés lin­guis­tiques par les­quels la langue de bois se mani­feste concrètement ?

Répéter des énoncés ambigus et éviter le conflit

De l’analyse de dis­cours à par­tir des indi­ca­teurs socio­lin­guis­tiques et du groupe de dis­cus­sion, il res­sort que la langue de bois se mani­feste dans le dis­cours poli­tique prin­ci­pa­le­ment à tra­vers deux dimen­sions : d’un côté, la sta­bi­li­sa­tion des énon­cés qui pro­vient de la répé­ti­tion de for­mu­la­tions sté­réo­ty­pées et, de l’autre côté, l’effacement de la conflic­tua­li­té qui résulte de la recherche de consen­sus à tra­vers le dis­cours. Il s’agit des deux dimen­sions essen­tielles des dis­cours ins­ti­tu­tion­nels. À la sta­bi­li­sa­tion des énon­cés, notre recherche per­met d’ajouter la stra­té­gie du flou et de l’équivoque comme étant éga­le­ment symp­to­ma­tique de la langue de bois. Cette stra­té­gie consiste, en lin­guis­tique, à pro­duire un conte­nu au sens approxi­ma­tif, favo­ri­sant une plu­ra­li­té d’interprétations.

Pour les citoyens du groupe de dis­cus­sion, ces dimen­sions se maté­ria­lisent dans les dis­cours par la pré­sence de pro­cé­dés lin­guis­tiques et rhé­to­riques qui pro­duisent un dis­cours stan­dar­di­sé, lisse et équi­voque qu’ils qua­li­fient expli­ci­te­ment de langue de bois. Alors même que l’objet de notre recherche ne leur est pas connu (cf. confi­den­tia­li­té dans le scé­na­rio d’animation du groupe de dis­cus­sion), ils uti­lisent la notion « langue de bois » après quatre minutes d’échanges autour de deux ques­tions de départ : que pen­sez-vous de la manière dont les poli­ti­ciens, les poli­ti­ciennes s’expriment en géné­ral ? Et qu’est-ce qui vous vient à l’esprit comme points posi­tifs ou négatifs ?

Pour aller plus loin, deux axes ont été pri­vi­lé­giés dans l’analyse du conte­nu du dis­cours et du groupe de dis­cus­sion : un axe de défi­ni­tions de langue de bois (en termes fonc­tion­nels : la langue de bois sert à…) et plus concrè­te­ment un axe de pro­cé­dés lexi­caux et rhé­to­riques (qui maté­ria­lisent les défi­ni­tions : la langue de bois se mani­feste dans le dis­cours poli­tique par…).

Définitions et fonctions de la langue de bois selon le groupe de discussion à l’aune des indicateurs sociolinguistiques

Les théo­ries de la démo­cra­tie ont mis en évi­dence com­bien et com­ment les citoyens peuvent faire valoir un savoir pro­fane. Leurs acti­vi­tés quo­ti­diennes pro­duisent des connais­sances qu’ils peuvent valo­ri­ser au quo­ti­dien. S’agissant de la langue de bois, les citoyens inter­ro­gés en pro­duisent une défi­ni­tion nuan­cée car, selon eux, plu­sieurs rai­sons poussent les poli­tiques à pra­ti­quer la langue de bois12.

Les par­ti­ci­pants voient dans le dis­cours poli­tique un art de « la rhé­to­rique » en même temps qu’un exer­cice « déma­go­gique ». Ils en appré­cient « la force de per­sua­sion » tout en dénon­çant « la mau­vaise foi des hommes poli­tiques, leurs men­songes éhon­tés ». Ils illus­trent leurs défi­ni­tions par une « guerre des chiffres qui les énerve » : « Ils donnent des chiffres, puis ils donnent des chiffres dans l’autre sens et on ne sait pas ce qu’il faut croire, et on pour­rait croire les deux comme aucun ». La langue de bois est ain­si défi­nie comme un « jar­gon dif­fi­cile à appré­hen­der pour le citoyen lamb­da », ce qui n’est pas sans géné­rer un para­doxe puisque les poli­tiques « donnent l’impression qu’ils s’adressent à des infé­rieurs, un peu à des sim­plets qui ne com­prennent pas tout ». Dans ces extraits, les ten­sions engen­drées par les formes de com­mu­ni­ca­tion post­dé­mo­cra­tique qu’expose Colin Crouch trouvent à s’incarner.

Les citoyens ne sont pour­tant pas dupes, ils expliquent que le recours à la langue de bois et les ten­sions qu’elle pro­duit se jus­ti­fient par les fonc­tions qu’elle rem­plit. Selon les par­ti­ci­pants au groupe de dis­cus­sion, la langue de bois per­met aux man­da­taires poli­tiques d’«esquiver une ques­tion » ou de « détour­ner l’attention » des audi­teurs en « tour­nant autour du pot ». Elle leur sert éga­le­ment à « dis­si­mu­ler » des faits ou à en pro­po­ser une relec­ture qui les avan­tage, pou­vant aller jusqu’à « la mani­pu­la­tion ». Si les poli­tiques pra­tiquent la langue de bois, nous disent les par­ti­ci­pants, c’est aus­si pour séduire et « conten­ter » simul­ta­né­ment des publics aux points de vue et inté­rêts diver­gents, dans une visée élec­to­ra­liste. Il s’agit de « ména­ger la chèvre et le chou » à tra­vers des réponses où « cha­cun peut trou­ver son compte ». En lin­guis­tique, cela ren­voie à la stra­té­gie du flou et de l’équivoque qui a pour pro­prié­té de lais­ser pla­ner le doute sur les inten­tions du locu­teur et de favo­ri­ser dif­fé­rentes interprétations.

Les citoyens du groupe repèrent aus­si la langue de bois au carac­tère « mono­tone » et « hyper­for­ma­té » du dis­cours qui donne l’impression d’être « repris » d’une inter­view à l’autre. Ils relèvent une « liste de mots bateau » au sens ambi­gu, tels que les mots « mesure », « paix sociale » et « créa­tion d’emploi », qui semblent pré­pa­rés très à l’avance pour faire mouche. Les par­ti­ci­pants au groupe de dis­cus­sion évoquent encore le « manque de clar­té » et le carac­tère « vide » de la langue de bois. Der­rière ces qua­li­fi­ca­tifs citoyens, c’est la dimen­sion de sta­bi­li­sa­tion des énon­cés et son cou­plage à la stra­té­gie du flou et de l’équivoque qui se maté­ria­lisent à tra­vers le concept de formule.

Les citoyens inter­ro­gés insistent sur l’évitement des confron­ta­tions idéo­lo­giques et le com­pro­mis qu’entretient la langue de bois. En ana­lyse de dis­cours, cette défi­ni­tion cor­res­pond à la dimen­sion d’effacement de la conflic­tua­li­té qui se tra­duit par un dis­cours lisse qui appelle l’adhésion et inhibe la contra­dic­tion. Elle est évo­quée en termes de « dépo­li­ti­sa­tion du dis­cours poli­tique » par des auteurs comme Corinne Gobin (2004, p. 85 – 101), Gil­bert Rist (2002, p. 25 – 41) et Jean-Louis Siroux (2008, p. 13 – 23). Corinne Gobin va jusqu’à dénon­cer les termes « consen­sus » et « par­te­na­riat » en ce qu’ils véhi­cu­le­raient un modèle de ges­tion effi­cace et ration­nelle des res­sources qui a pour effet d’évacuer la dimen­sion poli­tique des débats. Cette seconde dimen­sion de la langue de bois, les citoyens inter­ro­gés la repèrent, par exemple, dans une argu­men­ta­tion qui pré­sente le saut d’index comme une condi­tion pour garan­tir l’avenir de la sécu­ri­té sociale, « sans dire que c’est un choix poli­tique ». Ils pointent aus­si des « contra­dic­tions » mar­quées par l’utilisation du « mais », ce qui relève en lin­guis­tique du pro­cé­dé de conces­sion. Ils relèvent enfin la pré­sence d’un « nous » col­lec­tif asso­cié à l’idée d’obligation et ils se disent « hor­ri­pi­lés » lorsque les res­pon­sables poli­tiques « se cachent der­rière des “on n’a pas le choix”».

Enfin, les citoyens inter­ro­gés constatent l’existence d’inévitables et d’interdits dans le dis­cours poli­tique. Ain­si, il appa­rait « logique », dans un contexte de « taux de chô­mage éle­vé », que Charles Michel ait « besoin de dire que tout le monde veut créer de l’emploi ». Et les par­ti­ci­pants com­prennent, même s’ils le regrettent, pour­quoi le Pre­mier ministre n’a « pas le droit » de pro­non­cer les mots « saut d’index ». Sans connaitre les théo­ries de l’analyse lin­guis­tique, ils relèvent ain­si l’effet qua­li­fiant et dis­qua­li­fiant des for­mules qui contri­bue à expli­quer la pré­sence de for­mu­la­tions conventionnelles.

C’est en par­tie à tra­vers le prisme des mots des poli­tiques que les citoyens per­çoivent la réa­li­té sociale, éco­no­mique et poli­tique et qu’ils en appré­hendent les enjeux. Or l’effacement de la conflic­tua­li­té dans le dis­cours tend à inhi­ber voire à rendre impos­sible un véri­table débat démo­cra­tique sur le fond ce dont les citoyens ne sont pas dupes. Mais ils décodent aus­si la langue de bois comme un impé­ra­tif auquel se sou­mettent les gou­ver­nants sous les contraintes média­tiques et de for­ma­tage. Face aux ques­tions par­fois « cari­ca­tu­rales » des jour­na­listes et au temps de réponse très court accor­dé aux res­pon­sables poli­tiques pour rendre compte de déci­sions qui ne sont « pas si simples », les citoyens consi­dèrent la langue de bois comme « défen­sive », voire « néces­saire ». À l’heure de la com­mu­ni­ca­tion 2.0, la spon­ta­néi­té consti­tue un risque que les man­da­taires publics « anti­cipent » en pra­ti­quant la langue de bois. Le groupe de dis­cus­sion voit aus­si la langue de bois comme rele­vant de « codes » spé­ci­fiques au milieu, appris par « mimé­tisme » par des poli­ti­ciens qui « viennent tous du même moule ».

La linguistique, les citoyens et l’arbre qui cache la forêt

Les prin­ci­paux indi­ca­teurs lin­guis­tiques de la langue de bois qui ont été rele­vés par le groupe de dis­cus­sion sont le fige­ment par la répé­ti­tion de mots prêts à l’emploi et en par­ti­cu­lier la for­mule, la moda­li­sa­tion, la conces­sion et le « nous » col­lec­tif. D’autres indi­ca­teurs poten­tiels n’ont pas été rele­vés au cours de la dis­cus­sion du groupe, mais pour­raient être confir­més par des recherches ulté­rieures. Plus fon­da­men­ta­le­ment, la langue de bois sou­lève de nom­breux enjeux en termes de repré­sen­ta­tion et de par­ti­ci­pa­tion citoyenne qui n’ont pas échap­pé aux par­ti­ci­pants. Ils ont mis en réso­nance le fait que « mal­gré la puis­sance des dis­po­si­tifs de pou­voir qui s’imposent aux récep­teurs des mes­sages poli­tiques, ceux-ci ne sont pas pure­ment pas­sifs » (Braud, 2010, p. 145). En oppo­si­tion à la vision réduc­trice de récep­teurs influen­çables, les par­ti­ci­pants au groupe de dis­cus­sion se sont mon­trés acteurs de la récep­tion du dis­cours poli­tique. De la langue de bois, ils ont four­ni une vision com­plexe et nuan­cée. Leurs débats ont été ani­més, ils ont ques­tion­né la notion et même joué l’avocat du diable en com­pre­nant la pos­ture du gou­ver­nant et les fonc­tions que rem­plit, pour lui, la langue de bois.

La langue de bois joue néan­moins glo­ba­le­ment un rôle néga­tif dans la per­cep­tion du dis­cours poli­tique par les citoyens. En rai­son de cela, elle inter­vient néga­ti­ve­ment dans le rap­port à la poli­tique. Elle engendre des doutes, de la méfiance et de la dis­tan­cia­tion vis-à-vis des poli­tiques et des pro­pos qu’ils tiennent. À ce sujet, Monte et Oger (2015, p. 13) montrent com­ment les for­mules creusent l’écart entre « ceux qui ont accès aux for­mules consa­crées et ceux qui en sont exclus ». La langue de bois par­ti­cipe éga­le­ment de la per­cep­tion néga­tive du car­rié­risme en poli­tique. Elle semble aus­si rendre plus ardue la com­pré­hen­sion du mes­sage poli­tique. Elle engendre un sen­ti­ment de las­si­tude face au conte­nu stan­dar­di­sé des dis­cours, mais éga­le­ment l’impression de ne pas être pris en compte — de ne pas être repré­sen­té ? — en tant que citoyen(ne).

Langue de bois, langue de chêne aux racines éty­mo­lo­giques de l’expression, l’arbre qui cache la forêt : cette der­nière méta­phore sert géné­ra­le­ment à dési­gner une situa­tion dans laquelle l’attention serait concen­trée sur un détail plu­tôt que sur une vision d’ensemble. Le phé­no­mène mani­fes­te­rait aus­si, en consé­quence, un manque d’objectivité. Si l’on part du pos­tu­lat, et c’en est un dans cet article, que nous sommes dans une ère post­dé­mo­cra­tique, le ques­tion­ne­ment scien­ti­fique est cru­cial quant à savoir com­ment faire évo­luer la com­mu­ni­ca­tion poli­tique, les échanges entre citoyens et gou­ver­nants, afin que l’arbre ne cache plus la forêt, mais que le vivre ensemble et son deve­nir soient sub­stan­tiel­le­ment mis à l’épreuve de la dis­cus­sion, comme l’exige le prin­cipe d’un gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif. Si l’on suit Aris­tote qui estime que la com­mu­nau­té poli­tique n’est pas seule­ment le lieu du vivre ensemble, mais celui des belles actions, on peut réflé­chir au-delà, à la plus-value démo­cra­tique que com­porte un échange sans langue de bois entre citoyens et diri­geants politiques.

  1. Publiée dans Le Vif du 20 février 2017.
  2. « Dou­bles­peak » est une expres­sion pro­po­sée par William Lutz (1996) pour dési­gner une com­mu­ni­ca­tion qui n’en est pas vrai­ment une. Sur ceci et pour une expli­ci­ta­tion sur les tra­duc­tions et déve­lop­pe­ments de la nov­langue orwel­lienne, voir Ous­ti­noff, 2010, p. 151 – 155.
  3. Le pre­mier auteur a échan­gé avec A. Krieg-Planque qui a sou­li­gné l’intérêt de par­tir de ce que les citoyens appellent eux-mêmes la langue de bois.
  4. Dans le cadre de cet article, nous ne détaillons pas cette ana­lyse : c’est l’apport du tra­vail citoyen que nous met­tons en exergue.
  5. Le groupe de dis­cus­sion a été conçu avec l’aide de la pro­fes­seure V. Van Ingel­gom (UCL), cher­cheuse qua­li­fiée FNRS et lau­réate d’une ERC Star­ting Grant.
  6. Inter­view d’Elio Di Rupo par le jour­na­liste Mar­tin Buxant, Bel RTL, L’invité, 19 jan­vier 2017.
  7. Le Soir.be, 26 sep­tembre 2017.
  8. Charles Michel inter­viewé en direct dans le JT de 19 heures sur RTL, le 10 octobre 2017.
  9. Billig cité par Duchesne et Hae­gel, loc. cit., p. 38.
  10. Comme tou­jours en sciences sociales, il existe un débat métho­do­lo­gique sur le groupe de dis­cus­sion. Une entrée pos­sible dans la contro­verse est, par exemple, Savi­gny H., Focus Groups and Poli­ti­cal Mar­ke­ting : Science and Demo­cra­cy as Axio­ma­tic?, Bri­tish Jour­nal of Poli­ti­cal and Indu­trial Rela­tions, vol. 9, 2007, p. 122 – 137.
  11. Comme dis­cours ins­ti­tuant, nous avons sélec­tion­né la décla­ra­tion gou­ver­ne­men­tale pro­non­cée par Charles Michel le 14 octobre 2014 devant le Par­le­ment et dont un extrait a été retrans­mis à la télé­vi­sion et à la radio. Comme dis­cours pro­duit en contexte média­tique, nous avons choi­si une inter­view de Charles Michel en direct dans le jour­nal télé­vi­sé de RTL-TVI le soir de la mani­fes­ta­tion du 6 novembre 2014 et une autre accor­dée à la RTBF dans la fou­lée de la grève géné­rale du 15 décembre 2014. Métho­do­lo­gi­que­ment, il était inté­res­sant de confron­ter deux dis­cours tenus à un mois d’intervalle sur un sujet et dans un contexte simi­laires (« most simi­lar sys­tem design »).
  12. |Les mots entre guille­mets ci-après sont ceux qu’ils ont employés lors du groupe de discussion.

Émilie Jacquy


Auteur

animatrice socioculturelle et responsable de communication à Taboo asbl