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La parole aux enfants

Numéro 8 Décembre 2025 par Laurence Rosier

décembre 2025

« Il n’y a aucun texte de loi qui dit : par la présente, nous informons qu’étant donné leur faible maturité, les enfants sont exclus du droit de vote », Clémentine Beauvais.   Faire parler les enfants… non plutôt leur donner la parole, comme aux autres, les adultes. Vous vous souvenez de cette collection concernant des grands sujets du […]

Italique

« Il ny a aucun texte de loi qui dit : par la présente, nous informons quétant donné leur faible maturité, les enfants sont exclus du droit de vote », Clémentine Beauvais.

 

Faire parler les enfants… non plutôt leur donner la parole, comme aux autres, les adultes.

Vous vous souvenez de cette collection concernant des grands sujets du monde expliqués aux enfants par un auteur ou une autrice reconnue ? Voici quelques titres en guise de rappel : Le racisme expliqué à ma fille de Tahar Ben Jelloun, La mort expliquée à ma fille par Emmanuelle Huismans Perrin, ou encore celui de Jean Ziegler, La faim dans le monde expliqué à mon fils ? Si ces ouvrages ont été, parmi d’autres, une source d’inspiration pour le présent numéro anniversaire, dans cette rubrique c’est la parole donnée aux enfants mêmes, qui est mise en lumière et à l’honneur.

On y a pensé tout de suite quand il s’est agi de composer un numéro anniversaire, qui célébrait la transmission. Comme tisser un fil entre les fondateurices de la revue, leur projet à la fois scientifique et pédagogique et les enfants d’aujourd’hui (peut-être futur·es lecteur, lectrice ou même auteurice d’une revue nouvelle… et d’un monde nouveau). La transmission d’une aventure intellectuelle, d’une démarche scientifique, citoyenne et politique passait aussi par les enfants, parce qu’iels sont tout à fait capables de réfléchir à ce qui permettrait un monde plus juste. Non seulement de réfléchir, mais de partager cette réflexion dans une publication traditionnellement réservée aux adultes.

En 1969, l’essayiste, chroniqueur et écrivain Pierre Daninos participait à un projet « les enfants racontent le monde », qui parut chez Denoël sous le titre Le pouvoir aux enfants. Une quarantaine d’enfants français issus de la classe moyenne, entre 6 et 10 ans s’exprimèrent librement sur des sujets très sérieux comme la politique, la guerre, la prison, la famille, l’éducation, la drogue… L’auteur des Carnets du major Thompson y relevait finalement les propos naïfs ou très sérieux, clichés ou inventifs, des enfants d’une certaine époque : ainsi l’un ou l’une qui croyait « au paradis, mais pas à l’enfer », qui aimerait « être un hippie, mais pas tout de suite », qui aurait préféré que ce soit « les Russes les premiers sur la Lune », qui pensait qu’iels n’ont pas raison tout le temps. La candeur voisinait avec des logiques implacables qui nous renvoient en miroir à nos discours dits « adultes ». Un petit extrait savoureux :

« La politique t’intéresse-t-elle ? » — La politique c’est le gouvernement. C’est le président de la République et puis les députés. C’est Pompidou. Il a beaucoup de papiers dans son bureau, et puis il cherche. Je ne sais pas ce qu’il cherche. Il veut de l’argent et puis voilà ! Faut qu’on paye les impôts et tout ça (Matilde N… 10 ans, p. 183)

 « Pourquoi exiger des enfants des compétences qu’on ne demande pas aux adultes, comme la connaissance des programmes ou une quelconque validation de leur capacité à voter ? » se demande en 2024 l’autrice, traductrice et chercheuse en sociologie et philosophie de l’enfant, Clémentine Beauvais. « Et si les enfants avaient le droit de vote dès leur naissance ? », poursuit-elle dans un tract publié chez Gallimard en 2024. Car après tout, les décisions politiques prises sans elleux les impacteront directement dans un avenir plus ou moins proche ! Prendre en compte leur parole pour lutter contre leur invisibilisation dans l’espace public, voire l’infantisme1 (même la misopédie2) de la société c’est réfléchir à une société de mémoire et d’avenir, véritablement inclusive, sans âgisme, ni en amont ni en aval de l’âge.

Alors voilà on a souhaité que deux enfants, Calliopée et Mathias, nous donnent leurs avis, leurs envies, leurs mots et leurs dessins sur des sujets du monde d’aujourd’hui, pêle-mêle : quels sont les questions qu’iels se posent sur ce monde ? Sur la guerre, la nature et le climat, l’école et la démocratie, le fait d’être une fille et/ou un garçon, … De quoi iels auraient envie de parler si un·e journaliste venait les interviewer ? Iels se sont exprimés sans contrainte, privilégiant tel ou tel sujet selon leurs préférences, leur expertise.

Comme le disait Pierre Daninos dans la préface du Pouvoir aux enfants : « Allez, allez sans crainte, laissez-vous emporter par ce torrent de verbe qui charrie avec lui autant de comique que d’angoisse, autant de cocasserie que de vérité » et nous ajouterons : sans « paternalisme » ni « maternalisme », écoutons ces deux enfants qui n’attendent pas d’être grand·es pour être réfléchi·es, responsables et évoquent ce qui les rendrait heureux·se.

Pierre Daninos présente Le pouvoir aux enfants. Edition spéciale, collection dirigée par Jacques Lanzmann, Paris, Denoël, 1969

Clémentine Beauvais, Pour le droit de vote dès la naissance, Tract Gallimard, 2024.


Pour être entendu, il faut parler !

Calliopé est en quatrième primaire et vit dans une petite commune rurale. Elle se montre très sensible à la protection de la nature. Elle est souvent touchée par la pollution qu’elle observe autour d’elle et par les dangers que cela représente pour les animaux.

Elle apprend à mesurer l’impact de nos gestes sur la planète et ce n’est pas toujours facile pour elle. Car Calliopé aime aussi s’acheter des vêtements, manger de la viande (« j’aimerais bien être végétarienne, mais j’adore trop l’américain préparé ») et elle ne trouve pas toujours évident d’accorder ses envies avec ses convictions.

Elle aimerait ne pas porter seule la responsabilité des actions à poser et se sent parfois un peu perdue face à ce qu’il faudrait faire (« Oui mais bon, c’est pas de ma faute si on fabrique toutes ces choses dans les magasins qui me donnent envie »). Bienveillante et attentive aux autres comme à l’impact de ses paroles, Calliopé trace son chemin, avec respect et réflexion, un chemin parfois complexe, surtout pour une enfant de neuf ans.

Comment on en est arrivé là ? Par exemple, les animaux en voie de disparition, les variations de température, les sans-abris dans la rue ?

Je pense qu’on a besoin de la politique pour essayer de s’entendre et pour recoller ce qui est brisé mais là j’ai l’impression que pour l’instant, ça ne marche pas du tout.

La démocratie ? Je ne sais pas bien ce que ça veut dire, mais j’en ai déjà entendu parler. On vote pour prendre des décisions. Mais je me dis que voter, c’est peut-être pas la meilleure chose à faire parce que certains veulent aider la planète et on ne vote pas pour eux. Pourtant, il faudrait, si on veut rester en vie plus tard. Mais je ne sais pas trop ce qu’on pourrait faire d’autre.

Certains hommes et femmes politiques veulent avoir du pouvoir, d’autres veulent sauver le monde. En vrai (bon, je dis vraiment ce que je pense), mais si on me dit le mot « politique », je pense au bureau de ma maman, dans une tour super haute qui donne le vertige, et en face, une autre tour toute éclairée pour Noël. C’était trop beau. J’aimais bien cette période parce que j’adorais ce bureau. Je savais pas trop ce qu’ils y faisaient mais ça prenait beaucoup de temps. C’était une ambiance pas stricte et assez cool parce que tout le monde se tutoyait. Et je me souviens d’un jour où elle était super contente parce qu’elle avait réussi à financer un endroit pour des femmes qui sont violées. On a été au restaurant pour fêter ça et j’ai même pu avoir un coca.

Pour moi, l’école c’est l’ennui mortel, je ne sais même pas à quoi ça sert. Les instit’s sont gentilles mais on pourrait passer moins de temps à attendre (quand on corrige par exemple). J’aime bien le cours de citoyenneté, parce qu’on apprend des trucs intéressants (comme l’histoire des deux tours jumelles) et on ne répète pas tout le temps la même chose. Je voudrais une école où il n’y pas de contrôle (sauf en fin d’année), j’aime bien quand j’apprends des choses, pas quand on répète tout le temps, ou quand on corrige trop longtemps.

En ce qui concerne les filles et les garçons, j’ai le souvenir, quand on était en maternelles, qu’on jouait ensemble, surtout au petit vélo dans la cour. Mais maintenant, les garçons pensent plus à être les plus musclés et les plus rapides. Ils disent « je suis le plus fort, je suis le plus rapide, et tout ça… » et ils disent toujours que les filles sont nulles. Ça a surtout commencé l’année passée, en troisième primaire. Cette année, on joue à « touche-touche » et les garçons veulent pas admettre qu’ils sont touchés par des filles parce qu’ils supportent pas qu’on soit plus fortes. Et ensuite, tout le monde se dispute. Du coup, on joue de moins en moins ensemble et ça devient les filles d’un côté, les garçons de l’autre. Pourquoi les garçons de ma classe font tout le temps les malins (c’est fatiguant) ?

Et puis ils jouent à la guerre et ça se termine en vraie bagarre. Nous, on joue aussi à se battre, mais avec des personnages invisibles, comme ça on se fait pas mal.

Entre filles, de temps en temps, on se dispute parce qu’on est jalouses mais on ne veut pas l’admettre parce que c’est super gênant.

Je voudrais aussi parler des animaux. J’ai regardé une vidéo y’a pas longtemps et j’ai vu que beaucoup d’animaux étaient en voie de disparition pour des raisons stupides. J’aime beaucoup Sauvez Willy II parce que ça raconte la vie d’un orque dont la sœur a failli mourir à cause d’un bateau qui perd du pétrole parce qu’il n’a pas pris la peine de bien conduire parce qu’il était pressé et pour des petites bêtises comme ça, on pollue toute la mer.

Je voudrais parler d’Israël et du Hamas, de la Palestine. Je sais qu’il y a eu des otages, qu’il y a des gens qui essayent d’apporter à manger avec des bateaux, mais qu’ils se sont fait prendre par la police. En fait, je ne comprends pas ce qui se passe.

Je me pose des questions sur le fait de faire la guerre ? Ils n’ont qu’à discuter plus longtemps pour ne se pas lancer là-dedans. La guerre, c’est des histoires de territoire, mais en fin de compte, ils vont quand même rester fâchés et après ça risque de recommencer. Ça sert vraiment à rien en fait.

Moi, dans le futur, je me vois mal. Très mal. D’accord, il y aura plein de technologie mais ça veut dire aussi plein de déchets en plus et donc moins d’animaux. C’est d’ailleurs le slogan que j’utilise quand je vais à la marche pour le climat. « MOINS DE DECHETS, PLUS D’ANIMAUX ». Parce qu’il y a toujours des décharges où on met plein de déchets, parfois près de la mer. Et justement, en citoyenneté, on a parlé d’une grande mer (je ne sais plus laquelle) où on jette beaucoup de déchets et du coup, y’avait beaucoup d’animaux pris au piège.

Je suis très en colère contre des gens. Par exemple, Donald Trump parce qu’il ne pense qu’à avoir du pouvoir et de l’argent et en fin de compte juste à lui. C’est le premier à qui je pense parce qu’on le voit partout. À la base, c’est nous les intrus, les animaux ont toujours été là et nous on vient tout détruire avec nos usines et notre plastique.

Je voudrais que les animaux et la nature puissent parler et se défendre.

J’ai bien aimé écrire ce texte parce que l’idée que ce que j’ai à dire va être entendu, je trouve ça super !

C’est ainsi que je vous laisse.


Faut pas être gêné de parler

Matthias a 10 ans – il en aura 11 le 8 mars prochain. Grand frère de Margaux, petit frère de Marius, de Max et de Maéline, c’est un enfant qui a toujours cherché sa place. Avec la lucidité et la douceur qui le caractérisent, il répond aux questions de La Revue nouvelle, questionne son rapport au monde et saisit la chance qu’il lui est offerte de se positionner.

Quelles questions je me pose sur le monde

Je sais comment le monde a été créé, je sais comment la nature est venue – un jour, une grosse météorite a explosé sur la terre. C’était une météorite liquide qui a déversé plein d’eau sur la planète de lave.

Je me demande surtout ce qui a après le monde – ça c’est vraiment un truc difficile. Est-ce que l’infini pourrait s’arrêter un jour ? L’infini a été créé par quoi ? Les planètes ont été créées par quoi ? L’existence a été créée par quoi et pourquoi ?

La guerre

 Les humains se tuent beaucoup entre eux, on pourrait même imaginer qu’ils aiment ça. Les méchants, comme Hitler par exemple, il tuait vraiment, ça le rendait pas triste, il faisait ça sans pitié.

Moi je pense « d’accord on prend du territoire, mais on est pas obligé de tuer ». On pourrait discuter. Voir comment se mettre d’accord. Pas obligé de s’entretuer. On pourrait ne pas exterminer les gens pour avoir un pays et prendre le leur – on pourrait discuter, demander si on peut prendre une petite partie de leur pays et on leur donne des trucs en échange.

Si on veut avoir leur forêt par exemple, on doit leur donner un truc en échange – on leur donne des villages, enfin des endroits pour habiter.

Avec les drones, on tue des gens.

Alors ont fait des barrières anti-drones. J’ai appris ça avec RTL/RTBF et tout. Ce qui me fait peur, c’est que les drones se rapprochent de plus en plus de la Belgique. Notre pays est bien protégé, on est bien entouré, on est des chouettes personnes en Europe – du coup, si quelqu’un attaque la Belgique, la France, l’Espagne, l’Italie, les Etats-Unis nous aideront. Les USA ont la plus grande armée. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de gens qui veulent faire alliance avec eux.

La guerre peut aussi être obligatoire parfois – l’Ukraine, elle fait pas la guerre elle se défend.

On pourrait faire un grand drapeau blanc pour arrêter la guerre – mais le problème c’est que ce serait déclarer forfait, on perdrait quand même notre pays et on devrait quand même sacrifier nos forêts, nos territoires.

La nature, les animaux et le climat

 Je me demande souvent comment la nature est venue au monde.

Dans des endroits – par exemple, le désert de glace au Groenland (chez les Inughuit) – les banquises fondent.

Si la banquise fond, les phoques ne peuvent plus se reposer suffisamment. Ils doivent nager beaucoup trop et finissent par mourir. Pareil pour les ours, ils ont moins de nourriture, ils vivent sur la banquise et doivent nager beaucoup trop longtemps si cette banquise disparait. Ils meurent de fatigue. Les Inughuit – je les ai vus dans Rendez-vous en terre inconnue – ne peuvent plus chasser avec leurs chiens quand la banquise fond, ils doivent chasser le phoque en bateau.

Quand je me blesse, je me dis que les animaux se blessent aussi (beaucoup plus fort) et ne font pas de comédie ou de crise comme nous. J’essaie de prendre exemple sur eux quand je me fais mal.

On traite pas très bien la nature et les animaux – on prend plus beaucoup d’espace qu’eux, on abat les forêts, les animaux doivent partir dans des endroits où ils ont moins de nourriture, les animaux partent en voie d’extinction. On pourrait se dire qu’on laisse des lieux « forestiques » tranquilles. Se dire « Cette jungle on la touche pas ». On doit laisser tranquilles les endroits où y’a beaucoup d’animaux qui vivent et qui n’ont aucune chance de survivre ailleurs. On doit laisser les animaux tranquilles, aider les animaux en voie d’extinction, faire des accouplements en captivité et quand ils sont quatre cinq les relâcher pour qu’ils puissent se reproduire.

En Belgique aussi, on abat trop les arbres. Le petit bois de Quenast était chouette mais même ici au village, ils ont abattu plein d’arbres. Les animaux vont s’enfuir, ils devront passer sur la route. Il faut vraiment laisser des endroits où on se dit « là on intervient pas ». Le mieux ce serait qu’on abatte pas du tout. Mais je comprends qu’on ait besoin d’un peu de bois pour faire des maisons et des feux.

La mer aussi on la traite mal, on y fait beaucoup de pollution – à cause de nos égouts, du pétrole (quelquefois on lâche du pétrole, quand un bateau se casse). Les tortues de mer mangent le plastique qu’elles prennent pour des méduses. Pareils pour les goélands, ils croient que le petit bout de plastique, c’est un poisson. Pareil pour les baleines ; quand elles mangent les petits crustacés, elle avalent plein de plastique. Et les pêcheurs jettent à la mer tout ce dont ils n’ont plus besoin.

Il y a aussi le problème du gaz et du pétrole. On cherche le pétrole dans la terre et quand on le ressort de la terre, il pollue. Les prouts des vaches sont aussi polluantes. On consomme trop de viande, on élève beaucoup trop de vaches en captivité. Il faut manger moins de viande même si on doit en manger un peu – il faut consommer uniquement ce dont on a besoin ; quand on tue un animal, on mange tout et pas seulement les belles parties. On fait honneur à l’animal qui est mort pour nous nourrir.

Il faut essayer de respecter le cycle de la vie.

Nous on est le prédateur de tous les animaux. Ils ne nous mangent pas parce qu’on est capables de dévaster leur territoire – on a pris le dessus en faisant nos appartements, nos immeubles, en mettant des câbles électriques, avec l’essence de nos voitures, avec le pétrole. On est très nombreux et avec nos inventions – le béton, surtout – on prend de plus en plus de place. Les animaux ne se battent pas contre nous ; ils reculent, ils reculent, ils reculent.

Le fait d’être une fille et/ou un garçon

 Je me demande souvent ce qui se passe de vraiment différent dans le corps d’une fille.

C’est plus facile d’être un garçon dans le monde actuel – et avant aussi, c’est les garçons qui allaient à l’école. Dans de nombreux pays et même en Belgique, les hommes ont souvent le droit de faire plus de choses que les femmes. Même la guerre – pourquoi on laisse pas les femmes faire la guerre ? On peut pas prouver que les femmes seraient moins efficaces que les hommes à la guerre. Et même : les femmes auraient pu trouver une solution, elles auraient pu faire la paix.

Je suis ami avec plus de filles que de garçons dans ma classe (mais parce qu’il y a plus de filles), je suis ami avec tous les garçons aussi, je suis ami avec tout le monde –je veux pas commencer à être sexiste. Fille et garçon, ça change rien. Le sexisme c’est presque comme du raciste envers les femmes : les femmes ça sert qu’à faire la vaisselle, les femmes sont pas fortes, les femmes savent pas se battre. Tout ça c’est du sexisme. Y’a aussi des femmes sexistes : les hommes ça sert à rien, les hommes ça pue, les hommes ça fait rien du tout. Je connais des gens sexistes qui disent des trucs méchants. Je comprends pas pourquoi les filles font quand même plus souvent le ménage – il faudrait que ce soit partagé. Le père doit aussi avoir le droit de s’occuper de ses enfants, comme ça sa femme peut avoir des moments avec ses amis pour faire des petites soirées.

Chez les filles, y’a beaucoup de trucs qu’on remarque pas, il faut voir à l’intérieur d’elles, quelquefois les garçons remarquent pas la beauté qu’elles ont à l’intérieur, ils regardent d’abord le physique. Les garçons et les filles doivent souvent se faire un beau physique pour avoir des amis… Pourtant il ne faut pas se fier à la beauté. Mais j’aime bien faire attention à mon look, c’est quand même gai de se faire beau.

Dans mon école, on a des délégués de classe et c’est souvent une fille et un garçon.

Sur les hommes et les femmes politiques

 Certains hommes politiques ne sont pas très bien, parce qu’ils gardent tout pour eux, ils ne pensent qu’à eux – Trump prend tout le pouvoir et prend de plus en place. On devrait essayer de l’interroger et essayer de lui faire comprendre et lui dire des mots qui le feraient regretter ses actes. Il faudrait lui montrer les gens qui sont malheureux et que ces gens puissent lui parler et lui expliquer comment ils sont, eux, quelle est leur vie. J’essaierais de dire à Trump que tout le monde est pareil. Que tu sois mexicain ou américain, tu es humain. Tu es pareil. Tu as droit aux mêmes droits. Il ne faut pas que les blancs aient plus de droits que ceux qui ne sont pas blancs ou qui ont des origines africaines.

La démocratie

 Tout le monde doit avoir les mêmes opportunités.

Il ne faut pas privilégier les gens parce qu’ils ont plus d’argent. Tout le monde doit pouvoir dire ce qu’il ressent et ce qu’il aimerait qu’on fasse pour lui – qu’on l’aide s’il a des petits problèmes chez lui.

Dans mon école, on a des délégués de classe.

On fait des grands conseils de classe, on collecte les idées de tout le monde. Tous les délégués se réunissent avec la directrice (Aurélie) et vont essayer d’organiser les idées et les mettre en commun pour faire un projet de groupe : qu’est-ce qu’on peut améliorer dans l’école, dans les classes, dans la cour de récré ? Quelles activités on peut mettre en place ? Ça fait plaisir quand son idée est écoutée et le projet réalisé. Moi, j’aimerais qu’on puisse faire une grande journée dans les bois et une journée sportive. C’est les idées que je voudrais proposer cette année. Il y a aussi les enfants délégués de la commune – eux se réunissent avec les délégués des autres écoles pour organiser des activités inter-écoles : un géant foot, une course, une après-midi dans une grande plaine de jeux ou un parc d’attractions.

L’idée c’est de former d’autres liens avec d’autres personnes.

L’école

 C’est un endroit de rencontre et d’apprentissage, un lieu où on se fait des amis. C’est important d’aller à l’école pour la vie future. C’est important pour acheter des choses, il faut savoir calculer pour ne pas se faire arnaquer – si tu achètes quelque chose à 80 euros et que tu donnes 100 euros et qu’on te rembourse de 5 euros, y’a un problème. C’est une chance d’aller à l’école et j’irai à l’école jusque quand il faut, quand j’aurai fini mes études, quand j’aurai trouvé mon job.

De quoi j’aurais envie de parler si un·e journaliste venait m’interviewer ?

 Je sais pas.

À ma compétition de karaté, on a été interviewé sur le karaté et tout. On devait expliquer ce que c’était le karaté, ce qui nous passionne dans le karaté – c’est un sport calme. J’aime bien le combat (le kumite), je me sens bien quand je fais du kumite, c’est un sport qui m’apaise ; c’est pas comme la boxe – la boxe c’est violent, c’est un truc pour mettre des coups.

Si je pouvais faire passer un message aux autres enfants, je dirais : faut pas se laisser faire, faut pas être gêné de demander pour avoir un peu plus de possibilités, faut pas être gêné de parler, faut pas rester caché, il faut se démarquer, dire qu’on est là.

Comment je me vois plus tard par rapport au monde d’aujourd’hui ?

 Je sais vraiment pas. Je m’interroge pas pour plus tard, je m’interroge plutôt pour le présent. Ce que je me dis c’est qu’il faut que je reste moi-même. Voilà.

  1. L’infantisme (ou childisme en anglais) désigne la discrimination systématique et les préjugés envers les enfants et les adolescent·es, qui consiste à dévaloriser leur parole, leurs opinions et leur vécu au profit de ceux des adultes.
  2. La misopédie est la haine des enfants (comme on parle de misogynie, à propos des femmes). C’est le sentiment de mépris – le plus souvent inconscient – qu’on porte aux plus jeunes.

Laurence Rosier


Auteur

Née en 1967, Laurence Rosier est licenciée et docteure en philosophie et lettres. Elle est professeure de linguistique, d’analyse du discours et de didactique du français à l’ULB. Auteure de nombreux ouvrages, elle a publié plus de soixante articles dans des revues internationales, a organisé et participé à plus de cinquante colloques internationaux, codirigé de nombreux ouvrages sur des thèmes aussi divers que la ponctuation, le discours comique ou la citation ou encore la langue française sur laquelle elle a coécrit M.A. Paveau, "La langue française passions et polémiques" en 2008. Elle a collaboré au Dictionnaire Colette (Pléiade). Spécialiste de la citation, sa thèse publiée sous le titre "Le discours rapporté : histoire, théories, pratiques" a reçu le prix de l’essai Léopold Rosy de l’Académie belge des langues et lettres. Son "petit traité de l’insulte" (rééd en 2009) a connu un vif succès donnant lieu à un reportage : Espèce de…l’insulte est pas inculte. Elle dirige une revue internationale de linguistique qu’elle a créée avec sa collègue Laura Calabrese : Le discours et la langue. Avec son compagnon Christophe Holemans, elle a organisé deux expositions consacrées aux décrottoirs de Bruxelles : "Décrottoirs !" en 2012. En 2015, elle est commissaire de l’exposition "Salope et autres noms d’oiselles". En novembre 2017 parait son dernier ouvrage intitulé L’insulte … aux femmes (180°), couronné par le prix de l’enseignement et de la formation continue du parlement de la communauté WBI (2019). Elle a été la co-commissaire de l’expo Porno avec Valérie Piette (2018). Laurence Rosier est régulièrement consultée par les médias pour son expertise langagière et féministe. Elle est chroniqueuse du média Les Grenades RTBF et à La Revue nouvelle (Blogue de l’irrégulière). Elle a été élue au comité de gestion de la SCAM en juin 2019.
 Avec le groupe de recherche Ladisco et Striges (études de genres), elle développe des projets autour d’une linguistique « utile » et dans la cité. Elle est Codirectrice de La Revue nouvelle.
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