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La défaite de Trump

Numéro 2 – 2021 - élections États-Unis Trump par

mars 2021

En cette matinée du 7 novembre 2020, je suis dans ma chambre d’hôtel au centre-ville de Washington DC. Je viens de terminer mon petit-déjeuner et je suis presque prêt à partir lorsque les présentateurs de CNN annoncent que Joe Biden a remporté l’élection et sera le prochain président des États-Unis d’Amérique. J’appelle rapidement mon producteur à Latvijas Radio, la […]

Le Mois

En cette matinée du 7 novembre 2020, je suis dans ma chambre d’hôtel au centre-ville de Washington DC. Je viens de terminer mon petit-déjeuner et je suis presque prêt à partir lorsque les présentateurs de CNN annoncent que Joe Biden a remporté l’élection et sera le prochain président des États-Unis d’Amérique.

J’appelle rapidement mon producteur à Latvijas Radio, la société lettonne de radiodiffusion publique qui m’a envoyé aux États-Unis pour couvrir cette élection. Après un direct dans le journal parlé suivant, je sors dans la rue. Une vingtaine de minutes plus tard, je suis près de la Maison Blanche. De nombreuses rues sont déjà fermées et des groupes de gens font la fête. Les gens crient des slogans, comme « USA », ou frappent des casseroles en métal avec des cuillères pour faire du bruit. Aux côtés des drapeaux américains, beaucoup brandissent des drapeaux arc-en-ciel tandis que les automobilistes dans les embouteillages klaxonnent : la ville jubile.

Cette célébration n’est pas particulièrement surprenante car le District de Columbia est connu pour être un bastion du Parti démocrate et le président républicain Donald Trump n’a jamais été particulièrement populaire sur ce territoire. Toutefois, se dégageait l’impression que les gens n’étaient pas simplement heureux de la victoire de Joe Biden et de Kamala Harris, mais qu’ils étaient surtout soulagés de ne pas avoir à faire face à quatre autres années de leadeurship de Trump.

Plus tard, on a appris que Trump avait passé la majeure partie de cette journée à jouer au golf en Virginie et que ce n’est qu’à son retour qu’il a pu se rendre compte de l’ampleur de la foule qui célébrait sa défaite. Divers médias ont rapporté que dans les derniers jours avant la proclamation des résultats, Trump sortait régulièrement pour jouer au golf. On peut imaginer qu’en ces moments, il a voulu se trouver là où il est aimé et apprécié, là où les choses sont familières et claires.

Dans une large mesure, cette élection concernait Trump. Certains diront qu’après le premier mandat d’un président en exercice, le vote est toujours un référendum sur sa politique. Mais j’oserais affirmer que Trump est une figure si inhabituelle et si polarisante que ce « référendum » s’est largement transformé en un conflit entre deux visions du monde et de « l’avenir américain » complètement opposées.

Floride — un swingstate

Depuis le début d’octobre et jusqu’au jour de l’élection, le 3 novembre, j’ai couvert l’actualité politique américaine depuis divers endroits en Floride. J’y ai rencontré de nombreux partisans fidèles de Trump et de nombreux démocrates aussi, car c’est un véritable swingstate.

L’une des interviews les plus mémorables que j’ai pu mener est peut-être celle d’un groupe de séniors lettons de souche qui ont passé la totalité ou la majeure partie de leur vie aux États-Unis. L’une d’entre eux, Mme Māra Prāvs, a grandi en Suède dans une famille de parents immigrés lettons. Au cours de l’entretien, elle a beaucoup parlé du danger imminent du socialisme pour le modèle américain actuel. Quand je lui ai posé des questions sur les pays qui ont développé un système de protection sociale, mais qui sont encore des démocraties, comme la Suède, elle m’a répondu que « le socialisme est un communisme avec le sourire ». Ensuite, Me Prāvs m’a dit que le système suédois n’a l’air bien que de l’extérieur et que, dans son enfance, son père a dû payer beaucoup d’argent à un dentiste privé pour éviter celui désigné par le gouvernement. La famille ne faisait pas confiance au dentiste public car il lui manquait plusieurs doigts. Elle a également ajouté que sa mère ne peut souvent pas faire son bilan de santé annuel parce qu’aux alentours de son anniversaire, en janvier, elle a souvent un rhume… et cela signifie qu’elle doit attendre une autre année.

Le socialisme, le communisme et le marxisme ont souvent été mentionnés dans mes entretiens avec les partisans de Trump. Une Cubaine que j’ai rencontrée lors du rassemblement électoral du vice-président américain Mike Pence m’a dit que « le communisme commence par de belles paroles sur l’égalité et le bienêtre ». Et quand ces politiciens arrivent au pouvoir « ils vous enlèvent vos armes, ils vous enlèvent tout » pour que les gens ordinaires ne puissent plus se révolter contre les nouveaux dirigeants. Elle a également mentionné que « Biden a un problème », à savoir qu’il est trop vieux. Et donc ce sera Harris, « l’extrémiste », qui serait en réalité aux commandes.

Malgré le fait que Trump et Biden aient tous les deux septante ans, c’est Biden qui a souvent été qualifié de trop vieux pour être président.

Une représentation particulièrement négative de Harris est un autre aspect de cet argument. Biden a été connu comme un politicien centriste pendant la majeure partie de sa vie, même trop centriste pour l’aile progressiste de son propre parti, il est donc difficile de le présenter comme un extrémiste. Pendant ce temps, une jeune femme de couleur, comme Harris, qui a essayé de faire appel à une partie plus libérale des électeurs démocrates, est plus facile à désigner comme représentante dangereuse d’une « idéologie marxiste ».

Je dois dire que pour quelqu’un comme moi qui suis né en URSS et qui ai passé ma petite enfance sous le régime soviétique en Lettonie, il est toujours particulièrement intéressant et parfois même inquiétant d’entendre des gens utiliser des termes comme « communisme » dans un contexte contemporain. D’un côté, je crois que tout observateur objectif admettra que les idées politiques de Biden, comme la réduction des couts des soins de santé ou la lutte contre le changement climatique, ne sont en aucune façon marxistes. Mais, d’un autre côté, j’essaie également de décourager mes amis de gauche d’utiliser le terme « communisme » car il est dans ma mémoire comme dans celles de nombreuses personnes qui ont connu la vie sous un régime se déclarant communiste, associé à de nombreuses morts, déportations et répressions orchestrées par les dirigeants politiques de l’URSS ainsi que par les dirigeants de nombreux autres pays de l’ancien bloc socialiste. De plus, aujourd’hui la Corée du Nord, la Chine ou même Cuba peuvent difficilement être considérées comme des modèles en ce qui concerne les libertés civiles et politiques. On ne peut pas négliger à ce niveau l’effet repoussoir qu’engendre ce référentiel, effet qui consolide l’adhésion au « camp de Trump ».

Les évangélistes pour Trump

Appréhender les conceptions de différents groupes de supporteurs Trump a été particulièrement intéressant pour moi au cours de ce voyage : c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis allé à la Miracle Revival Tent. Il s’agit d’un lieu de culte dans la banlieue d’Orlando où cinq soirs par semaine, tout le mois d’octobre, les gens ont pu participer à des sessions religieuses en plein air. Ils étaient principalement dirigés par M. Rich Vera, un homme énergique appelé « prophète » par ses disciples, et qui promet guérison et autres miracles lors de ses « séances ».

M. Vera et beaucoup de ses partisans sont très ouverts au sujet de leurs opinions politiques. Il m’a dit que pour les chrétiens bibliques1 comme lui, l’interdiction de l’avortement est un sujet extrêmement important. Ils s’opposent également aux relations sexuelles gays et autres « perversions ». Quand j’ai interrogé M. Vera sur le comportement parfois discutable de Trump, il a répondu que Dieu utilise des personnes imparfaites pour atteindre ses objectifs et a ajouté qu’il était surpris que Trump soit devenu un partisan des valeurs soutenues par les chrétiens bibliques.

Des réponses similaires m’ont été données par certains des préposés à la Miracle Revival Tent. Ils ont souligné que le personnage de Trump n’est peut-être pas parfait, qu’il est parfois méchant et dit des choses qui ne sont pas vraiment acceptables, mais qu’il a toujours « fait beaucoup pour les Américains ».

La campagne électorale de Trump a attiré activement les électeurs évangélistes, en particulier les Blancs. Il y avait une série d’évènements en ligne et hors ligne pour les chrétiens évangélistes : ainsi, pendant que j’étais à Miami, le fils de Trump, Eric, participait à l’un de ces évènements dans la « mégaéglise » à la périphérie de la ville. Alors que Pence appartient lui-même à un groupe de chrétiens conservateurs et a également approché divers groupes religieux.

Les Démocrates

Alors que la campagne Trump a organisé activement des évènements en personne, y compris divers rassemblements électoraux, les Démocrates ont passé beaucoup de temps à approcher les électeurs en ligne et par téléphone. Cela a permis aux partisans de Trump de dire que Biden se cachait dans un bunker.

Mais à la fin de la campagne Biden et les membres de plusieurs sections locales du Parti démocrate ont estimé qu’ils devaient revenir à une des formes plus traditionnelles de campagne. Biden, Harris et l’ancien président américain Barack Obama, ont commencé à tenir des « drive-in rallies » où les gens pouvaient voir le candidat ou l’ancien président tout en restant en sécurité dans leur véhicule.

Pendant ce temps, le Parti démocrate de Miami-Dade a organisé une prospection « avec distance sociale ». Plusieurs centaines de démarcheurs rémunérés ont frappé aux portes de ceux que l’on nomme les « démocrates froids », en d’autres termes, des personnes qui avaient l’habitude de voter pour les démocrates mais qui n’ont pas participé à toutes les élections. Diverses marches vers les bureaux de vote et autres manifestations en plein air ont également été organisées à plusieurs reprises.

Pourtant, le fait que Biden ne l’emporte sur Trump que sur le fil du rasoir dans de nombreux États amène à se questionner sur la durabilité de la tactique électorale choisie par le Parti démocrate. Et dans le comté de Miami-Dade, de nombreux électeurs latinos, en particulier ceux qui viennent de Cuba, ont décidé de soutenir Trump notamment parce que la peur du communisme s’est avérée très forte parmi ces électeurs. Cette peur peut-elle être apaisée ?

Une chose est claire, la polarisation profonde et la fragmentation de la société américaine continueront de persister, bien après les élections et les évènements qui ont suivi. Et il n’y a pas de véritable désir de l’une ou l’autre des parties d’entamer un véritable dialogue. Trump restera très probablement actif publiquement et utilisera son pouvoir d’appel auprès d’environ 70 millions d’électeurs pour continuer à promouvoir son programme et ses « faits alternatifs ».

Traduit de l’anglais par Renaud Maes

  1. Nous avons traduit « Biblical Christian » par chrétiens bibliques, la dénomination de « chrétiens évangélistes » regroupant plusieurs courants qui considèrent différemment l’importance relative des textes bibliques. En l’occurrence, dans le cas de la Miracle Revival Tent, les épitres ont un rôle au moins aussi important que les Évangiles.
La Revue Nouvelle
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