Skip to main content
logo
Lancer la vidéo

La coopération économique Chine-RDC

Numéro 6 Juin 2013 par Daniel Mulenda

juin 2013

Les rela­tions sino-afri­caines pen­dant la période de la guerre froide étaient conformes à l’idéologie consis­tant à sou­te­nir les pays afri­cains contre l’impérialisme, le colo­nia­lisme et le néo­co­lo­nia­lisme. Mais actuel­le­ment, le cal­cul éco­no­mique a pris le des­sus au point que la Chine libé­rale a déve­lop­pé une diplo­ma­tie éco­no­mique de long terme et des entre­prises mul­ti­na­tio­nales par­mi les plus puis­santes du monde, à la suite de l’application d’une éco­no­mie socia­liste du mar­ché à la chi­noise. Théo­ri­que­ment, la péné­tra­tion de la Chine en Afrique vise le déve­lop­pe­ment d’un nou­veau par­te­na­riat stra­té­gique carac­té­ri­sé par l’égalité et la confiance mutuelle sur le plan poli­tique, une coopé­ra­tion dans un esprit gagnant-gagnant sur le plan éco­no­mique et le ren­for­ce­ment des échanges cultu­rels, en recou­rant à des faci­li­tés que les anciens par­te­naires occi­den­taux ne concèdent pas, notam­ment les cré­dits sans inté­rêts, des infra­struc­tures contre des matières pre­mières et l’indifférence mutuelle face à l’érosion des valeurs uni­ver­selles : droits de l’homme, concur­rence loyale, droit de pro­prié­té indus­trielle, éthique de l’environnement, liber­té d’opinion, meilleures condi­tions de tra­vail. Pour ce qui est de l’évaluation de l’espérance des gains pour cha­cune des par­ties, la balance semble pen­cher en faveur de la Chine.

Depuis les réformes éco­no­miques chinoi­ses, fon­dées sur la pro­duc­tion de davan­tage de biens de consom­ma­tion, l’accélération du déve­lop­pe­ment agri­cole et le ren­for­ce­ment des entre­prises pri­vées, la Chine réa­lise depuis plus d’une décen­nie des taux de crois­sance supé­rieurs en moyenne à ceux des pays occi­den­taux. Elle pra­tique l’économie socia­liste de mar­ché à la chi­noise : l’État pla­ni­fie les grands objec­tifs éco­no­miques et assure le contrôle des acti­vi­tés des entre­prises à tra­vers des auto­ri­sa­tions admi­nis­tra­tives et la dis­tri­bu­tion des finan­ce­ments ban­caires qu’il mono­po­lise grâce à une poi­gnée de grandes ins­ti­tu­tions publiques. Dans ce cadre contrô­lé par le par­ti-État, les entre­prises opèrent selon les moda­li­tés concur­ren­tielles propres aux entre­prises des éco­no­mies libé­rales, avec le sérieux appui de l’appareil diplo­ma­tique à l’extérieur du pays. Cela a per­mis à la Chine d’ajouter au sta­tut de sous-trai­tant des entre­prises occi­den­tales celui de pro­prié­taire des entre­prises for­te­ment enga­gées dans l’innovation et l’internalisation, et qui sont concur­rentes avec leurs maitres d’hier.

Le modèle de la croissance chinoise

Ain­si, la Chine se venge de l’Occident, après avoir mai­tri­sé ses armes : la tech­no­lo­gie, le com­merce et les mar­chés finan­ciers. Une part crois­sante des biens de consom­ma­tion ven­dus dans le monde aujourd’hui n’est plus seule­ment assem­blée en Chine, mais conçue, déve­lop­pée et com­mer­cia­li­sée par des groupes indus­triels natio­naux. Ain­si Haier basée à Qing­dao en Chine, lea­deur mon­dial de l’électroménager, avec 6% de parts de mar­ché 2010, devant la firme amé­ri­caine Whirl­pool avec 5%. La même année, Hua­wei devient la deuxième entre­prise mon­diale de télé­coms, avec 28 mil­liards de chiffre d’affaires, après le Sué­dois Erics­son avec 30 mil­liards de dol­lars de chiffre d’affaires. La Chine a réa­li­sé un taux de crois­sance de 11,9% au pre­mier semestre 2010, avec 6.600 dol­lars de PIB par habi­tant en 2009. Elle détient en plus de fortes par­ti­ci­pa­tions dans le sys­tème finan­cier international.

La Chine demeure l’atelier du monde et sa tré­so­re­rie est consti­tuée par la somme des taxes pré­le­vées tout au long du cir­cuit éco­no­mique. Il s’agit des pro­duits « made in Chi­na ». Mais aujourd’hui les pro­duits « made by Chi­na », expor­tés mas­si­ve­ment vers les quatre coins du monde, sont une source impor­tante des devises. Hier, capi­taux et tech­no­lo­gies étran­gers jouaient un rôle déter­mi­nant dans le modèle de déve­lop­pe­ment chi­nois. Mais aujourd’hui, le capi­ta­lisme finan­cier d’État a fait de la Chine l’argentier du monde, à la faveur de la crise finan­cière de 2008. Il en ira de même, si les plans chi­nois ne ren­contrent pas d’obstacle majeur.

Il est vrai que l’offensive com­mer­ciale chi­noise ren­con­tre­ra des obs­tacles, à cause des fac­teurs internes oppo­sés à l’accumulation de la richesse à long terme. Il s’agit de la cor­rup­tion et de l’enrichissement illi­cite des diri­geants du Par­ti com­mu­niste chi­nois, par­mi les­quels on ren­contre un nombre impor­tant de mil­liar­daires. Les modes de pro­duc­tion en vigueur, peu pré­oc­cu­pés de la régé­né­ra­tion des éco­sys­tèmes natu­rels, l’appareil éta­tique auto­ri­taire, gan­gré­né par la cor­rup­tion et non res­pec­tueux des droits de l’homme et de la liber­té d’expression, et les injus­tices sociales très criantes, les mau­vaises condi­tions de tra­vail, le cli­vage sans cesse crois­sant entre les condi­tions de vie à la cam­pagne et en ville ain­si que la pau­vre­té qui se déploie à tra­vers tout le pays, consti­tuent autant d’obstacles. Ce pays consi­dère que la crois­sance éco­no­mique devrait conti­nuer, car ses diri­geants, et les béné­fi­ciaires de ces évo­lu­tions, s’estiment en être gagnants.

Les modes de pro­duc­tion chi­nois sont en déca­lage avec les exi­gences du déve­lop­pe­ment durable. La res­pon­sa­bi­li­té sociale des entre­prises est fou­lée au pied. En plus des pol­lu­tions de l’air, de l’eau, de la dif­fu­sion des déchets et des pol­luants chi­miques, résul­tant d’une indus­tria­li­sa­tion rapide, ce pays connait des pro­blèmes liés à l’accroissement des quan­ti­tés de matières pre­mières requises par son modèle de déve­lop­pe­ment et à l’augmentation des gaz à effet de serre due à la hausse de la consom­ma­tion d’énergie. Ces deux réa­li­tés sont de nature à per­tur­ber les équi­libres éco­lo­giques pla­né­taires ain­si que la crois­sance mon­diale. La Chine a ven­du son envi­ron­ne­ment contre des emplois, puis des tech­no­lo­gies. Elle a tro­qué son envi­ron­ne­ment contre son déve­lop­pe­ment, dit-on.

La situa­tion de l’environnement est pré­oc­cu­pante et pour­rait deve­nir un frein à la crois­sance chi­noise. La pol­lu­tion des centres indus­triels et urbains, la dimi­nu­tion de la sur­face culti­vable en rai­son de la déser­ti­fi­ca­tion, l’empoisonnement des eaux douces, etc., sont carac­té­ris­tiques de l’environnement chi­nois. Les pluies acides tombent sur un tiers du ter­ri­toire, les eaux conta­mi­nées tuent plus de trente-mille enfants chaque année. Les couts envi­ron­ne­men­taux, l’épuisement des res­sources natu­relles, des sols et de la vie, les mala­dies et sinistres liés à la dégra­da­tion du milieu repré­sen­te­raient désor­mais près de 10% du PIB chaque année. Le niveau de crois­sance recon­nu par les auto­ri­tés étant de 10%, la crois­sance réelle est nulle. Voi­là la face cachée de l’avancée éco­no­mique chi­noise, à laquelle la RDC devrait faire atten­tion dans l’élaboration de sa col­la­bo­ra­tion avec ce dragon.

Mal­gré le fait que ses pos­si­bi­li­tés finan­cières lui offrent la capa­ci­té de mettre en place une éco­no­mie éco­lo­gi­que­ment viable, le prix à payer sera une réduc­tion du taux de crois­sance, sans oublier le prix de l’instauration d’un sys­tème poli­tique res­pec­tueux des droits de l’homme. La cor­rup­tion de l’appareil d’État est telle qu’il est réa­liste de pré­voir un prin­temps chi­nois, à l’image du prin­temps arabe, avec ses consé­quences sur la Libye et la Syrie par exemple. Par ailleurs, la dif­fu­sion de la culture occi­den­tale, à tra­vers les réseaux sociaux et les nou­velles tech­no­lo­gies de l’information, et des modes de consom­ma­tion occi­den­taux sont des phé­no­mènes qui penchent en faveur d’une bonne redis­tri­bu­tion des richesses et de la liber­té d’expression.

À la lumière de ce qui pré­cède, il s’avère que la Chine applique l’idéologie d’une crois­sance sau­vage stig­ma­ti­sée par tous de nos jours. Le gâteau peut être grand. Mais il faut savoir com­ment il a été pro­duit et com­ment il est répar­ti. Ain­si, la Chine qui n’accorde pas beau­coup d’attention aux droits de l’homme et à la pré­ser­va­tion des éco­sys­tèmes natu­rels est un modèle de ges­tion non durable. Qu’adviendrait-il si l’expansionnisme chi­nois impo­sait son modèle en RDC, pays dépour­vu de normes envi­ron­ne­men­tales et com­mer­ciales, d’institutions fortes, de plan stra­té­gique de déve­lop­pe­ment ? Tout, sauf un pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment durable. Par consé­quent, la RDC qui cherche la voie de la recons­truc­tion doit uti­li­ser l’argent de la Chine et se méfier de son modèle de ges­tion. Car, comme le dit Hans Jonas, nous n’avons pas le droit de choi­sir un modèle basé sur le non-être des géné­ra­tions futures à cause de l’être de la géné­ra­tion actuelle.

Tableau n°1 : impact de la voca­tion de l’État sur la durabilité
Etat poli­tique Etat éco­no­mique Impact sur l’économie Com­men­taires
RDC X Pré­da­tion des res­sources natu­relles et humaines Mau­vaise gou­ver­nance : mul­tiples guerres et pillages, absence de culture indus­trielle, de pro­tec­tion sociale et envi­ron­ne­men­tale, absence de contrôle de qua­li­té, pri­mau­té des dépenses ins­ti­tu­tion­nelles, etc.
USA et UE X Dura­bi­li­té forte Tech­no­lo­gies propres, pro­tec­tion sociale et envi­ron­ne­men­tale, pro­duits durables, contrôle de la qua­li­té et réha­bi­li­ta­tion de l’éthique, démo­cra­tie, etc.
Chine X X Dura­bi­li­té faible Crois­sance à deux chiffres anéan­tie par les dégâts éco­lo­giques équi­va­lents au taux de crois­sance, non-res­pect des droits de l’homme, mau­vaises condi­tions de tra­vail, pro­duits non durables dans le com­merce avec l’Afrique, fortes inéga­li­tés, faible niveau d’éthique et de nor­ma­li­sa­tion, etc.

Tableau D. Mulen­da

Le profil anti-modèle de l’économie congolaise

Ce qui est frap­pant en RDC, c’est l’absence d’un plan stra­té­gique de déve­lop­pe­ment et l’insalubrité des villes. Les pol­lu­tions atmo­sphé­riques, des sols et des rivières, vec­teurs impor­tants de mala­dies, sont fré­quentes. Plus de 80% des malades en RDC le sont à cause de la mau­vaise qua­li­té de l’eau consom­mée. De plus, les soins de san­té ne sont pas à la por­tée de tous, à cause du faible pou­voir d’achat de la popu­la­tion dont plus de la moi­tié vit en des­sous du seuil de la pau­vre­té. La fai­blesse des reve­nus consacre la pré­da­tion de la force de tra­vail. Le salaire mini­mum garan­ti d’un ou trois dol­lars par jour est un para­mètre élo­quent. En effet, aucun méde­cin, par exemple, ne peut for­mer un fils méde­cin à par­tir du salaire que l’État congo­lais lui verse. Le bon­heur des popu­la­tions est sacrifié.

L’organisation et le fonc­tion­ne­ment des entre­prises locales sont en dépha­sage avec la recherche du bon­heur pour tous. À la lec­ture des chiffres repris au tableau n°2, on peut se deman­der à qui pro­fite l’existence de la Régie de dis­tri­bu­tion d’eau (Regi­de­so) et pour­quoi sa faillite n’est pas décla­rée ? Parce que la nature et l’homme ne pro­fitent pas réel­le­ment du sys­tème éco­no­mique actuel, l’on pour­rait croire que les inves­tis­seurs sont les seuls à pro­fi­ter de toute la valeur pro­duite. Ce qui n’est pas vrai. Le mau­vais cli­mat des affaires et les couts éle­vés des ser­vices finan­ciers et de trans­port, ain­si que les tra­cas­se­ries de toutes sortes rendent les inves­tis­se­ments moins ren­tables pour les entre­prises sou­cieuses d’éthique. Les opé­ra­teurs du sec­teur pri­vé qui résistent sont ceux qui ont déve­lop­pé l’une de ces deux stra­té­gies : cer­tains, une mino­ri­té, se sont ral­liés aux tenants du pou­voir et se sont pla­cés sous leur pro­tec­tion pour, semble-t-il, mieux agir, et d’autres, opé­rant le plus sou­vent en marge de la léga­li­té, animent un capi­ta­lisme sau­vage et mafieux qui ne sert qu’à affai­blir le pays.

Tableau n°2 : Éva­lua­tion de la per­for­mance glo­bale de la Regi­de­so, exer­cice 2006
Acteurs/Critères Eco­no­mique Sociaux Envi­ron­ne­men­taux
Entre­prise Regideso Pro­fit : – 50%

Part de mar­ché : 100%
Charges sociales : 18% de la valeur ajouté

Mau­vaises condi­tions sociales et de travail
Mau­vaise ges­tion des eaux usées

Pol­lu­tion de l’air et des eaux
État congo­lais Valeur ajou­tée : 61.501.000.000 FC

Impôts et taxes : 1.596.000.000 FC
Mau­vaise cou­ver­ture de la sécu­ri­té sociale Absence de contrôle environnemental
Appré­cia­tion Mau­vais Mau­vais Mau­vais

Par consé­quent, les socié­tés mul­ti­na­tio­nales, qui n’ont pas pu s’accommoder de la fraude, ont tout sim­ple­ment ven­du leurs affaires. C’est ain­si que Goo­dyear, géant mon­dial dans la fabri­ca­tion des pneus, a cédé la place à Cobra, et le groupe Uni­le­ver s’est reti­ré de Mar­sav­co, fabri­cant de savon, de mar­ga­rine et d’huile de cui­sine. Par ailleurs, les socié­tés mul­ti­na­tio­nales qui ont gar­dé leurs filiales en RDC, comme la Bat Congo, se sont concen­trées sur la demande inté­rieure, éri­geant des mono­poles ou des car­tels (bras­si­coles) et met­tant en place des chaines de valeur qui faci­litent l’évasion de la valeur. Le cas de la Bat Congo est illus­tra­tif, avec la sous-trai­tance de la culture du tabac en Itu­ri, des opé­ra­tions de lami­nage du tabac par une socié­té sœur au Kenya, l’importation du tabac lami­né via le port de Mata­di, la fabri­ca­tion des ciga­rettes dans ses usines et enfin la sous-trai­tance de la com­mer­cia­li­sa­tion par Bat Distribution.

Sans inté­gra­tion natio­nale, l’économie congo­laise reste extra­ver­tie. C’est dans ce sché­ma que s’insère la coopé­ra­tion chi­noise. Les entre­prises importent de nom­breux intrants indus­triels, les matières pre­mières extraites sont expor­tées en l’état et la créa­tion des emplois est blo­quée. Les emplois étant rares face à une demande excé­den­taire, les condi­tions de vie des popu­la­tions ne peuvent être que pré­caires dans des entre­prises liées à la mafia. Voi­là où se croisent deux par­te­naires, Chine et RDC, qui se trouvent au bord du che­min du déve­lop­pe­ment durable.

Relations commerciales entre la RDC et la Chine

Les rela­tions entre la Chine et la RDC datent de la période des indé­pen­dances, en pleine guerre froide. Le posi­tion­ne­ment de la Chine était poli­tique et idéo­lo­gique. Elle appuyait les groupes révo­lu­tion­naires afri­cains face à l’impérialisme occi­den­tal. Mais sur le plan éco­no­mique, son domaine de pré­di­lec­tion, c’était l’agriculture. Depuis 1970, la Chine com­mu­niste était pré­oc­cu­pée par le déve­lop­pe­ment endo­gène de la RDC. Son assis­tance par­ti­ci­pait à la réa­li­sa­tion de l’autosuffisance ali­men­taire. Le sec­teur agri­cole béné­fi­ciait de l’expertise chi­noise dans l’encadrement des agri­cul­teurs pay­sans et dans la pro­duc­tion agricole.

Cette coopé­ra­tion agri­cole s’est foca­li­sée essen­tiel­le­ment dans la rizi­cul­ture irri­guée et plu­viale, la culture marai­chère, la culture de la canne à sucre, l’aviculture et l’élevage des porcs. Elle a per­mis la mise en œuvre du Pro­gramme natio­nal de riz (PNR), à par­tir de 1972, avec des sta­tions à Lod­ja dans le Kasaï-Orien­tal, Bum­ba et Mban­da­ka dans l’Équateur, et Mawun­zi dans le Bas-Congo. En 1992, un cré­dit de 75 mil­lions de dol­lars a été consen­ti à la RDC pour la réa­li­sa­tion de l’aménagement d’une plan­ta­tion de cannes à sucre et l’érection d’une sucrière à Loto­ki­la qui n’est plus opé­ra­tion­nelle dans la Pro­vince Orien­tale, l’installation d’une usine de pro­duc­tion de maté­riels agri­coles, vic­time des pillages de 1991 et 1993 à Kin­sha­sa, l’implantation des sta­tions du pro­gramme natio­nal de riz à Gba­do­lite, Kin­sha­sa, Mban­za-ngun­gu, Kik­wit et Lubum­ba­shi. Une nou­velle usine de décor­ti­ca­tion du riz implan­tée à Kin­sha­sa en 1996, avec une capa­ci­té de 80 tonnes de riz par jour, n’a jamais été mise en ser­vice, l’assistance chi­noise étant stric­te­ment réduite, la quan­ti­té de riz pad­dy s’étant avé­rée insuf­fi­sante pour ren­ta­bi­li­ser cette uni­té de pro­duc­tion. C’était la fin des inves­tis­se­ments directs chi­nois dans le domaine agricole.

Depuis lors des agri­cul­teurs chi­nois pro­duisent du riz, des légumes, des œufs et la viande de porc des­ti­nés aux Chi­nois de Kin­sha­sa dont on ne connait pas le nombre. Et sans enca­dre­ment quel­conque, les agri­cul­teurs locaux main­tiennent la culture du riz dans les anciennes sta­tions du PNR. Les quan­ti­tés de riz pad­dy pro­duites annuel­le­ment se chiffrent en moyenne à 35.000 tonnes pour le pays et 2,10 tonnes pour la ville de Kinshasa.

Avec l’industrialisation spec­ta­cu­laire de la Chine, ses besoins et les orien­ta­tions de sa coopé­ra­tion avec la RDC ont chan­gé. Le com­merce a pris le pas sur l’aide au déve­lop­pe­ment. La RDC est deve­nue un super­mar­ché pour écou­ler la pro­duc­tion agri­cole et indus­trielle chi­noise. C’est ain­si que des cré­dits sans inté­rêts ont été accor­dés au gou­ver­ne­ment de la RDC pour l’importation des biens de consom­ma­tion (riz, conserves, élec­tro­mé­na­ger, groupes élec­tro­gènes, des maté­riaux de construc­tion, maté­riels élec­triques ven­dus en RDC, avec la marque made by Chi­na). Ce chan­ge­ment de stra­té­gie chi­noise explique la para­ly­sie du Pro­gramme natio­nal riz, qui a fer­mé aujourd’hui toutes ses antennes à tra­vers le pays en faveur de l’importation des riz chinois.

Les flux com­mer­ciaux vont s’accroitre à par­tir des années 2006, la RDC ayant déli­bé­ré­ment choi­si la voie chi­noise. Une des rai­sons de ce choix est la sus­pen­sion de la coopé­ra­tion avec les pays occi­den­taux pré­oc­cu­pés par les condi­tions des droits de l’homme et la bonne gou­ver­nance dans le pays, des aspects qui n’intéressent pas la Chine au nom de l’égalité sur le plan poli­tique et la non-ingé­rence dans les affaires inté­rieures des pays par­te­naires. Cette atti­tude conforte les uns et les autres qui sont à l’école de la démo­cra­tie et du res­pect des droits de l’homme. La Chine est deve­nue depuis 2008 le prin­ci­pal par­te­naire com­mer­cial de la RDC, devant l’Afrique du Sud, lea­deur dans la région, et la Bel­gique et les États-Unis, les par­te­naires tra­di­tion­nels de la RDC. Elle a pour ce faire adap­té son offre au faible pou­voir d’achat des popu­la­tions congo­laises, dont le salaire mini­mum est infé­rieur à 100 euros.

Tableau n°3 : Expor­ta­tions et impor­ta­tions de la RDC de 2006 à 2011, en mil­liers de dollars
Expor­ta­tions 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Total 1.475.511 2.079.744 3.757.501 2.778.940 5.628.075 6.379.108
Bel­gique 509.728 501.703 509.752 234.564 294.053 365.177
Etats-Unis 86.145 208.500 270.587 338.952 546.187 623.096
Chine 369.229 465.070 1.590.917 1.146.353 2.516.568 3.129.457
Impor­ta­tions 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Total 2.972.444 2.857.788 3.977.365 3.164.694 4.253.035 5.107.372
Bel­gique 220.749 278.478 390.601 322.953 353.835 437.081
Etats-Unis 70.719 112.907 130.260 79.856 93.418 166.265
Chine 68.765 94.011 234.581 321.209 473.405 826.685
RSA 363.684 621.797 1.125.162 573.817 865.847 1.106.904

Source : Secré­ta­riat géné­ral au Com­merce, sta­tis­tiques pré­sen­tées à la foire, Fikin 2012.

Ain­si, la consom­ma­tion des pro­duits de mau­vaise qua­li­té, non durables et moins chers que la Chine exporte en RDC par­ti­cipe au recy­clage de la pau­vre­té et à la faillite des entre­prises congo­laises moins com­pé­ti­tives. C’est le cas de la filière coton, avec la dis­pa­ri­tion d’Utexafrica à Kin­sha­sa et la stag­na­tion de Sotex­ki à Kisan­ga­ni, toutes les deux mises en dif­fi­cul­té à la suite de la chute de la pro­duc­tion du coton et de la concur­rence des vête­ments en coton en pro­ve­nance essen­tiel­le­ment de la Chine.

Les Chi­nois imitent sans ver­gogne toutes les grandes marques de l’électroménager, les vête­ments, les biens de pro­duc­tion, mais aus­si les pro­duits de l’artisanat local. Ces pro­duits pira­tés posent des pro­blèmes de contrôle de ges­tion. Com­ment appré­cier les déci­sions d’achat pour un pro­duit d’une même marque lorsque le prix sur le mar­ché peut varier dans les pro­por­tions de 1 à 5 ? Cette influence sta­bi­lise la mafia et concourt au démé­na­ge­ment des inves­tis­seurs sou­cieux d’éthique, l’État congo­lais étant défaillant dans le domaine de l’encadrement des mar­chés. Goo­dyear, lea­deur mon­dial dans la fabri­ca­tion des pneus, et Uni­le­ver, pre­mier pro­duc­teur natio­nal des pro­duits agroa­li­men­taires, ont ain­si pas­sé la main à de nou­veaux investisseurs.

Les entre­prises chi­noises rejoignent sur ce ter­rain les entre­prises liba­naises, indo-pakis­ta­naises, etc., qui ren­forcent l’extraversion de l’économie, l’exploitation abu­sive des res­sources natu­relles et la dété­rio­ra­tion des condi­tions de vie des popu­la­tions. Ensemble, elles affai­blissent l’État et les com­mu­nau­tés locales et han­di­capent la pro­mo­tion d’une approche par­ti­ci­pa­tive et inté­gra­tive de l’économie natio­nale. Par ailleurs, les com­mer­çants chi­nois contrôlent tout le cir­cuit de dis­tri­bu­tion des pro­duits de consom­ma­tion en pro­ve­nance de Chine. Ils sont gros­sistes, demi-gros­sistes et détaillants. Ils ont des bou­tiques au centre-ville et sont aus­si ins­tal­lés dans les quar­tiers popu­laires, dans les mar­chés des grandes villes et dans les rues où ils dis­posent des éta­lages par terre. Ils vendent des pro­duits 2 à 5 fois moins cher par rap­port aux prix pra­ti­qués par les com­mer­çants congo­lais. Cette pra­tique met des bar­rières à l’entrée des com­mer­çants locaux dans le négoce. La for­ma­tion d’une classe moyenne à tra­vers le déve­lop­pe­ment des PME locales subit ain­si une dure épreuve.

Par ailleurs, les détaillants et les com­mer­çants du sec­teur infor­mel qui ren­contrent les Chi­nois sur le che­min de leurs acti­vi­tés, comme la vente de petits articles dans la rue, des bei­gnets et des légumes, mani­festent sérieu­se­ment leur hos­ti­li­té à l’égard des enva­his­seurs intou­chables, par des menaces ver­bales et phy­siques ain­si que des grèves. Cette haine crois­sante est un risque pour l’avenir de la coopé­ra­tion Chine-RDC. Les Chi­nois sont conscients du dan­ger qu’ils courent s’ils n’essayent pas d’améliorer leur image en sou­te­nant le déve­lop­pe­ment local et des pro­jets de ren­for­ce­ment des capa­ci­tés des tra­vailleurs et des popu­la­tions locales.

Construction des infrastructures par la Chine en RDC

Lorsqu’un tron­çon de route, un dis­pen­saire, un éta­blis­se­ment d’éducation est inau­gu­ré n’importe où en RDC et quelle que soit la source de finan­ce­ment, cela s’appelle tout sim­ple­ment une « œuvre utile » pour les popu­la­tions qui vivent dans le dénue­ment total. De nom­breuses études en rap­port avec les huit objec­tifs du mil­lé­naire pour le déve­lop­pe­ment révèlent que plus de 70% de la popu­la­tion de la RDC vit dans une situa­tion d’extrême pau­vre­té. Un enfant sur deux, en âge sco­laire, ne va pas à l’école et près de 18millions de Congo­lais ne savent ni lire ni écrire. Plus de 60% des Congo­lais actifs sont au chô­mage, 73% de la popu­la­tion vit dans l’insécurité ali­men­taire, 18 mil­lions dans la famine, 91% évo­luent dans le pré­caire sec­teur infor­mel et le reve­nu par tête d’habitant qui était de 377 dol­lars en 1956, est tom­bé à moins de 130 dol­lars en 2006. Le salaire mini­mum garan­ti, fixé d’abord à 1 dol­lar par jour et ensuite à 3 dol­lars, bien que tra­dui­sant la codi­fi­ca­tion de la misère, n’est même pas appli­qué. En plus, le cli­mat des affaires n’est pas incitatif.

La construc­tion des infra­struc­tures est une des solu­tions per­ti­nentes au règle­ment de ces mul­tiples pro­blèmes de déve­lop­pe­ment. Néan­moins, étant don­né que l’intelligence éco­no­mique chi­noise en Afrique intègre la cor­rup­tion et la pré­da­tion des éco­sys­tèmes natu­rels et des res­sources humaines, il n’est pas évident que les retom­bées de la coopé­ra­tion Chine-RDC soient durables et conformes à ce qu’appelle l’environnement éco­no­mique actuel de RDC.

En 1986, la Chine avait consen­ti 100millions de dol­lars à la RDC pour la construc­tion du Palais du peuple et du stade des Mar­tyrs à Kin­sha­sa. Et en avril2006, la Chine, repré­sen­tée par un grou­pe­ment d’entreprises pri­vées, et la RDC ont signé un contrat dit « contrat chi­nois » pour un mon­tant ini­tial de 9milliards de dol­lars. Ce contrat concerne la construc­tion de 6.000 kilo­mètres de routes, d’infrastructures éner­gé­tiques, de deux uni­ver­si­tés, d’hôpitaux et centres de san­té qui font gra­ve­ment défaut et freinent la relance de l’économie.

Fon­dé sur le prin­cipe chi­nois « infrastruc­tures contre res­sources natu­relles », le contrat chi­nois n’a pas fait l’objet de débat au niveau natio­nal et ne résulte pas d’études pros­pec­tives. C’est au contraire une liste de pro­jets, utiles à la nation bien sûr, mais non assor­tis d’objectifs sec­to­riels pla­ni­fiés sur une durée per­met­tant des éva­lua­tions inté­ri­maires. Plu­sieurs voies se sont éle­vées par­mi les par­le­men­taires congo­lais et les par­te­naires tra­di­tion­nels du déve­lop­pe­ment de la RDC. Pour ces der­niers, le contrat chi­nois n’est pas un pro­gramme de déve­lop­pe­ment, mais l’expression d’une volon­té poli­tique des diri­geants. Il com­prend une liste de pro­jets à réa­li­ser, sans pla­ni­fi­ca­tion éco­no­mi­que­ment et éco­lo­gi­que­ment viable, sans objec­tifs bien iden­ti­fiés pour les cinq chan­tiers de la Répu­blique (routes, loge­ments, emplois, san­té et édu­ca­tion, éner­gie) qui en consti­tuent la jus­ti­fi­ca­tion. Il ren­force, en outre l’endettement de la RDC, dont la capa­ci­té de rem­bour­se­ment est qua­si nulle, mal­gré l’aboutissement des méca­nismes PPTE (pays pauvres très endet­tés). Sur­tout avec l’usage du taux com­mer­cial à la place du taux conces­sion­nel habi­tuel et d’autres contraintes d’ordre com­mer­cial, comme la vola­ti­li­té des prix des matières pre­mières sur le mar­ché inter­na­tio­nal, qui aurait la consé­quence de pro­lon­ger conti­nuel­le­ment la durée du contrat au-delà de trente ans. Cela a entrai­né la révi­sion du cout total du contrat chi­nois de 9 mil­liards à 6,1 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains et le ralen­tis­se­ment du rythme d’exécution.

Par­mi les réa­li­sa­tions, on relève à Kin­sha­sa, l’hôpital chi­nois de Ndji­li, celui du Cin­quan­te­naire, la cité du fleuve, la réha­bi­li­ta­tion des bou­le­vards Lumum­ba et 30 juin, la réha­bi­li­ta­tion de la route natio­nale n°1 dans ses tron­çons Muan­da-Kin­sha­sa-Kik­wit. Plu­sieurs pro­jets à impacts visibles réa­li­sés par la Chine en RDC depuis 2006 ont cou­té plus ou moins 0,990 mil­liard de dol­lars. Il ne reste pas moins que les prio­ri­tés vont dans deux direc­tions : les inté­rêts com­mer­ciaux de la Chine, favo­ri­sant sa per­cée com­mer­ciale et médi­cale en RDC, et les argu­ments élec­to­raux des dirigeants.

L’attention ne se porte pas sur l’autosuffisance ali­men­taire et la for­ma­tion d’une culture indus­trielle et com­mer­ciale qui manquent en RDC. Les efforts doivent être pour­sui­vis, car ce qui se fait actuel­le­ment favo­rise plus les centres urbains et aug­mente par consé­quent l’exode rural. Pour­tant, la réa­li­sa­tion des routes de des­serte agri­cole et la réa­li­sa­tion des axes prio­ri­taires d’intégration, comme les axes Goma-Kisan­ga­ni-Kin­sha­sa et Buka­vu-Kisan­ga­ni-Kin­sha­sa, qui figurent sur la liste des pro­jets à réa­li­ser, aurait des effets d’entrainement rapides, de nature à faire du pay­san à la fois un pro­duc­teur et un consom­ma­teur, favo­ri­sant par ce fait l’élargissement de la base du mar­ché inté­rieur. En plus des pro­blèmes du choix des prio­ri­tés, la construc­tion des infra­struc­tures par les entre­prises chi­noises ne pour­ra pas encou­ra­ger le trans­fert des tech­no­lo­gies, la main‑d’œuvre qua­li­fiée venant de Chine. Il s’agit en fait de la four­ni­ture d’ouvrages clé sur porte, laquelle par­ti­cipe à l’extraversion de l’économie congo­laise et à la des­truc­tion des éco­sys­tèmes et de la qua­li­té de vie des populations.

Les entre­prises chi­noises affichent des condi­tions les plus attrayantes et gagnent pra­ti­que­ment tous les mar­chés publics. Opé­rant le long de toute la chaine de valeur, sans sous-trai­tance, l’implantation des entre­prises chi­noises détruit le déve­lop­pe­ment des PME congo­laises. Par ailleurs, faute de contrôle de l’environnement, la pol­lu­tion des rivières pro­ve­nant des car­rières d’extraction des caillasses et des mine­rais, et la pous­sière déga­gée par les chan­tiers rou­tiers empoi­sonnent la san­té des citoyens.

Les Chi­nois dis­persent des centres de san­té dans des villes congo­laises, comme pour tirer un autre pro­fit, avec une méde­cine oné­reuse face au faible pou­voir d’achat des popu­la­tions et opaque à cause des pres­crip­tions et des médi­ca­ments libel­lés en chi­nois. Si cette coopé­ra­tion dans le domaine des infra­struc­tures va au-delà de son niveau actuel, sans que la RDC n’ait revu son intel­li­gence éco­no­mique, l’économie congo­laise se prê­te­ra encore une fois à com­plé­ter l’économie chi­noise, comme elle le fut pen­dant la colo­ni­sa­tion vis-à-vis de l’économie belge. L’on ren­for­ce­rait l’exportation des emplois et le recy­clage de la pauvreté.

Perspectives

Contrai­re­ment à la Chine com­mu­niste, la Chine libé­rale est moins sou­cieuse du déve­lop­pe­ment des cam­pagnes, de l’aggravation de la cor­rup­tion et des inéga­li­tés, ain­si que des mau­vaises condi­tions de tra­vail et de vie des popu­la­tions. Elle est moins sou­cieuse du trans­fert de la culture indus­trielle et com­mer­ciale et de la pré­ser­va­tion des éco­sys­tèmes natu­rels, pré­oc­cu­pa­tions que la RDC ne peut ren­con­trer du fait du pro­fil de son éco­no­mie, avec 56% du PIB et 99% des recettes d’exportation pro­ve­nant de l’économie de cueillette.

Non­obs­tant ce qui pré­cède, la coopé­ra­tion entre la Chine et la RDC est appe­lée à se pour­suivre. En effet, les diri­geants qui ont trou­vé une solu­tion de rechange, après le gel des finan­ce­ments au déve­lop­pe­ment des pays occi­den­taux, n’ont rien d’autre à faire que de la conti­nuer. Ils font ain­si preuve de leur enga­ge­ment pour l’amélioration des condi­tions de vie des popu­la­tions, cette coopé­ra­tion crée des emplois et par­ti­cipe à la moder­ni­sa­tion des infra­struc­tures et du pays, ce qui sou­lage un tant soit peu les souf­frances des popu­la­tions. Tan­dis que les popu­la­tions de condi­tion modeste sont atti­rées par les pro­duits chi­nois bon mar­ché, bien que de qua­li­té médiocre. Ces acqué­reurs ont le sen­ti­ment de pou­voir accé­der ain­si à la socié­té de consom­ma­tion et d’être par­tie pre­nante de la mon­dia­li­sa­tion. Comme les Chi­nois pré­sentent beau­coup de nou­veau­tés, on peut sou­vent chan­ger. Cette fièvre consu­mé­riste devient encore pos­sible par ce temps de crise et leur per­met de jouer sur les apparences.

À moins que les par­te­naires tra­di­tion­nels de la RDC, bila­té­raux comme la Bel­gique, le Cana­da, le Royaume-Uni, les États-Unis d’Amérique, l’Inde et la France, et mul­ti­la­té­raux, comme les Nations unies, la Banque mon­diale, la Banque afri­caine de déve­lop­pe­ment, deviennent réa­listes et décident de ne pas aban­don­ner la RDC à l’invasion chi­noise, en par­ti­ci­pant acti­ve­ment à l’assainissement du cli­mat des affaires, en favo­ri­sant l’émergence d’une éco­no­mie par­ti­ci­pa­tive et la notion de la crois­sance enri­chis­sante auprès des com­mu­nau­tés locales. L’objectif pour­sui­vi étant double : favo­ri­ser le déve­lop­pe­ment d’une coopé­ra­tion com­mer­ciale par l’établissement des liai­sons entre les PME de la RDC et celles des pays occi­den­taux, et le retour en RDC des inves­tis­seurs sou­cieux d’éthique. D’autant plus que les apports finan­ciers des par­te­naires tra­di­tion­nels, concen­trés essen­tiel­le­ment dans la coopé­ra­tion non mar­chande, com­po­sée des fon­da­men­taux du déve­lop­pe­ment durable (l’éducation, l’environnement, la san­té et même les infra­struc­tures), se chiffrent à plus ou moins deux mil­liards de dol­lars entre2011 et 2012, et sont de loin supé­rieurs à l’apport finan­cier chi­nois chif­fré à 0,990 mil­liard depuis 2006.

Conclusion

Autant la Chine com­mu­niste se pré­oc­cu­pait du déve­lop­pe­ment des pays du Sud, en vue de contrer l’impérialisme, la Chine libé­rale est gui­dée par l’appât du lucre et l’impatience des gains, et non l’esprit de ser­vice. Elle est en RDC pour recher­cher ce qui est utile à l’expansion de son éco­no­mie. Il s’agit des matières pre­mières, des terres fer­tiles, des débou­chés pour ses pro­duits made by Chi­na, et des terres d’asile pour ses popu­la­tions dont l’évolution dépasse les pos­si­bi­li­tés de ses res­sources natu­relles. Elle livre des infra­struc­tures clé sur porte, opère à tra­vers les entre­prises non citoyennes, connec­tées aux res­sources natu­relles de l’Afrique et aux mar­chés de pro­duits de consom­ma­tion cou­rante, obs­truant les pistes de col­la­bo­ra­tion avec les PME qui sont accu­lées par des stra­té­gies très offen­sives des entre­prises chi­noises béné­fi­ciaires des appuis finan­ciers et diplo­ma­tiques de leur gou­ver­ne­ment. L’innovation et l’intégration des entre­prises ne sont concrè­te­ment pas à l’agenda du contrat chinois.

Dans ces condi­tions, les per­for­mances per­çues à tra­vers l’amélioration des ser­vices ça et là, sans fil conduc­teur, sans orien­ta­tion claire de l’économie vers les stra­té­gies de déve­lop­pe­ment durable, font que la RDC tire des avan­tages à court terme, mais à long terme, cette coopé­ra­tion ne parait nul­le­ment être un fac­teur de trans­for­ma­tion des struc­tures éco­no­miques de la RDC, ce qui per­met­trait d’espérer la mise en place d’une éco­no­mie endo­gène et d’une crois­sance enrichissante.

Pour preuve, l’on attri­bue à la RDC, depuis 2002, des taux de crois­sance de 5% en moyenne, mais aucune caté­go­rie socio­pro­fes­sion­nelle ne se recon­nait en être béné­fi­ciaire. Cela est révé­la­teur de la neu­tra­li­té, mieux même de la com­pli­ci­té de la Chine dans l’accélération de l’érosion du champ de valeurs morales en RDC, un pays dont le cli­mat des affaires est très mau­vais. Il en résulte que les acteurs congo­lais, au pre­mier rang des­quels se trouvent le poli­tique et l’administration, devraient chan­ger leurs com­por­te­ments face aux enjeux qui déter­minent la nature des retom­bées de la pré­sence chi­noise en RDC, à savoir : la régé­né­ra­tion des éco­sys­tèmes natu­rels, le déve­lop­pe­ment des PME, l’intégration des entre­prises au niveau local, et la rené­go­cia­tion des lignes mai­tresses des rela­tions avec la Chine. Car sou­vent les déci­sions d’un jour péna­lisent pour tou­jours, et les popu­la­tions congo­laises ne peuvent se satis­faire de poli­tiques dont la per­ti­nence ne peut se véri­fier dans la durée.

La RDC com­met­trait une erreur si elle espère que son par­te­naire, la Chine, qui ne res­pecte pas les droits de l’homme et la liber­té d’expression dans son pays, qui détruit ses éco­sys­tèmes natu­rels et pol­lue l’air, les rivières et les sols gra­tui­te­ment dans son pays, puisse chan­ger ses stra­té­gies. Il appar­tient à l’État congo­lais de mettre en place une ges­tion pla­ni­fiée en fonc­tion des objec­tifs éco­no­mi­que­ment et éco­lo­gi­que­ment viables. L’État congo­lais devrait lut­ter contre la cor­rup­tion, car rien de durable ne peut être construit lorsque les acteurs contre­disent les déter­mi­nants de la crois­sante enri­chis­sante : un État enga­gé dans la sphère éco­no­mique, les entre­prises fai­sant du pro­fit dans la sphère du déve­lop­pe­ment durable et des popu­la­tions qui par­ti­cipent à la régu­la­tion des méca­nismes du vivre ensemble. Et les Chi­nois s’adapteront aux normes com­mer­ciales et envi­ron­ne­men­tales qui seront défi­nies, aux sché­mas direc­teurs éla­bo­rés dans dif­fé­rents sec­teurs d’activités, et res­pec­te­ront l’administration congo­laise réno­vée, comme ils le font en Occident.

Sinon, la coopé­ra­tion Chine-RDC pro­fi­te­ra de façon durable à la Chine, la RDC ne dis­po­sant pas d’un modèle éco­no­mique viable. Cela est conforme à la règle sui­vante : « Lorsqu’une nation qui a atteint le stade com­mer­cial et indus­triel, comme la Chine, coopère avec une autre nation dont l’économie est à l’état sau­vage, comme la RDC, la part du lion va à la nation domi­nante. » Sur­tout que le capi­ta­lisme éta­tique finan­cier de la Chine coïn­cide avec le règne de la cupi­di­té qui a fait bas­cu­ler le sys­tème de pro­duc­tion capi­ta­liste vers la pré­da­tion des res­sources natu­relles et des res­sources humaines, engen­drant des inéga­li­tés criantes entre nations et entre indi­vi­dus à l’intérieur d’une même nation. Contrai­re­ment au dis­cours, sur le ter­rain c’est la cupi­di­té qui dirige les actions de la Chine en RDC ces der­nières années. En effet, ayant fon­da­men­ta­le­ment emprun­té à l’impérialisme, on se demande si la Chine n’est pas en train de deve­nir impérialiste. 

Daniel Mulenda


Auteur