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L’appel au dialogue de paix occulte la destruction de la communauté palestinienne

Numéro 3 Mars 2011 par Jacques Bude

mars 2011

La com­mu­nau­té pales­ti­nienne connait une situa­tion désas­treuse. Les auto­ri­tés israé­liennes, par de mul­tiples stra­ta­gèmes, opèrent une déstruc­tu­ra­tion sys­té­ma­tique de la socié­té pales­ti­nienne, dont la popu­la­tion, confi­née der­rière les check­points et autres bar­rières de sécu­ri­té, doit subir nombres de dis­cri­mi­na­tions, inti­mi­da­tions et vio­lences quo­ti­diennes. Les pra­tiques illé­gales, exer­cées par l’E­tat d’Is­raël, ne semblent pour­tant pas être un obs­tacle au pro­ces­sus de paix aux yeux de la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale qui conti­nue à pro­mou­voir le dia­logue et se rend ain­si com­plice de la des­truc­tion de la com­mu­nau­té palestinienne.

Il y a des morts qui som­meillent dans des chambres que vous bâtirez.
Des morts qui visitent leur pas­sé dans les lieux que vous démolissez.
Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. 

Mah­moud Dar­wich, Dis­cours de l’homme rouge.

À de rares excep­tions près, les ini­tia­tives venant des États-Unis et de l’Union euro­péenne en vue d’assurer la paix entre Israé­liens et Pales­ti­niens, consi­dèrent que le dia­logue est le seul moyen d’atteindre cet objec­tif. Ces appels ont pra­ti­que­ment tou­jours pour pré­misse que l’existence de l’État d’Israël est mena­cée et qu’«Israël a le droit de se défendre ». Par contre, ils ne men­tionnent pra­ti­que­ment jamais que depuis plus d’un demi-siècle, la com­mu­nau­té pales­ti­nienne est sys­té­ma­ti­que­ment sapée par l’État d’Israël et on ne trouve nulle part que « Les Pales­ti­niens ont le droit de se défendre ».

Or, l’existence de l’État d’Israël n’est pas en dan­ger et n’a sans doute jamais été sérieu­se­ment mena­cée1 alors que l’existence même d’une com­mu­nau­té pales­ti­nienne en Israël-Pales­tine est non seule­ment mena­cée, mais sa dés­in­té­gra­tion sociale déli­bé­rée et sys­té­ma­tique par l’État d’Israël — ce que le socio­logue israé­lien Baruch Kim­mer­ling appelle « poli­ti­cide2 » — a pro­ba­ble­ment atteint un point de non-retour du moins dans les ter­ri­toires occu­pés en 1967. Seul un sur­saut, mal­heu­reu­se­ment plus qu’improbable, de la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale pour­rait peut-être encore la sauver.

Dans le cadre de sa créa­tion en 1948, l’État d’Israël s’est empa­ré de 78% de la Pales­tine man­da­taire. Quelque cinq-cent-trente vil­lages, de nom­breux quar­tiers urbains et des villes, ont été détruits ou vidés, tota­le­ment ou en majeure par­tie, de leurs habi­tants pales­ti­niens3. Par le recours à la vio­lence, les plus hautes auto­ri­tés de la com­mu­nau­té juive de Pales­tine — d’abord de l’Agence juive et ensuite de l’État d’Israël — ont déli­bé­ré­ment expul­sé du ter­ri­toire conquis huit-cent-mille hommes, femmes et enfants sur les neuf-cent-cin­quante-mille Pales­ti­niens qui y vivaient. En outre, envi­ron qua­rante-mille de ceux qui n’ont pas été expul­sés ont été chas­sés de leur mai­son, vil­lage ou ville pour être regrou­pés dans des zones res­treintes. Ces « dépla­cés de l’intérieur » ont été empê­chés de ren­trer chez eux, bien qu’ils soient deve­nus citoyens israé­liens. Les deux tiers des mai­sons confis­quées ont été détruites. Le reste a été attri­bué à des immi­grants juifs. À l’intérieur des fron­tières du nou­vel État, la pro­prié­té de la com­mu­nau­té juive est pas­sée d’environ 11% en 1947 à plus de 92% en 1949. La poli­tique du nou­vel État d’Israël était de s’approprier, afin de l’attribuer à des Juifs, la plus grande par­tie pos­sible du ter­ri­toire — par­ti­cu­liè­re­ment les terres culti­vables et les ports — en y lais­sant le moins pos­sible de Palestiniens.

Depuis lors, seuls des Juifs — d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent — peuvent acqué­rir les biens confis­qués lors de la créa­tion de l’État d’Israël, alors que les Pales­ti­niens — où qu’ils soient nés et où qu’ils vivent — ne le peuvent pas. Même les Pales­ti­niens de natio­na­li­té israé­lienne ne peuvent ache­ter ces biens alors que n’importe quel Juif du monde le peut4. À l’intérieur des fron­tières recon­nues de l’État d’Israël, il est inter­dit aux Arabes israé­liens de vivre sur les quelque 96% du pays réser­vés aux Juifs (Hal­per). Le sys­tème poli­tique israé­lien léga­lise, sur une base com­mu­nau­taire, des dénis de jus­tice tels que chas­ser des Arabes de chez eux afin d’y ins­tal­ler des Juifs5.

Les Arabes d’Israël sont des citoyens de seconde zone. Ils subissent de très graves dis­cri­mi­na­tions, notam­ment mais pas uni­que­ment en ce qui concerne les droits de pro­prié­té. Ils vivent dans des lieux où les infra­struc­tures admi­nis­tra­tives et sociales sont sévè­re­ment sous finan­cées. Ils jouissent néan­moins de la liber­té de dépla­ce­ment et d’importants droits civils et politiques.

En 1967, l’armée israé­lienne occupe les 22% res­tant de la Pales­tine man­da­taire. En 2009, à la suite de plus de qua­rante ans de « faits accom­plis » illé­gaux au regard du droit inter­na­tio­nal, les Israé­liens avaient confis­qué à leur usage exclu­sif 70% de la Cis­jor­da­nie, dont une grande par­tie des terres culti­vables : colo­nies entou­rées de terres agri­coles et d’une zone de sécu­ri­té ; réseaux de routes et de dis­tri­bu­tion d’électricité et d’eau réser­vés aux Israé­liens ; cen­taines de kilo­mètres de larges struc­tures de confi­ne­ment — notam­ment le Mur —; zones mili­taires ; parcs indus­triels ; Et la colo­ni­sa­tion se pour­suit, voire s’accélère.

Tout cela s’inscrit dans le pro­jet de mor­ce­ler le ter­ri­toire en une dou­zaine de réserves non contigües et, à l’extérieur de ces réserves, de confi­ner la popu­la­tion dans de petites enclaves, iso­lées les unes des autres par un maillage très dense de routes inter­dites aux Pales­ti­niens et par plus de sept-cents obs­tacles à leurs dépla­ce­ments : check-points, bar­rières et bar­rages per­ma­nents, grilles sur­veillées, tran­chées, murs et mon­ti­cules de terre6… Les réserves et les petites enclaves sont sys­té­ma­ti­que­ment dépouillées de leurs moyens d’existence notam­ment de leurs terres. À cela s’ajoute et s’accélère une colo­ni­sa­tion à l’intérieur des réserves et des enclaves, comme à Jéru­sa­lem-Est et à Hébron.

Depuis 1967, tout est sys­té­ma­ti­que­ment mis en œuvre pour rendre la vie des Pales­ti­niens de moins en moins sup­por­table : entraves à la cir­cu­la­tion des per­sonnes et des biens ; infra­struc­tures plus que négli­gées ; éco­no­mie asphyxiée ; vie com­mu­nau­taire para­ly­sée — plus de vingt-quatre-mille-cinq-cents mai­sons (sa mai­son, c’est infi­ni­ment plus que des murs et un toit) démo­lies7. Entre la fin sep­tembre 2000 (début de la deuxième Inti­fa­da) et la fin juillet 2010, six-mille-cinq-cent-soixante-cinq Pales­ti­niens dont mille-deux-cent-sep­tante-quatre enfants, trois-cent-soixante-neuf femmes, trente-deux membres du corps médi­cal et onze jour­na­listes, ont été tués (mille-quatre-cent-quatre-vingt-deux d’entre eux ont été tués au cours d’affrontements armés avec les forces d’occupation, les autres cinq-mille-quatre-vingt-trois étaient des civils). Durant la même période, trente-mille-six-cent-vingt-huit Pales­ti­niens ont été bles­sés8. Beau­coup d’entre eux ont été déli­bé­ré­ment estro­piés par des tireurs d’élite9.

La spo­lia­tion de terres, l’asphyxie de l’économie et la para­ly­sie de la socié­té, inin­ter­rom­pues depuis 1967, ont por­té leurs fruits.

Cinq-cent-mille Israé­liens juifs se sont illé­ga­le­ment ins­tal­lés dans les ter­ri­toires occu­pés. Cent-trente-mille d’entre eux se répar­tissent dans cent-vingt-et-une colo­nies et une cen­taine avant-postes qui se réservent 42% de la Cis­jor­da­nie10. Ces implan­ta­tions for­ti­fiées, sys­té­ma­ti­que­ment situées au som­met et à flanc des col­lines, sont des pièces mai­tresses du dis­po­si­tif de confi­ne­ment de la popu­la­tion pales­ti­nienne dans des enclaves stric­te­ment contrôlées.

Par ailleurs en 1967, au cours de la guerre des Six Jours, entre quatre-cents et quatre-cent-qua­rante-mille Pales­ti­niens, soit un tiers des habi­tants de Cis­jor­da­nie et de Gaza, ont été expul­sés, en qua­si-tota­li­té vers la Jor­da­nie. Depuis lors, quelque cent-trente-mille Pales­ti­niens ont été dépla­cés à l’intérieur des ter­ri­toires occu­pés et des cen­taines de mil­liers d’autres ont été ame­nés à s’exiler. En 2009, du fait du Mur qui se contor­sionne au gré de la confis­ca­tion d’un maxi­mum de terres et d’eau, près de cinq-cent-mille Pales­ti­niens vivaient dans des zones cou­pées du reste de la Cis­jor­da­nie11 dont un peu plus de la moi­tié dans des zones — dites « cou­tures » et décla­rées zones mili­taires fer­mées — encla­vées entre le Mur et Israël. Tous risquent le dépla­ce­ment for­cé : « Ils vont être cou­pés de leurs moyens d’existence et empri­son­nés dans des enclaves iso­lées. N’ayant plus de quoi vivre, ils seront for­cés de quit­ter ces enclaves et de cher­cher du tra­vail dans les fau­bourgs des villes de Cis­jor­da­nie. Ain­si, les zones limi­trophes d’Israël se trou­ve­ront-elles “net­toyées” de leurs Pales­ti­niens » (Rein­hart, 2006).

Cette poli­tique de des­truc­tion de la socié­té pales­ti­nienne et de confi­ne­ment de la popu­la­tion dans des enclaves cou­pées de leurs moyens d’existence, atteint son paroxysme dans la minus­cule bande de Gaza où sont enfer­més un mil­lion cinq-cent-mille « ter­ro­ristes » hommes, femmes et enfants12. Ce ter­ri­toire est her­mé­ti­que­ment cein­tu­ré, du côté mer, par la marine de guerre israé­lienne et, du côté terre, par une clô­ture infran­chis­sable héris­sée de lames de rasoir et lon­gée, sur les terres pales­ti­niennes, par une bande d’une lar­gueur de cinq-cents mètres à deux kilo­mètres qui com­prend et rend inac­ces­sibles 29% des terres culti­vables13 et où toute végé­ta­tion et tout édi­fice sont rasés afin d’offrir une vue déga­gée aux tireurs israéliens.

Cette popu­la­tion, sou­mise depuis des années à un blo­cus dra­co­nien, a récem­ment subi, après en avoir subi bien d’autres, une agres­sion mili­taire d’une bru­ta­li­té excep­tion­nelle. Les infra­struc­tures publiques ont été par­ti­cu­liè­re­ment visées : immeubles admi­nis­tra­tifs, hôpi­taux, écoles, routes, réserves ali­men­taires et même les casernes de pom­piers. Plus de dix-mille loge­ments ont été com­plè­te­ment détruits ou lour­de­ment endom­ma­gés. Selon un rap­port du Comi­té inter­na­tio­nal de la Croix-Rouge, mille-trois-cent-quatre-vingt Pales­ti­niens ont été tués et cinq-mille trois-cent-quatre-vingt, bles­sés. Selon le droit inter­na­tio­nal, ce blo­cus et cette agres­sion mili­taire consti­tuent des crimes contre l’humanité14.

Jeff Hal­per montre com­ment l’occupation dés­in­tègre la com­mu­nau­té pales­ti­nienne des ter­ri­toires occu­pés et tend à la réduire à l’impuissance. En Cis­jor­da­nie et à Jéru­sa­lem-Est, « rien n’empêche Israël de ter­ro­ri­ser la popu­la­tion pales­ti­nienne. Que ce soit par sa propre armée ou par la milice auxi­liaire, finan­cée par les États-Unis et opé­rée par l’Autorité pales­ti­nienne afin de paci­fier sa propre popu­la­tion. Que ce soit par les colons qui tirent sur les Pales­ti­niens, les bru­ta­lisent et bru­lent leurs récoltes sans crainte d’être pour­sui­vis ou par des agents secrets, aidés par des mil­liers de Pales­ti­niens for­cés à deve­nir des col­la­bo­ra­teurs sou­vent pour que leurs enfants puissent avoir accès à des soins médi­caux ou avoir un toit sur leur tête. Que ce soit par des expul­sions ou par la myriade de contraintes admi­nis­tra­tives d’un sys­tème, invi­sible, mais kaf­kaïen, de contrôle total et d’intimidation » (Hal­per, 2010). À Gaza, depuis le redé­ploie­ment en 2005 de l’infrastructure et des forces d’occupation en péri­phé­rie, le contrôle et l’intimidation s’exercent de l’extérieur par un blo­cus impi­toyable et un har­cè­le­ment mili­taire avant, pen­dant et après l’opération Plomb dur­ci15.

Que se pas­se­rait-il si les Pales­ti­niens, notam­ment ceux de Gaza, avaient la pos­si­bi­li­té de fuir ?

Ami­ra Hass carac­té­rise on ne peut mieux à quoi la com­mu­nau­té pales­ti­nienne des ter­ri­toires occu­pés est désor­mais réduite : « Si les indi­gènes le dési­rent, ils peuvent conti­nuer à vivre dans les réserves ; s’ils ne le veulent pas, qu’ils s’en aillent. »

Le nombre, l’expansion, la struc­ture et les lieux d’implantation des colo­nies — notam­ment autour de Jéru­sa­lem-Est et de Beth­léem — ain­si que l’importance et la nature des infra­struc­tures réser­vées aux colons et aux forces d’occupation, montrent à l’évidence que l’intention des auto­ri­tés israé­liennes n’est pas d’évacuer les ter­ri­toires occu­pés en vio­la­tion au droit inter­na­tio­nal mais, tout comme lors de la créa­tion de l’État d’Israël, d’en acca­pa­rer la plus grande par­tie pos­sible. Les auto­ri­tés israé­liennes cherchent mani­fes­te­ment à déstruc­tu­rer la com­mu­nau­té pales­ti­nienne au point qu’un État pales­ti­nien indé­pen­dant soit impos­sible. Témoins, entre autres : la des­truc­tion des infra­struc­tures néces­saires à un État, la dépor­ta­tion16, l’emprisonnement et l’assassinat de per­son­na­li­tés diri­geantes ; les mil­liers de pri­son­niers17 ; les entraves à l’accès à l’enseignement supé­rieur sur place et à l’étranger ; la répres­sion des étudiants…

Par un de ses aspects essen­tiels — acca­pa­rer le maxi­mum de terres en y lais­sant le moins de Pales­ti­niens pos­sible —, la poli­tique israé­lienne n’a pas chan­gé depuis 1948. Elle s’est sim­ple­ment adap­tée : « Dans une région sui­vie avec autant d’attention qu’Israël-Palestine, écrit Tanya Rein­hart, le net­toyage eth­nique ne peut pas prendre la forme de mas­sacres de masse ni de grands trans­ferts de popu­la­tion. C’est un pro­ces­sus lent, quo­ti­dien, qui vise à bri­ser la socié­té et à conduire le plus de gens pos­sible à dis­pa­raitre ou à s’enfuir. » D’autres com­po­santes de cette poli­tique, telles l’enfermement des Pales­ti­niens dans des enclaves déli­bé­ré­ment pau­pé­ri­sées et la désar­ti­cu­la­tion de leur com­mu­nau­té, sont beau­coup plus sévères dans les ter­ri­toires occu­pés qu’en Israël.

Au début de la guerre de 1948, les Palesti­niens étaient pro­prié­taires d’environ 93% du ter­ri­toire de la Pales­tine man­da­taire. Aujourd’hui, alors qu’ils consti­tuent au moins 48% de la popu­la­tion qui vit sur ce ter­ri­toire18, ils ne sont pro­prié­taires que d’environ 11%19 et d’un pour­cen­tage bien infé­rieur encore des terres culti­vables. Au début de la guerre de 1948, la qua­si-tota­li­té des Pales­ti­niens vivaient sur le ter­ri­toire de la Pales­tine man­da­taire. Fin 2008, on esti­mait à 10.600.000 le nombre de Pales­ti­niens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux — soit les deux tiers — étaient des per­sonnes dépla­cées. 6.600.000 — soit 62% — s’étaient réfu­giés à l’étranger et 427.000 étaient des dépla­cés de l’intérieur. Aujourd’hui, dans leur propre pays, une grande majo­ri­té des Pales­ti­niens vivent dans des enclaves sur­peu­plées, stric­te­ment contrô­lées et lar­ge­ment dépouillées de leurs res­sources. Il n’est donc nul­le­ment exa­gé­ré de par­ler d’une dés­in­té­gra­tion pro­ba­ble­ment irré­ver­sible de la com­mu­nau­té pales­ti­nienne en Israël-Pales­tine et cela d’autant moins que les confis­ca­tions et le har­cè­le­ment sys­té­ma­tiques sont tou­jours en cours.

La suc­ces­sion de « confé­rences de paix » entre Israé­liens et Pales­ti­niens — Madrid (1991), Oslo I (1993 – 1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jéru­sa­lem (2006), Anna­po­lis (2007) — n’a ni inter­rom­pu, ni même ralen­ti l’appropriation de terres et la des­truc­tion de la socié­té pales­ti­nienne dans les ter­ri­toires occu­pés en 1967. Ces « dia­logues de paix » qui n’ont pas contri­bué à la paix, n’ont pas empê­ché, bien au contraire, l’État d’Israël d’imposer sa paix, de pour­suivre en paix les confis­ca­tions, la colo­ni­sa­tion et le net­toyage eth­nique dans les ter­ri­toires confis­qués, ni de digé­rer en paix le fruit de ses extorsions.

Inten­tion­nel­le­ment ou non, ces « dia­logues de paix » ont été des pro­messes creuses qui ont ins­til­lé un espoir anes­thé­siant aux Pales­ti­niens, et un moyen d’amener les Israé­liens à sou­te­nir la colo­ni­sa­tion, moyen dont la meilleure illus­tra­tion est le men­songe de l’«offre géné­reuse » mis au point et uti­li­sé de main de maitre par E. Barak. Je para­phrase l’essentiel : « Nous avons pra­ti­que­ment tout offert aux Pales­ti­niens. Mais, quoi qu’on leur offre, ils veulent tou­jours davan­tage, en fait, rien de moins que nous jeter à la mer. L’absence d’un par­te­naire de paix mal­gré nos offres géné­reuses, nous oblige à éta­blir une zone de sécu­ri­té effi­cace. » L’effet de légi­ti­ma­tion de l’occupation sur l’opinion israé­lienne et inter­na­tio­nale de ce men­songe d’offres géné­reuses israé­liennes qui en fait n’ont jamais exis­té et qui auraient été confron­tées à un refus sys­té­ma­tique de la part des Palestiniens,
a été stu­pé­fiant20. Force est de consta­ter que lorsqu’il s’agit d’Israël la cré­du­li­té est incommensurable.

La confé­rence de paix qui s’est récem­ment ouverte à Washing­ton, entre l’État d’Israël dont E. Barak dirige la délé­ga­tion, et l’Autorité pales­ti­nienne tota­le­ment dépen­dante des États-Unis, de l’Union euro­péenne et de la bonne volon­té doua­nière d’Israël, ne devrait même plus s’inscrire dans la pers­pec­tive d’une paix en échange de l’évacuation des ter­ri­toires occu­pés en 1967, mais — à l’instar de la poli­tique déjà offi­ciel­le­ment prô­née par Yitz­hak Sha­mir en 199121 et qui, en fait, a été pra­ti­quée par tous les gou­ver­ne­ments israé­liens22 — dans la pers­pec­tive de la paix en échange de la paix, c’est à dire, de la capi­tu­la­tion. Je cari­ca­ture à peine : « Lais­sez-nous confis­quer vos terres en paix et vous aurez la paix. Sou­met­tez-vous à notre domi­na­tion — ce qui est pris ou sera pris, res­te­ra pris — et nous vous accor­de­rons la paix dans ce que nous vou­drons bien vous lais­ser : des réserves admi­nis­trées et poli­cées par une auto­ri­té indi­gène à notre botte et où votre sur­vie dépen­dra de la cha­ri­té internationale. »

La comé­die des « offres géné­reuses » ne sera sans doute plus néces­saire. Du fait de son manque d’autonomie et des pri­vi­lèges qu’elle vou­dra pré­ser­ver, l’Autorité pales­ti­nienne va pro­ba­ble­ment enté­ri­ner la capi­tu­la­tion, « la paix contre la paix ». Dans ce cas, la colo­ni­sa­tion de peu­ple­ment se pour­sui­vra et Israël, à l’image des États-Unis, sera un État moderne avec ses réserves d’Indiens.

Hors du cadre d’institutions qui imposent le res­pect du droit inter­na­tio­nal, s’en remettre au dia­logue comme le moyen d’assurer la paix entre une bru­tale puis­sance occu­pante et la com­mu­nau­té désar­ti­cu­lée qui est à sa mer­ci, c’est s’en remettre à la rai­son du plus fort, celle de la puis­sance occu­pante ; c’est sou­te­nir l’occupation, occul­ter et donc encou­ra­ger les vio­la­tions du droit inter­na­tio­nal : les dépla­ce­ments de popu­la­tion, les spo­lia­tions de terres et de mai­sons, les puni­tions col­lec­tives, les vio­lences de l’armée et des milices des colo­nies de peu­ple­ment, la des­truc­tion des infra­struc­tures édu­ca­tives, éco­no­miques, sani­taires…; c’est col­la­bo­rer à la sou­mis­sion de la com­mu­nau­té oppri­mée et être com­plice de sa des­truc­tion ; c’est ava­li­ser la vio­la­tion des droits des membres de cette com­mu­nau­té : droits à se défendre, à résis­ter à l’occupation, à la sécu­ri­té ali­men­taire, à l’assistance sani­taire, à l’éducation, à la pro­prié­té, à la libre cir­cu­la­tion… S’en remettre à un tel dia­logue de paix per­met à l’État d’Israël de conser­ver sa légi­ti­mi­té tout en conti­nuant à acca­pa­rer et à « net­toyer » le plus de terres pales­ti­niennes possible.

Si ce n’était l’invocation culpa­bi­li­sante de la des­truc­tion des com­mu­nau­tés juives d’Europe, per­sonne de bonne foi ne se pré­oc­cu­pe­rait de la sécu­ri­té d’une puis­sance occu­pante qui n’est nul­le­ment mena­cée. Il irait de soi de se pré­oc­cu­per, non de la paci­fi­ca­tion d’une zone d’occupation mili­taire, mais du res­pect des droits des vic­times d’une occu­pa­tion illé­gale et meur­trière. L’Europe a de lourdes res­pon­sa­bi­li­tés dans ce conflit et donc des obli­ga­tions par­ti­cu­lières, avant tout celle de ne pas res­ter, une fois de plus, impas­sible face à la des­truc­tion d’une com­mu­nau­té ethnique.

Ceux qui, comme moi, ont été « for­més » par la des­truc­tion des com­mu­nau­tés juives d’Europe, doivent — sous peine de se renier et de tra­hir les vic­times de cette des­truc­tion — dénon­cer l’ignoble jus­ti­fi­ca­tion des crimes com­mis à l’encontre des Pales­ti­niens et de leur com­mu­nau­té, par le mas­sacre des Juifs d’Europe23. Par devoir de mémoire, c’est la soli­da­ri­té avec la com­mu­nau­té pales­ti­nienne en voie de des­truc­tion qui doit aller de soi et non — comme c’est mal­heu­reu­se­ment le cas pour de trop nom­breux Juifs, mais fort heu­reu­se­ment pas tous — une iden­ti­fi­ca­tion au mili­ta­risme de l’État d’Israël.

Aujourd’hui, beau­coup de Juifs carac­té­risent les Juifs d’avant la créa­tion de l’État d’Israël et ceux qui n’embrassent pas le sio­nisme, par une rési­gna­tion à l’impuissance dans un monde anti­sé­mite voué à les détruire. C’est, selon eux, cette impuis­sance qui a per­mis la des­truc­tion des Juifs d’Europe. La condam­na­tion morale de cette rési­gna­tion fonde leur défi­ni­tion d’eux-mêmes — « ne plus se lais­ser égor­ger à genoux » — et se tra­duit par une sacra­li­sa­tion de la capa­ci­té à se défendre par les armes incar­née par l’État d’Israël. De là, bien que seule une infime mino­ri­té des Juifs de la dia­spo­ra émi­gre­ront en Israël et moins encore y res­te­ront24, une iden­ti­fi­ca­tion exa­cer­bée à cet État : aveu­gle­ment à tous ses méfaits et accu­sa­tion d’antisémitisme à l’encontre de toute cri­tique por­tant sur l’exercice de la puis­sance mili­taire israé­lienne, pos­tu­lée syno­nyme de sur­vie du peuple juif. À leurs yeux et en toute sin­cé­ri­té, la mise en ques­tion de la légi­ti­mi­té des vio­lences israé­liennes exprime l’immémoriale haine meur­trière des Juifs, même si elle émane de Juifs qu’ils accusent dès lors d’avoir la « haine de soi ».

Cette défi­ni­tion de l’identité juive et du monde non juif ne se réfère plus à l’épaisseur humaine des diverses com­mu­nau­tés juives du monde, si riches des sédi­ments de siècles de ren­contres — bien sûr très loin d’avoir tou­jours été har­mo­nieuses — avec tant de socié­tés. Elle se fonde, pour l’essentiel, sur la capa­ci­té et le droit d’avoir recours à la vio­lence armée — même pré­ven­ti­ve­ment, comme en 1948 et de nos jours — afin que « plus jamais ça ». Cette réduc­tion au mili­ta­risme — « redres­se­ment25 » de l’incapacité à avoir recours à la vio­lence armée — est un triste témoi­gnage de la pro­fon­deur de la dévas­ta­tion que le nazisme a infli­gée aux com­mu­nau­tés juives.

Il ne s’agit évi­dem­ment pas de mettre en ques­tion l’existence de l’État d’Israël, d’ailleurs recon­nu dans ses fron­tières de 1967 par la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale, l’OLP26 et, impli­ci­te­ment, le Hamas27. Cela s’apparenterait à une inci­ta­tion au crime contre l’humanité. Il s’agit d’appeler la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale à contraindre un État et ses auto­ri­tés à res­pec­ter le droit inter­na­tio­nal28.

Tant que l’État d’Israël ne res­pecte pas les droits de l’homme des Pales­ti­niens, y com­pris ceux de natio­na­li­té israé­lienne ; tant que cet État et ses auto­ri­tés violent gra­ve­ment le droit inter­na­tio­nal, notam­ment par le crime contre l’humanité que consti­tue le blo­cus de la popu­la­tion de Gaza, toute per­sonne qui adhère aux valeurs démo­cra­tiques, par­ti­cu­liè­re­ment, tout res­pon­sable poli­tique doit appe­ler les ins­tances poli­tiques natio­nales et inter­na­tio­nales à rem­plir leurs obli­ga­tions de res­pec­ter et de faire res­pec­ter le droit inter­na­tio­nal, notam­ment d’exiger, sous peine de sanc­tions, la fin de l’occupation, des confis­ca­tions et du har­cè­le­ment des Pales­ti­niens ; appe­ler les ins­tances judi­ciaires natio­nales et inter­na­tio­nales à mettre fin à l’impunité des auto­ri­tés israé­liennes ; appe­ler à l’établissement d’un État pales­ti­nien indé­pen­dant et viable et au dédom­ma­ge­ment de la com­mu­nau­té pales­ti­nienne. C’est seule­ment dans un tel cadre — qui plus que pro­ba­ble­ment ne ver­ra jamais le jour — qu’un dia­logue de paix ne ser­vi­ra plus à occul­ter la des­truc­tion de la com­mu­nau­té pales­ti­nienne et à assu­rer l’impunité à l’État et aux res­pon­sables israéliens.

On le voit, je ne suis guère opti­miste. Les réserves d’Indiens en Amé­rique du Nord et d’Aborigènes en Aus­tra­lie rap­pellent com­bien une colo­ni­sa­tion de peu­ple­ment peut être dévas­ta­trice pour les com­mu­nau­tés indi­gènes. Je crains fort qu’après des décen­nies de « faits accom­plis » impu­nis, la dés­in­té­gra­tion de la com­mu­nau­té pales­ti­nienne en Israël-Pales­tine soit désor­mais irréversible.

De toute façon, qu’il soit ou non trop tard, j’estime que toute per­sonne qui refuse d’être com­plice de cette des­truc­tion, doit sou­te­nir ceux qui en Israël défendent les droits des Pales­ti­niens ; ces­ser toute col­la­bo­ra­tion avec les ins­ti­tu­tions israé­liennes — publiques ou pri­vées — qui ne s’opposent pas à l’occupation et à la colo­ni­sa­tion ; refu­ser de consom­mer des pro­duits israé­liens qu’ils pro­viennent ou non des ter­ri­toires occu­pés en 1967.

Mal­gré tout, je ne peux m’empêcher d’espérer qu’une prise de conscience inter­na­tio­nale, sur­tout israé­lienne, de la situa­tion déses­pé­rée des Pales­ti­niens ren­dra enfin pos­sible — à l’instar de ce qui s’est pas­sé pour l’apartheid en Afrique du Sud — une paix équi­table entre Pales­ti­niens et Israéliens.

  1. « Contrai­re­ment à la légende dépei­gnant un frêle État juif à peine né et déjà confron­té aux redou­tables armées d’un puis­sant monde arabe, les “nou­veaux his­to­riens” confirment la supé­rio­ri­té crois­sante des forces israé­liennes (en effec­tifs, arme­ment, entrai­ne­ment, moti­va­tion…) à la seule excep­tion de la courte période qui va du 15 mai au 11 juin 1948 » (Vidal 2003). Lorsqu’elles déclenchent la guerre des Six Jours de juin 1967 qui a été gagnée en une mati­née, les auto­ri­tés israé­liennes étaient par­fai­te­ment au cou­rant de leur large supé­rio­ri­té mili­taire. L’enjeu de la guerre du Kip­pour d’octobre 1973 était d’amener Israël à négo­cier l’évacuation du Sinaï et du Golan et nul­le­ment de mena­cer son exis­tence. À cette occa­sion, les troupes égyp­tiennes et syriennes ont effec­ti­ve­ment réus­si à per­cer les lignes israé­liennes et il a fal­lu une semaine aux géné­raux israé­liens pour redres­ser la situa­tion. Ce qui a été d’autant plus facile que le pré­sident A. Al Sadate avait arrê­té l’offensive de ses troupes. On note­ra que ni la popu­la­tion ni les ter­ri­toires pales­ti­niens n’ont été impli­qués dans ce conflit (Gresh et Vidal 2003).
  2. Il s’agit de la poli­tique mise en œuvre par le géné­ral A. Sha­ron, Pre­mier ministre, au début 2002 — opé­ra­tion Rem­parts — et qui est tou­jours en cours. « Stra­té­gie poli­ti­co-mili­taire, diplo­ma­tique et psy­cho­lo­gique ayant pour but la dis­so­lu­tion du peuple pales­ti­nien comme enti­té éco­no­mique, sociale et poli­tique légi­time et indé­pen­dante. Cela peut inclure — mais pas néces­sai­re­ment — leur net­toyage eth­nique pro­gres­sif, par­tiel ou com­plet, du ter­ri­toire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Pales­tine his­to­rique. » Kim­mer­ling B. (2004).
  3. Badil, Sur­vey of Pales­ti­nian Refu­gees and Inter­nal­ly Dis­pla­ced Per­sons, 2008 – 2009. Le cas de Lyd­da (aujourd’hui, Lod où se trouve l’aéroport inter­na­tio­nal Ben Gou­rion), à l’époque ville de quelque vingt-mille habi­tants située à l’intérieur de l’État attri­bué aux Arabes par l’ONU en 1947, est exem­plaire à plus d’un titre. La ville qui ne dis­po­sait que de quelques vieux fusils était pra­ti­que­ment sans défense. Après avoir subi un bom­bar­de­ment, elle est atta­quée, le 13 juillet 1948, par des forces de l’armée régu­lière com­man­dées par le colo­nel Yitz­hak Rabin, futur géné­ral, chef d’état-major, ministre de la Défense, Pre­mier ministre et prix Nobel de la Paix. La résis­tance ne dure que quelques heures. Le jour même, quatre-cent-cin­quante-six per­sonnes — hommes, femmes et enfants — sont mas­sa­crées dont cent-sep­tante-six à l’intérieur d’une mos­quée. Le len­de­main, quelque cin­quante-mille Pales­ti­niens ter­ro­ri­sés, dont plus de la moi­tié étaient des réfu­giés qui avaient fui les vil­lages envi­ron­nants, sont expul­sés sur ordre direct de Ben Gou­rion. Seules quelques cen­taines de per­sonnes ont été auto­ri­sées à res­ter (Pappe 2008).
  4. « La loi sur les biens des absents (éga­le­ment connue comme la loi sur les pro­prié­tés aban­don­nées) a été pro­mul­guée en 1950. […] La loi sti­pule que les biens d’un absent seront trans­fé­rés sous la juri­dic­tion de l’administrateur des biens des absents, sans pos­si­bi­li­té de faire appel ou de com­pen­sa­tion » (Rap­pa­port 20 jan­vier 2005). Cette loi s’applique éga­le­ment aux « dépla­cés de l’intérieur » qui ont été dépouillés de leurs biens. Ce sont les fameux citoyens arabes israé­liens « absents pré­sents ». Par la Loi fon­da­men­tale 1960 : Terres d’Israël (1960 Basic Law : Israel Lands), toutes ces terres deviennent pro­prié­té inalié­nable du peuple juif et ne peuvent être ven­dues qu’à des Juifs et donc pas aux Palestiniens.
  5. Un exemple récent par­mi beau­coup d’autres : « Le soir du 29 juillet 2010, à leur retour d’une céré­mo­nie de mariage, neuf familles, habi­tant le quar­tier musul­man de la Vieille Ville de Jéru­sa­lem, se sont retrou­vées expul­sées de leurs mai­sons par des colons et empê­chées d’y ren­trer par la police. Les Pales­ti­niens n’ont évi­dem­ment aucun recours légal contre la confis­ca­tion, en 1948 et après, de leurs pro­prié­tés, vil­lages entiers, villes et quar­tiers urbains, fermes, usines ou immeubles com­mer­ciaux » (Hal­per).
  6. Pales­tine Moni­tor fact­sheet, Check­points (www.palestinemonitor.org).
  7. Selon les esti­ma­tions de l’ICAHD (Israe­li Com­mi­tee Against House Demo­li­tions) — mise à jour du 28 juillet 2010 —, au moins plus de vingt-quatre-mille mai­sons ont été détruites depuis 1967 en Cis­jor­da­nie, à Jéru­sa­lem-Est et à Gaza, www.icahd.org.
  8. Selon les sta­tis­tiques (octobre 2010) du PCHR (Pales­ti­nan Cen­ter for Human Rights) www.pchrgaza.org.
  9. Envi­ron un an avant le déclen­che­ment de la deuxième Inti­fa­da à la fin sep­tembre 2000, à l’initiative et sous le contrôle direct du Pre­mier ministre et ministre de la Défense de l’époque E. Barak, « l’armée a for­mé quatre bataillons spé­cia­le­ment des­ti­nés à faire face à l’agitation en Cis­jor­da­nie. […] Dans ces uni­tés spé­ciales, on apprend à viser et à tirer de façon cal­cu­lée : muti­ler, mais sans trop aug­men­ter le chiffre des morts (dont, d’après l’armée, les Pales­ti­niens ont besoin pour gagner l’appui inter­na­tio­nal). [De là] les balles qui frappent si sou­vent et de façon si pré­cise aux yeux, à la tête ou aux genoux » (Rein­hart 2002).
  10. « By Hook and by Crook : Israel’s Set­tle­ment Poli­cy in the West Bank », Rap­port B’tselem (The Israe­li Infor­ma­tion Cen­ter for Human Rihgts in the Occu­pied Ter­ri­to­ries), juillet 2010, www.btselem.org.
  11. Il s’agit des habi­tants de loca­li­tés encla­vées dans des zones confis­quées, notam­ment la val­lée du Jourdain.
  12. À l’instar de tant d’autres puis­sances occu­pantes, l’État d’Israël déshu­ma­nise ceux qu’il opprime en les qua­li­fiant de « terroristes ».
  13. Far­ming without Land, Fishing without Water : Gaza agri­cul­ture struggle for sur­vi­val, Rap­port de l’ONU, mai 2010, www.ochaopt.org.
  14. Richard Falk, pro­fes­seur émé­rite de droit inter­na­tio­nal à l’université de Prin­ce­ton et rap­por­teur spé­cial des Nations unies sur la situa­tion des droits humains dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occu­pés depuis 1967, consi­dère que l’attaque mili­taire « non défen­sive » de décembre 2008 visant à « punir » Gaza ain­si que le blo­cus impo­sé à ce ter­ri­toire, consti­tuent des crimes contre l’humanité.
  15. Entre le 20 jan­vier 2009 (fin de Plomb dur­ci) et le 30 sep­tembre 2010, soit quelque six-cents jours, il y a eu quatre-cent-vingt attaques israé­liennes dans la zone tam­pon qui encercle la bande de Gaza. Outre les des­truc­tions du peu qui reste à détruire, ces attaques ont fait quatre-vingt-quatre morts et cent-quatre-vingt-trois bles­sés. Voir PCHR Fact Sheet de décembre 2009 et d’octobre 2010, www.pchrgaza.org. Et les attaques israé­liennes ne se limitent pas à la zone tampon.
  16. Depuis 1968, quelque deux-mille Pales­ti­niens ont été dépor­tés par­mi les­quels des résis­tants, des acti­vistes poli­tiques, des direc­teurs d’école et des ins­pec­teurs de l’enseignement qui pro­tes­taient contre la cen­sure des manuels sco­laires, des ensei­gnants et des étu­diants qui avaient orga­ni­sé un boy­cott, des avo­cats qui avaient orga­ni­sé une grève.
  17. Fin juillet 2009, il y avait sept-mille quatre-cent-trente déte­nus pales­ti­niens — y com­pris trois-cent-trente-trois mineurs — dans les pri­sons israé­liennes. On comp­tait, en outre, trois-cent-quatre-vingt-sept déten­tions admi­nis­tra­tives sans juge­ment. On estime qu’au moins 40% des hommes sont pas­sés par les pri­sons israé­liennes. C’est dire que très peu de familles pales­ti­niennes n’ont pas été tou­chées par l’arrestation d’un de leur membre.
  18. Selon le Bureau cen­tral israé­lien de sta­tis­tiques, il y a aujourd’hui 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le recen­se­ment de la popu­la­tion 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Pales­ti­niens dans les ter­ri­toires occu­pés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le ter­ri­toire de l’ancienne Pales­tine man­da­taire. Le pour­cen­tage de Juifs est pro­ba­ble­ment sur­es­ti­mé et celui des Arabes, sous-esti­mé. Appa­rem­ment, les sta­tis­tiques israé­liennes prennent en compte tous les Juifs de natio­na­li­té israé­lienne, y com­pris de double natio­na­li­té. Or, un grand nombre d’entre eux — sans doute des cen­taines de mil­liers — ne résident pas en Israël. D’autre part, étant don­né que le recen­se­ment de l’Unrwa date de 2007, la crois­sance des trois der­nières années — envi­ron 3% par an — de la popu­la­tion pales­ti­nienne des ter­ri­toires occu­pés, n’est pas prise en compte.
  19. En 1947, les membres de la com­mu­nau­té juive étaient pro­prié­taires d’environ 7% du ter­ri­toire de la Pales­tine man­da­taire. Entre 1947 et 2009, les auto­ri­tés israé­liennes ont confis­qué 82% de ce ter­ri­toire. Ain­si, sur 89% du ter­ri­toire de la Pales­tine man­da­taire seuls des Juifs peuvent deve­nir propriétaires.
  20. « Depuis 1993, les son­dages avaient constam­ment mon­tré une majo­ri­té autour de 60% en faveur de “la terre pour la paix”. Après Camp David et les “négo­cia­tions” qui ont sui­vi, le sou­tien aux conces­sions pour la paix est tom­bé dans les son­dages à 30%» (Rein­hart, 2002).
  21. Deve­nu Pre­mier ministre, Yitz­hak Sha­mir — ancien chef du Lehi, groupe ter­ro­riste, res­pon­sable de mas­sacres des­ti­nés à faire fuir les Pales­ti­niens, entre autres celui de Deir Yas­sine en avril 1948 — déclare dans son dis­cours d’ouverture de la confé­rence de paix de Madrid (1991): « La nature du conflit n’est pas ter­ri­to­riale. […] Nous prions pour que cette ren­contre marque la fin de l’hostilité, de la vio­lence, de la ter­reur et de la guerre ; qu’elle apporte le dia­logue, la récon­ci­lia­tion, la coexis­tence et — par-des­sus tout — la paix. » Voir Le Monde diplo­ma­tique, cahier spé­cial sur le Proche-Orient, jan­vier 2006.
  22. On pour­rait éven­tuel­le­ment accor­der le béné­fice du doute à I. Rabin. Mais entre la signa­ture des accords d’Oslo en sep­tembre 1993 et son assas­si­nat en février 1995, le nombre de colons a for­te­ment aug­men­té et les infra­struc­tures de l’occupation se sont consi­dé­ra­ble­ment déve­lop­pées. Après le mas­sacre de vingt-neuf Pales­ti­niens dans une mos­quée de Hebron en février 1994, il a refu­sé, contre l’avis de ses ministres, de s’en prendre aux colons. Enfin, son pas­sé — « Cas­sez-leur les os » en 1987 notam­ment — incite à la méfiance (Vidal, 2008).
  23. « La nazi­fi­ca­tion de l’ennemi, quel qu’il soit, et la trans­for­ma­tion de chaque menace sécu­ri­taire en dan­ger d’extermination totale ont donc carac­té­ri­sé, des années qua­rante à nos jours, les dis­cours des élites poli­tiques, comme le jar­gon de la presse ou la conver­sa­tion des gens dits “ordi­naires”» (Zer­tal 2006).
  24. Le nombre de Juifs vivant à l’extérieur d’Israël est esti­mé à un peu moins de 8000000. Voir Cour­rier inter­na­tio­nal, 17 juin 2010. Selon le Bureau cen­tral de sta­tis­tique israé­lien, il y a eu 14572 nou­veaux immi­grants en 2009, soit un taux annuel d’émigration vers Israël (Alia) de moins de 0,02%. Et tous n’y res­te­ront pas.
  25. Au sens de G. Canguilhem.
  26. Impli­ci­te­ment en 1988, lorsque le Conseil natio­nal pales­ti­nien recon­nait les réso­lu­tions de l’ONU et expli­ci­te­ment, en 1996, lorsqu’il éli­mine de sa Charte tous les articles contes­tant le droit à l’existence de l’État d’Israël.
  27. En 2006, le Hamas signe le docu­ment d’«Entente natio­nale » qui recon­nait impli­ci­te­ment Israël dans ses fron­tières de 1967.
  28. Pour une revue rigou­reuse des vio­la­tions du droit inter­na­tio­nal com­mises par l’État d’Israël et les auto­ri­tés israé­liennes, ain­si que des man­que­ments de l’Union euro­péenne et de ses États membres à leur obli­ga­tion de réagir à ces vio­la­tions, voir Conclu­sions de la pre­mière ses­sion inter­na­tio­nale du tri­bu­nal Rus­sel sur la Pales­tine, Bar­ce­lone, 1 – 3 mars 2010, www.russelltribunalonpalestine.com.

Jacques Bude


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