JavaScript, le programme dans votre page web
Depuis sa création, le web a complètement changé de visage. Au départ, les pages web étendaient la nature du support écrit en connectant l’information via les liens hypertextes. Aujourd’hui, une page web est un programme informatique complexe, basé sur le JavaScript, qui sert les intérêts des éditeurs de contenu autant que ceux du lecteur.
La toile des liens hypertextes
Le navigateur web est l’un des logiciels les plus utilisés sur un ordinateur. À l’origine, le web consiste en des documents textes, auxquels on peut appliquer une mise en page. Le web de « World Wide Web » signifie en anglais « toile », comme celles tissées par les araignées. Les hyperliens forment la base de cette métaphore : un mot, souvent souligné ou coloré de façon distinctive, fait référence à une autre page web, sur le même site ou autre part sur la toile. De cette façon, on peut diriger le lecteur vers un contenu utile et on évite de répéter ledit contenu. Au lieu de copier-coller, par exemple, le communiqué de presse d’une institution je peux y faire référence par un hyperlien.
La création des hyperliens constitue en soi une révolution dans la manière dont on accède à l’information. La lecture d’une page web invite à l’exploration des connaissances enchevêtrées à l’échelle du monde, qui serait par là devenu un village. Les annuaires internet, qui répertoriaient de façon statique les sites web à la manière d’un bottin téléphonique commercial, étaient courants à l’époque. Ils ont été remplacés aujourd’hui par des services dynamiques de recherche.
Le contenu sur internet, qui a démarré par des institutions académiques, des gouvernements et des pages personnelles, a fait place à une multitude de sites commerciaux et de services dont la nature se base sur internet tels que les réseaux sociaux. La technologie derrière le réseau et les navigateurs web a été complètement transformée. Les développeurs de services électroniques peuvent améliorer votre expérience de navigation, mais aussi en profiter pour faire réaliser d’autres tâches moins visibles à votre ordinateur dans leur propre intérêt.
Un peu de programmation dans votre page web ?
Une des clés du succès du web est le format de fichier html qui permet de combiner un texte, sa mise en page et les fameux liens hypertextes. À l’exception de la balise «» qui permettait de faire subtilement clignoter des morceaux choisis d’une page, le contenu d’une page html est statique et n’offre pas d’interaction plus compliquée qu’un formulaire, c’est-à-dire quelques cases de textes ou à cocher qu’on renvoie volontairement vers le site web qu’on visite.
Au milieu des années 1990, plusieurs entreprises de technologie mettent au point un langage de programmation qui s’exécute directement dans le navigateur web. Sous l’impulsion de Netscape (prédécesseur de Mozilla qui développe le navigateur Firefox), le langage JavaScript voit le jour et devient la référence.
L’interactivité entre l’utilisateur et un site web devient possible et permet, dans un premier temps, de prêter assistance pour remplir un formulaire ou afficher un menu déroulant. Ces fonctions apportent un certain confort, mais ne changent pas fondamentalement notre relation au contenu d’un document HTML.
Les fonctionnalités offertes par les sites web vont voir leur nature évoluer avec l’arrivée d’AJAX. Cette technologie repose sur la capacité des navigateurs web à gérer des programmes JavaScript de plus en plus compliqués et asynchrones. Les programmes peuvent rester en mémoire lorsque l’utilisateur effectue une action, sans nécessiter un rechargement complet de la page. Cette différence semble sans importance, mais elle permet de gagner énormément de temps. Un des premiers sites web à en tirer profit a été Google Maps. Rajouter les marqueurs qui indiquent les résultats d’une recherche ne nécessite donc pas de recharger la carte. En changeant le niveau de zoom, le cadrage précédent reste en mémoire et on peut y revenir d’un coup de roulette.
Les suites bureautiques en ligne doivent également leur existence à la technique AJAX. Leur fonctionnement se rapproche en confort et en fonctionnalité de logiciels « normaux », mais les documents sont stockés sur les serveurs et entièrement édités dans le navigateur. On peut donc écrire des textes ou des feuilles de calcul sans rien installer sur son ordinateur. Une fonction hors de portée des logiciels « de bureau » est le caractère collaboratif en temps réel de ces documents. Il est même possible de faire des retouches photos en ligne, une application qui demandait traditionnellement un ordinateur puissant et des logiciels spécialisés.
À l’heure des réseaux sociaux et de l’instantanéité de l’information, les « fils » d’actualité de Facebook, Twitter ou des sites d’information se mettent à jour en permanence, sans recharger la page. Plutôt que d’attendre une action de la part du lecteur, les pages vont régulièrement chercher via un programme JavaScript le dernier message ou le dernier titre à afficher et les intègrent au contenu visible.
L’ultime solution pour rester en contact (et en suivi) permanent est bien sûr d’installer les applications des réseaux sociaux sur votre téléphone portable. Les « apps » y disposent de plus de pouvoir encore que la page web correspondante, tel que l’accès à votre localisation ou à votre carnet d’adresses.
Les sites web s’infiltrent sur votre ordinateur
La numérisation de nos sociétés implique pour de nombreuses entreprises un changement de modèle économique. Le secteur de la presse quotidienne, par exemple, a connu d’énormes diminutions des ventes « papier » et dépend de la publicité sur internet pour compenser sa perte de revenus. Les sites web concernés doivent donc valoriser leurs visiteurs, c’est-à-dire vous, et c’est cela que signifie l’expression « Si vous ne payez pas le service, c’est que vous êtes le produit ! ».
S’agissant de faire de l’argent, toutes les technologies sont les bienvenues et le JavaScript s’invite dans la partie. La valeur que vous représentez pour les annonceurs publicitaires dépend de la quantité d’informations dont disposent les sites web à votre sujet. Visitant le site d’un quotidien de presse belge, je peux identifier plusieurs tierces parties qui exécutent des codes JavaScript avec des objectifs de monétisation : fournir des publicités, suivre les profils et les comportements des visiteurs.
Si la conversion de publicités traditionnelles en publicités électroniques constitue une évolution attendue, la capacité informatique des codes JavaScript n’a pas grand-chose à voir avec celle des publicités imprimées sur papier. Un exemple très courant et pourtant peu connu est le bouton « like » de Facebook. Pour fonctionner, ce bouton contacte les serveurs de Facebook pour actualiser le nombre de « like » enregistré et notifier au passage ces mêmes serveurs de votre visite. La conséquence est de taille : Facebook vous suit à la trace sur la toile ! À chaque bouton « like » qui s’affiche dans votre navigateur, Facebook sait quel site vous visitez et à quelle heure. Cette source d’information leur permet de constituer un profil monétisable, même sans connaitre votre identité. Avant ce type de système, uniquement l’éditeur d’un site web pouvait suivre ses visiteurs, et cela dans le cadre limité de ses propres publications. Le suivi des régies publicitaires en ligne, où Facebook n’est de loin pas le seul acteur, explique pourquoi les publicités qui apparaissent chez vous sont en relation avec les contenus que vous avez visités récemment.
Si JavaScript a commencé sa carrière comme langage de programmation spécifique pour pages web, il possède néanmoins des capacités plus générales. Certains sites web font ainsi travailler votre ordinateur au minage de cryptomonnaie. Ces devises électroniques, dont le Bitcoin est le plus connu, nécessitent de longs calculs sur ordinateurs pour générer de nouveaux crédits. Cette pratique est heureusement peu répandue et pas très efficace mais elle illustre bien la gamme des usages possibles de votre ordinateur.
Et alors ?
Le but de cet article n’est pas de vous effrayer, mais d’ouvrir modestement la boite noire qui se cache derrière votre navigateur. Le rêve Orwellien d’épier chaque citoyen est devenu une réalité, et c’est vous qui avez acheté le matériel ! Facebook sert ici d’exemple, au vu de sa popularité, mais n’a pas le monopole sur ce type de pratique. Prendre conscience du modèle économique des entreprises technologiques vous permet de mieux réaliser la relation entre le commerçant (les éditeurs web) et leur produit-client (vous). Si vous souhaitez y changer quelque chose, des solutions existent comme les bloqueurs de script ou l’abandon de Facebook. Sinon, il est toujours utile de comprendre ce que permettent les technologies du web, ce dernier étant le vecteur de nos communications avec les administrations publiques et les entreprises.
