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Get up Wallonia ? Oui, mais comment ?

Numéro 2 – 2021 - Covid-19 crise crise financière plan de relance Wallonie par Muriel Ruol Thierry Jacques François Reman

mars 2021

Pour répondre à la crise de la Covid-19, l’exécutif wallon s’est donné pour mission de relancer et de redéployer l’économie régionale au travers du plan « Get up Wallonia ! ». Ce plan a été élaboré au travers d’une consultation citoyenne et de l’apport d’un consortium de consultants, en ne sollicitant pas l’expertise des interlocuteurs sociaux. Le résultat est-il à la hauteur des défis ? Rien n’est moins sûr…

Dossier

Pressentant l’ampleur de la catastrophe économique et sociale générée par la pandémie de Covid-19 en Wallonie, le gouvernement wallon a rapidement entamé des travaux en vue de proposer un schéma de relance pour son territoire. La communication du gouvernement wallon s’est ensuite organisée en deux temps : premièrement le 23 avril 2020, quelques semaines après le début du confinement, l’exécutif wallon annonçait le lancement de l’initiative « Get up Wallonia ! ». Un plan qui selon Elio Di Rupo « ne se voit pas comme un héritier du plan Marshall, mais un condensé essentiel de la déclaration de politique régionale (DPR) et de ses trois piliers (environnement, social et économie) pour relancer la Wallonie [et dont] l’objectif est de créer une dynamique pour dessiner ensemble l’avenir de la Wallonie et des citoyens qui y vivent1 ». Deuxièmement, le 26 janvier dernier avec la présentation des projets introduits au niveau fédéral pour bénéficier du 1,48 milliard d’euros mis à disposition par l’Union européenne. Deux plans que l’on annonce complémentaires mais qui présentent le risque d’apparaitre comme un simple relookage post-Covid d’un compromis politique ficelé au lendemain des élections.

Une DPR qui fixe le cap

Les préoccupations du monde politique wallon en matière de redressement économique ne sont évidemment pas neuves, mais lorsqu’une nouvelle majorité voit le jour, on découvre traditionnellement à la fois des propositions qui visent à poursuivre des réformes en cours, mais aussi d’autres priorités et accents issus des compromis négociés et traduits dans l’accord de gouvernement. C’est le cas de la nouvelle majorité socialiste, écologiste et libérale qui malgré un contexte de confiance dégradée par des pratiques coupables de connivence entre mandataires politiques liégeois et le monde des affaires souhaitait donner du souffle à sa déclaration de politique régionale (DPR) grâce à un récit qui se veut volontariste et annonciateur de réformes dites « basculantes » portant sur des objectifs de redéploiement économique, social et environnemental.

L’ambition affichée est claire : il faut hisser la Wallonie parmi les meilleurs RETI (régions de tradition industrielle) grâce à une reconversion durable, des taux d’emploi en hausse de 5% pour atteindre 68,7% à l’horizon 2025 et le plein-emploi en 2030, des dispositifs d’aide à l’emploi évalués et réformés, sans oublier une réforme, ô combien sensible, du Forem afin de « prioriser ses moyens vers le conseil d’accompagnement et l’orientation des demandeurs d’emploi ». Une mise à disposition de 12.000 logements sociaux, la rénovation de 55.000 logements et une allocation loyer complètent le tableau en matière de lutte contre la pauvreté. La DPR contient également un important volet environnemental qui s’inscrit dans les exigences européennes qui prévoient une réduction des émissions de CO2 de 55% d’ici 2030.

C’est donc sur de prometteuses ambitions que vient se greffer la pandémie du coronavirus à partir du mois de mars 2020. Pris de court, à l’instar de ses homologues fédéraux et flamands, le gouvernement wallon confia le soin à l’Agence régionale chargée de la santé et de l’action sociale, l’AViQ, de proposer et de mettre en place toutes les mesures nécessaires à la gestion de la pandémie : approvisionnement et mise à disposition d’équipements de protection individuelle pour les personnels des services sociaux et de santé, constitution de stocks, mise en place de mesures d’aide au personnel de ces institutions et services, organisation de campagnes de communication et de sensibilisation du grand public aux gestes barrière, campagnes de soutien aux personnes et aux professionnels en difficulté, organisation du testing et du tracing et « last but not least » l’organisation de la vaccination. Lors de la première vague, l’objectif a surtout été de réagir en urgence, en cherchant à tout prix à mettre à disposition des équipements de protection pour le personnel, à contenir l’évolution de la maladie et à apporter un soutien au personnel en termes de charge de travail. Ensuite, les efforts se sont davantage portés vers des mesures plus pérennes, portant par exemple sur le soutien psychologique aux équipes ou sur la constitution de stocks d’équipements de protection.

Parallèlement à la gestion de la crise sanitaire, le gouvernement wallon s’est donc attelé à l’élaboration d’une stratégie de redéploiement post-Covid qui s’inscrit, d’une part, dans la dynamique du plan de relance et de résilience européen (PRR) pour un budget de 1,48 milliard d’euros (sur les 5,9 milliards d’euros attribués à la Belgique) et, d’autre part, dans un plan de redéploiement autonome appelé « Get up Wallonia ! » qui mobilisera 500 millions d’euros.

Le volet wallon du plan de relance européen : un effet d’aubaine à grande échelle ?

À lire cependant les vingt-quatre fiches-projets rendues par la Wallonie au secrétaire d’État à la Relance dans le cadre de la « Facilité pour la reprise et la résilience » (FFR) mise en place par l’Union européenne, on y distingue peu l’expression concrète du « souffle » annoncé par la DPR visant à offrir à la Wallonie un outil de reprise « d’activités et de résilience » et une capacité à sortir rapidement la tête hors de la crise générée par la pandémie.

À l’énoncé de certains projets d’infrastructures retenus : tram de Liège, métro de Charleroi, bus intelligent sur la Nationale 51 à Mons-Boussu, incubateur d’innovation à Charleroi (en rivalité avec celui existant à Tournai) , on perçoit les traditionnels arbitrages subrégionaux qui depuis deux décennies ont ralenti les plans de reconversion les plus prometteurs (comme les versions successives du plan Marshall).

La mise en œuvre par la Belgique et ses entités du PRR indique aussi les limites du découpage institutionnel des compétences et ses impacts négatifs, à la fois pour le saupoudrage inévitable qu’il provoque, et pour ce qui relève de la relégation de l’objectif du développement humain, probablement considéré comme moins utile à l’objectif juridique premier de l’Union qu’est la compétitivité des entreprises…

En réalité, l’analyse du volet wallon du plan fédéral de relance et de résilience montre que le gouvernement wallon y voit surtout une opportunité de financement complémentaire de projets d’infrastructures déjà programmés et que ne veulent plus financer des fonds comme le Feder. Il apparait donc que dans l’esprit du gouvernement, le réel plan de redéploiement est Get up Wallonia!, hérité des anciens plans Marshall (avec cependant les acquis de la gouvernance et la politique d’évaluation en moins, mais nous y reviendrons).

Si bien que l’on pourrait évoquer une sorte d’effet d’aubaine à grande échelle, dans la mesure où les fonds européens permettent d’accélérer des travaux d’infrastructures et des projets déjà programmés, certes nécessaires, mais qui ne participent pas directement d’une dynamique de relance et de résilience post-Covid-19.

La dimension de « résilience » postcrise apparait par ailleurs très marginale tant le déséquilibre est grand entre le nombre de projets dédiés à la productivité, les travaux publics et la durabilité par rapport aux projets liés au social et au vivre-ensemble. Sur ce point, les mesures wallonnes se distinguent des mesures prises à Bruxelles qui font davantage la place au « capital humain ». Les mesures ayant un impact social ne représentent ainsi qu’un quart du montant global.

À l’heure où la crise a encore creusé les inégalités, le PRR constitue une occasion manquée de développer une véritable politique d’éradication de la pauvreté. Or, la Wallonie ne se développera jamais si elle garde en son sein des zones entières, des territoires où la grande pauvreté est la norme. C’est son talon d’Achille.

Pas de prise en compte non plus de la question du vieillissement tant en ce qui concerne le résidentiel : il aurait pu être proposé le développement de structures alternatives d’hébergement ou un réaménagement différent des MR et MRS, pour rencontrer les besoins mis en lumière par la crise Covid qu’en ce qui concerne le domicile. On a vu avec le projet avorté d’assurance autonomie le besoin d’augmenter fortement les moyens publics de l’aide à domicile.

Aucune mention non plus de la précarité énergétique, ni de mesures concrètes pour réduire la fracture numérique (alors qu’elle touche 30% des Wallonnes et Wallons). En outre, l’approche intégrée du genre est peu présente dans le PRR.

Pourtant le chantier est important, voire colossal : non seulement sortir d’une crise sanitaire, économique et sociale sans précédent, mais aussi tenter de résorber progressivement le déficit structurel de production de richesses qui caractérise la Wallonie depuis plusieurs décennies. À cet égard, les chiffres sont sans appel. Sur le plan des indicateurs macroéconomiques, la Wallonie continue de faire pâle figure face à ceux d’autres régions en Europe. Le PIB par habitant en Wallonie la situe dans la médiane européenne, mais à plus de 10% en deçà de la moyenne européenne, en raison du rattrapage des régions moins avancées de l’Union.

Get up Wallonia… La Wallonie veut tirer son plan

Si le volet wallon du plan de relance fédéral ne se réduit finalement qu’à la fonction de guichet pour percevoir une aide financière européenne, Get up Wallonia ! représente-t-il dès lors cette potion magique qui doit permettre à la Wallonie de s’engager durablement sur le chemin de la transition et envisager l’avenir de façon plus optimiste ? Est-il en rupture ou en continuité par rapport aux plans de redressement précédents ? La Wallonie n’en est effectivement pas à son coup d’essai. Il faut même remonter à 1999, quand Elio Di Rupo lance le premier contrat d’avenir pour la Wallonie (CAW) qui deviendra le CAWA (Contrat d’avenir pour la Wallonie actualisé) et puis le CAR (Contrat d’avenir renouvelé) pour se muer finalement en 2005 en actions prioritaires pour l’avenir wallon, un programme politique plus connu sous l’appellation de plan Marshall pour la Wallonie destiné, selon les mots de Michel Capron dans La Revue nouvelle], « à inaugurer une quasi-révolution culturelle en terre wallonne ».

Ce plan Marshall annoncé par Elio Di Rupo dans une interview à L’Écho — à la veille d’une mission économique au Japon — est vu à l’époque comme une réponse aux critiques qui se font de plus en plus dures quant à la dépendance wallonne aux transferts financiers en provenance de la Flandre et qui n’ont fait que s’accentuer et conduire à la sixième réforme de l’État et à des nouveaux transferts de compétence en matière de politique de l’emploi et pour la première fois défédéralisant une part importante de la sécurité sociale.

Le plan Marshall 1.0 était avant tout économique avec la création des Pôles de compétitivité pour mesure phare. Il se concentrait sur la production de valeur ajoutée et visait à faire émerger des clusters de classe internationale. La dynamique enclenchée fut largement bénéfique. Mais l’approche engendrait deux problèmes majeurs : une création d’emplois nettement en deçà des ambitions initiales et un manque de valorisation des projets de RDI. Le plan Marshall « 2.vert » (2009 – 2014) initiait avec succès la transition écologique en complétant la dynamique avec une seconde mesure phare : l’Alliance Emploi-Environnement. Enfin, le plan Marshall « 4.0 » (2014 – 2019) avait pour ambition de permettre à la Wallonie de « saisir le train » de la transition numérique.

Si l’ambition du plan Marshall est saluée à l’époque par les acteurs économiques et sociaux, des doutes existent sur sa capacité à dynamiser une Wallonie qui n’a pas encore surmonté la crise industrielle entamée au début des années 1970 et qui se retrouve confrontée, comme toutes les économies européennes, à la nouvelle crise de la société postindustrielle et au choc de la mondialisation.

Cependant, si les versions successives du plan Marshall ont échoué à redresser durablement l’économie wallonne, il n’en reste pas moins que certains progrès en termes de gouvernance et de politique d’évaluation sont réels et il serait injuste de les sous-estimer ou de les négliger à l’avenir. En insistant sur la transversalité, en nommant un délégué spécial chargé du suivi, et en confiant à l’Iweps plusieurs missions d’évaluation ex ante et ex post, les plans Marshall ont clairement innové en matière de gouvernance. Ils ont initié un mode de régulation souple fondé sur le partenariat entre différents acteurs, visant à mieux répondre aux besoins socioéconomiques, de manière plus efficiente et plus efficace. Les interlocuteurs sociaux étaient, en effet, associés à la démarche d’évaluation via le Conseil économique et social de Wallonie (CESE) ou le comité transversal de l’Iweps. Les plans Marshall ont ainsi jeté les bases de la politique d’évaluation dont on craint que l’actuel gouvernement wallon ne se départe.

Une question de méthode

Le gouvernement wallon a publié une note explicative des grandes orientations de Get up Wallonia ! Il s’agit d’une déclaration de bonnes intentions où l’on retrouve pêlemêle la volonté de gérer l’urgence sanitaire, de relancer l’activité socioéconomique, de centrer les investissements stratégiques sur l’entreprise et la politique industrielle, de favoriser les alliances emploi-environnement et de mieux soutenir l’accompagnement des chercheurs d’emploi.

Quant à savoir si Get up Wallonia ! est bien en mesure de transformer la politique économique et régionale ou au moins de l’adapter aux nouveaux enjeux économiques, sociaux et environnementaux, le doute est permis. Qui dit transformation, dit acteurs ! À la manœuvre, on retrouve les trois partis de la coalition en mesure de s’appuyer sur une large majorité parlementaire ce qui lui offre une assise confortable mais peut aussi générer des effets neutralisants. Concernant la méthode, le gouvernement a confié à un consortium constitué autour de la société de consultance internationale PwC le soin de mener les travaux, en les organisant, en assumant l’animation et en rédigeant le rapport final. Ces travaux se sont déroulés dans trois task force (Économie et territoire ; Emploi, action sociale et santé ; Environnement), et à l’intérieur de chacune d’entre elles, dans des groupes rassemblant, de façon cloisonnée, des acteurs de terrain, des institutionnels et les interlocuteurs sociaux. En parallèle, une consultation populaire a été déployée, dont certaines contributions confortent les orientations de l’accord de majorité (plein-emploi, formation dans les métiers porteurs, développement de l’activité économique locale, lutte contre la pauvreté, protection de l’environnement, mobilité douce, etc.) tandis que d’autres relatives à la protection contre les effets nocifs provoqués par les rayonnements non ionisants ou l’humusation des défunts semblent plus éloignées de l’idée même de relance économique…2 Enfin, un Conseil stratégique, composé de personnalités académiques, doit proposer une sélection et une priorisation des projets retenus.

Pour lancer la réflexion, le consultant a réalisé un audit sur l’état de la Wallonie et une étude de benchmarking qui la compare à d’autres régions d’Europe. Le rapport d’audit ne dit en substance rien de nouveau : il faut réconcilier la Wallonie et la réussite, il existe une culture envahissante du subside, les jeunes diplômés ne se destinent pas assez au secteur privé, le morcèlement en sous-territoires menace l’efficacité des politiques publiques et il existe une trop grande suspicion de la population envers ses institutions. « Ce n’est pas le premier exercice en la matière. La succession de plans wallons depuis une vingtaine d’années a mobilisé une flopée d’experts qui ont dressé des constats et tracé des pistes d’avenir. Avec un optimisme de bon aloi pour ce genre d’exercice, cet audit ne fait pas tache en soulignant que la Région peut remonter la pente », fait remarquer le journal Le Soir3.

Si le travail de la task force Économie, Territoire et Environnement semble en mesure de dégager des perspectives de redéploiement, le rapport final de la task force Emploi, Social et Santé n’a pas fini de surprendre les acteurs de l’action sociale et de l’insertion tant il laisse transparaitre une profonde méconnaissance de la réalité sociologique, culturelle et historique de la Wallonie. À titre d’exemple, le consultant recommande de « professionnaliser la gouvernance des ALE et de procéder à une rationalisation du nombre de ces organisations sur un même territoire ». Ignore-t-il qu’il n’y a qu’une seule ALE par commune ? S’agissant des ALE, on note aussi que lorsqu’il est question de développer les « outils existants dans l’économie sociale », ce sont elles (et elles seules!) qui sont citées…

Plus globalement, la logique qui guide les propositions en matière de formation et d’emploi apparait comme très orientée : les termes « pénuries » et « employabilité » reviennent de manière récurrente, et quand on évoque l’insertion des publics en difficulté, on parle d’insertion professionnelle et de mise à l’emploi, en faisant totalement l’impasse sur le nécessaire travail d’insertion sociale mené par les acteurs de l’ISP. Dans le même registre, il est proposé de remplacer le congé éducation payé par un « chèque formation carrière » dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il doit viser à resserrer le dispositif sur des objectifs liés à l’emploi et à la carrière. Exit donc les droits culturels des travailleurs. Et on découvre aussi que l’alternance doit devenir une filière d’excellence, mais dans le cadre d’un enseignement qualifiant pleinement maitrisé par la Région…

Certaines propositions censées être « disruptives » comme l’a souhaité le ministre Président, apparaissent par ailleurs comme assez technocratiques et peu en phase avec les réalités sociales wallonnes. Il en va ainsi de la volonté de « réfléchir aux possibilités de mutualisation des différentes caisses d’allocations familiales », voire « de les rassembler au sein de la caisse publique », ou de « l’organisation dans une seule coupole de l’ensemble des plannings familiaux afin de plus facilement intégrer les besoins de chacun, rendre plus lisibles les activités et éviter les compétitions entre les différents acteurs ». On se demande bien d’où vient cette idée, alors que le pluralisme actuel garantit aux personnes le respect de leurs convictions. L’origine de cette proposition est inconnue comme sa justification qui évoque une soi-disant compétition entre les centres…

De même, il est pour le moins surprenant d’envisager la création de réseaux locorégionaux de vie de qualité en les calquant sur les réseaux hospitaliers mis en place à l’initiative du fédéral : l’objectif des réseaux de vie de qualité étant de mettre la priorité sur la prévention et la promotion de la santé et d’articuler les intervenants au départ de la première ligne, il n’est pas forcément justifié de se baser sur le découpage « hospitalier » du territoire.

Cela étant, nous retrouvons dans le rapport de la task force Emploi, Social, Santé des pistes en matière d’action sociale et de santé qui sont incontestablement intéressantes. À titre d’exemples : des mesures visant à éviter le non-recours aux droits par un accès plus automatique, la priorité à mettre sur la prévention et la promotion de la santé et le soutien à la première ligne de soins, une meilleure reconnaissance des aidants proches, un cadre qui conduit à intégrer dans les nouvelles constructions immobilières la perspective d’une perte d’autonomie. Mais ce sont là des demandes portées depuis longtemps par les acteurs de terrain et on peut dès lors se demander quelle est la plus-value apportée par Get up Wallonia !

Il faut donc se poser légitiment la question de savoir comment faire bouger les lignes en Wallonie sans une adhésion forte des interlocuteurs sociaux ? Et ce, d’autant que la plupart de ces acteurs ont pour l’instant le sentiment d’avoir été sciemment tenus à l’écart du cœur des débats, qui ont été organisés « en silos » sans connexions entre les trois types d’acteurs consultés : ceux de terrain, les institutionnels et les interlocuteurs sociaux4.

Indicateurs alternatifs et prospérité sociale

Résumons notre propos : comme réponse à la crise de la Covid-19, l’exécutif wallon s’est donné pour mission de relancer et de redéployer la Wallonie. Il dispose pour ce faire de près de 2 milliards (dont 1,48 milliard accordé par l’UE dans le cadre de son plan de relance et de résilience). Les fonds du PRR constituant surtout une source de financement complémentaire, c’est « Get up Wallonia » qui est censé donner l’impulsion du redéploiement.

Or, au vu de la méthodologie mise en place : cloisonnement des thématiques abordées, cloisonnement interne des task force entre acteurs de terrains, acteurs institutionnels, interlocuteurs sociaux, l’objectif d’un plan cohérent relançant la dynamique wallonne sur quelques enjeux prioritaires semble déjà compromis. Certes, la tâche est difficile et les différents plans Marshall qui se sont succédés n’avaient pas non plus réussi à opérer complètement le rattrapage structurel souhaité. Ils avaient néanmoins contribué à lancer une dynamique nouvelle, et jeté les bases d’une nouvelle gouvernance impliquant les interlocuteurs sociaux et d’une politique d’évaluation des politiques menées qui nous parait un acquis précieux.

Or, en délaissant l’expertise des interlocuteurs sociaux au profit d’un consortium de consultants et de la participation citoyenne, Get up Wallonia ! semble revenir en deçà de ces acquis.

Les promoteurs de Get up Wallonia ! devront par conséquent s’atteler à ne pas décevoir les attentes d’une population wallonne abimée par la crise sanitaire, attachée aux dispositifs de protection sociale et en attente de réformes capables de dégager des perspectives émancipatrices. Il nous reste donc à espérer que ce plan de redéploiement wallon rectifiera le tir en matière de gouvernance et de concertation sociale et ambitionnera une approche novatrice et transversale en matière de pilotage des mesures de moyen et long terme. Il faudra en effet définir avec l’ensemble des acteurs socioéconomiques impliqués des trajectoires, des étapes et des indicateurs de réussite nécessitant inévitablement un outil de suivi et d’évaluation indispensable.

Gageons qu’ainsi compris, cet outil permettra de forcer les modèles d’une transition socioéconomique durable, en s’appuyant sur des indicateurs alternatifs de richesse et de prospérité sociale. Car, outre la capacité de rebond de l’économie wallonne, il importe de construire une société plus juste, plus égalitaire et plus durable. Le « rebond de la Wallonie » est à ce prix.

Le point de vue exprimé dans ce texte n’engage que ses auteurs .

  1. Cité par Lefevre Fr.-X., « Un plan post-Covid pour la Wallonie », L’Écho, 22 avril 2020.
  2. Lefevre Fr.-X., « Et si on créait un Amazon wallon ? », L’Écho, le 24 février 2020.
  3. Deffet E., « Les mots pour dire les maux persistants de la Wallonie », Le Soir, 14 janvier 2021.
  4. « Pour la CSC, la Wallonie retombe dans ses travers », L’Écho, 9 juillet 2020. [« FGTB et Get up Wallonia : ça ne va pas»-> https://cutt.ly/
    zzPtO3z], L’Avenir, 13 octobre 2020. Le Comité économique, social et environnemental de Wallonie (CESE) qui regroupe les organisations patronales, syndicales et environnementales a également remis un avis avec onze axes prioritaires qui mériterait de recevoir une nécessaire attention de la part du gouvernement wallon.

Muriel Ruol


Auteur

conseillère au service d’Etudes de la CSC, muriel.ruol@acv-csc.be

Thierry Jacques


Auteur

conseiller au service d’Etudes de la CSC, thierry.jacques@acv-csc.be

François Reman


Auteur

François Reman est licencié en journalisme et diplômé en relations internationales. Il entame sa carrière professionnelle en 2003 en tant que chargé de communication à la FUCID, l’ONG de coopération au développement de l’Université de Namur. Il y assumera rapidement le rôle de responsable des activités d’éducation au développement. En 2010, il s’envole pour le Chili où il travaillera comme journaliste correspondant pour La Libre Belgique et le Courrier. De retour en Belgique en 2013, il est engagé au MOC comme attaché de presse et journaliste pour la revue Démocratie. En 2014, il devient attaché de presse de la CSC. En dehors de ses articles pour la presse syndicale, la plupart de ses publications abordent la situation politique en Amérique latine.
La Revue Nouvelle
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