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Genre, migration et décolonialité

Numéro 6 Septembre 2026 par Audrey Heine July Robert

septembre 2026

Dans le contexte sociopolitique actuel de précarisation, les rapports de genre et les processus migratoires catalysent particulièrement les inégalités. Les femmes migrantes y sont très exposées car elles se trouvent à la croisée de multiples oppressions.    Les professionnel·les du travail social, de la santé, de l’insertion, de l’accueil,… sont confronté·es à ces réalités et mis·es au défi […]

Dossier

Dans le contexte sociopolitique actuel de précarisation, les rapports de genre et les processus migratoires catalysent particulièrement les inégalités. Les femmes migrantes y sont très exposées car elles se trouvent à la croisée de multiples oppressions. 

 

Les professionnel·les du travail social, de la santé, de l’insertion, de l’accueil,… sont confronté·es à ces réalités et mis·es au défi quotidiennement pour répondre aux besoins rencontrés sur le terrain dans l’accompagnement de ces femmes. Ce numéro rassemble des contributions visant à interroger les pratiques professionnelles au regard des rapports de pouvoir à l’œuvre et à présenter des modèles d’intervention pour renforcer l’égalité et l’émancipation dans nos métiers. Toutes sont l’œuvre de personnes et associations membres du RIFI, le Réseau Interculturel Féministe Intersectionnel, un réseau favorisant l’échange de pratiques interculturelles, féministes et intersectionnelles destinées aux professionnel·les accompagnant les femmes migrantes multivulnérabilisées.

 

Dans la première partie sont abordés les mécanismes sous-jacents aux inégalités vécues par les femmes en migration. Nous y présentons les biais psychosociaux qui opèrent comme des infrastructures du pouvoir (Audrey Heine) ainsi que les enjeux liés aux assignations sociales (Jacinthe Mazzoccheti) et coloniales (Cécile Rugira) participant à la perpétuation des inégalités vécues par les femmes racisées. Les autrices abordent différentes formes de résistance des femmes, celles qui sont accompagnées et des professionnelles face aux systèmes oppressifs.

 

En deuxième partie, nous présentons trois dispositifs d’accompagnement afin de saisir les réponses structurelles pouvant être apportées par les travailleuses face aux injonctions institutionnelles souvent contradictoires avec leurs valeurs et l’éthique professionnelle. Lauraline Michel et Aimée Pertel (OXO asbl) rendent compte d’un dispositif pour travailler sur le stress vicariant vécu par les professionnel·les directement concerné·es par des rapports de domination classistes, genrés, racistes, validistes, coloniaux et migratoires. Noémie Emmanuel (Vie féminine) développe les principes de l’Éducation permanente féministe intersectionnelle et les apports en matière d’intervention sociale. Souhaïla Amri (Nazra asbl) aborde les processus d’émancipation des femmes en migration à travers la création d’un espace artistique comme tiers-lieu de reconnaissance et requalification sociale. Enfin, dans leur dialogue, Noura Amer (La Maison des femmes) et Sarah Swayden (AWSA-be) racontent comment, au sein de leurs associations respectives, elles peuvent soutenir l’émancipation des femmes issues de l’immigration afin qu’elles acquièrent davantage d’autonomie.

 

Ces contributions donnent à voir la complexité des configurations singulières produites par les différents systèmes de domination qui imprègnent notre société capitaliste hétéropatricarcale. Le genre, la race, la classe, le statut migratoire, l’âge, l’orientation sexuelle, le handicap,… sont bien des constructions politiques qui se renforcent, se modulent et s’articulent. Dans cette perspective, les autrices nous invitent à (re)penser nos postures et camper notre réflexion du côté structurel en vue de participer à une réelle transformation sociale.

Illustration : © Paola Guillén Crespo — À propos de l’œuvre, l’artiste précise ceci :
« Un cercle de réalités superposées, la diversité de nos histoires de femmes migrantes. C’est la main tendue du collectif qui nous invite à avancer ». Pour consulter le reste de son travail : paolaguillencrespo.art/

Audrey Heine


Auteur

Docteure en psychologie sociale et interculturelle, enseigne à l’Université Libre de Bruxelles, psychologue clinicienne et chargée de projets à la Coordination de la prevention de la maltraitance (FWB)     

July Robert


Auteur

July Robert est autrice, traductrice et chroniqueuse littéraire. Elle est actuellement également chargée d’études et d’analyses pour le mouvement Présence et Action Culturelles et assume le rôle de rédactrice en chef adjointe de la Revue Nouvelle. Elle contribue régulièrement aux pages de diverses publications belges telles qu’axelle, La Revue nouvelle ou encore Agir par la culture. En 2022, elle a publié une traduction de l’ouvrage de Sara Farris « In the name of women’s rights » parue sous le titre « Au nom des femmes. ’Fémonationalisme’, les instrumentalisations racistes du féminisme » dans la collection dirigée par Christine Delphy, Nouvelles Questions Féministes aux éditions Syllepse. En mai 2024 parait la traduction du livre d’Ariel Salleh « Ecofeminism as Politics » publié aux éditions Wildproject et le passager clandestin intitulé en français « Pour une politique écoféministe. Comment réussir la révolution écologique ». C’est à L’arbre de Diane qu’est sortie sa dernière traduction en date, le recueil de poésie « Refuge » de JJ Bola, sorti en septembre 2024.  Elle collabore également régulièrement avec de multiples associations d’éducation permanente auxquelles elle prête sa plume.
La Revue Nouvelle
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