Écrire à l’ombre ‑I
Expédier John Portée disparue depuis le voyage du regard des autres, Laure essore l’image de John pour la rendre plus substantielle : Ses larmes qui sont une pluie, dérivent le fleuve de son écriture. Elle sort de son lit dans cette vallée du bleu. Oui, Laure écrit sur John, se lève de lui, ou plutôt déborde sur lui. […]
Expédier John
Portée disparue depuis le voyage du regard des autres,
Laure essore l’image de John pour la rendre plus substantielle :
Ses larmes qui sont une pluie, dérivent le fleuve de son écriture.
Elle sort de son lit dans cette vallée du bleu.
Oui, Laure écrit sur John, se lève de lui, ou plutôt déborde sur lui.
Dans un engagement de dévotion assez manifeste pour que son expression ne soit
plus à son propos mais à sa destination.… il n’y a qu’en amour que l’implosion provoque l’expansion.
Être passée d’écrire sur à écrire à conférait son cœur à une
métaphysique de la navigation soutenue par cette frustration
pour la limite
La retenant vainement d’être excessive ;
C’est-à-dire, de ne pas seulement prendre le large,
Mais de l’emmener avec elle, de l’introduire en elle.
Ainsi, les mots qu’elle griffait sur le papier jauni étaient supposés lui
arriver, d’une façon ou d’une autre, mais lui revenaient incessamment.
Aussi absorbée qu’elle le fut,
Le visage de John ne lui faisait plus penser à l’évanescence de la vie,
Mais à tout ce qu’une carte postale peut avoir d’éternel :
Comme un paysage imprimé sur du papier cartonné, l’âme de John,
toujours très proche d’elle, la renvoie toujours au plus loin de lui, et son
visage.
Seulement, il lui revient quand elle l’expédie au loin d’elle… à la façon
d’un souvenir,
C’est-à-dire ici même, sur le dos de John,
Au revers de son devant,
À rebours de l’acte d’écriture
Où la poésie a le vent en poupe vers une destination sans lieu,
À des années lumières de ses yeux.
Jim
Je me suis entaillé l’index droit à la première page de L’iris sauvage en éprouvant une joie pénétrante à l’idée que Jim était un bel homme.
Orphelin de père, il se demande encore parfois où est partie sa mère qui s’en est allée avant qu’il ait le temps de l’appeler « maman ». Lorsqu’il la reverra il se rendra compte qu’à l’âge de six ans, peut-être même sept, il l’entendait dans ses rêves lui dire d’aller la trouver sous son lit, car c’est là que le paradis fait sa sieste. Qu’il faut l’attraper par son espérance avant qu’il s’en aille en vacances comme elle. Car c’était ce qu’elle avait dit. Qu’elle irait en vacances. C’était en plein été. Le plus sombre de toute son existence qui avait commencé…
Qui avait commencé lorsqu’il se rendit compte qu’il était orphelin de père en dénombrant les pétales des pâquerettes jouant à savoir si Dieu l’aimait un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout…
Jim était un de ces enfants dont la mélancolie-joie ressemble à ces journées d’hiver noires où le soleil ne se lève que dans nos têtes lorsqu’il n’est pas éteint. Il ne le savait pas encore mais le paradis ne sera à ses yeux, à ses mains et à son cœur jamais rien de plus qu’une lumière à jamais couchée sous le lit de sa mère partie en vacances, avant son père.
Je pense que Jim aurait préféré une vie plus terre à terre
Hors poésie
Avec les pieds dans la tombe, littéralement,
Moins tournée vers l’au-delà
Que vers les crachats du sol
Oui… Jim est bien plus qu’un bel homme, c’est l’incarnation manifeste d’une conception de la poésie qui m’a construit.
Demain je ne saignerai plus.
J’ai cherché mon père à Brooklyn, et je l’ai trouvé
Avant-hier, je me suis perdu.
J’étais trop près, j’étais trop loin.
J’ai pensé qu’il y avait des mots, qu’il y aurait des mots
Mais je pensais noir et blanc… et magenta aussi,
Je pensais aurore aux doigts de rose
Je pensais qu’il faudrait raconter
Qu’il faudrait dire
Qu’il faudrait de quoi articuler
Et continuer à chercher
Sans pleurer ni rire
Qu’avant-hier, sans m’arrêter, jamais, je me suis perdue
Mais que je t’ai trouvé.
Que je t’ai trouvé partout.
J’écris Je tape des poèmes pour un jour, ne plus jamais avoir à parler de moi
Toujours loin de sa propre personne, elle a souvent peur d’entacher l’autre de son mal-être… alors elle ne dit rien… mais encre tout. Il s’agit d’une distanciation sociale typographique invisible, en AZERTY, une façon virtuelle de se couvrir de tous et de tout. Ce n’est pas plus une manière de prendre le large, que de mettre les voiles sur sa propre voix qu’elle étouffe en en adoptant d’autres, pour enfin partir.
