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École et laïcité : très loin de l’enjeu du foulard

Numéro 9 Septembre 2010 par Zoé Genot

septembre 2010

Le réel défi pour l’é­cole publique est de dis­pen­ser un ensei­gne­ment de qua­li­té qui per­mette à tous d’être inté­grés, ce qui ne passe pas par l’ex­clu­sion des jeunes filles qui portent le fou­lard, d’au­tant que les rai­sons de le por­ter sont mul­tiples et témoignent d’ap­proches indi­vi­duelles variées. Cette inté­gra­tion néces­site éga­le­ment des lieux de socia­li­sa­tion, comme les mou­ve­ments de jeu­nesse, où les jeunes peuvent appro­fon­dir notam­ment leur culture d’o­ri­gine, et la créa­tion d’es­paces de dia­logue, qui pro­tègent les jeunes vic­times de mal­trai­tance ou de pressions.

Avant de com­men­cer, juste cadrer. Pas de parole d’experte ici. En tant que dépu­tée fédé­rale, il ne me revient pas de suivre direc­te­ment les com­pé­tences « ensei­gne­ment ». Par ailleurs, contrai­re­ment aux plumes affu­tées que vous pour­rez lire dans ce dos­sier, je suis plus une repré­sen­tante, réper­cu­tant les besoins du ter­rain en m’appuyant sur les réflexions des intel­lec­tuels, ce qui ne m’empêche pas d’être témoin, à la croi­sée de mul­tiples strates de notre socié­té fran­co­phone. Vu la sen­si­bi­li­té du dos­sier, il faut peut-être aus­si pré­ci­ser mon bagage fami­lial au regard de la laï­ci­té. Héri­tière d’une famille mater­nelle de « bouf­feurs de curé » — mes arrière-grands-parents, déjà, n’étaient pas bap­ti­sés — j’ai eu un cur­sus très laïque : école, scou­tisme, mutuelle, syn­di­cat… J’ai appris l’ouverture et l’intérêt des chré­tiens cri­tiques et sociaux sur le tard, et le ter­rain m’a per­mis de ren­con­trer des per­son­na­li­tés et des asso­cia­tions de convic­tions diverses qui accom­plissent un tra­vail remarquable.

Le défi pour l’école : moins de dualité, plus de qualité pour tous

Face à l’école, le défi numé­ro un pour tout laïque de gauche, c’est un ensei­gne­ment de qua­li­té acces­sible à tous. On est très loin du compte. Le fos­sé entre les écoles d’élites et les écoles qui cumulent les han­di­caps tra­verse les réseaux, mais trop rare­ment les ori­gines socio­pro­fes­sion­nelles. Et quand on constate que, dans cer­taines écoles, les résul­tats au test de fin de pri­maire (CEB) avoi­sinent les 30% de réus­site alors qu’à l’échelle de la Com­mu­nau­té fran­çaise, on est plu­tôt proche des 90%, la situa­tion est insup­por­table. Com­ment accep­ter que de jeunes enfants soient déjà si mal armés par le sys­tème sco­laire en pri­maire ? Notre res­pon­sa­bi­li­té est acca­blante. Non, tous les enfants ne sont pas les mêmes. Oui, cer­tains ont besoin d’un enca­dre­ment plus impor­tant, de méthodes revues, de véri­tables pro­jets de mixi­té, de sou­tien aux parents… Et dans les écoles qui accueillent des pri­mo-arri­vants, un sou­tien ren­for­cé mené à long terme est indis­pen­sable pour per­mettre au per­son­nel ensei­gnant de rem­plir sa mis­sion. La construc­tion de nou­velles écoles, la for­ma­tion de pro­fes­seurs sont de véri­tables urgences au regard de l’explosion démo­gra­phique annon­cée. Les laïques, comme les autres, doivent s’investir dans ce com­bat capi­tal pour la socié­té qui nous attend.

Séparation Église-État : à l’école aussi ?

En Bel­gique, nous vivons dans un modèle très éton­nant pour qui vient de France. Après y avoir vécu quelques années, ma famille a, par hasard, atter­ri à Dinant. Ma mère tra­vaillait dans un hôpi­tal public. Quel ne fut pas son éton­ne­ment quand, s’informant des écoles où elle pou­vait ins­crire ses enfants, elle ne s’entendit pro­po­ser que des col­lèges catho­liques. Ses col­lègues la met­taient en garde : « Tu ne vas pas mettre tes enfants à l’athénée, tout de même ! » Après six ans d’expérience, cet athé­née de petite ville s’est révé­lé excellent : mixte et de qua­li­té. Mais mal­heu­reu­se­ment, comme les chiffres sont là pour nous le rap­pe­ler, l’école publique qui devrait être l’école de qua­li­té pour tous est sou­vent consi­dé­rée comme une école de seconde zone. Le mythe de l’école de la Répu­blique pour tous, à la fran­çaise, s’éloigne. Mais cette école a‑t-elle seule­ment jamais exis­té en Bel­gique ? Il n’était pas rare dans les écoles com­mu­nales de com­men­cer les cours par une prière ! Dans nos écoles publiques (com­mu­nales, pro­vin­ciales, de la Com­mu­nau­té fran­çaise), nous sommes bien loin du modèle fran­çais, puisque les cours de reli­gion y côtoient les cours de morale laïque… En sep­tembre 2009, pour les deux der­nières années du pri­maire, 69% des élèves sui­vaient les cours de reli­gion catho­lique, 21% de morale, 8% de reli­gion isla­mique, 1,3% de reli­gion pro­tes­tante, 0,3% de reli­gion ortho­doxe et 0,2% de reli­gion juive. Ces écoles sont les héri­tières des com­pro­mis belges. Ce sont dans les faits des écoles plu­ra­listes, où se croisent des enfants éle­vés dans diverses convictions.

Mal­gré tout, l’école publique occupe une place par­ti­cu­lière pour la majo­ri­té des laïques. Nous la consi­dé­rons comme le lieu de l’émancipation, de la réflexion, de la ren­contre, bref comme le lieu pri­vi­lé­gié qui don­ne­ra à tous les enfants les outils qui leur per­met­tront de faire de réels choix tout au long de leur vie. L’école publique s’érode : 60% des élèves du secon­daire ordi­naire fré­quentent des écoles libres sub­ven­tion­nées, catho­liques dans leur très grande majo­ri­té, ils étaient seule­ment 52% en 1988 – 1989. Et j’avoue res­ter un peu sur ma faim quand, dans cer­tains ras­sem­ble­ments laïques, on se foca­lise sur le cours de morale laïque. Pour moi, l’enjeu prin­ci­pal est de repen­ser l’école publique pour qu’elle soit res­sen­tie et consi­dé­rée comme l’école de réfé­rence. Je ne peux me satis­faire du pro­pos péremp­toire : « Les écoles catho­liques peuvent être meilleures, car elles sélec­tionnent leurs élèves. » C’est vrai dans cer­tains cas, comme c’était vrai dans cer­taines écoles com­mu­nales d’élites, et même si l’école publique peut s’enorgueillir d’être ouverte à tous les enfants, cela ne la dis­pense pas d’une vraie réflexion pour s’améliorer. Bien sou­vent, la ques­tion d’une auto­no­mie accrue pour cer­tains de nos éta­blis­se­ments sco­laires revient. Des pro­fes­seurs moti­vés me disent devoir orga­ni­ser des acti­vi­tés, ren­contres en cachette, car la bureau­cra­tie et une cer­taine vision de la neu­tra­li­té sont para­ly­santes et décou­ra­geantes. Juste un exemple : la grosse majo­ri­té des visites du Par­le­ment fédé­ral pro­vient d’écoles catho­liques. Heu­reu­se­ment, d’autres écoles publiques sont là pour mon­trer qu’une équipe moti­vée ou une direc­tion dyna­mique ont une réelle capa­ci­té d’ouverture sur le monde. L’enjeu prin­ci­pal des laïques mili­tants devrait être de faire en sorte que l’école publique puisse s’améliorer sans cesse, afin d’attirer et gar­der les res­sources les plus impor­tantes : de bons professeurs.

Les cours de religions et de morale laïque

J’ai beau­coup appré­cié mes cours de morale. C’était un des rares moments où l’on pou­vait expé­ri­men­ter l’argumentation sur de grands sujets de socié­té. Mais ma culture géné­rale n’a pas pu comp­ter sur l’école pour me don­ner ce mini­mum de clés de com­pré­hen­sion des phé­no­mènes reli­gieux qui imprègnent encore mas­si­ve­ment notre socié­té. Et pour­tant, j’estime que l’école, et par­ti­cu­liè­re­ment ce cours de débat, devrait deve­nir un lieu de ren­contre, et donc que ces heures où les uns et les autres se retrouvent entre eux consti­tuent une occa­sion de confron­ta­tions autre­ment plus enri­chis­santes qu’elles ne le sont aujourd’hui. Je regrette qu’on ait si vite enter­ré la réflexion lan­cée par le Par­le­ment de la Com­mu­nau­té fran­çaise sous le gou­ver­ne­ment arc-en-ciel de mettre sur pied un cours de phi­lo­so­phie et d’histoire des reli­gions et des cou­rants convic­tion­nels. Dans une belle una­ni­mi­té, des pro­fes­seurs de morale laïque et de reli­gions ont fait pres­sion pour que la réflexion à ce sujet s’arrête. Pour­tant l’idée n’était pas de se pas­ser de leurs ser­vices, mais de faire évo­luer l’organisation des appren­tis­sages qu’ils dis­pensent. Ce qui aurait per­mis à tous les élèves d’avoir une base com­mune et un espace de dis­cus­sion afin de se connaitre et d’avoir des échanges.

Crucifix, Saint Nicolas et fêtes…

Com­ment sup­por­ter qu’au détour d’un sujet télé­vi­sé sur une école com­mu­nale, on aper­çoive un cru­ci­fix sur le mur d’un réfec­toire ? Oui, des sco­ries du pas­sé doivent encore impi­toya­ble­ment être éli­mi­nées de l’école publique, même com­mu­nale. Sans nous trans­for­mer pour autant en tali­bans cultu­rels (qui font explo­ser des sta­tues) et, comme dans cer­taines écoles fran­çaises, grat­ter les croix sur la mitre des saint Nico­las en cho­co­lat ! Saint Nico­las et Noël sont des fêtes païennes récu­pé­rées par les catho­liques. Des familles de toutes ori­gines se les sont réap­pro­priées, et ça peut encore se pro­duire avec de nou­velles fêtes et tra­di­tions qui seraient appor­tées par cer­tains élèves. Avec bon sens, cer­taines écoles placent les congés flot­tants au moment des jours de fêtes où une grande pro­por­tion de leurs élèves sera absente. Par­ta­ger les fêtes, des tra­di­tions culi­naires, est un bon outil pour se ren­con­trer. Par-delà la reli­gion, d’autres évè­ne­ments com­mé­mo­ra­tifs méritent un moment de célé­bra­tion. Comme le 1er mai sur lequel peu d’écoles s’attardent.

Laïcité philosophique et jeunesse

L’école n’est pas le seul lieu de l’éducation et de la trans­mis­sion. Et les libres-pen­seurs en étaient conscients. Ils ont donc créé à l’époque de nom­breux lieux où leurs enfants se croi­saient, s’amusaient et se ren­con­traient. Sou­cieux de voir leurs enfants épou­ser les enfants d’autres libres-pen­seurs et éle­ver de futurs gen­tils libres-pen­seurs ? En tout cas sou­cieux de créer d’autres lieux pour les jeunes que ceux qui gra­vi­taient autour des églises.

À l’heure actuelle, pour les enfants et ado­les­cents de nos quar­tiers popu­laires, il nous faut consta­ter que les acti­vi­tés et les lieux pour les pra­ti­quer sont très loin de répondre à la demande. Le dimanche, dans ma com­mune de Saint-Josse-ten-Noode (la plus pauvre de Bel­gique, la plus jeune, la plus mul­ti­cul­tu­relle, avec des loge­ments sou­vent exi­gus), les enfants font la file devant la mos­quée, seul lieu qui encadre les enfants ce jour-là. Ont-ils une alter­na­tive ? Pour­quoi nos ins­ti­tu­tions n’organisent-elles pas des acti­vi­tés pour ces jeunes à côté de celles des mos­quées et autres églises ? Les scouts plu­ra­listes ont bien sou­vent déser­té les quar­tiers popu­laires. Les mai­sons de jeunes, asso­cia­tions, écoles de devoirs, clubs de sport de qua­li­té ont des listes d’attente dans nos quar­tiers ! Le vrai chan­tier du plu­ra­lisme n’est-il pas là ? Pro­po­ser aus­si des acti­vi­tés délas­santes, ins­truc­tives, ouvrant leurs hori­zons aux jeunes des quar­tiers popu­laires ? Sou­te­nir les acteurs qui cherchent des locaux ouverts le dimanche et en soirée ?

Bien sou­vent, la seule occa­sion d’approfondir sa culture d’origine pour les jeunes d’origines diverses, c’est le lieu reli­gieux (mos­quée, église…). Mul­ti­plions les pos­si­bi­li­tés d’apprendre sa propre culture d’origine en sou­te­nant aus­si, comme en Flandre, les asso­cia­tions mono­cul­tu­relles : de nom­breux Grecs, Maro­cains, Turcs ont ain­si appris à lire et à écrire la langue de leurs parents, leur his­toire et leur culture sans les réduire à la reli­gion. De nom­breux péda­gogues pointent l’importance d’être bien construit dans sa langue mater­nelle, dans son his­toire pour pou­voir construire tous les savoirs à venir. Le manque d’estime de soi consti­tue un des prin­ci­paux han­di­caps pour de nom­breux jeunes. Sans la fier­té de ses ori­gines, il est impos­sible d’aborder avec digni­té son des­tin d’adulte dans une socié­té multiculturelle.

La fatigante histoire du foulard des élèves

L’occasion m’a été don­née dans mon tra­vail de par­le­men­taire de por­ter la pre­mière pro­po­si­tion de loi créant une filia­tion entre un enfant et un couple de per­sonnes de même sexe ; puis de débattre du mariage et de l’adoption pour les couples homo­sexuels. Des débats com­pli­qués, pas­sion­nés, par­fois enflam­més, mais sans com­mune mesure avec la vio­lence ren­con­trée lors des débats sur le fou­lard à l’école. Pour essayer de com­prendre ces injures et menaces, on ne peut en réduire l’explication au racisme pri­maire : mes inter­ven­tions sur les sans-papiers m’attirent tou­jours une prose nau­séa­bonde, mais dif­fé­rente et net­te­ment moins abon­dante. Ce débat est dif­fi­cile car il pose la ques­tion des balises à poser pour déci­der quelle socié­té nous vou­lons construire. Et pour ma part, l’investissement dans l’école, la jeu­nesse et la culture pour les enfants qui en ont le plus besoin, est l’élément qui déter­mi­ne­ra la qua­li­té de cette future socié­té. Le sujet devrait donc foca­li­ser nos éner­gies en priorité.

Reve­nons aux élèves qui sou­haitent por­ter le fou­lard, y com­pris à l’école. Et com­men­çons par le plus facile : les élèves adultes. Nos uni­ver­si­tés, heu­reu­se­ment, ont choi­si d’accueillir toutes les jeunes, sou­cieuses de leur per­mettre un accès au savoir, une socia­li­sa­tion et une construc­tion pro­fes­sion­nelle. Dans quelques cas comme les labo­ra­toires, le bon sens a fait opter pour des fou­lards igni­fuges ren­trés dans les cols. La situa­tion est dif­fé­rente dans les écoles supé­rieures, où cer­taines pré­fèrent encore refu­ser les élèves avec fou­lard. D’autres pré­voient que, pour cer­tains stages, celui-ci devra être reti­ré. Au nom de quoi peut-on refu­ser à une adulte l’accès à l’enseignement de son choix ? La neu­tra­li­té ? Elle s’applique à l’école, pas à l’élève. La mixi­té ? Ren­voyer ces femmes chez elles ne paraît pas très effi­cace. Le libre choix ? Mais en quoi déci­der à leur place va les sau­ver d’éventuelles pres­sions ? L’émancipation ? L’enseignement n’est-il pas le meilleur vec­teur de cette éman­ci­pa­tion d’abord intel­lec­tuelle, puis plus tard éco­no­mique via l’accès à l’emploi ? La pro­tec­tion contre des pres­sions conser­va­trices ? Pour per­mettre aux femmes d’assumer leurs choix, n’avons-nous pas inté­rêt à leur ouvrir des portes, mais aus­si à leur tendre la main en cas de besoin ? On peut regret­ter que pour toutes les femmes (de toutes les cultures!) en dif­fi­cul­té, les lieux de sou­tien et d’accueil manquent cruel­le­ment. Ce doit être une de nos prio­ri­tés : créer des espaces où l’on peut tra­vailler avec les per­sonnes qui ren­contrent des dif­fi­cul­tés fami­liales (femmes, jeunes, homo­sexuels…) et qui ont besoin par­fois d’une écoute, par­fois d’une inter­ven­tion exté­rieure, par­fois d’une rup­ture et d’un accueil pour un nou­veau départ, sans juge­ment et sans solu­tion toute faite.

Venons-en au débat plus déli­cat concer­nant les enfants et adolescentes.

En ce qui concerne les mater­nelles et les pri­maires, limi­tons-nous à consta­ter que cer­taines écoles confes­sion­nelles juives obligent à por­ter la kip­pa. Que d’autres parents mettent en avant le droit, bien connu en Bel­gique, du père de famille de choi­sir l’école pour son enfant et sa façon de s’habiller. Mais que les reven­di­ca­tions de cet ordre sont heu­reu­se­ment très rares et ne sus­citent pas vrai­ment le débat.

Pour ma part, ce sont les reven­di­ca­tions des ado­les­centes en construc­tion de leur iden­ti­té qui m’ont ques­tion­née. Pour­quoi des jeunes filles ayant gran­di ici sou­haitent-elles por­ter le fou­lard ? Mani­fes­te­ment pour de mul­tiples rai­sons : une cer­taine vision de sa spi­ri­tua­li­té, une volon­té d’accomplissement reli­gieux, une affir­ma­tion de soi (par rap­port aux parents par­fois, à l’école, à la socié­té), un effet de mode, un pas­sage ado­les­cent, une stra­té­gie pour plus d’autonomie… Pour­quoi d’autres sou­haitent-ils les en empê­cher ? Par inquié­tude devant cette remon­tée du reli­gieux, par malaise vis-à-vis de ce signe vécu comme asser­vis­se­ment de la femme, par sou­ci de per­mettre aux ado­les­centes de gran­dir sans signe…

En tant que fémi­niste, je ne peux pas parier sur l’exclusion des jeunes filles. Quand je vois cer­taines choi­sir leurs options en fonc­tion de celles qui acceptent le fou­lard puis m’expliquer que, comme d’autres amies, elles feront après en pro­mo­tion sociale les options qu’elles sou­haitent : quel gas­pillage ! Oui cer­taines subissent des pres­sions, mais des femmes regrettent encore aujourd’hui d’avoir dû avor­ter, ado­les­centes, sous pres­sion de leurs parents. Faut-il pour autant inter­dire l’avortement aux mineures ? Non, il faut réflé­chir à com­ment pro­té­ger par un véri­table dia­logue. Et chaque école devrait avoir une per­sonne de confiance à laquelle une ado­les­cente en dif­fi­cul­té (mal­trai­tance fami­liale ou du petit copain, contra­cep­tion…) peut s’adresser. L’égalité des filles se fera à tra­vers un accès à tous les appren­tis­sages. Et en effet, il n’est pas ques­tion de céder sur les cours de gym­nas­tique, les excur­sions, les cours de sciences…, mais les expé­riences de ter­rain montrent qu’en dis­cu­tant avec les parents, tout est pos­sible : une asso­cia­tion saint-gil­loise part chaque année à l’étranger avec un groupe mixte d’adolescents dont des jeunes filles voi­lées. Une pro­fes­seure de sciences dans l’enseignement pro­fes­sion­nel com­mence son his­toire des sciences par les pré­cur­seurs des sciences arabes et ne ren­contre aucun pro­blème quand elle aborde Dar­win. Construi­sons des réseaux d’échanges de bonnes pra­tiques, outillons les pro­fes­seurs, finan­çons des média­teurs inter­cul­tu­rels pour dénouer cer­taines incom­pré­hen­sions, cer­tains conflits.

En tant que laïque, j’ai vu avec un peu d’inquiétude cette place crois­sante occu­pée par la reli­gion dans la vie d’une par­tie de nos conci­toyens, sur­tout quand celle-ci est vécue comme un prêt-à-pen­ser (que dois-je pen­ser de l’homosexualité?…). Mais les dis­cus­sions m’ont sur­tout mon­tré la mul­ti­tude d’approches indi­vi­duelles. Et l’importance pour les musul­mans pro­gres­sistes, par exemple, de ne pas devoir tou­jours lut­ter contre l’image exté­rieure qui leur est pla­quée, pour pou­voir dis­cu­ter et aus­si cri­ti­quer — de leur propre volon­té et non pour don­ner à l’extérieur on ne sait quel « gage d’intégration » — cer­taines habi­tudes cultu­relles, cer­tains rites dépas­sés ou cer­taines lec­tures de textes littéralistes.

Zoé Genot


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