Drogues : impasses et contresens
Des coups de feu liés au deal de rue retentissent à Anderlecht, une « crise du crack » empoisonne les rues de Saint-Gilles, des salles de consommation à moindre risque ouvrent (puis ferment) leurs portes à Liège et à Bruxelles pour sortir les toxicomanes de la rue. Ces évènements récents et la caisse de résonance que leur offrent les médias et […]
Des coups de feu liés au deal de rue retentissent à Anderlecht, une « crise du crack » empoisonne les rues de Saint-Gilles, des salles de consommation à moindre risque ouvrent (puis ferment) leurs portes à Liège et à Bruxelles pour sortir les toxicomanes de la rue. Ces évènements récents et la caisse de résonance que leur offrent les médias et le champ politique continuent de façonner deux représentations liées à l’usage de drogues. D’une part, ils nous font croire que la consommation de psychotropes est une maladie – somatique, psychique, sociale – qui a contaminé l’être humain moderne et que celle-ci est exogène à la nature humaine. D’autre part, le trafic de drogues et l’insécurité qu’il crée seraient intrinsèquement liés à l’usage de drogues. Ces deux représentations constituent deux redoutables assises de discours qui justifient la construction de l’usager de drogues comme un corps étranger qu’il faut combattre et/ou traiter en justifiant des aspirations belliqueuses à son égard par des nécessités sanitaires et sécuritaires. Le drogué, comme le fou ou le vagabond, est une figure que « les sociétés modernes emploient pour désigner l’envers de leur idéal de la personne » (Ehrenberg, 1998, p. 33).
Afin de déconstruire ces discours, il convient d’en décrire la construction sociohistorique. L’usage de drogues n’a rien d’une pratique moderne, elle serait même une « habitude universelle dans le temps et dans l’espace » (Hulsman et Van Ransbeek, 1983, p. 271). Pendant la plus grande partie de l’histoire de l’humanité, celle-ci a, en effet, altéré ses états de conscience en cueillant et/ou en cultivant les plantes de son environnement naturel afin d’en faire usage dans le cadre de rites religieux, de pratiques thérapeutiques ou festives (Morel, 2019). Le cannabis aurait ainsi déjà été consommé il y a 10.000 ans en Chine et la culture de la coca remonterait à 2.000 ans avant notre ère en Amérique latine. Si les contrôles formels (médicaux et pénaux) tels qu’on les connait aujourd’hui n’existent pas à proprement parler à ces époques, ces usages ne sont pas dérégulés pour autant puisqu’ils s’insèrent dans des contextes sociaux cadrés par la tradition et la coutume.
Sauf exception (opium en Chine, par exemple), il faut attendre le XIXe siècle pour que les usages de drogues prennent des formes jugées problématiques. À cette époque, avec l’avènement de la chimie organique, les sociétés modernes commencent à isoler les principes actifs de certaines plantes. Par exemple, la cocaïne a été isolée des feuilles de coca pour la première fois en 1860. Elle est d’abord utilisée dans le cadre médical, notamment en dentisterie, et a, par après, été incorporée à des vins ou encore à des cigarettes et est consommée sous une forme récréative. Cette domestication des drogues marque une rupture qui s’accompagne d’usages qui ne s’inscrivent plus dans des rituels collectifs, mais relèvent de plus en plus d’expériences individuelles (Ehrenberg, 1991, p. 13). Ces consommations commencent alors à poser un « problème social » qui réveille des contrôles formels participant à la construction de ce « problème » en réduisant la diversification sociale des usages de drogues sous le poids écrasant et réducteur de la « toxicomanie ».
Pourtant, il est possible d’affirmer que l’usager de drogues n’existe pas en soi, pas plus que le consommateur d’alcool ou de tabac. En effet, « la drogue n’est pas seulement un produit (que l’on fume, boit, inhale, s’injecte ou mange), c’est aussi une relation à soi et à autrui, c’est un mode d’être ou une série de modes d’êtres » (Ehrenberg, 1992, p. 11). Tout au plus, l’usager de drogues est une figure molle que chaque paradigme façonne sous un regard particulier. La construction médicale du toxicomane-malade cherche à le guérir, la construction pénale du toxicomane-délinquant à le punir – ou à le guérir sous peine de punition (Roelandt, 1996 ; Kaminski et Mary, 1999).
Ces constructions – médicale et pénale – naissent aux XIXe et XXe siècles. À partir du XIXe siècle, le rapport entre les individus et la drogue va être appréhendé sous l’angle thérapeutique. Le terme « toxicomanie » émerge et ouvre la voie à une lecture « pharmaco-centrée », faisant reposer le rapport drogue-usager sur les seules propriétés pharmacologiques du produit consommé (Decorte, 2010). Cette lecture passe sous silence le fait que la relation entre l’individu et la drogue doit être appréhendée en prenant en considération les effets de la drogue, mais également, comme l’a démontré Zinberg (1984), les caractéristiques personnelles de l’usager, sa personnalité et ses attentes et attitudes par rapport au produit, ainsi que le contexte, c’est-à-dire l’environnement social et culturel dans lequel a lieu l’usage.
À cette lecture médicale viendra progressivement s’ajouter un paradigme qui influencera grandement les contextes dans lesquels sont consommées certaines drogues : le paradigme pénal. La lecture pénale associera certaines drogues à la marginalité et à la délinquance, les propriétés de la substance consommée étant censées mener l’usager à vivre hors-société. Produit de constructions politiques, légales et médiatiques reposant sur son association à la marginalité sociale (Faugeron et Kokoreff, 2002), au crime et à l’aliénation (Toro, 1998), le « toxico-délinquant » est alors inexorablement porteur d’une pathologie individuelle et sociale.
Cette construction est initiée par la conférence de Shanghai, en 1909, qui donne naissance au mouvement prohibitionniste, à une époque où les réalités sociales n’appellent pas forcément une intervention dans ce champ. C’est alors l’offre plus que la demande qui est visée pour des motifs socio-économiques et géopolitiques (Beauchesne, 1991). Les textes nationaux (la loi de 19211 en Belgique, par exemple) ont alors pour principale préoccupation la règlementation du commerce (Devresse et Duprez, 2008) et non la consommation.
L’usage de drogues étant une infraction pénale sans victime (Devresse, 2003), sa criminalisation a, elle, nécessité une construction politique, légale et médiatique qui fait de l’usager un outsider porteur de maux contraires aux valeurs de la société. En Belgique, la loi de 19752 venant modifier celle de 1921 a été votée dans un contexte de contestation sociale. Celle-ci constitue « un tournant dans la répression » (Guillain, 2022, p. 3) et est motivée par une image de l’usager renvoyant au jeune marginal qui s’évade de la réalité par le biais de la drogue ou encore au malade incapable de penser, et dont l’addiction conduirait inéluctablement au crime et à l’aliénation (Toro, 1998).
Dans les années 1980, les effets dévastateurs du VIH chez les usagers de drogues par intraveineuse sont venus complexifier cette construction légale, et à l’image du toxicomane-délinquant est venue se greffer celle de l’usager qu’il faut protéger des risques sanitaires liés aux drogues. Des programmes de réduction des risques ont alors vu le jour. Ces initiatives ont encore aujourd’hui pour but de limiter les dangers liés à la prise de drogues (transmission de maladies, overdoses, etc.) en partant du principe que l’usager est un être capable « de faire des choix rationnels face à certaines dimensions de son usage » (Jauffret-Roustide et Granier, 2017, p. 43). Ces programmes sont souvent nés de l’initiative des usagers eux-mêmes et au sein d’organismes non étatiques qui ont dû combler les « lacunes de politiques sociales étatiques peu adaptées à certaines situations de marginalisation, a fortiori lorsque, comme c’est le cas de l’usage de drogues, celles-ci sont criminalisées et donc, censées être prises en charge par le pénal » (Kaminski et Mary, 1999, p. 206).
Ces initiatives auraient pu faire croire à une sortie lente mais certaine du paradigme pénal, il n’en fut rien. En Belgique, dans les années 1990, la lutte contre l’usage de drogues devient une priorité par l’assimilation de l’usage à la criminalité (Kaminski, Mary, 1999). Et si, en 2003, une évolution législative3 met en place une tolérance pour le consommateur de cannabis, le législateur ne vise que l’« adulte qui consomme de faibles quantités de cannabis (…) dans un but récréatif » 4. Lors des débats à la Chambre, l’usage récréatif d’autres drogues que le cannabis n’est pas évoqué et, même si la loi ne vise toujours pas explicitement l’usage individuel, elle permet toujours de l’incriminer par le biais de la détention (Guillain, 2003 ; Kaminski, 1990). L’usage d’autres drogues que le cannabis semble du reste toujours créer un malaise empêchant toute évolution notable. Et si la première salle de consommation à moindre risque a ouvert ses portes en Belgique en 2018, il a fallu attendre 20235, et une modification de la loi de 1921, pour que le personnel de ces espaces ne puisse plus formellement faire l’objet de poursuites pénales.
En Belgique, le constat est sans appel : « Nonobstant les nombreux débats entourant la dépénalisation et la décriminalisation des drogues, la lutte contre les drogues constitue encore aujourd’hui une priorité de politique criminelle, faisant des drogues un contentieux alimentant régulièrement les cours et tribunaux » (Guillain, 2022, p. 3). Une lecture pénale des drogues domine fortement l’activité étatique et les consommateurs vivent toujours dans un contexte social dont fait partie le risque pénal. Ce risque peut être appréhendé à travers la différenciation entre « effets primaires » et « effets secondaires » des drogues, initialement proposée par Hulsman et Van Ransbeek (1983) et mobilisée depuis par d’autres auteurs (De Jong, 1983 ; Beauchesne, 1989 ; Baratta, 1990). Cette différenciation permet de souligner que certains effets dommageables attribués aux propriétés pharmacologiques des drogues sont, en fait, surtout liés à leur criminalisation. Ces auteurs insistent ainsi sur l’importance de différencier les effets « liés aux propriétés naturelles des substances psychotropes, indépendamment de la criminalisation de leur usage » (Baratta, 1990, p. 164) (effets primaires) et les effets spécifiques à l’usage de drogues criminalisées (effets secondaires). Cette deuxième catégorie renvoie donc aux couts de la criminalisation (couts sanitaires, sociaux, pénaux). Parmi ces effets secondaires, il y a ceux liés au fait qu’en incriminant l’usage de certaines drogues, les États en ont perdu le contrôle de la production et de la vente. À cet égard, la criminalisation des drogues a non seulement fait naitre le marché noir (et sa violence), mais ne parvient que difficilement à en faire diminuer l’usage. Et si l’« ubérisation du deal » permet aux classes plus aisées de commander le produit à partir de leur smartphone et d’attendre que celui-ci leur soit livré dans le confort de leur appartement, les consommateurs les plus précaires sont confrontés aux risques de la rue. Parmi ces risques, il faut noter celui d’être instrumentalisé par la police afin d’arrêter des dealers (Barré, 1994, Devresse, 1999). Il a d’ailleurs été observé que les policiers établissent « un véritable catalogue de profils d’usagers en fonction de leur propension ou résistance à avouer et à dénoncer leurs vendeurs et complices ». À cet égard, c’est bien le « consommateur d’héroïne ultradépendant » qui est le plus instrumentalisé, car « plus bavard par faiblesse » (Devresse, 2003, p. 146). La guerre contre le trafic, récemment réaffirmée dans l’accord de notre nouveau gouvernement, touche alors surtout les populations les plus fragiles qui sont déjà confrontées avec le plus de virulence à « des produits frelatés, dont la dose active est inconnue, […], des consommations clandestines, des injections faites à la hâte, sans hygiène possible » (Kokoreff, Coppel et Peraldi, 2018, p. 560).
La prohibition des drogues soulève donc des enjeux sociaux, pénaux et sanitaires qu’il convient, encore aujourd’hui, de soulever et d’analyser de manière critique dans le contexte belge mais également international. C’est l’objet de ce numéro.
Dans un premier temps, Marie Jauffret Roustide et Laurie Wdowiak analysent les contradictions inhérentes à une politique qui combine une réduction des risques avec une approche répressive. En étudiant l’exemple de la France, les auteures examinent comment un régime prohibitif crée un « plafond de verre » pour la diffusion des politiques de réduction des risques.
Dans un deuxième temps, Sophie André met en évidence les limites des stratégies policières face à la consommation de drogues dans l’espace public. Elle démontre comment l’action répressive ne répond ni aux besoins des personnes concernées ni à ceux des communautés locales. Elle souligne également l’impact de la poursuite de ces objectifs « perdus d’avance » sur le travail policier.
Dans un troisième temps, Karine Bertrand, Jorge Flores-Aranda et David-Martin Milot, examinent le rôle des discours populistes dans les politiques sur les drogues, en s’intéressant au cas du Canada. Ils illustrent comment les réponses populistes, souvent basées sur la peur et la stigmatisation, peuvent saboter des efforts de réforme progressiste et perpétuer des approches inefficaces et punitives.
Enfin Nicolas Van der Linden clôturera ce dossier par une synthèse des risques associés à l’approche punitive et des impasses qu’elle génère, tout en évoquant les pistes possibles pour une gestion des drogues plus équitable, inclusive et efficace. Cette réflexion appelle à un changement de paradigme axé sur la santé publique, l’inclusion et la réduction des risques.
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