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Djihad sans frontières : sommes-nous dans la guerre ?

Numéro 10 Octobre 2001 par Albert Bastenier

février 2009

Essayer de com­prendre la nature de l’évènement en face duquel nous place le « ter­ro­risme glo­bal » d’Oussama Ben Laden, c’est d’abord s’abstenir de l’interpréter a prio­ri dans des mots connus, comme « la guerre », mais dont la puis­sance nous abuse à pro­pos de ce qu’il est et des moyens qu’il y a d’en sor­tir. C’est aus­si ne pas céder à une concep­tion réduc­trice de l’action humaine qui ne par­vient pas à tenir compte de sa dimen­sion cultu­ro-sym­bo­lique dans ce qu’elle peut avoir de tra­gique. C’est enfin se mettre devant les yeux ce que peut avoir été le che­min dif­fi­cile d’accession à sa moder­ni­té pour le monde musul­man. Car le « dji­had sans fron­tières » qu’ont inau­gu­ré cer­tains de ses membres dans leur délire mor­ti­fère à l’égard de l’Amérique inter­roge l’islam lui-même en même temps qu’il inter­roge l’ensemble du monde occi­den­tal dans la manière qu’il a de se posi­tion­ner à l’égard des contra­dic­tions et des méfaits de la mondialisation. 

Près de six-mille morts en une heure et, sous nos yeux, deux tours sym­bo­liques anéan­ties. L’évènement est énorme. Un rêve éveillé, une vio­lence d’origine oni­rique mais déli­bé­ré­ment cal­cu­lée, presque conçue pour rien d’autre que don­ner en spec­tacle New York humi­liée ! Une bru­ta­li­té qui, sur­tout, par l’étrange res­sem­blance qui l’unit à cette autre déjà pré­sente dans les phan­tasmes des­truc­teurs des video­games amé­ri­cains, sug­gère la secrète proxi­mi­té cultu­relle qui les ras­semble plu­tôt que la dis­tance civi­li­sa­tion­nelle qui les sépa­re­rait. La can­deur ou l’orgueil des modernes avait lon­gue­ment entre­te­nu l’idée selon laquelle, dans son fana­tisme, la déter­mi­na­tion meur­trière ne pou­vait faire par­tie que de l’atavisme des peuples arrié­rés. Il n’en est rien. Car « la leur » semble ne faire rien d’autre en défi­ni­tive que prendre l’habillage de ce qu’est « la nôtre » dans nos jeux et, plus fon­da­men­ta­le­ment, dans ce qu’elle fut déjà lors des furies tech­no­lo­gi­sées du siècle écou­lé. Elle ne fait somme toute que rat­tra­per son retard his­to­rique en se mon­dia­li­sant, comme le reste ! Mais lorsqu’elle advient sou­dain en live, sur le petit écran avec lequel et par lequel nous vivons tous désor­mais comme à l’épicentre de notre culture, cette déter­mi­na­tion meur­trière trouble inti­me­ment par l’ampleur de la dou­leur aveugle et vou­lue qu’elle inflige. Car ce sont des hommes, par­ta­geant notre com­mune huma­ni­té, qui ont ima­gi­né et fait cela ! 

Il faut mal­gré tout essayer de com­prendre. Quelle est la nature des choses en face des­quelles nous nous trou­vons lorsque nous par­lons de « ter­ro­risme glo­bal » ? Où réside la logique du défi lan­cé par les ter­ro­ristes d’un nou­veau type aux­quels nous avons affaire ? Y en a‑t-il une d’ailleurs ? Et si oui, laquelle ? 

LA PUISSANCE DES MOTS DE LA GUERRE 

On peut évi­dem­ment pen­ser, sans grand risque de ne pas iden­ti­fier au moins l’un des des­seins vic­ti­maires des pro­ta­go­nistes de cette forme de vio­lence, qu’il s’agit pour eux d’une lutte sans com­pro­mis pos­sible, d’une mon­tée à l’extrême de l’islamisme poli­tique, auteur le plus vrai­sem­blable des faits demeu­rant jusqu’ici sans signa­ture, qui ambi­tionne d’en découdre face au « sys­tème monde » occi­den­tal en voie d’établissement avec les États-Unis en son centre. « Nous ne sommes encore qu’au début de notre action mili­taire contre les forces amé­ri­caines », avait dit Ous­sa­ma Ben Laden en 1997 à Robert Fisk. « Nous deman­dons à Dieu de se ser­vir de nous (pour faire de l’Amérique) l’ombre d’elle-même1 », Et il est vrai, comme le dit Fisk, que durant quelques heures l’hyperpuissance amé­ri­caine est deve­nue une ombre. 

Avec son ter­ri­toire inté­rieur tou­ché pour la pre­mière fois et l’analogie des pertes de Pearl Har­bor, c’est dans les termes de la guerre que furent construites les pre­mières inter­ven­tions signi­fi­ca­tives et quelque peu atten­dues du pré­sident Bush. Ou, variante plus tar­dive, dans les termes d’un ban­di­tisme inter­na­tio­na­li­sé et inédit que lui sug­gé­ra sans doute sa culture texane : les out­laws seront cap­tu­rés « morts ou vifs ». Mais d’autres furent là pour lui don­ner très vite l’assurance que « nous sommes tous des Amé­ri­cains », l’assurance d’un cli­vage géo­po­li­tique donc. Même si elle fut ulté­rieu­re­ment retou­chée, c’est l’image de la guerre et l’idée d’un front avant tout mili­taire qui finirent ain­si par l’emporter. Ne demeu­rant oppor­tunes que les ques­tions rela­tives aux moyens appro­priés de la riposte. 

Selon nous, cette manière appa­rem­ment mus­clée et clas­sique aux États de com­prendre la situa­tion est en réa­li­té pro­téi­forme et donc intel­lec­tuel­le­ment molle. Elle exige d’être dis­cu­tée pré­ci­sé­ment parce qu’elle four­nit un cadre de réfé­rence suf­fi­sam­ment vague pour abri­ter sans dis­cer­ne­ment toutes et les plus contra­dic­toires des inter­pré­ta­tions guer­rières qui peuvent se décli­ner au sujet de l’état du monde. L’évolution du ter­ro­risme contem­po­rain n’est pour­tant que le symp­tôme de cet état. Mais quels mots choi­sis­sons-nous pour inter­pré­ter les évè­ne­ments de la pla­nète glo­ba­li­sée ? Le risque est grand de lais­ser à leur seule puis­sance le soin de gui­der l’action qui doit être enga­gée et qui ne sau­rait nous lais­ser indif­fé­rents puisqu’elle nous affecte désor­mais tous. 

Nous pen­sons que le lexique de la guerre n’a été que trop hâti­ve­ment adop­té aus­si par nombre de poli­to­logues eux-mêmes. Ils ont de cette manière accep­té d’évaluer la teneur de la situa­tion actuelle à par­tir des seuls para­mètres que four­nit la clas­sique théo­rie géos­tra­té­gique des nations, d’en rame­ner les termes aux caté­go­ries connues de cette seule pen­sée poli­tique là. Pour les uns, il s’est agi alors d’une agres­sion « impar­don­nable », d’une ampleur telle qu’elle équi­vaut à un crime contre l’humanité sinon à une décla­ra­tion de guerre en bonne et due forme envers les États-Unis. Tan­dis que pour d’autres, leur com­plai­sance a été jusqu’à trou­ver com­pré­hen­sible sinon excu­sable ce « fatal retour du balan­cier » puisque, depuis trop long­temps, nombre de peuples sont mis à genoux par les Amé­ri­cains et font l’expérience, de l’une ou l’autre façon san­glante, des inter­ven­tions déci­dées soit par Washing­ton, soit par les firmes d’obédience amé­ri­caine qui sié­geaient jusqu’à il y a peu au World Trade Cen­ter. Il n’y a alors plus de grande dis­tance à fran­chir pour consi­dé­rer que ce retour des choses n’est que jus­tice. Dans le même cadre de pen­sée, George W. Bush s’est d’ailleurs trou­vé de son côté auto­ri­sé à dire que jus­tice devait être faite et « Dieu est avec l’Amérique », Ce qui situe pra­ti­que­ment son action au niveau d’une guerre sainte auquel, pas plus que celle de ses adver­saires pré­su­més, nous ne sau­rions admettre qu’on la situe. Si guerre il doit y avoir, il faut la don­ner pour ce qu’elle est : celle des hommes et des puissances. 

Mais sommes-nous dans la guerre ? Évi­dem­ment, l’argument du dji­had, régu­liè­re­ment invo­qué depuis long­temps par le dis­cours des isla­mistes eux-mêmes, pous­se­rait lui aus­si à l’admettre. À bien y regar­der cepen­dant, les choses s’imposent moins clairement. 

Car d’un côté, du fait que cer­tains ter­ro­rismes d’hier contri­buèrent à éta­blir la légi­ti­mi­té poli­tique d’États actuels, il est vrai que ces ter­ro­rismes pour­raient n’être que le nom de la guerre avant l’existence de l’État. La guerre est-elle plus légi­time que le ter­ro­risme ? C’est le droit for­gé par les États qui l’affirme. Et si l’on ne par­vient pas aisé­ment à défi­nir la fron­tière entre les deux, c’est qu’il y a cer­taines causes humaines sans État qui, sans qu’il faille pour autant leur accor­der un droit à l’indifférence quant aux moyens mis en œuvre, peuvent néan­moins être conduites à l’utilisation d’une vio­lence qua­li­fiée de ter­ro­risme. C’est que ce que l’on appelle glo­ba­le­ment « le ter­ro­risme » est une méthode de lutte qui peut avoir des sources et des mani­fes­ta­tions diverses, pou­vant recou­rir à des idéo­lo­gies de toute espèce, y com­pris celle de s’assimiler lui-même à une guerre. Mais s’il y a mani­fes­te­ment des ter­ro­rismes, on doit admettre, sans cher­cher à en légi­ti­mer aucun, que pour com­prendre en face de quoi on se trouve actuel­le­ment et se don­ner les moyens de sor­tir de sa logique de vio­lence, il n’est pas suf­fi­sant d’affirmer sim­ple­ment, comme le fait le pré­sident Bush, que le réseau Ben Laden « est à la ter­reur ce que la Mafia est au crime ». Répé­tons-le : le ter­ro­risme contem­po­rain, en même temps qu’il faut cher­cher à l’éradiquer, demeure un symp­tôme de l’état du monde. Et par ses dis­cours mani­chéens qui pré­tendent si bien loca­li­ser le bien et le mal, la rhé­to­rique poli­tique ne fait que pro­lon­ger l’insolence des États qui n’entendent évi­dem­ment recon­naitre aucune res­pon­sa­bi­li­té dans le déploie­ment des éner­gies meur­trières du présent. 

Mais, d’un autre côté, avec le ter­ro­risme en face duquel nous nous trou­vons, en rai­son de son carac­tère ano­nyme en même temps que déli­bé­ré­ment sui­ci­daire, n’aurions-nous pas affaire à quelque chose de sen­si­ble­ment dif­fé­rent de ce dont nous avons par­lé jusqu’ici, ne serions-nous pas en pré­sence d’un « dépla­ce­ment du théâtre des opé­ra­tions », sur une autre scène donc, où se téles­copent énig­ma­ti­que­ment les moyens et les fins, au point que ces der­nières s’épuisent dans les premiers ? 

LE DÉPLACEMENT SUR UNE AUTRE SCÈNE 

À l’encontre de ce qu’entrevoient les poli­to­logues qui s’interrogent sur les ambi­tions stra­té­giques des nou­veaux mani­pu­la­teurs de la ter­reur, et à l’encontre aus­si des pro­pos sim­pli­fi­ca­teurs à outrance de ceux qui acceptent de n’y voir que la der­nière arme dis­po­nible et déses­pé­rée des déshé­ri­tés du Sud, ne serions-nous pas aus­si, et peut-être sur­tout, en face d’une action sacri­fi­cielle, dont la logique s’expliquerait bien moins dans le cadre d’une lutte de libé­ra­tion quel­conque qu’à par­tir de convic­tions poli­tiques et reli­gieuses entre­mê­lées qui, d’une manière hal­lu­ci­née, bas­culent dans une volon­té pure­ment des­truc­trice ? Que l’on nous com­prenne bien : il est pour nous tota­le­ment exclu d’admettre, comme l’ont fait cer­tains, que l’on puisse dis­cer­ner dans un tel mas­sacre la par­faite cohé­rence d’une action ration­nelle en valeurs qui vien­drait s’inscrire«dans la droite ligne de l’orthodoxie musul­mane ». Par leur légè­re­té, de tels pro­pos ne font qu’ajouter à la confu­sion. Ils témoignent d’ailleurs d’une igno­rance théo­lo­gique presque égale à l’imposture intel­lec­tuelle des tali­bans qui font pas­ser le radi­ca­lisme meur­trier de leur régime pour ce que la tra­di­tion musul­mane dit du dji­had2. Cela étant clair, c’est tou­te­fois bien à une sorte de litur­gie de la mort, tel l’accomplissement d’une volon­té divine san­gui­naire que nous avons assis­té. Refluant d’un autre âge, la figure dévo­ra­trice des divi­ni­tés archaïques, dont l’humanité mit tant de temps à se défaire, aurait ain­si réap­pa­ru au tra­vers d’une forme idéo­lo­gi­que­ment four­voyée et glo­ba­li­sée de l’islam poli­tique. Sur cette autre scène-là, celle du sym­bo­lique mais où l’ébriété intel­lec­tuelle s’est empa­rée de ses acteurs, l’absence de signa­ture pour un acte ter­ro­riste sans mes­sage poli­tique avoué trou­ve­rait somme toute une forme d’explication. Ne cher­chant à s’approprier per­son­nel­le­ment aucun exer­cice du pou­voir, sans autre des­sein que la mani­fes­ta­tion d’une oppo­si­tion d’inspiration divine aux infi­dèles, la vio­lence immo­la­trice des vision­naires ras­sem­blés au sein du réseau Al-Qai­da serait en ce sens véri­ta­ble­ment « gra­tuite » : sans patri­moine à nomi­na­le­ment engran­ger et sans héri­tage à faire valoir plus tard comme droit pour le réseau lui-même sur l’échiquier du monde. Rien d’autre ne serait pour­sui­vi que l’affirmation péremp­toire d’un refus reli­gieu­se­ment ins­pi­ré. En dehors de toute pers­pec­tive de Real­po­li­tik, nous serions ain­si aux prises avec une détes­ta­tion fana­tique, en même temps mys­tique et mor­ti­fère, de l’Amérique. « Pour­quoi nous détestent-ils ? », deman­dait d’ailleurs le pré­sident Bush dans son dis­cours au Congrès du 20 sep­tembre der­nier. Parce que, en miroir de l’antique sacré qui fas­ci­nait et fai­sait trem­bler à la fois, l’immense « pros­pé­ri­té sans spi­ri­tua­li­té » de l’Amérique sub­jugue en même temps qu’elle répugne. En rai­son de la puis­sance cruelle que, pour sa plus grande gloire, elle déploie avec une froi­deur de glace, elle « insulte le reste de la pla­nète », avait écrit pré­mo­ni­toi­re­ment Sal­man Rush­die dans Furie, son der­nier roman qui est aus­si un essai politique. 

Abor­der les faits de cette manière, c’est évi­dem­ment admettre que dans la dyna­mique du monde contem­po­rain, il y a, plei­ne­ment à l’œuvre, une autre logique que celle qu’énonce la théo­rie cal­cu­la­trice de l’action ration­nelle, dont le para­digme déter­mi­nant est « à qui pro­fite le crime ? » et auquel se sont ren­dus sans plus nombre d’analystes poli­tiques. Or, lorsque l’on cherche à com­prendre la dyna­mique du monde, est-il pos­sible de rabattre sa com­plexi­té sur la scène d’un uti­li­ta­risme qui, à lui seul nous dit-on, régi­rait tout ce qui se passe dans les domaines poli­tique et éco­no­mique ? Ne faut-il pas admettre qu’une logique culture-sym­bo­lique, dif­fé­rente et par­fois plus déci­sive que les autres avec les­quelles elle s’enchevêtre, inter­vient éga­le­ment, tant au niveau macro social que micro social ? La vie humaine, indi­vi­duelle et col­lec­tive, est action, et elle n’est pas qu’économique ou poli­tique, mais aus­si culture-sym­bo­lique dans son action. Et cer­taines actions poli­ti­co-reli­gieuses qui s’épuisent dans leur sym­bole, fussent-elles four­voyées, appar­tiennent aus­si et avant tout à cette logique-là. 

C’est à par­tir d’une telle concep­tion moins réduc­trice de l’agir humain qu’apparait la consis­tance de l’autre scène dont nous vou­lons par­ler, dis­tincte de celle de la stricte géos­tra­té­gie à laquelle trop de poli­to­logues admettent que l’on peut tout rame­ner. Cette scène culture-sym­bo­lique n’est pas sans lien, bien enten­du, avec celle des inté­rêts poli­tiques ou éco­no­miques. Mais elle ne lui cor­res­pond ni dans ses mobiles ni dans la com­pré­hen­sion que l’on peut en four­nir. Et dès lors que l’on vou­drait en régu­ler les expres­sions ou en mai­tri­ser les furies lorsqu’elle engendre le « ter­ro­risme glo­bal » mieux vaut d’abord ten­ter d’en sai­sir les res­sorts et les déve­lop­pe­ments possibles. 

LES ARABO-MUSULMANS ÉVINCÉS DE LA MODERNITÉ 

L’activisme de l’ensemble des mou­ve­ments et des groupes isla­mistes contem­po­rains ne peut être com­pris indé­pen­dam­ment du fait que Maho­met ne fut pas qu’un pro­phète ins­pi­ré, mais aus­si un chef de guerre vision­naire qui cher­cha plus que qui­conque à arti­cu­ler l’ordre poli­tique et l’ordre théo­lo­gique. Et l’on ne sau­rait trop insis­ter, à cet égard, sur ce que repré­sen­ta, au cours de la phase fon­da­trice de l’islam (610 – 632), ce que M. Arkoun appelle « l’expérience de Médine » au moment où le pro­phète y avait trou­vé refuge et où la concep­tion uni­taire de la cité musul­mane qu’il sut y ins­tau­rer débou­cha pour tous les musul­mans dans un idéal poli­ti­co-reli­gieux réa­li­sé, une uto­pie en acte déployant ses poten­tia­li­tés d’ordre, de jus­tice, d’accomplissement de la loi révé­lée et d’intériorisation de toutes les images sym­bo­liques et exem­plaires véhi­cu­lées par le dis­cours isla­mique ori­gi­naire. Ain­si, Médine, tel un modèle, est ce qui fut ini­tia­le­ment don­né. Mais aus­si ce qui, après la mort du pro­phète et dans les aléas de l’histoire, fut pro­gres­si­ve­ment per­du. Cela a conduit néan­moins à la mise en place d’un ima­gi­naire poli­ti­co-reli­gieux dont la force récur­rente devait trans­pa­raitre dans toutes les actions his­to­riques d’envergure ulté­rieu­re­ment pro­duites par le monde musulman. 

Lorsque Maho­met s’éteint en 632, mal­gré ses riva­li­tés et ses que­relles intes­tines, l’islam se répand comme une trai­née de poudre. En moins de cent ans, le cali­fat de Damas édi­fie un vaste empire s’étendant des Pyré­nées aux bords de l’Indus. Avec le cali­fat de Bag­dad qui lui suc­cède (762)  la civi­li­sa­tion ara­bo-musul­mane atteint son apo­gée vers le Xe siècle. À par­tir de ce moment, le monde musul­man com­mence certes déjà à se frac­tion­ner. Il connait les revers de la Recon­quis­ta espa­gnole et l’incursion des croi­sades, qui incrus­te­ront dans l’imaginaire poli­tique et reli­gieux des musul­mans une sorte de point de départ de l’inversion des forces entre la « puis­sance musul­mane » et la « puis­sance chré­tienne ». Mais la puis­sance arabe musul­mane se main­tien­dra poli­ti­que­ment en Orient jusqu’au milieu du XIIIe et en Anda­lou­sie jusqu’à la fin du XVe siècle. Ain­si, entre le VIIIe et le XVe siècle, la langue arabe s’impose comme langue de civi­li­sa­tion. Et tan­dis que l’Europe chré­tienne traine dans la féo­da­li­té de son Moyen Âge inter­mi­nable, la pas­sion de la ratio­na­li­té, l’avancée des savoirs scien­ti­fiques et le raf­fi­ne­ment de la culture, piliers de la moder­ni­té, sont avant tout arabo-musulmans. 

À par­tir du XVIe siècle, les choses s’inversent cepen­dant. Non seule­ment comme une réper­cus­sion de la des­truc­tion déjà ancienne de l’émirat de Bag­dad par les Mon­gols (1258) et de la chute de celui de Gre­nade (1492), mais en rai­son aus­si des effets de la Renais­sance euro­péenne, de la mon­tée des empires espa­gnols et por­tu­gais, du dépla­ce­ment des routes com­mer­ciales qui entraine pour les Arabes la perte du contrôle des échanges éco­no­miques. À cet iso­le­ment de l’épicentre arabe de l’empire musul­man, s’ajoutera une double domi­na­tion poli­tique : par l’expansion otto­mane dans le monde arabe d’abord (du XVIe siècle jusqu’à la fin de la Pre­mière Guerre mon­diale), et par celle des États euro­péens ensuite (à par­tir du XIXe siècle jusqu’à la fin de la période colo­niale). Rétré­ci, bal­ka­ni­sé et domi­né, le monde ara­bo-musul­man s’est recro­que­villé durant toute cette période dans une fer­me­ture dog­ma­tique impo­sée le plus sou­vent par ses élites intel­lec­tuelles et poli­tiques elles-mêmes. Il res­te­ra à l’écart des grandes muta­tions cultu­relles, éco­no­miques et poli­tiques qui crée­ront une nou­velle moder­ni­té, la seule qui s’imposera à terme, écra­sante mais occi­den­tale cette fois : la décou­verte des conti­nents, la Réforme pro­tes­tante sécu­la­ri­sa­trice, le ratio­na­lisme cri­tique des Lumières, les révo­lu­tions démo­cra­tiques, l’invention de l’État nation, la révo­lu­tion industrielle. 

Ce ne sera qu’au XIXe siècle, sous l’impact de la péné­tra­tion euro­péenne, que le monde ara­bo-musul­man colo­ni­sé en vien­dra à per­ce­voir qu’il est deve­nu un monde de déca­dence. Et dès ce moment jusqu’à nos jours, une ques­tion lan­ci­nante ne ces­se­ra plus de tour­men­ter les élites intel­lec­tuelle et poli­tique arabes : com­ment com­prendre que l’on ait accu­mu­lé un tel retard his­to­rique, que l’on puisse être tom­bé si bas, que l’on ait été aux sources pre­mières de la moder­ni­té et l’on en soit main­te­nant radi­ca­le­ment évincé ? 

Cette pen­sée musul­mane qui se réveille veut sor­tir de l’humiliation et, en choi­sis­sant de rompre avec la ten­dance qui, anté­rieu­re­ment, n’avait vu d’issue que dans l’autorenforcement d’une fidé­li­té à la tra­di­tion poli­ti­co-reli­gieuse dans le cadre de l’État patri­mo­nial sul­ta­nien où le sou­ve­rain pos­sède tout et exige la sou­mis­sion de tous, elle entre­prend un retour radi­cal sur elle-même. Dans la seconde moi­tié du XIXe siècle, le cou­rant réfor­miste sala­fiste prend forme autour de pen­seurs comme le Per­san al-Afgha­ni, l’Égyptien Abduh et le Syrien Rida. Comme le met bien en lumière Abdal­lah Laroui3, ils pro­duisent la pre­mière inter­pré­ta­tion apo­lo­gé­tique moderne du cré­do islamique. 

La témé­ri­té intel­lec­tuelle et l’activisme poli­tique du sala­fisme ne voient aucune contra­dic­tion qui puisse exis­ter entre l’islam et la moder­ni­té. Par une sorte d’involution, contraire à l’évolution de l’Europe, l’islam dégé­né­ra certes en une ins­ti­tu­tion humaine où un groupe de pseu­do-savants et de faux maitres exploi­tèrent à leur guise une masse illet­trée et sou­mise. Mais, dit al-Afgha­ni, le « véri­table islam », comme code théo­lo­gi­co-poli­tique, n’a pas à répu­dier la moder­ni­té. Il a de prime abord été plus favo­rable que le chris­tia­nisme à la rai­son et à l’action, ces deux fac­teurs qui défi­nissent presque à eux seuls la moder­ni­té. Il doit donc s’en réem­pa­rer pour la mettre au ser­vice des croyants. Dans ce face-à-face, c’est en outre à l’islam que revient d’être le véri­table pôle inté­gra­teur de la moder­ni­té, car à la manière d’un « huma­nisme théo­cen­trique » (Arkoun) il dis­pose d’une repré­sen­ta­tion uni­taire de ce que doit être la « cité idéale ». Une cité que le chris­tia­nisme his­to­rique, cette reli­gion de prêtres, en rai­son de ses per­ma­nentes que­relles entre le tem­po­rel et le spi­ri­tuel, n’a jamais été capable de pro­po­ser : Médine du temps du pro­phète, modèle poli­ti­co-reli­gieux de la soli­da­ri­té, de la liber­té, de l’égalité, appuyé sur la cha­ria (la loi isla­mique) et la chou­ra (la sagesse trans­cen­dan­tale de ceux qui savent). 

LA RECOMPOSITION SALAFISTE 

Le sala­fisrne est une recom­po­si­tion de la pen­sée musul­mane appa­rue à un moment déter­mi­né de son his­toire en vue de répondre à des exi­gences déter­mi­nées. Par ses tran­sac­tions impli­cites avec la phi­lo­so­phie des Lumières, il s’est vio­lem­ment oppo­sé aux confré­ries et à la hié­rar­chie offi­cielle des oulé­mas, les hommes de loi. Mais en s’inventant une généa­lo­gie plau­sible, il a réus­si à s’imposer comme l’héritier contem­po­rain de l’islam. Quel que soit le degré de conti­nui­té qu’il faille lui recon­naitre avec l’islam anté­rieur, la lutte achar­née qu’il a menée pour se faire accep­ter a fina­le­ment débou­ché dans le fait que, en dépit des appa­rences et de ce que donnent à croire les « centres auto­ri­sés » de l’islam, il est deve­nu l’âme de l’islam popu­laire, lar­ge­ment majo­ri­taire actuel­le­ment dans les men­ta­li­tés. Ce sont d’ailleurs les pos­si­bi­li­tés d’épanouissement réser­vées aux ambi­tions expri­mées par le sala­fisme qui se trou­vèrent constam­ment au cœur des enjeux des socié­tés musul­manes et de leur confron­ta­tion avec les socié­tés occi­den­tales depuis le moment de la déco­lo­ni­sa­tion. Elles conti­nuent d’animer aus­si une large par­tie du « nou­vel islam euro­péen » qui se déve­loppe sous nos yeux. Et les mani­fes­ta­tions actuelles de ral­lie­ment à la figure de Ben Laden au sein des masses musul­manes à peu près par­tout dans le monde ne peuvent se com­prendre qu’à par­tir de là : au-delà du dévoie­ment san­gui­naire de son action qui est géné­ra­le­ment désap­prou­vé, sa figure appa­rait néan­moins comme celle d’un libé­ra­teur, une sorte de Che Gue­va­ra orien­tal. Certes, les mou­ve­ments expres­sifs de l’islamisme poli­tique contem­po­rain, dont celui de Ben Laden, n’entrainent guère de ral­lie­ment popu­laire véri­table, c’est-à-dire actif et mas­sif. Mais leur dis­cours exprime adé­qua­te­ment les attentes déçues, les sen­ti­ments de frus­tra­tion et d’oppression, le besoin d’espérer des jeunes géné­ra­tions sur­tout, celles nées après 1950 qui ont gran­di dans le cli­mat de guerres de libé­ra­tion, dans la phase eupho­rique de la nation arabe renais­sante et qui ont éprou­vé ensuite l’immense décep­tion de la défaite de 1967. 

L’islam de matrice sala­fiste a certes revê­tu des expres­sions mul­tiples depuis ses ori­gines. Il a ren­con­tré bien des obs­tacles, connu plu­sieurs divi­sions et engen­dré divers mou­ve­ments, radi­caux ou timides, qui entrèrent même en com­pé­ti­tion avec lui jusqu’à par­fois mas­quer son ins­pi­ra­tion. Mais on peut dire que son ambi­tion s’est répan­due dans l’ensemble des cou­rants qui, au-delà de leurs oppo­si­tions, ont entrai­né l’histoire du monde ara­bo-rnu­sul­man des XIXe et XXe siècles. Que ce soit au sein du moder­nisme libé­ral arabe ins­pi­ré par le mou­ve­ment Nah­da (Renais­sance), de la ques­tion de la place qu’il convient de réser­ver à la rai­son posi­tive, ou bien de l’arabisme natio­na­liste et/ou socia­liste qui ins­pi­ra divers pays au len­de­main des indé­pen­dances, ou encore de la brève expé­rience du pan­ara­bisme, et même des ambi­tions moder­ni­sa­trices que se décou­vrirent plus tar­di­ve­ment, au nom de « l’intérêt public » des monar­chies pétro­lières, cer­taines frac­tions du monde puri­tain des wah­ha­bites saou­diens, chaque fois on s’est trou­vé en face de dis­cours pour les­quels il s’agissait de rendre au monde ara­bo-musul­man ses capa­ci­tés socié­tales, de lui res­ti­tuer la mai­trise de sa des­ti­née propre par des retrou­vailles avec l’imaginaire uni­taire de la cité musul­mane des origines. 

Les cir­cons­tances his­to­riques se sont d’ailleurs char­gées d’orienter les élites intel­lec­tuelles et poli­tiques musul­manes dans une telle direc­tion. Car si le cadre poli­ti­co-théo­lo­gique indis­pen­sable à la via­bi­li­té de la syn­thèse sala­fiste avait encore une exis­tence à l’époque de sa pre­mière for­mu­la­tion, ce cadre ne devait pas tar­der à dis­pa­raitre. L’Empire otto­man conti­nua­teur de celui des califes, deve­nu déri­soire peut-être mais sym­bo­li­que­ment impor­tant, avait en effet pu pré­ser­ver lon­gue­ment le siège poli­tique d’un sen­ti­ment de supé­rio­ri­té musul­mane. Son anéan­tis­se­ment au moment de la Pre­mière Guerre mon­diale, sui­vi par l’abolition du cali­fat en 1924 par Mus­ta­pha Kemal, sem­bla son­ner le glas de ce sen­ti­ment ambi­tieux et signi­fier que la moder­ni­sa­tion occi­den­tale et la dif­fu­sion de ses idées sécu­lières pou­vaient avoir rai­son de la der­nière ins­ti­tu­tion poli­tique islamique. 

Dès ce moment, comme un démen­ti à cette crainte, naquirent des par­tis poli­tiques à idéo­lo­gie isla­miste qui, s’ils prirent quelque dis­tance à l’égard des idées d’al-Afghani, n’en res­tèrent pas moins sala­fistes dans leur fond : celui des Frères musul­mans en Égypte en 1927 ou du Jamaat‑i isla­mi dans le sous-conti­nent indien en 1941, ou d’autres encore. Une ques­tion déci­sive pour ces par­tis, qui n’excluent pas le recours à la vio­lence du dji­had, fut celle de la prise du pou­voir éta­tique, c’est-à-dire de la créa­tion d’un État musul­man qui puisse de quelque façon redon­ner vie au modèle médi­nois. Et même si l’on doit consta­ter une « orien­ta­lo­phi­lie roman­tique » et la résur­gence d’une gnose fana­tique au sein des mou­ve­ments radi­caux de l’islam poli­tique qui sur­girent plus tard, au cours des années sep­tante, ils s’inscrivent encore eux aus­si dans la pro­blé­ma­tique fon­da­trice du sala­fisrne qui vise une réap­pro­pria­tion cultu­relle de la modernité. 

Ces der­niers mou­ve­ments suc­cé­dèrent en réa­li­té à l’échec du socia­lisme arabe et du pan­ara­bisme mis en œuvre par les régimes post-colo­niaux. Dans leur oppo­si­tion aux régimes arabes en place que sou­tient l’Occident, ils doivent être com­pris comme une reprise de ce que la dyna­mique déco­lo­ni­sa­trice avait une nou­velle fois per­mis d’espérer mais pas réa­li­sé : la mai­trise par le monde de l’islam de sa des­ti­née propre. Comme le dit Fran­çois Bur­gat4, le dis­cours isla­miste des vingt der­nières années est celui qui doit per­mettre aux colo­ni­sés d’hier d’exprimer leurs objec­tifs moder­ni­sa­teurs dans un voca­bu­laire auto­nome qui leur fai­sait défaut jusque-là puisqu’ils en étaient réduits à faire usage de la rhé­to­rique soit natio­na­liste, soit mar­xiste, soit déve­lop­pe­men­ta­liste, c’est-à-dire à des emprunts à la culture occi­den­tale. L’islamisme poli­tique de ces mou­ve­ments n’est rien d’autre dès lors qu’un troi­sième moment de la déco­lo­ni­sa­tion, qui pour eux doit être cultu­rel après qu’ils ont été poli­tique (phase des indé­pen­dances) et ensuite éco­no­mique (volon­té de contrôle sur les res­sources maté­rielles). Le sur­gis­se­ment de cet islam poli­tique au cours des der­nières décen­nies n’a donc rien eu à voir avec un rejet de la moder­ni­té de la part d’oulémas ou d’imams igno­rants. Par­tout dans le monde, les mili­tants de l’islamisme poli­tique ont été majo­ri­tai­re­ment des intel­lec­tuels jeunes, issus du milieu urbain et ayant sou­vent reçu une for­ma­tion uni­ver­si­taire de type occidental. 

Il faut bien consta­ter tou­te­fois que le suc­cès de ces mou­ve­ments n’a été ni écla­tant ni de longue durée sur la scène sociale des pays musul­mans, hor­mis l’Iran. Et même dans ce der­nier cas, le suc­cès est loin d’être sta­bi­li­sé. C’est ain­si que dès la pre­mière moi­tié des années nonante, cer­tains spé­cia­listes, comme Oli­vier Roy5, purent même sou­te­nir la thèse (contro­ver­sée) de leur échec. Il est visible en tout cas que la per­cée de l’islamisme poli­tique sur les cam­pus uni­ver­si­taires n’a pas été sui­vie d’un débor­de­ment véri­table et solide par­mi les masses popu­laires musul­manes. Ces der­nières, récem­ment urba­ni­sées, déra­ci­nées et déstruc­tu­rées, sont pour­tant en quête d’une iden­ti­té qui ne soit pas un retour au pas­sé, mais bien une appro­pria­tion de la moder­ni­té que les mou­ve­ments isla­mistes en prin­cipe pour­suivent. Tou­te­fois, ces masses ne sont mani­fes­te­ment pas can­di­dates à l’aventure poli­tique ou révo­lu­tion­naire. Et faute de leur offrir autre chose, les mou­ve­ments isla­mistes n’ont ren­con­tré auprès d’elles qu’une écoute limi­tée. Elles affichent certes une sym­pa­thie spon­ta­née et même démons­tra­tive à l’égard de ces mou­ve­ments lorsqu’ils peuvent faire valoir l’une ou l’autre vic­toire face aux régimes musul­mans auto­ri­taires ou cor­rom­pus et à l’Occident qui, en sou­te­nant ces der­niers, entre­tient l’humiliation des anciens colo­ni­sés. Mais c’est fina­le­ment vers des mou­ve­ments comme le Jama’a at Tabligh, pré­sen­tant des carac­té­ris­tiques à la fois modernes et tra­di­tion­nelles, four­nis­sant des ins­tru­ments simples de cri­tique et d’interprétation de la socié­té occi­den­tale, que se tournent davan­tage ces masses. Elles y trouvent pour un temps tout au moins, comme aus­si par­fois auprès d’un cler­gé tra­di­tion­nel ins­pi­ré par le puri­ta­nisme wah­ha­bite, les moyens de restruc­tu­rer de manière plus pai­sible leurs conduites et leur identité. 

Nombre de mili­tants des mou­ve­ments isla­mistes eux-mêmes, après un détour par l’activisme poli­tique visant le pou­voir d’État, en sont venus à adop­ter une posi­tion qu’O. Roy appelle « néo­fon­da­men­ta­liste », envi­sa­geant plu­tôt une recom­po­si­tion de la com­mu­nau­té croyante sur la base d’un ima­gi­naire plus stric­te­ment reli­gieux et uni­ver­sa­liste de l’appartenance à l’islam, cou­pée de toute culture par­ti­cu­lière. En cela, ils reprennent bien l’esprit du sala­fisrne qui enten­dait puri­fier l’islam des influences eth­no­cul­tu­relles qui n’ont pas de base dans le Coran. D’une cer­taine manière, on peut dire que ce redé­ploie­ment des mili­tants signe lui aus­si l’échec de l’islamisme poli­tique dans son oppo­si­tion à l’actuelle classe diri­geante qui encadre les socié­tés musul­manes. Car il est vrai que ces régimes, aux anti­podes de la démo­cra­tie et sou­vent avec l’aide de l’Occident, ont bien résis­té. Mais c’est peut-être l’échec de cet islam poli­tique là qui, en défi­ni­tive, per­met le mieux de com­prendre l’origine et la signi­fi­ca­tion du « ter­ro­risme glo­bal » en face duquel nous nous trou­vons aujourd’hui.

Car si une frac­tion d’anciens acti­vistes, deve­nus cri­tiques à l’égard de l’idée d’une pos­sible trans­for­ma­tion des régimes natio­naux en place, a quit­té la scène poli­tique et s’est ral­liée à une acti­vi­té plus spi­ri­tuelle de pré­di­ca­tion et de réis­la­mi­sa­tion des mœurs quo­ti­diennes, une autre frac­tion des déçus a, à l’inverse, réin­ves­ti son ima­gi­naire poli­tique dans un islam cos­mo­po­lite, cou­pé cette fois de tout lien avec un espace ter­ri­to­rial pré­cis. Ce nou­vel « isla­misme flot­tant » cherche à faire appa­raitre un homo isla­mi­cus uni­ver­sa­lis, vec­teur du « véri­table islam » qui aurait mon­dia­li­sé ses vues en même temps qu’il résou­drait sa crise iden­ti­taire non par une pro­duc­tion intel­lec­tuelle propre, mais par un antioc­ci­den­ta­lisme sys­té­ma­ti­sé, situant les sources de la dis­qua­li­fi­ca­tion de la civi­li­sa­tion ara­bo-musul­mane dans la domi­na­tion occi­den­tale, amé­ri­caine prin­ci­pa­le­ment. Comme on a pu l’observer au cours de la der­nière décen­nie, les par­ti­sans de cet islam flot­tant et glo­ba­li­sé se sont révé­lés mobi­li­sables pour un nou­veau dji­had sans fron­tières, sus­cep­tibles de s’investir ubi­qui­tai­re­ment, telle une légion étran­gère d’Allah, dans tous les lieux où ils consi­dèrent que des masses musul­manes sont humi­liées ou pri­vées de leurs droits : en Afgha­nis­tan, en Bos­nie, au Koso­vo, en Tchét­ché­nie, en Algé­rie, en Pales­tine et même au Cache­mire ou aux Philippines. 

DE L’IMAGINAIRE DE MÉDINE AU DÉLIRE SACRIFICIEL 

Oui, les repré­sen­ta­tions culture-sym­bo­liques font inté­gra­le­ment par­tie de l’action humaine et visent sans dis­con­ti­nuer, comme le montrent en l’occurrence les riva­li­tés qu’engendrent les conte­nus de la « moder­ni­té », à mettre le monde dans un cer­tain état. Pour le meilleur, mais aus­si pour le pire. 

Pour le meilleur, les pro­duc­tions culture-sym­bo­liques sont la prouesse par laquelle les socié­tés humaines prennent dis­tance à l’égard des fata­li­tés natu­relles et forgent un monde qui est le leur. Elles sont alors ce qui assure la com­mu­ni­ca­tion avec autrui, ce qui met en place les règles et les ins­ti­tu­tions qui pro­curent à la vie une forme enviable, une pro­tec­tion et une sub­stance. Elles situent les êtres humains dans des tra­di­tions qui disent d’où l’on vient et où l’on va. Elles donnent ain­si au monde un horizon. 

Mais dans leur ambigüi­té tra­gique et pour le pire, ces pro­duc­tions culture-sym­bo­liques sont aus­si capables de se retour­ner contre les hommes et de peser sur eux comme un mau­vais rêve qui leur fait véné­rer l’héritage et guide alors auto­ri­tai­re­ment leurs mou­ve­ments. Ce rêve qui s’empare d’eux, com­pri­mant leur esprit dans un moule, les tient dès lors en son pou­voir qui est de leur impar­tir une tâche urgente et suprême : faire res­pec­ter les règles et les ins­ti­tu­tions qui ne sont plus que des monu­ments éri­gés sur fond de ser­vi­tude. Le prix à payer à cette « culture objec­tive » qui s’est empa­ré des corps et des esprits est énorme, car de lui peut pro­ve­nir l’énergie psy­chique qui ali­mente la ter­reur. Dans ce cas, loin d’orienter le genre humain dans le sens d’un pro­grès moral, elles démul­ti­plient plu­tôt le poten­tiel de la violence. 

La méta­mor­phose de « l’imaginaire de Médine », repris et véhi­cu­lé par le sala­fisrne jusqu’au degré d’abstraction idéo­lo­gique qu’il atteint désor­mais dans le dji­had uni­ver­sa­li­sé est, selon nous, de ce der­nier type. En monu­men­ta­li­sant la gran­deur du pas­sé pour mieux la pré­sen­ter comme une exi­gence non négo­ciable du pré­sent pla­né­taire, on y a bas­cu­lé dans un délire sacri­fi­ciel. Rêvant d’une oum­mah déter­ri­to­ria­li­sée qui n’a de sens que pour eux, mais qu’il s’agit coute que coute d’opposer à la mon­dia­li­sa­tion occi­den­tale qui tend à tout réduire à l’équation du mar­ché, les vision­naires d’AlQaida ras­sem­blés der­rière Ous­sa­ma Ben Laden se nour­rissent dans le solip­sisme hal­lu­ci­na­toire d’une idéo­lo­gie poli­ti­co-reli­gieuse sus­cep­tible de com­pen­ser les échecs répé­tés, les souf­frances et les humi­lia­tions encou­rues par les élites musul­manes depuis leur réveil au XIXe siècle. Enfer­més dans un uni­vers moral déchi­ré entre les pôles de l’honneur et de la honte, ils ont fait mon­ter à l’extrême sa puis­sance qui, dans son ano­ny­mat, en ne deman­dant rien exige tout. La réfé­rence exclu­sive et obses­sion­nelle au dji­had est, dans cette sorte de psy­cho­tisme poli­tique, tout ce qui reste du sala­fisme. Là où les fon­da­teurs du réfor­misme par­laient de mobi­li­sa­tion intel­lec­tuelle, de relec­ture libre des textes sacrés, de réin­ter­pré­ta­tion théo­lo­gique des tra­di­tions, d’abandon du léga­lisme, de pré­di­ca­tion reli­gieuse renou­ve­lée ain­si que de tra­vail poli­tique en pro­fon­deur, ce milieu d’hommes cou­pés de la réa­li­té sociale ne per­çoit plus le monde qu’au tra­vers d’un mélange de doc­trine reli­gieuse et de vio­lence armée. Pour tout via­tique de l’esprit, il se contente d’une charte fon­da­trice : celle du « Front isla­mique inter­na­tio­nal contre les juifs et les croi­sés » (février 1998) qui, plu­tôt que de s’atteler à pen­ser la moder­ni­té de l’islam, dia­bo­lise ce qui n’est pas lui et en appelle à « tuer les Amé­ri­cains et leurs alliés, civils ou mili­taires, en tous pays où cela sera possible », 

En ce qu’elle semble seule por­teuse de pro­messe pour les « humi­liés du Sud » au nom des­quels elle est bran­die et com­prise par beau­coup, l’idée de dji­had uni­ver­sa­li­sé en dit sans doute long, à l’ère de l’économie mon­dia­li­sée, sur le rôle de conscience sub­sti­tu­tive et sub­ver­sive que les sys­tèmes reli­gieux — tous les sys­tèmes reli­gieux — furent et demeurent capables d’endosser dans des situa­tions de domi­na­tion poli­tique et éco­no­mique appa­rem­ment insur­mon­tables. Ceci devrait tou­te­fois inci­ter à com­prendre sur­tout le rôle joué par l’Occident dans le monde et par l’insolence de l’hyperpuissance amé­ri­caine en par­ti­cu­lier dans la genèse de l’actuelle sau­va­ge­rie sym­bo­lique. Mais l’idée de dji­had, mise en œuvre en dehors de tout sou­ci d’interprétation de sa por­tée dans l’économie cora­nique, qui pour­tant com­mande éga­le­ment de vivre en paix même avec les infi­dèles, actua­lise aus­si une vision ter­ri­fiante du monde musul­man et donne la mesure du carac­tère pro­blé­ma­tique de ce qu’est deve­nue la « pen­sée isla­mique » dans le chef des « ter­ro­ristes glo­baux ». L’islam, tra­di­tion reli­gieuse consi­dé­rable, n’est certes pas iden­ti­fiable à une nébu­leuse ter­ro­riste ayant inter­na­tio­na­li­sé ses pra­tiques. Il ne s’en trouve pas moins entrai­né avec elle dans un nou­vel épi­sode fré­né­tique de confron­ta­tion avec cette moder­ni­té dont il n’a pas accouché. 

Par ses cadres poli­tiques qui, dans la plu­part des cas, n’ont eu d’autre pré­oc­cu­pa­tion jusqu’ici que de pré­ser­ver répres­si­ve­ment leur auto­cra­tie en limi­tant notam­ment la liber­té de pen­sée, et par l’aveuglement de ses cadres théo­lo­giques dans les uni­ver­si­tés consa­crées (Al Azhar, la Zitou­na…) ou plus récentes (Jed­dha, Alger…) qui, dans leur rôle de « gar­diennes de l’orthodoxie isla­mique », n’ont contri­bué qu’à l’entretien d’un sys­tème cog­ni­tif clos et donc à un retard cultu­rel dra­ma­tique, le monde de l’islam endosse une res­pon­sa­bi­li­té dont on ne sau­rait dis­si­mu­ler plus long­temps l’importance. Elle ne se sub­sti­tue pas à la res­pon­sa­bi­li­té occi­den­tale, mais se conjugue avec elle pour expli­quer la per­pé­tua­tion de l’absence de débat véri­table à pro­pos des défis que la moder­ni­té adresse à l’islam tant du point de vue poli­tique que reli­gieux. Ne serait-ce pas d’ailleurs de cette absence — ne pas pou­voir véri­ta­ble­ment en par­ler — que nait la démence qui conduit cer­tains sur la scène régres­sive et sub­sti­tu­tive du délire reli­gieux ? Cette ques­tion donne la mesure des réformes à mettre en œuvre si l’on veut sor­tir de l’actuel ter­ro­risme qui ne pour­ra être éra­di­qué ; soyons-en surs, par les seules ver­tus de la répres­sion poli­cière, du ren­sei­gne­ment ou de la stra­té­gie géo­po­li­tique d’une guerre dans laquelle nous ne nous trou­vons pas. 

TERRORISME SANS FRONTIÈRES 

Sans doute mieux que dans les termes de la guerre, la nature de la situa­tion à laquelle cor­res­pond le ter­ro­risme glo­bal qui sur­vient aujourd’hui appa­rait-elle dans une ana­lo­gie qui, pour pro­vo­ca­trice qu’elle puisse pas­ser à pre­mière vue, éclaire néan­moins l’état pro­blé­ma­tique du monde glo­ba­li­sé dans lequel nous vivons. 

Cette ana­lo­gie est celle qui peut être éta­blie entre le pro­fil de l’action ter­ro­riste que veut sou­te­nir et orga­ni­ser Ous­sa­ma Ben Laden et celui qui, de manière carac­té­ris­tique, était déjà pré­sent anté­rieu­re­ment dans l’activité de mul­tiples orga­ni­sa­tions huma­ni­taires inter­ve­nant de manière sub­sti­tu­tive, sup­plé­tive ou alter­na­tive à l’insuffisance ou l’absence d’action des puis­sances poli­tiques sur la scène inter­na­tio­nale. Il n’y a aucune fai­blesse pour les com­pa­rai­sons de mau­vais gout à pré­tendre qu’une matrice d’action simi­laire est déce­lable entre l’intervention de Méde­cins sans fron­tières (ou encore d’Amnesty Inter­na­tio­nal, de Green­peace et de mul­tiples autres orga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales) et celle du « dji­had sans fron­tières » du réseau Al-Qai­da. JI s’agit uni­que­ment par là de sou­li­gner que, bien que pour­sui­vant des objec­tifs évi­dem­ment irré­con­ci­liables parce que pro­cé­dant de prin­cipes aux anti­podes l’un de l’autre, s’observe tou­te­fois un inves­tis­se­ment volon­taire mais poli­ti­que­ment dés­ins­ti­tu­tion­na­li­sé et délo­ca­li­sé, de membres déci­dés des « socié­tés civiles » (com­prises ici comme la réa­li­té même et les lieux de la vie sociale) qui non seule­ment ne se résolvent pas à admettre les défi­ciences ou les démis­sions patentes des États (com­pris ici comme ins­tru­ments char­gés de confé­rer une forme contrac­tuelle de vie accep­table pour ces socié­tés), mais qui en même temps, par l’activité socio­po­li­tique alter­na­tive qu’ils mettent en œuvre, contestent aus­si la manière qu’ont ces États de s’acquitter de la repré­sen­ta­tion poli­tique qui leur est confiée. 

On peut par­ler, à pro­pos de ces mou­ve­ments, d’un chan­ge­ment de cadre de la res­pon­sa­bi­li­té poli­tique, et donc aus­si d’un dépla­ce­ment de la scène où l’état du monde, c’est-à-dire les situa­tions insup­por­tables du sys­tème social deve­nu mon­dial, en est venu à être pris en charge, sous cer­tains de ses aspects, par des réseaux d’acteurs qui ne se défi­nissent plus d’abord éta­ti­que­ment. Aujourd’hui et pour des motifs légi­times, c’est le ter­ro­risme isla­miste dés­éta­ti­sé qui pro­voque les pires craintes des États sou­ve­rains en rai­son du carac­tère ter­ri­fiant de la réac­tion qu’il oppose à l’imposition cultu­relle, éco­no­mique et poli­tique de la moder­ni­té occi­den­tale. Mais n’y avait-il pas une situa­tion presque aus­si ter­ri­fiante depuis plu­sieurs années déjà à voir des États sou­ve­rains, au nom d’un droit qui n’est que le leur, orga­ni­ser sans énormes scru­pules la pro­tec­tion de leurs ter­ri­toires en reje­tant dans l’anarchie inter­na­tio­nale la ques­tion des flux migra­toires. Cela revint pra­ti­que­ment, on le sait, à livrer des popu­la­tions qui en mou­rurent par­fois, aux mains des mafias trans­por­teuses et expor­ta­trices de « clan­des­tins » ? Et demain n’y aura-t-il pas la vio­lence de réseaux de « deep-éco­lo­gistes » n’admettant plus que l’on exporte impu­né­ment les nui­sances sur toute la pla­nète ? À cha­cun de ces pro­blèmes liés à la mon­dia­li­sa­tion il n’y a pas moyen de répondre de manière simple, par la guerre ou la force poli­cière. Et il aurait bien fal­lu se dou­ter qu’aux désordres du monde glo­ba­li­sé face aux­quels les États avouent leur insuf­fi­sance ou affichent leur désin­vol­ture, il ne serait pas éter­nel­le­ment répon­du par l’action d’organisations paci­fiques, béné­voles et ver­tueuses. Car la dimen­sion culture-sym­bo­lique de l’action ne l’organise pas néces­sai­re­ment comme une épo­pée glo­rieuse. Elle en fait aus­si régu­liè­re­ment la proie de ses propres délires tragiques. 

LES ENSEIGNEMENTS D’UNE CRISE OU « COMMENT S’EN SORTIR ? » 

Cer­tains ana­lystes poli­tiques n’ont pas été sans iden­ti­fier le paral­lèle qui existe entre la pous­sée contem­po­raine du ter­ro­risme et le recul des États dans leur prise de res­pon­sa­bi­li­té sur la scène sociale inter­na­tio­na­li­sée. Mais c’est, disent-ils, le slo­gan selon lequel il fau­drait « moins d’État » qui a confé­ré un rôle si impor­tant aux orga­ni­sa­tions non éta­tiques, de type huma­ni­taire ou autre, face à des pro­blèmes qu’elles n’ont mani­fes­te­ment pas la capa­ci­té de résoudre. Par ailleurs, selon les mêmes, c’est la mon­tée de ces orga­ni­sa­tions qui per­met­trait une mise en cause du sys­tème inter­na­tio­nal par des gens qui ne repré­sentent aucun pays. Ne fau­drait-il donc pas au contraire res­ti­tuer la pré­émi­nence de la volon­té éta­tique en vue de par­ve­nir à plus de coopé­ra­tions inter­na­tio­nales6 ?

On trou­ve­ra pour le moins para­doxal de mettre tous ses espoirs dans un « plus d’État » qui indui­rait néces­sai­re­ment plus de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale entre les puis­sances. Car c’est bien le droit sou­ve­rain des États qui jusqu’ici a le plus sou­vent bar­ré la route à la réso­lu­tion véri­table des prin­ci­pales ten­sions qui carac­té­risent et résultent de la mon­dia­li­sa­tion. L’administration Bush en tête est l’exemple de celle qui ne veut entendre par­ler d’aucun trai­té contraignant. 

Mais dans l’immédiat, tou­te­fois, où il s’agit de mettre le plus rapi­de­ment pos­sible la pla­nète à l’abri des consé­quences dra­ma­tiques que pour­raient avoir pour tous la réci­dive ou l’intensification de la démence du ter­ro­risme glo­bal, l’intervention si pos­sible concer­tée et pro­vi­soi­re­ment mili­ta­ro-poli­cière des États consti­tue sans doute une néces­si­té à laquelle on ne voit pas ce que l’on pour­rait sub­sti­tuer d’autre. C’est le prix qu’entraine le réta­blis­se­ment d’un ordre et d’une sécu­ri­té suf­fi­sante pour que l’on puisse espé­rer pour­suivre, reprendre ou ini­tier ce que l’on appelle le dia­logue, c’est-à-dire le débat démo­cra­tique qui ferait entendre ceux qu’habituellement on fait taire. Cela per­met­trait d’aller enfin au-delà de l’ordre : vers plus de liber­té et de jus­tice, si tant est que les puis­sances poli­tique, sym­bo­lique (en l’occurrence reli­gieuse) et éco­no­mique en pré­sence veuillent les recher­cher pour démo­ti­ver les terroristes. 

Est-il radi­ca­le­ment exclu d’attendre que, de son sta­tut avé­ré d’hyperpuissance, l’Amérique, sans laquelle rien ne se fera aujourd’hui, cherche autre chose que les avan­tages qui en découlent et prenne sérieu­se­ment en compte les res­pon­sa­bi­li­tés his­to­riques qui y sont atta­chées : veiller à la sécu­ri­té mini­male de tous et pas seule­ment de la sienne, et entendre aus­si ce que disent ceux qui se sentent vic­times d’une moder­ni­té mon­dia­li­sée qui n’est pas la leur. Et ceci d’abord en reve­nant au sein du débat des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales exis­tantes qu’elle a ten­dance à mépri­ser et boy­cot­ter, alors qu’il fau­drait les for­ti­fier et les réformer. 

  1. Le Monde, 19 sep­tembre 2001.
  2. Il est révé­la­teur à cet égard, comme le relève J. Maï­la (Le Monde, 4 octobre 2001), qu’un pen­seur de l’islamisme radi­cal comme le cheikh Fad­lal­lah, guide spi­ri­tuel du Hes­bol­lah liba­nais connu pour l’intransigeance de ses posi­tions théo­lo­giques, a réprou­vé l’action ter­ro­riste contre les États-Unis comme ne pou­vant d’aucune manière rele­ver du djihad.
  3. Abdal­lah Laroui, Islam et moder­ni­té, La Décou­verte, 1987.
  4. Fran­çois Bur­gat, L’islamisme au Magh­reb. La voix du Sud, Kar­tha­la, 1988.
  5. Oli­vier Roy, L’échec de l’islam poli­tique, Seuil, 1992.
  6. Voir Moham­mad-Reza Dja­li­li, dans Le Monde, 23 – 24 sep­tembre 2001.

Albert Bastenier


Auteur

Sociologue. Professeur émérite de l'université catholique de Louvain. Membre du comité de rédaction de La Revue nouvelle depuis 1967. S'y est exprimé régulièrement sur les questions religieuses, les migrations et l'enseignement.