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Une politique de diversité décomplexée

Blog - Anathème par Anathème

mai 2018

Les cam­pagnes élec­to­rales ont ceci de vivi­fiant qu’elles poussent les poli­tiques à déve­lop­per leur vision de la socié­té et à com­mu­ni­quer à ce sujet. La consti­tu­tion des listes, de son côté, per­met d’intégrer au per­son­nel poli­tique des membres de la socié­té civile, qui arrivent avec leur propre réflexion sur la socié­té. La cam­pagne com­mu­nale actuelle, et la fédérale […]

Anathème

Les cam­pagnes élec­to­rales ont ceci de vivi­fiant qu’elles poussent les poli­tiques à déve­lop­per leur vision de la socié­té et à com­mu­ni­quer à ce sujet. La consti­tu­tion des listes, de son côté, per­met d’intégrer au per­son­nel poli­tique des membres de la socié­té civile, qui arrivent avec leur propre réflexion sur la socié­té. La cam­pagne com­mu­nale actuelle, et la fédé­rale qui sui­vra immé­dia­te­ment, ouvrent donc une période exal­tante, qui nous offri­ra cer­tai­ne­ment des oppor­tu­ni­tés de déve­lop­per de nou­velles réponses aux défis de notre temps.

Par exemple, récem­ment, un chro­ni­queur du Vif et de La Libre, qui leur ser­vait de cau­tion conser­va­trice et les aidait à déve­lop­per un dis­cours com­plai­sant vis-à-vis du gou­ver­ne­ment fédé­ral libé­ral-conser­va­teur, a annon­cé qu’il inté­grait la liste du MR de Woluwe-Saint-Pierre en vue des élec­tions com­mu­nales. Cet homme d’exception a lon­gue­ment hési­té à renon­cer à sa posi­tion de sur­plomb. Il était en effet par­ve­nu à res­ter au-des­sus de la mêlée, à conser­ver son indé­pen­dance vis-à-vis des par­tis, mal­gré sa pré­sence sur les listes MR en 2012, son sou­tien sans faille à l’aile la plus conser­va­trice de ce par­ti et ses contacts très étroits avec le Centre Jean Gol. Preuve en est que le quo­ti­dien de réfé­rence La Libre, qui lui offrait des tri­bunes depuis des mois, en oublia qu’il avait un pas­sé et annon­ça son lan­ce­ment en poli­tique.

On ne peut que se réjouir de voir ain­si un pen­seur irri­guer de sa vision un par­ti poli­tique et l’aider, de son propre aveu, à « tenir tête à la gauche bien­pen­sante ». Enfin, les quelques intel­lec­tuels de droite qui ont sur­vé­cu au tra­vail de sape de la RTBF relèvent la tête et entre­prennent de lut­ter contre le dan­ger bobommuniste !

Et quel pre­mier com­bat annonce-t-il ? Une lutte pour la diver­si­té à Bruxelles. Non, cette thé­ma­tique n’est pas l’exclusivité de la gauche : il y a une vision posi­tive de la diver­si­té à droite aussi !

De quoi s’agit-il ? De lut­ter contre l’implantation de deux-cents loge­ments sociaux dans la com­mune pri­vi­lé­giée de Woluwe-Saint-Pierre, afin d’éviter d’importer dans l’entité les pro­blèmes de Bruxelles. Quel beau pro­jet que de lut­ter contre l’uniformité et de vou­loir « que Woluwe-Saint-Pierre reste Woluwe-Saint-Pierre » ! Peut-on mieux défi­nir l’enthousiasmant pro­jet conservateur ?

Il est en effet temps de le recon­naitre : la redis­tri­bu­tion et la soli­da­ri­té laminent la diver­si­té de nos socié­tés. Sous pré­texte de jus­tice sociale, elles détruisent des cultures par­ti­cu­lières, uni­for­misent les modes de vie, sapent des tra­di­tions mil­lé­naires. La vil­la quatre façades, le golf dans le BW, les séances de yoga, les Pilates dans un club sélect, les ber­lines alle­mandes, la fré­quen­ta­tion de col­lèges hup­pés, le pull en cache­mire jaune paille, la fête des voi­sins entre per­sonnes de bonne famille, tout ça consti­tue une culture qu’il faut recon­naitre comme telle et pré­ser­ver, une culture fra­gile qui ne peut sub­sis­ter sans des moyens suf­fi­sant et un iso­le­ment social adé­quat. De même, il faut pro­té­ger les savoir et tra­di­tions d’autres cultures bruxel­loises, pré­sentes dans d’autres com­munes : tenir un mois à quatre sur un seul salaire mini­mum, s’entasser à six dans un appar­te­ment minus­cule, com­bi­ner trois trams et un bus pour se rendre sur son lieu de tra­vail, sur­vivre dans une école pou­belle, repor­ter sa visite au méde­cin, sup­por­ter le mépris des riches, gérer les per­qui­si­tions et intru­sions dans la vie pri­vée des ser­vices sociaux et de la sécu­ri­té sociale, réagir adé­qua­te­ment à un contrôle d’identité au faciès. Ces richesses ne sur­vi­vraient pas à une indi­vi­dua­li­sa­tion des droits, une redis­tri­bu­tion du tra­vail, l’instauration d’une réelle mixi­té dans l’enseignement ou une poli­ti­sa­tion des popu­la­tions pré­ca­ri­sées. Vou­lons-nous vrai­ment voir ce génie social disparaitre ?

Il faut ces­ser de limi­ter les poli­tiques de diver­si­té à la pré­ser­va­tion de folk­lores alloch­tones et assu­mer que la diver­si­té est aus­si une thé­ma­tique de droite ! Le libé­ra­lisme éco­no­mique, la repro­duc­tion sociale et le conser­va­tisme sont de for­mi­dables outils de créa­tion et d’entretien d’une riche diver­si­té sociale. Or, comme cha­cun le sait, la diver­si­té est un vec­teur de rési­lience. Notre socié­té sera robuste si elle peut comp­ter sur des cohortes de misé­reux, mais aus­si, sur une classe moyenne sous pres­sion, ain­si que sur une élite socioé­co­no­mique vivant dans le luxe.

Et pour­quoi se conten­ter de poli­tiques de pré­ser­va­tion ? Il faut oser aller de l’avant et déployer des actions volon­ta­ristes visant l’accroissement de la diver­si­té ! Acti­ver les allo­ca­taires sociaux via un tra­vail for­cé sans les rému­né­rer davan­tage ren­for­ce­ra bien enten­du leur culture de la débrouille et de la ges­tion de la misère. Mais pour­quoi ne pas faire de même avec les migrants en les employant pour quelques cen­times de l’heure ? Nous crée­rions des cohortes de per­sonnes vivant dans des condi­tions de pré­ca­ri­té extrêmes, dont nous avons per­du jusqu’au sou­ve­nir après qu’elles furent éra­di­quées par le per­ni­cieux nivè­le­ment de l’État social ! Ce type de poli­tique aurait un effet d’entrainement for­mi­dable et par­ti­ci­pe­raient à un enri­chis­se­ment accru d’une par­tie des élites, accrois­sant d’autant la diver­si­té au som­met de la hié­rar­chie sociale.

On le voit, il est pos­sible de pen­ser une diver­si­té ver­tueuse, à mille lieues de la bien­pen­sance gau­chiste de ceux qui pré­tendent qu’il faut se pré­oc­cu­per de digni­té, d’égalité et de justice. 

Vous savez main­te­nant pour qui voter !

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.