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Un œil noir te regarde

Blog - Anathème par Anathème

juin 2013

Les camé­ras de sécu­ri­té ont mon­tré leurs limites. Les cri­mi­no­logues avaient rai­son : elles pro­voquent un dépla­ce­ment de la délin­quance et n’œuvrent qu’à une pré­ven­tion mini­male, celle du pas­sage à l’acte dans leur champ de vision. Il n’est en outre rien de plus facile que de leur échap­per en por­tant un capu­chon ou un masque. Sans compter […]

Anathème

Les camé­ras de sécu­ri­té ont mon­tré leurs limites. Les cri­mi­no­logues avaient rai­son : elles pro­voquent un dépla­ce­ment de la délin­quance et n’œuvrent qu’à une pré­ven­tion mini­male, celle du pas­sage à l’acte dans leur champ de vision. Il n’est en outre rien de plus facile que de leur échap­per en por­tant un capu­chon ou un masque. Sans comp­ter que, bien sou­vent, il n’y a per­sonne devant l’écran et qu’il peut bien se pas­ser ce qu’on vou­dra, l’intervention aura lieu trop tard. Si elle a lieu.

L’on pour­rait envi­sa­ger de les mul­ti­plier pour en pla­cer à chaque coin de rue, mais elles seraient tou­jours pla­cées trop haut pour cer­tains faits et trop bas pour d’autres. Ou der­rière des obs­tacles. Et puis, com­bien de fenêtres d’habitations seraient dans leur axe ?

Les camé­ras ont mon­tré leurs limites, il faut l’admettre. Leurs jours sont comp­tés ; gageons que leur débou­lon­nage ne tar­de­ra plus. Faut-il pour autant perdre tout espoir de mai­tri­ser notre ter­ri­toire, de pro­té­ger l’innocent citoyen, de sau­ve­gar­der les inté­rêts de celui qui n’a (vrai­ment) rien à se repro­cher ? Certes non ! Il ne faut jamais bais­ser les bras devant le crime, ni le consi­dé­rer comme une fata­li­té. Il faut le pour­chas­ser sans trêve et sans fin jusqu’à ce qu’il ait été extir­pé du corps social.

Bien enten­du, le pro­fi­lage ADN d’un nombre tou­jours plus grand d’infracteurs et la mul­ti­pli­ca­tion des bra­ce­lets élec­tro­niques de toutes sortes porte l’espoir d’une socié­té enfin sous contrôle, mais il ne faut pas se leur­rer : il res­te­ra tou­jours de sour­nois ou impré­vi­sibles délin­quants qui jus­ti­fie­ront une sur­veillance moins ciblée.

Heu­reu­se­ment, la tech­no­lo­gie a pro­gres­sé au cours des der­nières années et les drones sont main­te­nant par­fai­te­ment au point. Diri­gés à des mil­liers de kilo­mètres du théâtre des opé­ra­tions, secon­dés par des outils infor­ma­ti­sés d’aide à la déci­sion et équi­pés d’une vaste pano­plie d’armes, ils se sont mon­trés d’une effi­ca­ci­té redou­table sur de mul­tiples ter­rains d’intervention.

Qu’on ne nous fasse pas dire ce que nous n’avons pas dit : nous ne son­geons pas à mili­ta­ri­ser nos villes. De même que la police est une armée civi­li­sée – ren­due civile – des drones civils peuvent déri­ver de leurs homo­logues militaires.

Dotés d’armes non létales, pilo­tés auto­ma­ti­que­ment par des centres de com­mande infor­ma­ti­sés, repris en main par des opé­ra­teurs humains en fonc­tion des néces­si­tés du moment (éva­luées par des modèles sta­tis­tiques), ils auraient tous les avan­tages. Légers, mul­ti­fonc­tion­nels, dis­crets, omni­pré­sents, capables de se glis­ser par­tout, à même de veiller à la sécu­ri­té civile (inon­da­tions, incen­dies, dégra­da­tion de bâti­ments, etc.) et pénale, ils sont les outils flexibles dont nous avons besoin.

Certes, l’investissement pour­rait être consi­dé­ré comme trop éle­vé pour nos com­munes. Mais il ne fait aucun doute que, moyen­nant un habile par­te­na­riat public-pri­vé, nous pour­rons nous en doter à moindre cout, notam­ment grâce à la délo­ca­li­sa­tion des opé­ra­teurs. Le bud­get des polices locales pour­rait éga­le­ment être mis à contri­bu­tion à la hau­teur de la réduc­tion d’effectif ren­dues pos­sibles. Sans comp­ter un autre effet posi­tif de ce recours à des centres de contrôle loin­tains : la mise à contri­bu­tion de l’immense expé­rience des Chi­nois en matière de main­tien de l’ordre.

On le voit, les pers­pec­tives sont ras­su­rantes. Il fau­dra cepen­dant veiller à rendre obli­ga­toire le main­tien d’une fenêtre ouverte dans chaque mai­son ou l’installation d’une dro­nière. Il ne fau­drait pas qu’une porte close puisse s’interposer entre le crime et les forces d’intervention.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.