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Tous managers, enfin !

Blog - Anathème par Anathème

octobre 2013

Ce n’était pas mar­rant de tou­jours devoir obéir. Aucune auto­no­mie. « Fais comme ça. Plus vite. Non, pas vers la gauche, vers la droite. On a étu­dié la ques­tion, c’est vers la droite. Voi­là. C’est bien. Je pas­se­rai véri­fier tout à l’heure que tu as tenu la cadence. » Ce n’était pas une vie d’être ouvrier, une machine humaine. […]

Anathème

Ce n’était pas mar­rant de tou­jours devoir obéir. Aucune auto­no­mie. « Fais comme ça. Plus vite. Non, pas vers la gauche, vers la droite. On a étu­dié la ques­tion, c’est vers la droite. Voi­là. C’est bien. Je pas­se­rai véri­fier tout à l’heure que tu as tenu la cadence. » Ce n’était pas une vie d’être ouvrier, une machine humaine. Infan­ti­li­sa­tion, direc­tion, répression.

Notez que ce n’était pas mieux d’être employé : 1000 tam­pons par jour, le tri du cour­rier à la main, la cor­vée des écri­tures, les dac­ty­lo­graphes dans un local à 95 dB, les cal­culs à la machine élec­trique, addi­tion­ner, sous­traire, toute la jour­née. Com­mis, com­mis prin­ci­pal, employé aux écri­tures, sous-chef de bureau, chef de bureau, chef de bureau prin­ci­pal, ça n’en finis­sait pas, et tou­jours, au-des­sus, un sur­chef pour com­man­der… l’enfer.

Remar­quez, com­man­der, ce n’était pas plus amu­sant. Ces abru­tis à qui il faut dire mille fois de tour­ner vers la droite, ce bétail qui ne com­prend pas les hautes exi­gences de la pro­duc­ti­vi­té tech­ni­cienne, ces débiles légers inca­pables d’arrêter trois minutes le bal­let des tam­pons pour écou­ter une consigne. Véri­fier, contrô­ler, don­ner des ins­truc­tions, amen­der les pro­cé­dures, rap­pe­ler à l’ordre, sanc­tion­ner, lut­ter. Tou­jours, lut­ter. Contre la bêtise, contre la mau­vaise volon­té, contre les syn­di­cats, contre les idées subversives.

Nul bon­heur en vue, ni d’un côté ni de l’autre du manche.

Heu­reu­se­ment, les choses ont chan­gé depuis. C’en est fini de la subor­di­na­tion, des tâches méca­ni­que­ment exé­cu­tées, des ordres pré­cis et des chefs tatillons. Main­te­nant, nous sommes tous auto­nomes, res­pon­sables, adultes, épa­nouis, aux com­mandes, à la manœuvre, debout sur le pont, le regard fixé sur l’horizon de nos objec­tifs per­son­nels et col­lec­tifs, la main droite sur le plan de mana­ge­ment, le pied gauche sur les condi­tions de tra­vail, la main gauche sur le plan stra­té­gique, le « Mana­ge­ment pour les nuls » sous le bras droit, le sou­rire aux lèvres, l’œil vif… Enfin, tout a changé.

Le mana­ger de rayon rem­plit les allées de vos maga­sins, le mana­ger hygiène veille à ce que les toi­lettes soient impec­cables quand vous vous y ren­dez. Le com­mu­ni­ty mana­ger fédère la com­mu­nau­té autour de votre marque ou de votre ser­vice, le mana­ger du déve­lop­pe­ment des res­sources humaines (aucun titre n’est trop long, jamais) réap­pro­vi­sionne les entre­prises en mana­gers de toutes sortes, assis­té d’un office mana­ger char­gé de mana­ger le cour­rier. Bien enten­du, l’assistance d’un coach de charge de tra­vail, d’un coach déve­lop­pe­ment per­son­nel ou d’un coach de mana­ge­ment d’équipe peut être une res­source pré­cieuse. Bien enten­du, vous pour­riez être déso­rien­té entre les faci­li­ties mana­ger, les mobi­li­ty mana­ger, les ser­vice desk mana­gers, les shop mana­gers, les area clea­ning mana­gers ou les deli­ve­ry mana­gers, mais, avec l’aide d’un mana­ge­ment mana­ger, vous devriez vous y retrouver.

Vous pour­riez éga­le­ment pen­ser, l’espace d’un ins­tant, qu’il ne s’agit fina­le­ment que de chauf­feurs, de net­toyeurs, de livreurs, de chefs d’ateliers, de res­pon­sables des expé­di­tions, de direc­teurs du per­son­nel ou de chefs de ser­vice infor­ma­tique. Une dis­cus­sion avec le mana­ge­ment coach vous remet­tra les idées en place. Il n’y a plus de chefs, de direc­teurs, de hié­rar­chie. Ou tant s’en faut. Nous par­ti­ci­pons tous à des pro­jets enthou­sias­mants de net­toyage des toi­lettes, d’envoi de colis, d’entretien des réseaux infor­ma­tiques, de réas­sor­ti­ment des rayons, de paie­ment et d’embauche du per­son­nel ou de fac­tu­ra­tion. Foin d’ordres et de contrôles, voi­ci l’ère de la res­pon­sa­bi­li­sa­tion ! Vous mana­gez votre domaine et vous en êtes heu­reux ? Vous devriez, en tout cas. Et il en va de même de l’ensemble de vos collègues.

Plus per­sonne ne donne d’ordre, cha­cun gère son domaine. Et cha­cun se démerde. Même si c’est impos­sible. Même s’il vous faut vous tuer à la tâche. Sinon c’est la porte.

L’épanouissement est à ce prix.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.