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Swissport and Co. ou « Comment faire le malin en société le samedi soir »

Blog - e-Mois - conflit social économie mobilité par Jean-Claude Willame

mai 2013

Je me per­met­trai de para­phra­ser ci-des­­sous la rubrique « Week End » — titre et inter­titres com­pris — d’un grand quo­ti­dien bruxel­lois pour trai­ter d’une affaire qui n’a pas été rete­nue dans les colonnes de cette rubrique et qui démontre à quel point la Bel­gique reste la terre du sur­réa­lisme. « Les faits » : Or donc, après des mois de récla­ma­tions, les tra­vailleurs qui […]

e-Mois

Je me per­met­trai de para­phra­ser ci-des­sous la rubrique « Week End » — titre et inter­titres com­pris — d’un grand quo­ti­dien bruxel­lois pour trai­ter d’une affaire qui n’a pas été rete­nue dans les colonnes de cette rubrique et qui démontre à quel point la Bel­gique reste la terre du surréalisme.

« Les faits »: Or donc, après des mois de récla­ma­tions, les tra­vailleurs qui déchargent les bagages pour une série de com­pa­gnies aériennes atter­ris­sant à Bruxelles-Natio­nal partent en grève : ils sont haras­sés par les cen­taines de kilos à débar­quer à deux tra­vailleurs par aéro­plane alors que nor­ma­le­ment il en fau­drait quatre. Il ne s’agit pas d’une grève sau­vage : un pré­avis a bien été lan­cé en bonne et due forme bien que la grève ait été lan­cée une semaine après son échéance. La direc­tion de Swis­sport-Bel­gique, dont le patron vient d’être incul­pé pour tra­fic d’influence lorsqu’il diri­geait l’aéroport de Char­le­roi Bruxelles-Sud, « conserve le bal­lon » en fai­sant savoir que, au début de la semaine pré­cé­dente, « on » s’était accor­dé sur une paix sociale de deux semaines « afin de don­ner toutes leurs chances aux négo­cia­tions », fina­le­ment repor­tées… à sep­tembre. Après trois jours et pen­dant que 20 000 valises se sont accu­mu­lées à Zaven­tem, un « pro­to­cole d’accord » est trou­vé qui est satis­fai­sant pour les non-manu­ten­tion­naires. « Il ne s’agit pas d’un accord idéal, mais il contient une série de pas dans la bonne direc­tion », lit-on sans plus de pré­ci­sions dans un com­mu­ni­qué com­mun des syn­di­cats. Il ne l’est cepen­dant nul­le­ment pour une majo­ri­té du per­son­nel ouvrier — plus d’un mil­lier — qui reste sur le car­reau avec ses reven­di­ca­tions et qui, furieuse, refuse de retour­ner au travail.

Il n’en faut pas plus pour que le grand patron de la mul­ti­na­tio­nale qu’est Swis­sport fasse le voyage de Zurich à Bruxelles (sans sa valise), s’entretienne avec les mécon­tents et, en moins d’une heure, ren­contre leurs griefs : les équipes de deux ouvriers sont sup­pri­mées, au maxi­mum 300 bagages seront char­gés par vol, annonce le Danois Per Utne­gaard qui recon­nait que « des fautes ont été com­mises » durant les négo­cia­tions. « C’est du jamais vu », expliquent des délé­gués syn­di­caux pas­sa­ble­ment gênés de s’être fait débor­der par leur base et le patro­nat. Il faut dire que la prin­ci­pale com­pa­gnie d’aviation qui uti­li­sait les ser­vices de Swis­sport, la Belge Brus­sels Air­lines, mena­çait de « rééva­luer » son contrat avec le baga­giste et qu’une « low cost » impor­tante, JetAir, était pas­sée quelques mois aupa­ra­vant au concur­rent, Avia Partner.

« Une opi­nion vite fait »: Élec­tions 2014 obligent, les poli­tiques se sont bien évi­dem­ment engouf­frés dans l’affaire. Si, du côté socia­liste (fla­mand), la ministre de l’Emploi s’est mon­trée effa­cée, l’«humaniste » secré­taire d’État à la mobi­li­té, Mel­chior Wathe­let Jr., a rou­lé des épaules. « Un accord est un accord », a‑t-il cla­mé plu­tôt vingt fois qu’une, en ordon­nant la sai­sie du maté­riel, l’interdiction de cer­tains accès aux tra­vailleurs et la menace d’actions judi­ciaires débou­chant sur des astreintes : sur le pla­teau de la RTBF, il n’a pas hési­té à men­tir en indui­sant que ses menaces avaient été prises après que la crise a été réso­lue par le grand patron de Swis­sport. Il est vrai qu’il était aiguillon­né par son libé­ral col­lègue, Charles Michel, pour qui il était plus que temps de recou­rir au « ser­vice mini­mum », sans jamais pou­voir expli­quer com­ment, dans ce cas pré­cis, on pour­rait pro­cé­der : char­ge­ment d’une valise sur deux, d’un aéro­plane sur deux, des valises bleues et pas rouges…?

« Le détail qui tue »: Lec­teurs, allez donc sur le site des trois syn­di­cats concer­nés par cette affaire, vous ne trou­ve­rez aucune infor­ma­tion sur ce qui semble ne jamais avoir exis­té. : Élec­tions 2014 obligent, les poli­tiques se sont bien évi­dem­ment engouf­frés dans l’affaire. Si, du côté socia­liste (fla­mand), la ministre de l’Emploi s’est mon­trée effa­cée, l’«humaniste » secré­taire d’État à la mobi­li­té, Mel­chior Wathe­let Jr., a rou­lé des épaules. « Un accord est un accord », a‑t-il cla­mé plu­tôt vingt fois qu’une, en ordon­nant la sai­sie du maté­riel, l’interdiction de cer­tains accès aux tra­vailleurs et la menace d’actions judi­ciaires débou­chant sur des astreintes : sur le pla­teau de la RTBF, il n’a pas hési­té à men­tir en indui­sant que ses menaces avaient été prises après que la crise a été réso­lue par le grand patron de Swis­sport. Il est vrai qu’il était aiguillon­né par son libé­ral col­lègue, Charles Michel, pour qui il était plus que temps de recou­rir au « ser­vice mini­mum », sans jamais pou­voir expli­quer com­ment, dans ce cas pré­cis, on pour­rait pro­cé­der : char­ge­ment d’une valise sur deux, d’un aéro­plane sur deux, des valises bleues et pas rouges…?

« Le détail qui tue »: Lec­teurs, allez donc sur le site des trois syn­di­cats concer­nés par cette affaire, vous ne trou­ve­rez aucune infor­ma­tion sur ce qui semble ne jamais avoir existé. 

Jean-Claude Willame


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