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Stéréotypes de genre… Mais quel genre de stéréotypes ?

Blog - Anathème par Anathème

février 2014

Comme l’annonçait Des­proges, face à l’impossibilité de faire une bonne guerre à l’étranger, le plus pru­dent reste de se haïr entre Fran­çais. Car rien ne vaut un bon conflit pour incul­quer des valeurs à notre belle jeu­nesse ! À cet effet, il sem­ble­rait que ce que la presse nomme « théo­rie du genre » soit le nou­vel outil de la France […]

Anathème

Comme l’annonçait Des­proges, face à l’impossibilité de faire une bonne guerre à l’étranger, le plus pru­dent reste de se haïr entre Fran­çais1. Car rien ne vaut un bon conflit pour incul­quer des valeurs à notre belle jeunesse !

À cet effet, il sem­ble­rait que ce que la presse nomme « théo­rie du genre » soit le nou­vel outil de la France qui aime se faire peur. Il faut ici saluer le carac­tère vision­naire de quelques acti­vistes régres­sifs. Ils ont en effet eu à cœur de pré­sen­ter comme un com­plot visant à la désexua­tion de la socié­té, une théo­rie qui, fon­da­men­ta­le­ment, explique par la construc­tion sociale une bonne par­tie des dif­fé­rences obser­vables entre les sexes.

Une cam­pagne de plus fut lan­cée, dont un des mots d’ordre était : « pas touche à mon sté­réo­type de genre » 2. Enfin, on réha­bi­li­tait les sté­réo­types de genre ! Il était plus que temps que l’on prenne la défense d’affirmations telles que « le rose, c’est pour les filles », « les gar­çons ne pleurent pas », « tu veux deve­nir gru­tière, t’es un mec ou quoi ? », « un gar­çon, ça ne fait pas de danse », « les fées, ce sont des filles » ou « il n’y avait pas de pira­tesses ». Car, en fin compte, quelle dif­fé­rence y a‑t-il entre l’affirmation qu’un homme peut pleu­rer en écou­tant le Requiem d’Albinoni et la pro­po­si­tion de son émas­cu­la­tion, je vous le demande ?

Cette cam­pagne culmi­na par une jour­née de mani­fes­ta­tions inti­tu­lée « Jour de colère ». Ce mou­ve­ment ren­con­tra un cer­tain suc­cès, aidée par des rumeurs de mise en place de leçons de mas­tur­ba­tion en mater­nelle et sui­vie de près par des cam­pagnes pré­ten­dant qu’on s’apprêterait à révé­ler à nos enfants que, sous leurs vête­ments, les gens sont nus (alors que cha­cun le sait qu’ils ne le sont que sous le verre des abribus).

Mais, cha­cun le sait, pour défendre des valeurs, il faut un chef. Le mou­ve­ment du « Prin­temps fran­çais » eut sa pas­sio­na­ria en la per­sonne de Fri­gide Bar­jot, cette époque est révo­lue et le risque était grand que le conser­va­teur s’étiole, pri­vé de toute figure cha­ris­ma­tique. Heu­reu­se­ment, une nou­velle pas­sio­na­ria est née : Béa­trice Bourges, qui a sou­te­nu le « Jour de colère ». Voi­là une femme prête à mou­rir pour s’opposer à la tyran­nie et à l’inacceptable ! Enfin, prête à mai­grir, puisqu’elle a fait 8 jours de grève de la faim suite au « Jour de colère », pour pro­tes­ter, non seule­ment contre le mariage entre per­sonnes de même sexe et la théo­rie du genre, mais éga­le­ment contre le fait qu’un pré­sident élu puisse mener une poli­tique conforme à ses orien­ta­tions poli­tiques. Un beau geste qui n’a mal­heu­reu­se­ment pas pro­vo­qué la démis­sion de Fran­çois Hol­lande, lequel confirme par là son mépris de la démocratie.

Mais hélas, mille fois hélas, voi­là le mou­ve­ment à nou­veau déca­pi­té. En effet, son mari se refu­sant à faire la cui­sine et le repas­sage – il est trop occu­pé par son bri­co­lage, le tuning de sa voi­ture et ses séances de mus­cu­la­tion – l’a rap­pe­lée à l’ordre. La dame a donc réin­té­gré sa cui­sine, place qui sied mieux à la déli­ca­tesse natu­relle d’une per­sonne du sexe faible, il faut le recon­naître. Ne lui jetons pas la pierre, que pou­vait-elle contre les sté­réo­types de genre ?

  1. Pierre Des­proges, « Com­ment déclen­cher poli­ment une bonne guerre civile », Manuel de savoir-faire à l’usage des rustres et des mal­po­lis (Paris : Seuil, 1981), 19 – 28.
  2. http://www.lamanifpourtous.fr/fr/on-lache-rien/kit-du-manifestant. Sans doute une sub­tile réfé­rence à la cam­pagne « touche pas à mon pote » qui avait été tant appré­ciée par ceux qui, aujourd’hui, militent pour la France de Jean-Pierre Pernaut.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.