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Soyons clairs !

Blog - Anathème - partis politiques Wallonie par Anathème

février 2017

Le scan­dale Publi­fin fait les choux gras de la presse depuis un moment, main­te­nant. Il a pro­vo­qué la démis­sion de Paul Fur­lan d’un de ses cinq man­dats (selon Cumu­leo), celle du conseil d’administration de Publi­fin, ou presque, celle du chef de cabi­net de Maxime Pré­vot des man­dats rému­né­rés qu’il cumu­lait et celle de Claude Par­men­tier de […]

Anathème

Le scan­dale Publi­fin fait les choux gras de la presse depuis un moment, main­te­nant. Il a pro­vo­qué la démis­sion de Paul Fur­lan d’un de ses cinq man­dats (selon Cumu­leo), celle du conseil d’administration de Publi­fin, ou presque, celle du chef de cabi­net de Maxime Pré­vot des man­dats rému­né­rés qu’il cumu­lait et celle de Claude Par­men­tier de son poste de chef de cabi­net adjoint du pré­ci­té Fur­lan. Il a aus­si, à n’en pas dou­ter, fait sai­gner le cœur de bien des socia­listes, pro­vo­qué l’indignation de nombre d’humanistes et le dégout pour la gabe­gie publique de hordes de libéraux.

Il a aus­si cau­sé une ava­lanche de décla­ra­tions empha­tiques sur le fait que, cette fois, c’est fini : on va net­toyer les écu­ries d’Augias, l’éthique va enfin triom­pher, les cumu­lards, c’est fini, etc.

Comme on pou­vait s’y attendre, ces réac­tions ont pro­vo­qué les sar­casmes de ceux qui, un peu faci­le­ment, font remar­quer que ce sont pré­ci­sé­ment ceux qui sont depuis des années aux com­mandes du sys­tème qui pro­mettent, demain, d’être ver­tueux. Cette cri­tique est fort injuste.

Il faut avant toute chose rele­ver que les réfor­ma­teurs auto­pro­cla­més sont des indi­vi­dus répu­tés pour leur prag­ma­tisme. N’ayant en vue que l’objectif qui leur est assi­gné, ils ne se laissent pas dis­traire par les ques­tions secon­daires. Capables de tendre tout entiers vers leur but, ils font montre d’une capa­ci­té extra­or­di­naire à l’abstraction : être membre du comi­té de vigi­lance de son par­ti et par­ti­ci­per au sys­tème Publi­fin, embau­cher un chef de cabi­net sans avoir aucune idée de ses acti­vi­tés annexes, faire cam­pagne sur le thème de la trans­pa­rence tout en émar­geant chez Publi­fin ? Tout leur est pos­sible. Ce n’est pas de l’aveuglement, c’est une foca­li­sa­tion sur leurs prio­ri­tés de l’instant : être vigi­lant au matin et sié­ger chez Publi­fin après-midi, embau­cher un chef cab com­pé­tent, rem­por­ter les élec­tions un jour, s’intégrer au monde des inter­com­mu­nales le len­de­main. On en vit même qui, tout parés qu’ils étaient de l’étiquette huma­niste et de l’exigence éthique ins­crite dans l’ADN de leur for­ma­tion, consi­dé­raient que la cri­tique de leur chef de cabi­net et de ses man­dats mul­tiples rele­vait du bashing. C’est dire leur capa­ci­té d’abstraction.

Dès lors, vous ima­gi­nez bien que ces gens sont par­fai­te­ment à même de tour­ner la page, d’oublier ins­tan­ta­né­ment le sys­tème qu’ils régen­taient pas plus tard qu’hier. N’ont-ils pas déjà fait la moi­tié du che­min en rever­sant à de bonnes œuvres l’argent qu’ils s’étaient appro­prié, que ce soit Viva For Life ou la Croix Rouge ?

Leur extra­or­di­naire sou­plesse n’est pas neuve : elle leur a per­mis de ser­vir l’intérêt géné­ral, par exemple d’être socia­listes tout en pri­va­ti­sant les entre­prises publiques et en lan­çant la chasse aux chô­meurs (même si c’est une demande des libé­raux, bien enten­du), ou encore de pro­mettre de refu­ser toute alliance gou­ver­ne­men­tale avec des natio­na­listes ou de faire bais­ser la TVA sur l’énergie à 6%, tout en fai­sant l’inverse quelque temps après. 

Tout ceci n’est-il pas du meilleur augure pour l’avenir ? Des gens dont la main droite ignore sys­té­ma­ti­que­ment ce que fait la gauche ne sont-ils pas pré­ci­sé­ment les per­sonnes dont nous avons besoin ? 

Certes, nous pour­rions nous fier à Éco­lo qui, de près ou de loin, n’a rien à se repro­cher dans ce domaine, mais vou­lons-nous réel­le­ment de ces poli­ti­ciens éthiques ? S’ils sont au pou­voir, qu’adviendra-t-il lorsque ce sera notre propre hypo­cri­sie qui sera sous le feu des pro­jec­teurs ? Nous sommes pré­oc­cu­pés de l’avenir de nos enfants, mais nous avons très envie de ce 4 x 4 dié­sel ? Nous com­pa­tis­sons à la dou­leur du peuple chi­nois, mais il faut recon­naitre qu’ils fabriquent des jouets bien meilleur mar­ché que les Alle­mands ? Nous sommes soli­daires des luttes des tra­vailleurs les plus faibles, mais nous ado­rons faire nos courses le dimanche, cal­me­ment ? Ne vont-ils pas nous rap­pe­ler à nos prin­cipes, invo­quer les consé­quences de nos actes, nous remé­mo­rer nos enga­ge­ments ? Pou­vons-nous sérieu­se­ment prendre ce risque ?

Il est bien plus sûr de faire confiance à ceux qui ont tou­jours tenu les rênes du pou­voir, tour­nant au gré du vent, se mon­trant pro­digues de décla­ra­tions empha­tiques et de ser­ments à la trou­blante sin­cé­ri­té. Lais­sons dès lors ce dos­sier aux pro­fes­sion­nels. Tout compte fait, notre sys­tème libé­ral – ne l’oublions pas – n’est-il pas lui-même fon­dé sur l’axiome selon lequel aucun prin­cipe ne vaut, seul le prag­ma­tisme le plus pur menant au bien commun ?

Alors, oui, renou­ve­lons le contrat de sous-trai­tance avec ces émi­nences poli­tiques et, dans une exem­plaire adop­tion des méthodes du pri­vé, sti­pu­lons dans la conven­tion que, cette fois, nous ne sou­hai­tons pas qu’ils se rému­nèrent pour un tra­vail inexis­tant, qu’ils cumulent hon­teu­se­ment, qu’ils puisent dans la caisse et qu’ils nous mentent.

Nous leur renou­ve­lions notre confiance alors que leurs pra­tiques étaient évi­dentes… Ils ne pou­vaient savoir que nous les désap­prou­vions. Nous n’avions pas été suf­fi­sam­ment clairs, voi­là tout. 

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.