Skip to main content
Lancer la vidéo

Retour de Srebrenica : entre négationnisme institutionnel et pragmatisme citoyen

- bosnie Europe genocide International politique srebrenica par Jean-Yves Donnay

juillet 2026

Le 11 juillet 2025, on commémorait le 30e anniversaire du génocide de Srebrenica. Pour l’occasion, nous sommes retournés dans cette ville de l’est de la Bosnie-Herzégovine, où 8372 Bosniaques ont été massacrés à l’été 1995 par les forces ethnonationalistes serbes. Trente ans plus tard, les populations serbes et bosniaques tentent de revivre ensemble alors même que la confrontation des mémoires n’a jamais été […]

Le 11 juillet 2025, on commémorait le 30e anniversaire du génocide de Srebrenica. Pour l’occasion, nous sommes retournés dans cette ville de l’est de la Bosnie-Herzégovine, où 8372 Bosniaques ont été massacrés à l’été 1995 par les forces ethnonationalistes serbes. Trente ans plus tard, les populations serbes et bosniaques tentent de revivre ensemble alors même que la confrontation des mémoires n’a jamais été si intense. Aussi, combattre le déni est aujourd’hui un enjeu majeur pour le peuple bosniaque. Alors que le génocide de Srebrenica ne semble pas s’être pleinement inscrit dans la mémoire populaire européenne, il nous a paru fondamental de revenir sur la pire exécution de civils en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale et de voir comment celle-ci façonne les sociétés de la région, mais également les subjectivités de leurs habitants.

De la fin de la Yougoslavie à la guerre en Bosnie-Herzégovine (BiH)

Fin des années 1980, la population de Srebrenica se répartissait à parts égales entre citoyens de nationalité bosniaque et serbe1. Partageant la même langue, ces deux groupes ethniques s’inscrivent dans une histoire multiséculaire faite, globalement, de relations de bon voisinage. Dans les années 1980, les mariages mixtes entre Serbes de tradition orthodoxe et Bosniaques de tradition musulmane n’avaient, par exemple, rien d’inhabituel à Srebrenica. 

En 1991, alors que les premières élections pluripartites en BiH consacrent les partis ethnonationalistes, nombre de communes de l’est du pays – où la population est depuis plusieurs siècles mélangée entre les différents groupes ethniques– sont remportées par le parti ethnonationaliste serbe. L’objectif de ce dernier, articulé à l’agenda politique de Belgrade, est la réalisation de la Grande Serbie, hypothétique État englobant toutes les zones peuplées de Serbes. En avril 1992, la BiH déclare son indépendance, le parti ethnonationaliste serbe y répond en Bosnie orientale par une campagne de “nettoyage ethnique” (expulsions, massacres, viols de femmes…) à l’endroit des non-Serbes, essentiellement les Bosniaques, la guerre en BiH (1992 – 1995) vient d’éclater. Alors qu’en juin 1992, l’est de la BiH est pratiquement “purifié” des éléments non serbes, la population bosniaque qui a survécu à cette première vague de nettoyage ethnique trouve refuge dans quelques enclaves en “territoire serbe” restées sous contrôle des forces ethnonationalistes bosniaques ; Srebrenica est l’une d’elles. Le 16 avril 1993, consciente que la population de Srebrenica court un grand danger, la communauté internationale y renforce la présence de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU) et proclame l’enclave, c’est-à-dire la ville et son hinterland, « zone de sécurité des Nations unies ». Chargée d’évaluer la situation sur place et de faire rapport, une mission de l’ONU y décrit un « génocide au ralenti » (slow-motion génocide)2 : : l’enclave est quotidiennement bombardée, la population – vidée des civils serbes, partis au début de la guerre – affamée. 

Juillet 1995 à Srebrenica : l’unique épisode génocidaire des guerres yougoslaves 

En 1995, alors que la fin de la guerre en BiH se profile sous la forme d’un abandon des enclaves bosniaques de l’est au profit d’une reprise de territoires à l’ouest par une coalition croato-bosniaque, les forces ethnonationalistes serbes lancent le 6 juillet une offensive contre l’enclave de Srebrenica. Lorsque la ville tombe entre leurs mains le 11 juillet, la population fuit dans deux directions. Les femmes, les enfants, les vieillards ainsi que les hommes non valides ou n’ayant pas souhaité abandonner leur famille partent vers Potočari, à six kilomètres au nord de la ville, où se trouve la principale base de la Force de protection des Nations unies. Depuis juin, l’abandon de la « zone de sécurité » avait été décidé par les responsables de la communauté internationale et la hiérarchie onusienne, écartant définitivement tout recours à des frappes aériennes de l’OTAN. Les Casques bleus du contingent hollandais Dutchbat III finissent par livrer, le 13 juillet, à l’armée de la République serbe de BiH, la Republika Srpska, la population ayant trouvé refuge dans la base. S’en suit un tri, directement supervisé par Ratko Mladić le commandant en chef de l’armée de cette entité politique3. Les 2500 hommes en âge de combattre sont acheminés en camion vers cinq sites principaux d’exécution où ils sont individuellement assassinés d’une balle dans la tête. Les femmes, les enfants et les vieillards sont déportés en bus jusqu’à la ligne de front de Kladanj, en territoire contrôlé par l’armée de la République de BiH. 

Quant aux hommes qui ne se sont pas rendus à Potočari, la plupart en réalité, ils cherchent à gagner par la forêt et la montagne le territoire libre, à 80 kilomètres au nord-ouest. Marchant en file indienne, ils sont 14.000 à tenter de franchir les lignes serbes, sous les tirs d’artillerie. Si la majorité d’entre eux arrivent à leurs fins, près de 6000 sont exécutés sur le trajet ou capturés et emmenés vers des sites d’exécution.

Perpétrés durant près d’une semaine, dans l’enclave et jusqu’à cinquante kilomètres alentour, ces assassinats de masse ont été qualifiés de génocide en 2007 par la Cour internationale de justice, saisie par la BiH contre la Serbie, et par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie dans plusieurs verdicts. 

Retour des Bosniaques à Srebrenica

Fin 1995, sous l’égide américaine, les accords de paix de Dayton4 mettent fin à la guerre en BiH et entérinent la politique génocidaire de la Republika Srpska (RS) en plaçant la commune de Srebrenica sous son administration. Tout en privilégiant l’ethnicité au détriment de la citoyenneté, ces accords ont cependant permis le droit au retour des réfugiés et déplacés dans leurs foyers d’origine, volonté affichée de “réversibilité” du nettoyage ethnique, même si le recensement de 2013, le dernier en date, confirme que relativement peu de déplacés et de réfugiés sont retournés dans leurs foyers. En raison de l’obstruction des autorités politiques des deux entités, il faut attendre fin 1998 pour disposer d’une législation permettant les retours dans des foyers se trouvant dans une entité contrôlée par un autre groupe ethnonational. C’est finalement en janvier 1999 que des femmes de Srebrenica, survivantes du génocide, sont autorisées par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à retourner pour la première fois à Srebrenica, pour quelques heures, sous la protection de la Force de stabilisation (SFOR) de l’OTAN.

Malgré les maisons brulées ou occupées par des Serbes eux-mêmes déplacés d’autres régions de BiH, malgré les multiples intimidations au retour, des Bosniaques sont peu à peu revenus vivre à Srebrenica à partir des années 2000. D’autres, en revanche, n’ont pas souhaité retourner habiter dans leur ville natale, craignant aujourd’hui encore d’être confrontés à leurs bourreaux. En effet, si les justices internationale et nationale ont condamné 54 personnes pour crimes commis à Srebrenica, ce ne seraient pas moins de 40.000 personnes qui auraient participé de près ou de loin au génocide5. Parce que la justice reste le meilleur moyen d’honorer les victimes et d’œuvrer à la paix entre les composantes de la population bosnienne, le génocide de Srebrenica continue de faire l’objet d’enquêtes, de mandats d’arrêt et de procès dans le cadre de la justice transitionnelle.

Négation du génocide en Republika Srpska

Élu sous les couleurs du parti ethnonationaliste de l’ancien président de la RS, Milorad Dodik, l’actuel maire de Srebrenica, Miloš Vučić, le cousin du président de la République de Serbie Aleksandar Vučić, répugne à utiliser le vocable de génocide pour parler des massacres de 1995. Représentant l’ensemble de la population de la municipalité, il ne s’est pas davantage rendu aux commémorations locales du 30e anniversaire du génocide. Comme partout ailleurs en RS, les autorités politiques refusent toujours de reconnaitre la nature génocidaire des évènements de l’été 1995, et cela malgré la pénalisation de la négation du génocide instaurée en 2021 par le Haut représentant international en BiH, Valentin Inzko.

En 2004, il y a bien eu un rapport adopté par le gouvernement de l’entité serbe de BiH qui : « indique sans aucun doute possible que des crimes de grande envergure ont été commis dans la région de Srebrenica en juillet 1995, en violation grave du droit humanitaire international ». Une qualification qui acte la réalité des massacres sans toutefois en reconnaitre la nature génocidaire. En 2018, l’Assemblée nationale de la RS a cependant annulé l’approbation de ce rapport qui ouvrait la voie à une responsabilité institutionnelle de l’entité. S’en est suivie, en 2019,  la nomination par le gouvernement de l’entité serbe de BiH de la Commission G. Greif dont le rapport sur les évènements de Srebrenica contredit les jugements rendus par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et la Cour internationale de justice : la qualification juridique de génocide n’y est pas retenue. Approuvé par la RS, le rapport Greif a depuis lors été intégré dans les discours des responsables politiques de l’entité, à tous les niveaux de pouvoir.

Cette réécriture de l’histoire par les autorités politiques de l’entité serbe de BiH illustre l’étape finale du processus génocidaire théorisé par G. H. Stanton : le déni6. Dans le cas de Srebrenica, la négation du crime a débuté quand les autorités de la RS ont pris conscience qu’il y aurait enquête internationale sur un tel évènement. Ainsi, en septembre 1995, elles se sont lancées – avec l’aide d’entreprises et de personnalités civiles serbes – dans des actions visant à camoufler les traces des crimes commis. Les charniers dans lesquels les Bosniaques exécutés avaient été enterrés, c’est-à-dire des fosses communes primaires, ont été rouverts. Exhumés, les cadavres ont été réinhumés dans des fosses communes secondaires – plus tard dans des fosses communes tertiaires, parfois même quaternaires – généralement disséminées sur la ligne de front, les génocidaires souhaitant accréditer l’idée que les Bosniaques étaient tombés au combat.

La négation du génocide des Bosniaques a par ailleurs été intégrée dans le système scolaire de la RS. À la fin du premier mandat de la présidence Dodik (2010 – 2018), les manuels d’histoire ont été expurgés de toute référence au massacre des Bosniaques (le mot génocide n’ayant jamais été utilisé par la RS). Aussi, au siège de Sarajevo, la guerre de BiH y est présentée comme une guerre civile et non comme une guerre politique contre des civils. Plus généralement, ce sont les différentes entités du pays qui peinent à proposer une interprétation commune des faits historiques. Les élèves sont confrontés à des historiographies différentes selon qu’ils sont scolarisés en RS ou en Fédération croato-bosniaque, et à l’intérieur de cette dernière selon que le canton est à majorité croate ou bosniaque.

Au-delà de son institutionnalisation dans les plus hautes structures politiques de la RS, la négation du génocide des Bosniaques prend d’autres formes. Sur le territoire de l’entité, il en est ainsi de la glorification des criminels de guerre bosno-serbes. Prenons l’exemple d’un Bosniaque de la diaspora qui souhaiterait se rendre par la route de Munich, en Allemagne, à Tuzla la grande ville industrielle de la Fédération croato-bosniaque, où vit sa maman, survivante du génocide de Srebrenica. S’il souhaite emprunter le chemin le plus rapide, il n’aura d’autre choix que de rentrer un peu plus tard en RS où l’accueillera une énorme fresque murale à la gloire de Ratko Mladić, l’ancien commandant en chef de l’armée de la RS, reconnu coupable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. De même, dans la ville natale de ce dernier, Kalinovik, toujours en RS, là où on a retrouvé la dernière fosse commune secondaire, à 200 kilomètres de Srebrenica, un panneau de près de quatre mètres de hauteur le représente en uniforme faisant le salut militaire. Jalonnant le paysage de l’entité serbe de BiH, les dispositifs à la gloire des criminels de guerre bosno-serbes – fresques, panneaux, statues, plaques commémoratives – sont concomitamment des dispositifs de “retraumatisation” des survivants du génocide. Leur fonction sociale ? Signifier aux Bosniaques que leur installation en RS n’est pas souhaitée.

» À lire également : « Pour une Europe solidaire » : se mobiliser contre la guerre en Bosnie-Herzégovine, vingt-cinq ans plus tard

Serbes et Bosniaques aujourd’hui à Srebrenica

Au-delà de ce déni qui sévit officiellement en RS, comment Serbes et Bosniaques cohabitent-ils aujourd’hui à Srebrenica ? D’emblée, il s’agit de distinguer le temps politique du temps citoyen, les dirigeants des populations. Depuis les premières élections démocratiques en 1991, les partis politiques ethnonationalistes – serbes, bosniaques ou croates – règnent en maitre sur la BiH. Dès lors que les accords de Dayton ont pris pour garants de la paix les formations politiques qui ont fait la guerre, ces dernières avaient tout intérêt au maintien de fortes tensions entre les différents groupes ethnonationaux. Dans la population toutefois, les trois communautés nationales cohabitent au quotidien sans grandes difficultés depuis au moins deux décennies.

Sans perdre de vue que ces groupes sont des blocs hétérogènes au sein desquels la dissidence peut exister, il faut cependant souligner les provocations auxquelles se livrent certains Serbes chaque 11 juillet à Srebrenica. Jour de la chute de la ville en 1995, le 11 juillet est commémoré depuis 2002 au Mémorial du génocide, à Potocari. Pour les Serbes nostalgiques de l’armée de Ratko Mladic, le 11 juillet est quant à lui publiquement proclamé « jour de la libération de Srebrenica ». Dans le centre de la municipalité, sur la vitre d’un bâtiment au logo de la RS, ce slogan voisine avec un autre : « merci à l’armée de la Republika Srpska ». L’affiche représente le territoire de la RS, sous le portrait de Vladimir Poutine, cravaté. L’affiche annonce également une cérémonie à Bratunac, haut lieu du nationalisme serbe contemporain, à dix kilomètres au nord de Srebrenica, où se trouvait en 1995 le quartier général de l’armée de la RS et où de nombreux civils furent assassinés les 12 et 13 juillet 1995 au sein de l’école Vuk Karazic. 

Cette perception du 11 juillet s’inscrit dans la droite ligne de ce que Ratko Mladić, commandant en chef de l’armée de la RS, déclara lors de la prise de la ville : « Enfin, après la rébellion contre les Dahis, l’heure a sonné de se venger des Turcs dans cette région »7. Protégés par les autorités politiques de RS, certains membres du clergé orthodoxe participent à ces “commémorations annuelles“8. Précisons que, dans les années 1980 et 1990 l’Église orthodoxe serbe a joué un rôle central dans la résurgence de l’ethnonationalisme serbe, banni sous Tito. Associés à la vie politique, les hiérarques nationalistes les plus outranciers sont allés jusqu’à légitimer le nettoyage ethnique des non-Serbes9, justifiant leur positionnement à l’aune d’évènements survenus pendant la Seconde Guerre mondiale. Étant donné que les Serbes avaient été massacrés à grande échelle par les oustachis de l’État indépendant croate (1941 – 1945) avec le concours de troupes bosniaques, il était dorénavant de leur devoir de prendre les armes pour prévenir ce qu’ils appelaient un “nouveau génocide”.

Malgré ces provocations, les relations quotidiennes entre Serbes et Bosniaques sont aujourd’hui normalisées à Srebrenica. Dans un esprit de concorde, les membres de ces deux groupes ethnonationaux travaillent côte à côte dans les services publics comme dans les entreprises privées de la municipalité. Une voix résiliente et pacifiste est celle de Muhizin Omerović, personnage bien connu dans la région, que nous avons rencontré. Dirigeant les services techniques de la municipalité de Srebrenica depuis 2007, il a survécu à la « marche de la mort » qui poussa des milliers d’hommes, le 11 juillet 1995, à fuir l’enclave par la forêt. Revenu vivre à Srebrenica en 2005 après un exil en Suisse où il apprend le français et à Téhéran où il se forme à la théologie chiite, son antinationalisme rompt avec la rhétorique des partis politiques au pouvoir en BiH : « Mes collègues à la mairie se sont battus dans l’armée des Serbes de Bosnie, mais on sait vivre ensemble maintenant, entre simples citoyens. Il y a beaucoup de familles bien ici. On est du même peuple, mais avec des religions différentes »10. Les générations qui n’ont pas connu la guerre tiennent également à jouer un rôle dans la construction des relations entre les différents groupes ethnonationaux. C’est le cas de l’ONG Adopt Srebrenica au sein de laquelle Serbes et Bosniaques œuvrent, par exemple, à la découverte du passé socialiste de la ville, à l’image des New Yugoslav Studies qui repensent l’héritage yougoslave au-delà des récits d’effondrement.

Après la fin du système à parti unique en Yougoslavie, les différents partis politiques bosniens, puis les accords de paix de 1995, ont fait jouer un rôle important à l’ethnicité dans la catégorisation de la population. Or, historiquement, l’ethnicité n’a jamais été une composante essentielle des relations sociales en BiH. À Srebrenica, c’est aujourd’hui la question sociale qui relègue l’ethnicité au second plan. Au-delà de toute définition ethnique, les citoyens de la ville sont fondamentalement unis par une situation économique catastrophique : taux de chômage de 50 % et émigration des jeunes générations sont deux indicateurs visiblement corrélés. Autrefois, prospère grâce à ses mines d’argent (srebro en serbo-croate) et à son thermalisme qui attirait des curistes de toute la Yougoslavie jusqu’à Tito lui-même, Srebrenica est aujourd’hui économiquement sinistrée, les deux principaux employeurs étant la municipalité et le Mémorial du génocide, autre institution publique. Bien que Srebrenica soit la commune de BiH qui ait attiré le plus de donations internationales, elle reste exsangue alors que les fonds ont été captés par les partis politiques ethnonationalistes, au pouvoir depuis 1991 en BiH. 

Perspectives commémoratives

Parmi les dispositifs de mémorialisation du génocide se tiendra le 11 juillet 2026 la prochaine « Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide de 1995 à Srebrenica »11. Dans la région de Srebrenica, comme de coutume depuis 2005, une Marche pour la paix sera organisée du 8 au 10 juillet : en sens inverse, elle empruntera le trajet des Bosniaques ayant tenté de fuir Srebrenica par la forêt le 11 juillet 1995. En Belgique, depuis juillet 2025, une plaque commémorative sise rue de Bosnie à Saint-Gilles rappelle le génocide.

  1. Dans la République socialiste fédérative de Yougoslavie (1945 – 1992) comme dans tous les pays de l’ancienne Yougoslavie, la nationalité est une qualité personnelle librement déclarée lors des recensements. En revanche, la citoyenneté est commune à l’ensemble des personnes vivant dans une même entité politique.
  2. ONU, Conseil de sécurité, Rapport de la mission du Conseil de sécurité créée en application de la résolution 819 (1993), 30 avril 1993, doc. ONU S/25700.
  3. Cette séquence, du 11 au 13 juillet 1995, au sein et à proximité de la base de la FORPRONU, fait l’objet de la quasi-totalité du très réaliste film de Jasmila Žbanić, La voix d’Aïda (2020).
  4. L’annexe de ces accords divise le pays en deux entités politiques organisées sur une base ethno-territoriale : la Fédération croato-bosniaque, subdivisée en cantons, contrôlant 51 % du territoire et peuplée majoritairement de Bosniaques et de Croates, et la République serbe de BiH (Republika Srpska), contrôlant 49 % du territoire et peuplée majoritairement de Serbes.
  5. oir Arnaud Vaulerin, « En Bosnie, le temps de la justice prendra encore quelques décennies », Libération, 7 juillet 2025, p. 5. L’auteur reprend les chiffres de l’Institut de recherche sur les crimes contre l’humanité et le droit international de l’université de Sarajevo.
  6. Gregory Stanton, The Ten Stages of Genocide, Genocide Watch, 2012 (1996).
  7. L’appellation « Turcs » est un ethnonyme exogène utilisé pendant la guerre de BIH par les forces ethno-nationalistes serbes pour désigner les Bosniaques. Avec la conquête ottomane de la Bosnie (1463), une partie de l’élite locale se convertit à l’islam, conservant ainsi terres et privilèges. Pour l’idéologie ethno-nationaliste serbe des années 1990, les Bosniaques restaient marqués par l’infamie de cet ancien compromis.
  8. Voir Jean-Baptiste Chastand, « À Srebrenica, le « cercle vicieux » du déni », Le Monde, 11 juillet 2025, p. 2.
  9. Voir Jean-Arnault Dérens, Géopolitique de l’orthodoxie. De Byzance à la guerre en Ukraine, Paris, Tallandier, 2025, p. 187 – 216.
  10. Arnaud Vaulerin, « En Bosnie, le temps de la justice… », art. cit., p. 5.
  11. Résolution 78/282 de l’Assemblée générale des Nations unies, 23 mai 2024.

Jean-Yves Donnay


Auteur

Jean-Yves Donnay est sociologue, professeur à la Haute École Francisco Ferrer (Bruxelles). Après avoir consacré une série de travaux aux politiques de santé mentale et à l’enseignement technique, il s’intéresse actuellement aux relations Églises-État et à l'expérience sociale de personnes en fin de vie. Il est titulaire de plusieurs certificats universitaires dans les domaines des relations interethniques et de la religion.
La Revue Nouvelle
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.