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Puisqu’il faut en finir

Blog - Anathème - libéralisme socialisme par Anathème

mai 2015

Il n’est rien de pire que de se perdre soi-même. C’est cer­tai­ne­ment ce que doit se dire Elio Di Rupo en chaus­sant à nou­veau ses cha­ren­taises gau­chistes. Lui, le Gavroche borain, l’homme du peuple, simple, mal dégros­si, heu­reux par­mi les gens simples, dans son élé­ment lorsqu’il s’agit de haran­guer les alcoo­liques et les syn­di­ca­listes sur une table de la Mai­son du Peuple, lui qui gran­dit dans les récits de luttes ouvrières, de coups de main contre la maré­chaus­sée, lui qui eut pour seul décor un papier peint défraî­chi et le calen­drier de la poste et pour repas du dimanche, la polen­ta del­la mam­ma… cet homme simple, presque rustre, comme il a dû souf­frir sous le har­nais doré du Royaume, lorsque, pre­mier ministre, il devait, pour le bien de la patrie, pour don­ner un futur à l’État belge, coha­bi­ter avec ces libé­raux qu’il hait et que, tant de fois, il rêva de pendre avec leurs tripes au châs­sis à molette d’un charbonnage.

Anathème

Comme il a dû souf­frir de devoir s’en prendre aux plus faibles, de cou­per les vivres aux chô­meurs, de mettre sous pres­sion les allo­ca­taires sociaux, de dérou­ler le tapis rouge aux mul­ti­na­tio­nales, de relayer des dis­cours sur les néces­si­tés de la crois­sance, de se cou­cher face aux exi­gences d’un mar­ché de l’emploi flexible et d’une éco­no­mie au ser­vice des action­naires plu­tôt que de la socié­té ! Quelle agonie !

Com­ment put-il, le soir, four­bu d’avoir pas­sé la jour­née à étran­gler le peuple, sup­por­ter le poids de ses rêves révo­lu­tion­naires déçus ?

Aus­si est-ce une joie de le voir aujourd’hui revivre, le che­veu brillant, le nœud papillon droit, le verbe haut. Son cœur saigne, il s’indigne, il s’emporte, il pro­met la retraite à vingt-cinq ans, des allo­ca­tions pour tous, le retour du cœur, l’humain au centre, le saut d’index au feu, les patrons au milieu, les syn­di­cats au pou­voir et, sur les bar­ri­cades, un peuple heu­reux de retrou­ver sa digni­té. Enfin débar­ras­sé des fas­cistes qui le tenaient en joue, le voi­là rede­ve­nu ce frin­gant vision­naire, cet infa­ti­gable combattant.

Mais que vou­lons-nous, nous qui tenons son des­tin élec­to­ral en main ? Le voir replon­ger ? Le rendre à ses ravis­seurs ? Lui impo­ser à nou­veau le joug d’un ultra­li­bé­ra­lisme qui, n’en dou­tons pas, fini­ra par nous le tuer ? Certes non ! Lais­sons-le vivre ses rêves, faire ce qu’il sait si bien faire : pro­mettre la révo­lu­tion et le règne de l’humanité. Ne votons plus pour lui.

Pen­dant ce temps, au 16, Charles Michel semble si bien ins­tal­lé, lui qui, issu d’un éle­vage de cham­pions, pas­sa méri­to­cra­ti­que­ment sa vie à voler de stra­pon­tin en por­te­feuille, sous le regard bien­veillant de son père. Ne le voit-on pas heu­reux, lui qui ne pré­ten­dit jamais avoir la moindre inten­tion d’améliorer le monde, lui dont il fut tou­jours clair qu’il nous pro­met­tait une sou­riante bru­ta­li­té, une cau­te­leuse vio­lence, un bien­veillant mépris, lui dont per­sonne ne peut ima­gi­ner qu’il soit capable, à part de por­ter un cos­tume, de faire autre chose que de ser­vir la soupe aux puis­sants qu’il sert, ne le voit-on pas radieux ? Il nous asser­vit aus­si sûre­ment qu’Elio, au fond, il creuse notre tombe avec la même ardeur, il nous mène aus­si inévi­ta­ble­ment à l’abattoir, mais au moins n’avons-nous pas la dou­leur, avant que d’en finir, de le voir souf­frir le mar­tyr ; comme si, à notre néces­saire tré­pas, devaient s’ajouter les remords du bourreau…

Aus­si tout est-il pour le mieux, main­te­nant, dans le meilleur des mondes imaginables.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.