Skip to main content
logo
Lancer la vidéo

Publifin ou la haine du succès

Blog - Anathème - entreprise libéralisme partis politiques par John Common Jr.

janvier 2017

À l’heure de la démis­sion de Paul Fur­lant, le Dr. John Com­mon Jr. nous a fait par­ve­nir ce texte… Je reve­nais d’un haras­sant audit des hub fron­ta­liers aus­tra­liens en Papoua­sie Nou­­velle-Gui­­née. Le lec­teur aura peut-être pris connais­sance d’un récent article de Drieu Gode­fri­di encen­sant ces centres de tri des réfu­giés — Drieu pro­fite fort à pro­pos de la mon­tée du […]

Anathème

À l’heure de la démis­sion de Paul Fur­lant, le Dr. John Com­mon Jr. nous a fait par­ve­nir ce texte…

Je reve­nais d’un haras­sant audit des hub fron­ta­liers aus­tra­liens en Papoua­sie Nou­velle-Gui­née. Le lec­teur aura peut-être pris connais­sance d’un récent article de Drieu Gode­fri­di encen­sant ces centres de tri des réfu­giés — Drieu pro­fite fort à pro­pos de la mon­tée du popu­lisme d’extrême droite, à la manière de son men­tor Frie­drich Hayek à l’époque du coup d’État de Pino­chet. Épui­sé tant par le nombre d’entretiens que j’ai dû faire mener par mes assis­tants que par le poids sym­bo­lique de ma tâche d’évaluation, je me repo­sais quelques ins­tants dans le Dia­mond Lounge du Brus­sels Air­port. Mon atten­tion fut sou­dain atti­rée par la « une » d’un quo­ti­dien fran­co­phone annon­çant « un séisme poli­tique ». Je sup­po­sai de prime abord que le quo­ti­dien fai­sait réfé­rence à l’arrivée du si entre­pre­nant Donald Trump à la Mai­son Blanche, arri­vée qui a fait déjà pleu­voir les cri­tiques acerbes des gratte-papiers gau­chistes. Je me détrom­pai illi­co à la lec­ture du cha­peau : celui-ci annon­çait en effet une salve de ques­tions adres­sées à… Paul Fur­lan, un ministre wal­lon — donc membre d’un gou­ver­ne­ment pro­to­key­né­sien et cryp­to­marxiste oppo­sé au CETA, mais pas au libre-échange. 

Par­tant, il est vrai, d’un a prio­ri néga­tif sur le per­son­nage, je décou­vris non sans stu­peur qu’on lui repro­chait de n’avoir pas été suf­fi­sam­ment « conscient » de ce que son chef de cabi­net adjoint par­ti­ci­pait à un mon­tage entre­pre­neu­rial. Notons que ce mon­tage ne lui assu­rait que des rému­né­ra­tions au mon­tant sym­bo­lique — voi­là qui est pré­vi­sible pour qui connait l’avarice des Euro­péens lorsqu’il s’agit de rému­né­rer le talent de leurs élites. J’en res­tai bouche bée : pour une fois qu’un membre du PS belge fran­co­phone fait ce qu’on est en droit d’attendre de lui, le voi­là pas­sé sur le gril, sou­mis à un véri­table pro­cès popu­laire ! Qu’a‑t-il fait, fina­le­ment, ce brave homme ? Il s’est sim­ple­ment abs­te­nu de four­rer l’État là où il n’a rien à faire : dans les affaires des déci­deurs entrepreneuriaux. 

Ah, mais je les entends déjà, ces voix toxiques des néo­marxistes : « une inter­com­mu­nale n’est pas une entre­prise ». C’est pré­ci­sé­ment là que réside le génie des man­da­taires lié­geois : ils réa­li­saient un pur rêve libé­ral. Ce petit groupe d’innovateurs a trans­for­mé un ser­vice public en une socié­té aus­si lucra­tive que com­pé­ti­tive, tout en rému­né­rant équi­ta­ble­ment les apports en capi­taux (sociaux, cultu­rels ou politiques). 

Nous n’avons pour­tant vu per­sonne sou­li­gner à quel point les archi­tectes de ce beau pro­jet sont des ortho­doxes du libé­ra­lisme éco­no­mique tel qu’il se déve­loppe depuis Fried­man, Hayek et Becker — pour ne citer qu’eux. Repla­çant, dans la grande tra­di­tion libé­rale, l’appât du gain comme moteur de toute entre­prise humaine, ils ont réus­si à déployer un ensemble de socié­tés inter­con­nec­tées qui n’a rien à envier aux superbes mon­tages qui firent les beaux jours de la Sili­con Val­ley juste après le pas­sage du Bayh Dole Act sur la pro­prié­té intel­lec­tuelle de 1980. 

Et, comme à l’époque, les sec­teurs visés par ce mon­tage sont choi­sis par­mi les domaines d’avenir : médias et télé­com­mu­ni­ca­tions, dis­tri­bu­tion éner­gé­tique, pro­duc­tion éner­gé­tique. Avec un ratio de sol­va­bi­li­té de 63,04% garan­ti par les ins­ti­tu­tions publiques, Publi­fin est de fait une socié­té moderne, bien gérée, qui a pu sur­fer avec pro­fit sur la libé­ra­li­sa­tion de l’énergie. Mieux encore, elle s’inscrit réso­lu­ment dans une optique de par­te­na­riat dyna­mique avec le pri­vé, puisque dans le sché­ma du mon­tage Nethys, elle per­met au pri­vé de tirer un béné­fice impor­tant tout en se repo­sant sur les garan­ties appor­tées par les par­te­naires publics. 

Ce rap­pro­che­ment a eu une influence évi­dente sur la manière dont les ges­tion­naires publics ont envi­sa­gé leur rôle, les pous­sant à adop­ter une véri­table atti­tude d’entrepreneurs, de ceux qui voient grand et large. Disons-le clai­re­ment : si aujourd’hui les entre­pre­neurs mil­liar­daires amé­ri­cains sont obli­gés de s’imposer direc­te­ment aux com­mandes du pays, c’est pré­ci­sé­ment parce que, chez eux, les poli­tiques ont été trop peu nom­breux à suivre cet excellent exemple lié­geois et à — enfin — inté­grer com­plè­te­ment le modèle de l’entrepreneur qui gagne. 

Et puis regar­dez ces choix d’investissement au tra­vers des prises de par­ti­ci­pa­tion : du génie, vous dis-je ! Inte­grale, par exemple : un assu­reur spé­cia­li­sé dans l’assurance-vie et en par­ti­cu­lier dans les pen­sions com­plé­men­taires de groupe, outil clé de la décons­truc­tion de l’État-providence. Nethys a aus­si per­mis de conso­li­der des méca­nismes de cré­dit per­met­tant de créer de la crois­sance dans une région où le chô­mage est au plus haut, en contri­buant par son apport à déve­lop­per la SA « Tra­vailleur chez lui », spé­cia­liste du cré­dit hypo­thé­caire et du cré­dit à la consom­ma­tion « social » — c’est-à-dire à taux très faible. Il en faut, du génie, pour inci­ter les pauvres à oser sau­ter le pas de l’emprunt et de la pro­prié­té pri­vée — et donc de la prise de risques !

Pour par­faire le tout, les man­da­taires en ques­tion n’ont pas hési­té à s’impliquer per­son­nel­le­ment dans l’affaire, en pre­nant des par­ti­ci­pa­tions en leur nom propre, ce qui est à n’en pas dou­ter la preuve d’un esprit d’entreprendre hors du com­mun. Mieux encore, ils ont garan­ti un sou­tien actif à leur grand pro­jet en per­met­tant à des per­son­na­li­tés hors pair de le rejoindre, ne fût-ce qu’à titre sym­bo­lique, pour mieux le conso­li­der. Mais que se passe-t-il donc en Bel­gique pour qu’une fois encore, plu­tôt que de leur décer­ner des lau­riers, on traine dans la boue ces ver­tueux ser­vi­teurs des prin­cipes qui ont gui­dé la pri­va­ti­sa­tion du sec­teur éner­gé­tique ? Ne pou­vait-on recon­naitre l’évidence, à savoir qu’ils par­ache­vaient l’œuvre entre­prise voi­ci des années et que pour­suivent encore aujourd’hui l’ensemble des gou­ver­ne­ments en place en Belgique ? 

On ne peut que regret­ter le silence des intel­lec­tuels orga­niques du libé­ra­lisme belge, que nous avions connus plus cou­ra­geux. Osons le dire : ce à quoi nous sommes confron­tés, aujourd’hui, c’est à une véri­table défer­lante de haine contre le suc­cès. Réveillons-nous ! Rap­pe­lons à tout ce petit monde, et notam­ment à ces jour­na­listes bibe­ron­nés au bol­ché­visme uni­ver­si­taire, ce que signi­fient concrè­te­ment l’esprit d’entreprendre, le par­te­na­riat public-pri­vé et le mar­ché ! Est-ce le moment de faire la fine bouche alors que nous tou­chons au but fixé il y a bien long­temps par deux grands vision­naires : la baronne That­cher et le pré­sident Reagan ? 

John Common Jr.


Auteur

John Common Jr. est Docteur en Sociologie. Auteur de nombreux articles à haut impact factor, il a donné de nombreux cours en tant que professeur invité dans les plus grandes universités globales. Ses recherches portent essentiellement sur les méthodes de sociologie économique quantitative, la sociométrologie et la psychosociologie numérique