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Persiste et signe

Blog - Anathème par Anathème

mai 2013

Ils ont par­fai­te­ment rai­son, nos bien­fai­teurs en poli­tique : nous n’attendons qu’un signe. « Il suf­fi­ra d’un signe, un matin » disait le chan­teur (je n’ose par­ler de poète). Il avait rai­son. Que dire alors d’un flot inces­sant de signes, se bous­cu­lant, se rem­pla­çant, s’annihilant en une débauche sym­bo­lique insen­sée ? Qui pour­rait nier le bien que cela fait, […]

Anathème

Ils ont par­fai­te­ment rai­son, nos bien­fai­teurs en poli­tique : nous n’attendons qu’un signe. « Il suf­fi­ra d’un signe, un matin » disait le chan­teur (je n’ose par­ler de poète). Il avait rai­son. Que dire alors d’un flot inces­sant de signes, se bous­cu­lant, se rem­pla­çant, s’annihilant en une débauche sym­bo­lique insen­sée ? Qui pour­rait nier le bien que cela fait, aux vic­times, aux citoyens, aux mar­chés, aux inves­tis­seurs, aux élec­teurs, aux auto­ri­tés inter­na­tio­nales, aux dic­ta­teurs, un signe ? Rien de tel qu’un signe, nous n’attendons plus rien d’autre de la vie, de la poli­tique, de la science, de l’homme.

Ils ont dou­ble­ment rai­son lorsqu’en plus de pro­duire du signe comme vache qui pisse, ils posent les bases de la future police du signe. Parce qu’il faut à tout prix évi­ter que le signe se gal­vaude, ou que les enne­mis de notre si par­faite démo­cra­tie puissent user de notre bon­té et de notre tolé­rance pour émettre des signes concur­rents et néfastes. On ne badine pas avec les signes et il ne fau­drait pas que de mal­in­ten­tion­nés indi­vi­dus dis­traient le citoyen hon­nête des émis­sions sym­bo­liques offi­cielles ou dument autorisées.

Il faut donc régir le signe. Ban­nis, dès lors, les signes reli­gieux. De l’école. Des admi­nis­tra­tions. De l’espace public. Du débat public. Quoi encore ? Tout signe convic­tion­nel ! Car la reli­gion n’est qu’une convic­tion par­mi d’autres. Rien ne tue en effet plus sûre­ment que des convic­tions, sauf celles de notre pure­té et de notre supé­rio­ri­té. Rien n’encombre plus nui­si­ble­ment notre espace public que les signes pro­duits par les dan­ge­reux adeptes d’un quel­conque sens de la vie. Et puisqu’on ne peut inter­dire l’idée ni la croyance, que l’on en inter­dise l’expression. L’homme est un indi­vi­du, il ne doit pas être auto­ri­sé à com­mu­ni­quer à ses sem­blables le fruit de ses cogi­ta­tions. Et si la com­mu­ni­ca­tion de sym­boles ne peut être pro­hi­bée dans la sphère pri­vée, qu’elle le soit en public, en groupe ou en pré­sence d’enfants. Et que ne tremble pas notre main au moment de tran­cher le membre gangréné !

Nous sui­vons la juste voie et, j’en suis sûr, il est proche le temps où nos esprits et notre espace public seront débar­ras­sés de tout signe nui­sible, enfin par­fai­te­ment dis­po­nibles pour les bons signes, ceux de nos sau­veurs média­ti­co­po­li­tiques, et de leurs gra­cieux spon­sors. Mais oui, vous savez, ceux qui décorent si joli­ment notre espace public et inves­tissent si ami­ca­le­ment l’esprit de nos enfants de leurs invi­ta­tions à la jouis­sance consu­mé­riste, à l’étourdissement dépen­sier et à l’épanouissement possessif.

Le sens de la vie, le vrai. En 20 mètres car­rés sur les murs d’une ville enfin neutre. Et libre.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.