Skip to main content
Lancer la vidéo

Pas prêts pour le fascisme

Blog - Anathème par Anathème

avril 2025

Nous ne sommes jamais prêts à temps ! Le serons-nous jamais ? La Belgique n’est pas une terre de ruptures, elle est trop lente, trop complexe, trop paresseuse. Nos grands hommes – plus rarement nos grandes femmes, reconnaissons-le – nous le rappellent sans cesse. La 5G était en retard, il n’y a toujours pas moyen de trouver une borne […]

Anathème

Nous ne sommes jamais prêts à temps ! Le serons-nous jamais ?

La Belgique n’est pas une terre de ruptures, elle est trop lente, trop complexe, trop paresseuse. Nos grands hommes – plus rarement nos grandes femmes, reconnaissons-le – nous le rappellent sans cesse. La 5G était en retard, il n’y a toujours pas moyen de trouver une borne pour recharger sa berline électrique, les places de parking restent trop étroites pour les carrosses dans lesquels les plus successful des nôtres promènent leur égo et on n’a pas encore obtenu des pauvres qu’ils meurent en silence ni des jeunes qu’ils bossent pour rien.

On rit de nous.

Nos hommes d’affaires nous le répètent à l’envi, tout cela les empêche de jouir pleinement de leur privilèges et de s’affairer à s’enrichir ; et d’ensuite faire ruisseler sur tous la manne débordant de leurs bourses, naturellement.

Pourtant, le monde avance à marche forcée. Nous avons pour ainsi dire raté le tournant du libéralisme sauvage, puis celui de la bulle de l’économie numérique, et nous voilà sur le point de louper le grand retour du fascisme. Trop de syndicats, trop de féministes, trop de fonctionnaires s’occupant trop des plus vulnérables, trop de juges, trop de droits, trop de contrepouvoirs. Ils sont bien malheureux, nos puissants bienfaiteurs. Et ce n’est pas le fait de monter en épingle quelques incidents véniels lors de l’immense manifestation nationale 13 février dernier qui leur fera oublier que les vilains refusent de courber l’échine.

Serons-nous jamais prêts ? Trump évoque l’abolition des élections, vire les scientifiques, démantèle les services de protection de l’environnement et fait enfermer les opposants. Poutine envahit l’Ukraine, pourrit les élections des États démocratiques et conquiert les USA. Même Macron a savonné la planche à laquelle se cramponne la gauche et fait les yeux doux à Marine Le Pen pour rester aux commandes. Et nous ? Avons-nous reconquis ce Grand-Duché du Luxembourg qui fut historiquement nôtre ? Non ! Un grand homme s’est-il levé pour nous guider ? Même pas ! Pour prendre le pouvoir (en huit mois) et accoucher d’un accord de gouvernement (dans lequel on ne peut évoquer la déportation d’étrangers et le démantèlement des services publics qu’à demi-mot), il nous faut un moyen-homme, secondé d’un petit, lequel doit à son tour se faire aider d’un nain. Avons-nous la moindre armée de hackers pour pourrir les réseaux sociaux aux Pays-Bas ? Même pas !

Nous sommes la risée du monde !

Nous ne serons jamais prêts pour le fascisme et, une fois de plus, nous nous y mettrons avec enthousiasme quand il sera passé de mode. Nous fondrons sur Esch-sur-Alzette quand nos voisins auront soif de paix, construirons des camps avec des surplus rachetés en France, équiperons notre police politique de bottes de seconde main de fabrication italienne et notre Guide suprême montera à la tribune pour hurler des diatribes créées par une intelligence artificielle, entrainée sur les discours de ses prédécesseurs étrangers, depuis longtemps froids, au fond de leurs bunkers.

Voilà ce qui nous pend au nez ! Devenir des fascistes attardés !

Ce qu’il nous faudrait, c’est un vrai chef, un leider, un timonier, pour nous conduire sur la voie, pour préparer les avenues, pavoiser les villes, embrigader les foules, rhabiller de pied en cap tout ce que nous comptons de porteurs d’uniformes et imposer un narratif dans les médias. Mais bernique ! Personne à l’horizon ! Il va encore falloir sous-traiter à une boite d’events, ça va couter une fortune, sans compter que la passation du marché public et les recours au Conseil d’État vont nous faire perdre un temps fou.

Nous ne serons jamais prêts !

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.
La Revue Nouvelle
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.