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Nucléaire : oui, il faut foncer dans le mur !

Blog - Anathème - climat nucléaire par John Common Jr.

décembre 2017

Le débat sur la pro­lon­ga­tion des cen­trales nucléaires fait rage. Même à l’intérieur du monde libé­ral, des voix se font entendre pour cri­ti­quer la posi­tion du Pre­mier ministre de mettre un terme à l’exploitation de nos réac­teurs pour­tant si per­for­mants. Tout le monde s’enflamme autour d’arguments comme le coût de main­tien des cen­trales, les enga­ge­ments en matière […]

Anathème

Le débat sur la pro­lon­ga­tion des cen­trales nucléaires fait rage. Même à l’intérieur du monde libé­ral, des voix se font entendre pour cri­ti­quer la posi­tion du Pre­mier ministre de mettre un terme à l’exploitation de nos réac­teurs pour­tant si per­for­mants. Tout le monde s’enflamme autour d’arguments comme le coût de main­tien des cen­trales, les enga­ge­ments en matière de réduc­tion des émis­sions de CO2, le risque que les micro­fis­sures deviennent des macro­cham­pi­gnons, bref… on reste dans le cadre d’un débat étri­qué, qui manque donc for­cé­ment de ratio­na­li­té économique.

J’étais récem­ment à Mona­co – ville idéale de l’économiste que je suis, car s’il est un lieu où l’on ren­contre des agents ration­nels, c’est bien celui-là – et, entre deux coupes d’un excellent cham­pagne, je devi­sais avec un très sym­pa­thique entre­pre­neur russe, au visage botoxé, aus­si lisse que les courbes d’équilibre dans les articles du Nobel d’économie Gary Stan­ley Becker. Il me fai­sait part de ses récents inves­tis­se­ments dans la socié­té Space X, qui pré­pare le voyage de l’humanité vers Mars. De son doigt orné d’une che­va­lière en or repré­sen­tant un pan­da minia­ture dégus­tant un cor­net de glace, sym­bole de son amour éru­dit de la faune, il dési­gna sa Lam­bor­ghi­ni garée sur le par­king en contre­bas de l’hôtel 5 étoiles : « Jamais je n’y renon­ce­rai, car c’est mon droit de pol­luer. Mais lorsqu’ici ce sera l’enfer pour res­pi­rer, il fau­dra bien qu’on aille salir une autre planète ! »

Cette anec­dote illustre par­fai­te­ment la variable man­quante du débat sur les cen­trales nucléaires : certes, pro­lon­ger leur durée de vie indé­fi­ni­ment implique for­cé­ment des risques accrus d’accident radio­ac­tif. Mais c’est jus­te­ment là qu’est toute la beau­té de l’exercice. En pleine appli­ca­tion du prin­cipe fon­da­men­tal du pro­grès humain, qui veut que l’intérêt égoïste et la lutte de tous contre tous pour la sur­vie soient les moteurs de l’innovation, nous pou­vons sans pro­blème poser que plus le risque d’explosion acci­den­telle des cen­trales aug­men­te­ra, plus le réchauf­fe­ment cli­ma­tique sera fort, plus des zones entières du globe seront rava­gées par la pol­lu­tion, plus les solu­tions pour nous échap­per de notre pla­nète chaque jour plus pauvre se multiplieront !

Évi­dem­ment, tous ne pour­ront pas être de la par­tie. Mais, hon­nê­te­ment, pour­quoi sau­ver les pauvres ? Ils n’ont de toute façon pas réus­si dans la course sur Terre, peut-on ima­gi­ner un ins­tant qu’ils puissent sur­vivre sur Mars ? 

Bien sûr, on entend déjà les pleu­reuses tota­li­taires éco­los-bobos : « mais c’est inhu­main ». Nous pour­rions nous moquer de ceux-là, mais nous n’en ferons rien. L’économiste prag­ma­tique connait leur poids dans l’opinion publique. Non, nous leur répon­drons, comme nous l’avons tou­jours fait, en les fai­sant par­ti­ci­per au jeu du mar­ché dont nous sommes légi­ti­me­ment les arbitres et les gagnants, par exemple en orga­ni­sant un concours pour les plus méri­tants : « Viva for life on Mars ». On pour­ra même, en uti­li­sant quelque ani­ma­teur popu­laire, les pous­ser à coti­ser pour payer le ticket pour ces quelques élus : « sau­vez Maryse, une petite fille de cinq ans déjà vir­tuose, qui ne mérite pas de mou­rir sur Terre », et voi­là toutes les Madames Michu d’ouvrir leur petit porte-mon­naie pour don­ner à Maryse une chance de sur­vie, oublieuses du fait qu’elles-mêmes ne tien­dront pas long­temps sans eau ni pétrole, dans un bun­ker sou­ter­rain alors que l’hiver nucléaire règne­ra sur le globe. Cela marche déjà aujourd’hui : voyez-les don­ner une part de leur pécule de vacances alors qu’elles n’auront plus accès à la pen­sion lorsqu’elles arri­ve­ront, per­cluses de rhu­ma­tismes, à l’âge de la retraite.

Mais reve­nons-en au cœur for­cé­ment ato­mique du sujet nucléaire : nous l’avons dit, il faut assu­mer le risque, car c’est du risque que jaillit le génie humain. Tant que la pla­nète sem­ble­ra un endroit douillet, les humains auront ten­dance à ne pas ten­ter l’aventure qui les mène­ra à deve­nir une espèce inter­pla­né­taire. Or, comme les quelques mil­liar­daires ras­sem­blés autour d’Elon Musk l’ont déjà com­pris, le pro­fit ne peut se main­te­nir dans le car­can limi­té de la pla­nète bleue. Comme des cri­quets volant de champs en champs, pro­fi­tant de tout ce que la nature leur offre, les riches ne peuvent ima­gi­ner conti­nuer à jouir comme ils le font sans pas­ser de pla­nète en pla­nète. Et, on le sait depuis Vol­taire au moins : puisque le mar­ché comme les inéga­li­tés sont irré­mé­dia­ble­ment ins­crites au plus pro­fond de l’ontologie humaine, ce seront tou­jours les riches qui dic­te­ront la marche du monde. 

Heu­reu­se­ment, il est des ministres fédé­raux qui ont com­pris cela, et emboitent le pas à la voie tra­cée par le VOKA, diri­gé comme tout le monde fait mine de l’ignorer en le sachant par­fai­te­ment par des grands patrons de mul­ti­na­tio­nales. Notons que c’est sans doute cette carac­té­ris­tique qui explique que le VOKA fasse si peu de cas du « V » de son nom, puisqu’il œuvre acti­ve­ment à faire dis­pa­raitre la Flandre sous les eaux. À moins bien sûr qu’il trouve par là un biais effi­cace pour sti­mu­ler la construc­tion des villes de demain, dont il est fort à parier qu’elles seront flot­tantes. On le voit ici encore : qu’elle est grande, leur intel­li­gence poli­tique, à eux qui ont com­pris le sens de l’histoire et la néces­si­té de fon­cer tout droit dans le mur de catas­trophes sans cesse plus imminentes.

John Common Jr.


Auteur

John Common Jr. est Docteur en Sociologie. Auteur de nombreux articles à haut impact factor, il a donné de nombreux cours en tant que professeur invité dans les plus grandes universités globales. Ses recherches portent essentiellement sur les méthodes de sociologie économique quantitative, la sociométrologie et la psychosociologie numérique