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Non aux thérapies de conversion démocratiques !

Blog - Anathème - Belgique (België) par Anathème

septembre 2026

Les partisans de la démocratie vont partout faisant l’éloge de ses vertus inclusives : elle serait un projet politique voué à une participation politique toujours plus large. Ainsi, chacune des grandes étapes de la démocratisation de nos pays aurait été marquée par l’incorporation, au corps politique, puis à la représentation nationale, de nouvelles catégories de la population. D’abord, […]

Anathème

Les partisans de la démocratie vont partout faisant l’éloge de ses vertus inclusives : elle serait un projet politique voué à une participation politique toujours plus large. Ainsi, chacune des grandes étapes de la démocratisation de nos pays aurait été marquée par l’incorporation, au corps politique, puis à la représentation nationale, de nouvelles catégories de la population. D’abord, les pauvres, avec le suffrage universel, puis les femmes et enfin, les étrangers européens, au niveau communal. À quoi il faut ajouter la récente possibilité pour les minorités sexuelles, puis de genre, de prendre part au fonctionnement démocratique sans avoir à se cacher. Nos sociétés deviendraient plus démocratiques à mesure que les barrières légales et sociales à la participation politique reculent.

Et cependant, au fil des siècles, ce processus laissa de côté une catégorie de la population. Parias vilipendés par tous, interdits de sortir du placard sous peine d’opprobre publique, voire de poursuites judiciaires, ce n’est que récemment qu’ils ont pu relever la tête. Pourtant, ils étaient ceux qui rêvaient le plus fort de s’approprier une part du gâteau politique. Enfants déjà, ils prenaient la pose devant le miroir, s’imaginant premier ministre, gravissant les marches de la cathédrale Saints Michel et Gudule en fredonnant la marseillaise, un jour de Te Deum. Ou bien, après une vie bien remplie dans les affaires, ils s’enthousiasmaient à l’idée d’en faire dans un nouveau domaine. Ou encore, après avoir hanté des années durant les coulisses du pouvoir en âme damnée de plus puissant qu’eux, ils se languissaient de quelque maroquin qui leur vaudrait un chauffeur et une indemnité de logement, reconnaissance légitime des services rendus. Ils étaient hélas contraints à la discrétion, accablés de honte dès qu’ils laissaient entrevoir leur inclination naturelle, sommés de changer, de se racheter, de donner les gages de repentance. Le rêve démocratique n’était pas pour eux.

C’est ainsi que, longtemps, ils durent se dissimuler, comme des chrétiens dans les catacombes, des athées à la Renaissance ou des homosexuels au 19e siècle, ils entretenaient les apparences, ne se révélant qu’à un petit cercle. Que d’efforts ont-ils dû déployer pour que l’on pense que l’intérêt général était leur seule boussole ! Le ruissèlement, la destruction créatrice, le capitalisme à visage humain, la colonisation émancipatrice, la main invisible du marché, que n’avaient-ils dû inventer ! Chaque soir, éreintés, écœurés par leurs propres balivernes, ils se trainaient jusqu’à leur domicile, doutant d’eux-mêmes, prêts à renoncer à leurs rêves. Certains baissèrent les bras, d’autres persistèrent, mais sans pouvoir donner la pleine mesure d’eux-mêmes, réduits à grapiller une chaudière par-ci ou des billets à gratter par-là, à placer timidement l’un ou l’autre cousin incompétent à la tête d’une intercommunale.

Aujourd’hui, enfin, ils peuvent vivre au grand jour leur nature profonde, travailler à leur seul profit, mépriser autrui, se moquer comme d’une guigne de l’intérêt général et œuvrer à la reconduction d’inégalités sociales qui les servent si bien. Ils peuvent même priver les plus faibles du peu qu’ils ont tout en les dénigrant, reconnaitre publiquement qu’ils n’ont jamais eu l’intention d’assumer leur mandat représentatif, nier les faits face aux meilleurs experts et refuser de respecter le droit et les décisions de justice qui ne leur conviennent pas. Oui, les affairistes, les égoïstes et les cyniques osent enfin brandir leur bannière !

Quoi de plus naturel ? Non, la prévarication n’est pas un choix ! Nul n’a décidé de naitre égoïste ou de grandir psychopathe ! Il est temps de mettre fin à la dictature des neurotypiques et des moralotypiques ! Il n’est plus question de tolérer la moralisation ou la médicalisation de leurs comportements ! Encore moins d’admettre leur judiciarisation.

Mieux encore : pourquoi devraient-ils se contenter de n’être qu’une minorité ? Les minorités de genre ont soutenu que le genre de tous, et pas seulement le leur, était une construction sociale. Pourquoi la crapulerie ne fonderait-elle pas une semblable réflexion ? Oui, revendiquons la non-binarité ! En vertu de quoi n’y aurait-il qu’une position légitime entre l’honnêteté et la malhonnêteté, entre le service du plus grand nombre et l’égoïsme, entre la redistribution et l’accaparement ? Y a‑t-il donc un mérite à être l’un ou l’autre ? Ne s’agit-il pas au fond d’une identité dont nous ne sommes pas responsables, jouets que nous sommes de constructions sociales oppressives ? Depuis des siècles, on nous fait accroire que le parangon de la civilisation, c’est un système politique qui contraint les cyniques à servir fidèlement l’intérêt général. Il est temps de mettre fin à cette tyrannie !

Libérons nos concitoyens et appelons-les à assumer la part de crapule qui sommeille en eux ! J’ai confiance, la contagion est à l’œuvre et nulle thérapie de conversion démocratique n’y pourra rien !

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.
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