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Nihilistes ?

Blog - Anathème par Anathème

juin 2013

Nihi­listes ! On nous accuse d’être nihi­listes ! Notre socié­té sans valeurs som­bre­rait dans la per­mis­si­vi­té faute de croire en quoi que ce soit. Il convien­drait de s’arc-bouter sur les croyances tra­di­tion­nelles, sur la façon de pen­ser de nos grands-parents, sur les valeurs éter­nelles d’une Europe mil­lé­naire. Ou mil­lé­na­riste ? Je ne sais plus trop. Le moder­nisme aurait […]

Anathème

Nihi­listes ! On nous accuse d’être nihi­listes ! Notre socié­té sans valeurs som­bre­rait dans la per­mis­si­vi­té faute de croire en quoi que ce soit. Il convien­drait de s’arc-bouter sur les croyances tra­di­tion­nelles, sur la façon de pen­ser de nos grands-parents, sur les valeurs éter­nelles d’une Europe mil­lé­naire. Ou mil­lé­na­riste ? Je ne sais plus trop. Le moder­nisme aurait eu rai­son de nos racines, fai­sant de nous des êtres amo­raux, pour ne pas dire immoraux.

Nihi­listes ? Nous ? Rien n’est plus faux ! Nous res­tons, à l’image de nos glo­rieux ancêtres, pro­fon­dé­ment super­sti­tieux, impré­gnés de croyances imbé­ciles et capables de sacri­fier notre inté­rêt avé­ré à la conser­va­tion de nos mythes fon­da­teurs. Plus exac­te­ment, nous savons que les mythes nous font tenir debout plus sûre­ment que ce qui est néces­saire à notre survie.

Nous sommes donc comme eux, qui, au Moyen-Age, pro­vo­quèrent, selon cer­tains his­to­riens, une stag­na­tion de la popu­la­tion en inter­di­sant la for­ni­ca­tion les jours de fêtes chré­tiennes (plus de la moi­tié de l’année) ou construi­sirent des cathé­drales plu­tôt que de nour­rir la popu­la­tion. Comme ceux qui pra­ti­quèrent, des siècles durant, des sai­gnées qui pré­ci­pi­taient leurs malades dans la tombe.

Joie ! Noël ! Nous sommes sau­vés ! Nous conti­nuons de pré­fé­rer notre salut à notre survie.

Mais oui, alors que nous avons sous les yeux un voi­sin occu­pé de mou­rir des remèdes que nous lui pres­cri­vons, nous lui recom­man­dons de dou­bler la dose. Mieux encore, nous nous pro­po­sons de prendre de ces drogues si béné­fiques, d’abord à titre pré­ven­tif, ensuite à des fins cura­tives. Pâlis­sons-nous à vue d’œil ? Il ne faut pas fai­blir, les effets secon­daires sont le prix à payer de la gué­ri­son mira­cu­leuse. Per­dons-nous notre mobi­li­té, nos capa­ci­tés d’initiative, notre joie de vivre, notre éner­gie ? Il est trop tard, inca­pables de pen­ser, il ne nous reste qu’une ren­gaine : « n’oublions pas notre pilule du soir, ni notre sirop du matin ».

Ah, comme nous rions des méde­cins de Molière qui pra­ti­quaient l’assassinat invo­lon­taire de leurs patients ! Mais cette grande époque d’une grande bar­ba­rie et qui accou­cha de grands esprits est l’égale de la nôtre.

Nul doute que de notre culte des 3% de défi­cit, de notre asser­vis­se­ment volon­taire à 2,15%, puis à l’équilibre bud­gé­taire abso­lu – à l’image de moines fai­sant vœu de man­ger maigre, parce que 40 jours de carême, c’est un peu nul –, de notre foi en l’austérité, de notre joie à sabrer dans les dépenses, de notre adhé­sion sans réserve aux idées de res­pon­sa­bi­li­sa­tion, d’activation et de liber­té de se démer­der seul pour s’en sor­tir, de notre convic­tion que nous attend un au-delà éco­no­mi­que­ment para­di­siaque qui nous paie­ra de nos efforts et jus­ti­fie­ra la mort de ceux que nous aurons aban­don­né tout au long du che­min ; nul doute que, de tout cela, naî­tront de grandes choses.

Non, nous ne sommes pas nihi­listes ! Nous prê­chons et pra­ti­quons une ver­tu bud­gé­taire qui nous place bien au-des­sus de nos contem­po­rains. Annon­çons la bonne nou­velle : il est proche le Royaume !

Aus­té­ri­té, mon Dieu !

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.