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Liberté d’expression : pour un encadrement de l’absolu

Blog - Anathème - censure Charlie Hebdo Médias par Anathème

mars 2020

Récem­ment, l’université libre de Bruxelles a bruis­sé d’une de ces polé­miques qu’elle affec­tionne par­ti­cu­liè­re­ment et qui lui per­mettent de revivre les grandes heures du com­bat contre l’Infâme. Alors que l’on s’apprêtait à accueillir les héros de la liber­té d’expression que sont Gérard Biard, rédac­teur en chef de Char­lie Heb­do, et Mari­ka Bret, direc­trice des res­sources humaines du […]

Anathème

Récem­ment, l’université libre de Bruxelles a bruis­sé d’une de ces polé­miques qu’elle affec­tionne par­ti­cu­liè­re­ment et qui lui per­mettent de revivre les grandes heures du com­bat contre l’Infâme. Alors que l’on s’apprêtait à accueillir les héros de la liber­té d’expression que sont Gérard Biard, rédac­teur en chef de Char­lie Heb­do, et Mari­ka Bret, direc­trice des res­sources humaines du même organe, deux orga­ni­sa­tions étu­diantes, l’Union syn­di­cale étu­diante et le Cercle fémi­niste de l’ULB, ont pro­tes­té avec véhé­mence. Elles s’offusquaient de ce qu’on invite des conser­va­teurs qui, d’une part, exci­paient de leur abso­lue liber­té d’expression pour moquer les plus faibles et les mino­ri­sés et, d’autre part, répé­taient à qui veut l’entendre qu’on ne peut plus rien dire et qu’ils luttent contre les nou­velles forces du mal que sont les asso­cia­tions de défense des mino­ri­tés. L’ombre de Tor­que­ma­da pla­nait sur la Plaine, l’heure était grave.

Heu­reu­se­ment, en Bel­gique aus­si, Char­lie pou­vait comp­ter sur de fiers défen­seurs de la liber­té, tou­jours prêts à sacri­fier un quart d’heure pour défendre le veuf et l’orphelin mena­cés par les vira­gos fémi­nistes et les com­mu­nistes inter­sec­tion­nels. Au nom du droit à railler ceux qui sont déjà à terre, au nom de la défense des ins­ti­tu­tions cari­ca­tu­ristes les plus éta­blies, ils eurent tôt fait de ver­te­ment remettre à leur place les pro­tes­ta­taires post-ado­les­cents. Quoi ? Ain­si, ces fre­lu­quets osaient appe­ler à la cen­sure, à l’écartèlement en place publique, à l’interdiction, ils ten­taient de réus­sir là où les ter­ro­ristes avaient échoué, ils vou­laient démo­lir notre belle démo­cra­tie, qui a tou­jours su se moquer sub­ti­le­ment des étran­gers, des femmes et des han­di­ca­pés ? « Cinq ans après Char­lie-Heb­do, la liber­té d’ex­pres­sion à l’ULB, c’est fini ! Les jeunes FGTB de l’ULB pré­fèrent Rama­dan et Dieu­don­né à Char­lie-Heb­do ! #jesui­schar­lie #liberte #fier­de­tre­li­be­ral », comme l’exprimait si sub­ti­le­ment Daniel Bac­que­laine, fai­sant ain­si hon­neur à la tra­di­tion intel­lec­tuelle libérale.

Oh, certes, rien dans le com­mu­ni­qué des asso­cia­tions n’appelait à l’interdiction et la réunion polé­mique avait pu se tenir dans le calme, mais ce n’était, au fond, qu’un signe de plus de dupli­ci­té : il n’est rien de pire que les cen­seurs dis­crets, qui ne réclament ni ne pra­tiquent de censure.
Bref, bien qu’on ne pût plus rien dire, le monde fut sau­vé par le par­ti de la pro­tes­ta­tion conve­nable, lequel a pu faire écla­ter la véri­té et s’exprimer sans entrave. Hon­neur aux braves !

Nos valeurs sont-elles sau­vées pour autant ? Cer­tai­ne­ment pas ! Seul un retour en grâce des sketchs de Michel Leeb, du ciné­ma fran­çais peu­plé de potiches aux seins nus et d’homosexuels tapa­geurs, ain­si que de la lit­té­ra­ture contant la glo­rieuse conquête de jeunes filles mineures signe­ra la vic­toire finale de notre liber­té. Pour ce faire, il fau­dra plus que quelques inter­nautes prêts au sep­pu­ku rhé­to­rique sur les réseaux sociaux. Il faut que la popu­la­tion entière rejoigne le mouvement.

Hélas, cha­cun sait que le citoyen est idiot et ne com­prend rien aux fines sub­ti­li­tés des élites de la liber­té. Comme il ne peut s’empêcher de se gaver de graisses satu­rées en regar­dant des séries médiocres, il a ten­dance à pen­ser n’importe quoi et à confondre moque­ries héroïques et raille­ries dignes des pires heures de la Sainte Inqui­si­tion. Pour­quoi, dès lors, tout en res­pec­tant leur par­faite liber­té, ne pas prendre exemple sur d’autres sys­tèmes de nor­ma­li­sa­tion consen­tie et créer un label adap­té ? Si le Nutris­core® a prou­vé son inté­rêt, que ne créons-nous un Char­lis­core® qui per­met­trait à tout-un-cha­cun de savoir à quel point il met en dan­ger ou défend l’intégrité de nos impres­crip­tibles principes ?

Un groupe d’experts, consti­tué des meilleurs de nos auteurs de cartes blanches, de nos twit­tos influents, de nos blo­gueurs com­pul­sifs et tout-ter­rain, de nos fémi­nistes d’arrière-boutiques et de nos intel­lec­tuels tou­to­logues pour­rait éta­blir une liste d’ingrédients et une pon­dé­ra­tion qui per­met­traient d’attribuer une éti­quette à chaque article, com­mu­ni­qué de presse, sta­tut Face­book ou affiche de pro­tes­ta­tion. Ain­si, cha­cun sau­rait à quoi s’en tenir et faire bon usage de sa liber­té absolue.
Ce sys­tème nous per­met­trait de retrou­ver la séré­ni­té des justes et d’agir promp­te­ment, dès que s’exprimerait quelqu’un, afin de pré­ser­ver la libre sécu­ri­té de chacun.

NDLR : l’utilisation de la ver­sion bêta de l’extension Char­lis­core® pour Word® a per­mis l’attribution d’un score A à ce texte.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.