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Les mutins du HMS Brexit

Blog - Le dessus des cartes - Brexit Écosse Irlande du Nord Royaume Uni par Bernard De Backer

mars 2017

A l’heure où « l’article 50 » va enfin être action­né par le gou­ver­ne­ment de The­re­sa May, l’Ecosse menace de prendre le large et l’Irlande du Nord connaît une pous­sée spec­ta­cu­laire du Sin Fein, deve­nu tar­di­ve­ment pro-Euro­­péen. Il nous paraît dès lors ins­truc­tif de reve­nir sur des dimen­sions sous-esti­­mées du Brexit : les fac­teurs impé­riaux et natio­naux. L’intérêt […]

Le dessus des cartes

A l’heure où « l’article 50 » va enfin être action­né par le gou­ver­ne­ment de The­re­sa May, l’Ecosse menace de prendre le large et l’Irlande du Nord connaît une pous­sée spec­ta­cu­laire du Sin Fein, deve­nu tar­di­ve­ment pro-Euro­péen. Il nous paraît dès lors ins­truc­tif de reve­nir sur des dimen­sions sous-esti­mées du Brexit : les fac­teurs impé­riaux et natio­naux.

L’intérêt du cas bri­tan­nique est de nous offrir un emboî­te­ment de ces dif­fé­rents fac­teurs : les nations écos­saises et d’Irlande du Nord1 au sein d’un Royaume-Uni (UK) domi­né par l’Angleterre post impé­riale, et cette der­nière enchâs­sée « à l’insu de son plein gré » au sein de l’UE. Il nous indique aus­si com­bien les dimen­sions natio­nales peuvent être têtues, ce que la décom­po­si­tion de la Tché­co­slo­va­quie, de la Répu­blique fédé­ra­tive socia­liste de You­go­sla­vie et de l’URSS nous avait déjà mon­tré. Dans ces deux der­niers cas, d’ailleurs, les ambi­tions serbes et russes offrent quelques res­sem­blances avec celles de l’Angleterre (même si ces der­nières sont plus démo­cra­tiques et paci­fiques ; mais n’ou­blions pas les vio­lences récentes en Irlande du Nord, paci­fiée par les « Accords du Ven­dre­di saint » de 1998, aujourd’­hui menacés).

UKexit, Brexit ou Angxit ?

Les résul­tats du réfé­ren­dum consul­ta­tif sur l’appartenance à l’Union euro­péenne2, qui s’est tenu le 23 juin 2016 dans le Royaume-Uni – un État réunis­sant la Grande-Bre­tagne (Angle­terre, Pays de Galles et Ecosse) et l’Irlande du Nord3 – ain­si qu’à Gibral­tar, ont fait l’objet de nom­breuses ana­lyses et de com­men­taires savants. La plu­part d’entre eux insis­taient à juste titre sur la dimen­sion éco­no­mique, socio­cul­tu­relle, et ter­ri­to­riale des votes : comme dans d’autres pays occi­den­taux (Pologne, Autriche, USA, France…), ce sont davan­tage les « per­dants de la mon­dia­li­sa­tion » et les « popu­la­tions péri­phé­riques » qui optent pour le repli natio­nal — le Brexit dans le cas qui nous intéresse. 

Si la socio­lo­gie élec­to­rale des résul­tats en Angle­terre et au Pays de Galles cor­ro­bore peu ou prou cette ana­lyse, elle est plus épi­neuse pour l’Ecosse et l’Irlande du Nord, nations consti­tu­tives du Royaume-Uni (res­pec­ti­ve­ment en 1707 et 1800) : 62 % des Ecos­sais et 55,8 % des Irlan­dais du Nord ont opté pour le remain, alors qu’il n’étaient que 46,7 % en Angle­terre (incluant Gibral­tar) et 47,5 % au Pays de Galles. Notons éga­le­ment que la par­ti­ci­pa­tion était plus éle­vée en Angle­terre (73 % du corps élec­to­ral) et au Pays de Galles (71,7 %), qu’en Irlande du Nord (62,7 %) et en Ecosse (62,2 %). L’écart entre l’Ecosse et l’Angleterre est de 15,3 % pour le remain et de 10,8 % pour la participation. 

Ce sont dès lors les nations les plus oppo­sées à l’UE qui ont le plus par­ti­ci­pé au scru­tin. Les Anglais appa­raissent par consé­quent les plus moti­vés et les plus oppo­sés à l’Union euro­péenne. Si l’Ecosse et l’Irlande du Nord avaient eu le même taux de par­ti­ci­pa­tion que l’Angleterre, le résul­tat aurait été net­te­ment plus ser­ré (le leave l’aurait empor­té de jus­tesse). Inver­se­ment, si l’Angleterre et le Pays de Galles avaient connu une par­ti­ci­pa­tion iden­tique à celle de l’Ecosse, c’est le remain qui aurait gagné. Etant don­né les effec­tifs en pré­sence, c’est le vote de l’Angleterre qui s’avère dès lors prépondérant. 

Ajou­tons que, lors des élec­tions de 2015, le par­ti euros­cep­tique UKIP (« Uni­ted King­dom Inde­pen­dence Par­ty ») n’a recueill que 1,6 % des suf­frages en Ecosse et 2,6 % en Irlande du Nord, alors qu’il en obte­nait 14 % en Angle­terre. Le nom UKIP paraît n’être que le faux nez d’un par­ti natio­na­liste anglais, dans la mesure où ses cadres et ses élec­teurs le sont à une écra­sante majorité.

Make England Great Britain Again

La dimen­sion natio­nale serait donc une variable cru­ciale4 du réfé­ren­dum (y com­pris à l’intérieur de l’Irlande du Nord, bien enten­du), même si elle doit être croi­sée avec les fac­teurs socio­cul­tu­rels, géné­ra­tion­nels et ter­ri­to­riaux (le fac­teur rural/urbain). De ce point de vue, c’est l’Angleterre et le Pays de Galles qui ont choi­si de quit­ter l’UE, et, en tout pre­mier lieu, l’Angleterre. Le Brexit est donc avant tout un Angxit. C’est notam­ment la thèse que défend Nicho­las Boyle, pro­fes­seur à l’université de Cam­bridge, dans un article5 paru dans The New Euro­pean. L’intérêt de cette ana­lyse est non seule­ment de pla­cer le vote dif­fé­ren­tiel des nations consti­tu­tives du Royaume-Uni dans le contexte his­to­rique et « impé­rial » de l’Angleterre, mais d’attirer notre atten­tion sur des fac­teurs consti­tu­tion­nels et ins­ti­tu­tion­nels peu connus des conti­nen­taux. Et qui risquent de jouer leur rôle dans la mise en œuvre du Brexit — sur­tout du « hard Brexit ».

L’argumentation de Boyle com­mence par ce constat : si les fac­teurs pré­pon­dé­rants du vote leave étaient les seules dimen­sions socioé­co­no­miques, géné­ra­tion­nelles, édu­ca­tives et ter­ri­to­riales, com­ment expli­quer le vote de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord ? N’y a‑t-il pas des « lais­sés pour compte de la mon­dia­li­sa­tion », des popu­la­tions âgées et « péri­phé­riques » dans ces deux nations ? La réponse est dans la ques­tion. Par­tant de ce constat qu’il n’affine pas (sans pour autant nier le rôle spé­ci­fique de ces variables au sein du vote écos­sais et irlan­dais), Boyle porte toute son atten­tion au fac­teur natio­nal, et par­ti­cu­liè­re­ment à la dimen­sion « impé­riale » de l’Angleterre — notam­ment celle de ses élites qui ont favo­ri­sé le vote pour le Brexit. Sa charge est vigou­reuse, iro­nique et bien docu­men­tée – por­tant une atten­tion par­ti­cu­lière à l’impact psy­cho­lo­gique de « l’Empire per­du ». Nous revien­drons sur ce der­nier point qui est com­mun à d’autres situa­tions, notam­ment celle de la Rus­sie, de la Ser­bie, voire de la France.

Pour Nicho­las Boyle, la ques­tion posée lors du réfé­ren­dum ne concer­nait en effet ni l’austérité, ni la mon­dia­li­sa­tion, ni le mau­vais état des ser­vices sociaux et médi­caux (le wel­fare), mais bien la seule appar­te­nance à l’UE (déjà hors Schen­gen, hors zone euro et hors pacte de sta­bi­li­té et de crois­sance – sans comp­ter les conces­sions obte­nues par Came­ron). En clair : vou­lez-vous être un membre de l’UE par­mi d’autres ou pas ? Le fac­teur déter­mi­nant est donc, selon Boyle, l’europhobie (au sens psy­cho­lo­gique du mot) bien plus que l’euroscepticisme. Selon lui, la crainte d’une perte d’identité et de la bles­sure nar­cis­sique consé­cu­tive est un fac­teur majeur. Mais de quelle iden­ti­té s’agit-il dans le cas des Anglais, et qui aurait net­te­ment moins joué pour les Ecos­sais ou les Irlan­dais ? Ces der­niers n’auraient-ils pas autant de crainte à l’égard de « Bruxelles » ?

La réponse est rela­ti­ve­ment simple. Après la perte de l’empire mari­time mon­dial et du Rule, Bri­tan­nia ! dans la fou­lée des déco­lo­ni­sa­tions, il ne res­tait que le Royaume-Uni comme fan­tôme impé­rial de l’Angleterre, avec cette par­ti­cu­la­ri­té que l’identité anglaise domi­nante y était « natu­rel­le­ment » sub­su­mée sous celle de l’UK. Il n’y a d’ailleurs pas de par­le­ment anglais au sein du Royaume uni, alors qu’il existe un par­le­ment gal­lois (« Assem­blée natio­nale du pays de Galles »), réta­bli en 1999 après l’absorption de 1542, un par­le­ment écos­sais (« Pàr­la­maid na h‑Alba », sur­nom­mé Holy­rood, du nom de sa loca­li­sa­tion) réta­bli en 1999 après avoir été sup­pri­mé lors de l’Acte d’Union de 1707, et un par­le­ment irlan­dais du Nord (« Nor­thern Ire­land Assem­bly ») réta­bli en 1998 par les « Accords du Ven­dre­di saint », après que le par­le­ment de l’Irlande unie ait été abo­li lors de l’Acte d’Union de 1801. Cette absence de par­le­ment anglais n’est effet pas un signe de modes­tie, mais bien celui de « l’évidence » de sa posi­tion d’exception.

Valdemar et Flanders Poppy

Le deuil de l’Empire dis­pa­ru n’est en effet pas assu­mé, comme en témoigne le slo­gan « Glo­bal Bri­tain » affi­ché par The­re­sa May lors de sa pre­mière confé­rence de presse sur le Brexit. Ce der­nier ne se veut en effet nul­le­ment un « repli insu­laire » comme on a pu l’écrire hâti­ve­ment et de manière quelque peu pav­lo­vienne, mais bien un choix pour le « grand large » anglo-saxon. Après tout, c’étaient davan­tage les immi­grés polo­nais ou rou­mains qui sem­blaient poser pro­blème aux brexi­ters que les sujets des anciennes colo­nies de sa Gra­cieuse Majes­té. Cette der­nière, semble-t-il, n’a fina­le­ment pro­fé­ré qu’un bref com­men­taire après le vote du Brexit : « I am still alive ». Le tout est de savoir s’il ne s’agit pas de la vie d’un fan­tôme, et si l’Angleterre impé­riale n’est pas frap­pée du ter­rible syn­drome de Val­de­mar6, décrit dans la nou­velle d’Edgar Allan Poe ; voire de celui de Dorian Gray dans son célèbre por­trait, l’objet du roman épo­nyme d’Oscar Wilde. Un être main­te­nu en vie ou dans une jeu­nesse éter­nelle par le magné­tisme ou l’imaginaire — et qui se réveille d’un coup dans la réa­li­té effrayante de sa décrépitude.

Boyle n’est pas loin de déve­lop­per cette ana­lyse, même s’il ne cite pas Poe ou Wilde, pas davan­tage que la Reine, dite d’Angleterre7 , et ne va pas jusqu’à cette extré­mi­té fic­tion­nelle. Pour lui, cepen­dant, c’est bien d’une ques­tion de fic­tion iden­ti­taire qu’il s’agit. Celle d’un « excep­tion­na­lisme anglo-bri­tan­nique » que l’intégration euro­péenne et son « union sans cesse plus étroite » (et même sans cette pers­pec­tive asymp­to­tique) contre­ve­nait de manière fron­tale. « Trau­ma­tisme d’une ampu­ta­tion impé­riale », écrit Boyle, qui se rap­proche de celui de la Rus­sie pou­ti­nienne ou, dans une moindre mesure, de la France élar­gie au niveau de la fran­co­pho­nie toute entière. L’Allemagne, on le sait, en a suf­fi­sam­ment pris sur la tête que pour encore déve­lop­per une nos­tal­gie de cet acabit. 

L’académique bri­tan­nique et notre cor­res­pon­dant irlan­dais de la Dublin Review of Books citent toute une série d’exemples de ce refus anglais de se per­ce­voir comme une nation « par­mi d’autres ». Outre les aspects ins­ti­tu­tion­nels que nous venons d’évoquer briè­ve­ment, la glo­ri­fi­ca­tion des esca­pades guer­rières (notam­ment celle des Malouines) semble pro­fon­dé­ment ins­crite dans la « psy­ché anglaise ». Il serait dif­fi­cile de se pro­me­ner dans les cam­pagnes sans tom­ber sur des bara­que­ments mili­taires, des camps d’entraînement, des parades affi­chées dans les églises ain­si que d’innombrables monu­ments, cime­tières ou dra­peaux en l’honneur des « gloires pas­sées » et des « morts glo­rieuses ». La célé­bra­tion de l’Armistice du 11 novembre aurait connu un regain consi­dé­rable ces der­nières années (elle fait quelque peu pen­ser à la « Grande guerre patrio­tique », remise à l’honneur en Rus­sie). Il est qua­si­ment impos­sible de ne pas arbo­rer le coque­li­cot des Flandres (Remem­brance Flan­ders pop­py) à la mi-octobre, en par­ti­cu­lier à la télé­vi­sion. La fier­té natio­nale semble obli­ga­toire, et cela ne concerne pas que les deux guerres mon­diales, mais éga­le­ment des expé­di­tions plus récentes. 

L’illusion post État-nation

Sans ver­ser dans l’analyse mono­fac­to­rielle, il nous paraît peu conforme aux faits de pas­ser ces fac­teurs iden­ti­taires et natio­naux sous silence, tant ils crèvent les yeux et sont mobi­li­sés par les acteurs eux-mêmes. Sans par­ler de la géo­gra­phie qui leur donne des points d’appui non négli­geables. Ceci d’autant que ces fac­teurs sont à l’œuvre dans l’Europe entière, autant à gauche qu’à droite, et montrent que le niveau de l’État-nation est, pour l’heure, dif­fi­ci­le­ment dépas­sable comme lieu de nouage entre l’universel et le par­ti­cu­lier8. Il ne nous paraît, par consé­quent, guère per­ti­nent d’en faire uni­que­ment des éma­na­tions de « fac­teurs socioé­co­no­miques sous-jacents » ou des reli­quats du pas­sé. N’est-ce pas Jacques Delors qui appe­lait de ses vœux une « Fédé­ra­tion d’État-nations » ?

Dans le cas du Royaume uni, la pro­blé­ma­tique à l’œuvre est ren­due plus com­pli­quée par la coexis­tence de plus en plus dif­fi­cile — dont témoignent la résur­gence des par­le­ments natio­naux et les vel­léi­tés d’indépendance de l’Ecosse ou du Sin Fein en Irlande du Nord – entre les nations domi­nées et la nation post impé­riale domi­nante. L’Angleterre refu­sant de se consi­dé­rer, à tra­vers la majo­ri­té qui s’est expri­mée en juin 2016, comme « une nation par­mi d’autres », elle ne peut que récol­ter la mon­tée en puis­sance des autres com­po­santes natio­nales. Ces der­nières s’estiment en effet mieux pro­té­gées au sein de l’UE que dans un Royaume-Uni soli­di­fié dans son iden­ti­té insu­laire et anglaise. C’est une des prin­ci­pales rai­sons de la pro­po­si­tion de tenue d’un réfé­ren­dum sur l’indépendance de l’Ecosse par Nico­la Stur­geon avant le Brexit. Car après, il sera sans doute trop tard…

Le pre­mier ministre conser­va­teur, Antho­ny Eden, avait décla­ré dans les années 1950, au sujet d’une adhé­sion à ce qui n’était encore que la CECA : « This Is some­thing we know in our bones we can­not do ». Edward Heath fut d’un avis contraire et pous­sa à l’intégration euro­péenne (CEE) en 1972. Le « savoir des os » s’est visi­ble­ment réveillé en 2016, dans le contexte d’une défiance crois­sante à l’égard de l’UE, por­tant le cha­peau de la mon­dia­li­sa­tion éco­no­mique et migra­toire, pour des motifs sans doute autant natio­naux que sociaux et euro­cra­tiques. Reste que le cas du Royaume uni com­porte des aspects spé­ci­fiques, qui n’ont sans doute pas fini de déployer leurs effets sous les ori­peaux d’un empire rési­duel. D’autres fan­tômes risquent en effet de se réveiller, notam­ment en Irlande du Nord. Il n’est dès lors pas cer­tain que le HMS9 Brexit gagne la haute mer sans essuyer quelques grains et autres muti­ne­ries. Le règne des empires est der­rière nous.

Post Scrip­tum. La pro­ba­bi­li­té d’une dis­so­lu­tion du Royaume-Uni avait déjà été lar­ge­ment anti­ci­pée par l’his­to­rien bri­tan­nique Nor­man Davies (Bri­tish Aca­de­my et Oxford), dans son livre volu­mi­neux The Isles, publié chez Mac­mil­lan en 1999.

  1. La dimen­sion natio­nale est très estom­pée au Pays de Galles ; l’on parle cou­ram­ment de « England-and-Wales ».
  2. La ques­tion posée était la sui­vante : « Should the Uni­ted King­dom remain a mem­ber of the Euro­pean Union or leave the Euro­pean Union ? ». D’où le comp­tage des voix en « remain » et « leave ».
  3. Les « Ter­ri­toires de la Cou­ronne » (L’île de Man et les baillages de Jer­sey et de Guer­ne­sey) ne font par­tie ni du Royaume-Uni ni de l’Union euro­péenne. Le réfé­ren­dum n’y a dès lors pas été orga­ni­sé, contrai­re­ment à Gibral­tar (qui a voté mas­si­ve­ment pour le remain) consi­dé­ré pour ce réfé­ren­dum comme une par­tie de l’Angleterre du sud-ouest. Les Ter­ri­toires de la Cou­ronne comptent 250.000 habitants.
  4. Pour une inté­res­sante ana­lyse du Brexit, mais qui néglige la ques­tion his­to­rique et natio­nale, voir le billet d’Henri Gold­man, « Le Brexit vu de gauche », paru sur les blogs de Poli­tique le 27 juin 2016. L’auteur écrit d’ailleurs qu’il « se limite à l’Angleterre et au Pays de Galles », ce qui per­met effec­ti­ve­ment de ne pas trai­ter cette dimen­sion et de balayer la pro­blé­ma­tique his­to­rique et « iden­ti­taire » sous le tapis.
  5. « The pro­blem with the English : England doesn’t want to be just ano­ther mem­ber of a team », The New Euro­pean, 17 jan­vier 2017. Nicho­las Boyle, qui est un spé­cia­liste de la lit­té­ra­ture alle­mande membre de la Bri­tish Aca­de­my, est notam­ment l’auteur d’une volu­mi­neuse bio­gra­phie de Goethe. Je remer­cie Oli­vier Dupuis d’avoir atti­ré mon atten­tion sur ce texte, ain­si qu’Enda O’Do­her­ty du Dublin Review of Books pour ses com­men­taires très éclai­rants sur cet article et sur le Brexit, vus d’Irlande.
  6. Dans La Véri­té sur le cas de M. Val­de­mar (« The Facts in the Case of M. Val­de­mar », 1845), Egar Poe décrit l’histoire d’un mou­rant main­te­nu arti­fi­ciel­le­ment en vie par un magné­ti­seur pen­dant de nom­breux mois. A l’issue de cette période, le magné­ti­seur fait plu­sieurs « passes » pour sor­tir Val­de­mar de son état et la voix du mou­rant s’é­crie « Mort ! Mort ! ». Le corps de Mon­sieur Val­de­mar s’é­miette, pour­rit et se trans­forme en une dégoû­tante masse qua­si-liquide, d’une abo­mi­nable putréfaction.
  7. Elle est en réa­li­té le monarque consti­tu­tion­nel du Royaume-Uni de Grande-Bre­tagne et d’Ir­lande du Nord ain­si que de quinze autres États sou­ve­rains (royaumes du Com­mon­wealth), de leurs ter­ri­toires et dépen­dances, ain­si que le chef du Com­mon­wealth of Nations regrou­pant cin­quante trois États. Ce simple énon­cé (non exhaus­tif) n’est pas sans rap­port avec notre sujet. Son bla­son de Reine du Royaume-Uni de Grande-Bre­tagne et d’Ir­lande-du-Nord (depuis 1952) est : « Écar­te­lé, en I et IV de gueules à trois léo­pards d’or armés et lam­pas­sés d’a­zur [Angle­terre], en II d’or, au lion de gueules, au double tres­cheur fleu­ron­né et contre-fleu­ron­né du même [Écosse], en III d’a­zur, à la harpe d’or, cor­dée d’argent [Irlande du Nord]. »
  8. Voir à ce sujet cer­taines des réflexions d’Olivier Dupuis, « L’union des Euro­péens à l’épreuve des Nations », publié dans La Revue Nou­velle, Juillet-Août 2012. L’importance de l’État-nation comme lieu de ren­contre entre l’universel et le par­ti­cu­lier est par ailleurs lon­gue­ment déve­lop­pé dans Le nou­veau monde de Mar­cel Gau­chet, Gal­li­mard 2017. En par­ti­cu­lier le cha­pitre VI, « La mon­dia­li­sa­tion de l’État-nation ».
  9. HMS  — Her/His Majes­ty’s Ship — est le pré­fixe des navires uti­li­sés dans la Royal Navy.

Bernard De Backer


Auteur

sociologue et chercheur