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Israël – La Mort, la Gauche et le Survivant

Blog - e-Mois - Antisémitisme AP (Autorité palestinienne) Avoda (Parti travailliste israélien) Benyamin Netanyahou Ehoud Barak Einsatzgruppen Gauche génocide Hamas Israël Likoud Meretz Nazisme OLP Palestine Pologne Processus d'Oslo Rafalivka (Rafałówka) Shimon Peres Shoah Sionisme Ukraine Volhynie Yaakov Sarid (Jakow Sznajder) Yasser Arafat Yitzhak Rabin Yossi Sarid par Pascal Fenaux

décembre 2015

Un ancien ministre israé­lien décède et c’est la gauche israé­lienne qui est dépeu­plée. La dis­pa­ri­tion de Yos­si Sarid réveille la nos­tal­gie des années 1980 et 1990, quand la paix israé­lo-pales­ti­nienne sem­blait à por­tée de main. Son décès lève aus­si un voile sur le pan d’une His­toire que trop d’Européens vou­draient voir enterrée.

e-Mois

Ce ven­dre­di 4 décembre, l’ancien ministre israé­lien Yos­sef « Yos­si » Sarid décé­dait d’une attaque car­diaque à l’âge de 75 ans. Reti­ré de la vie poli­tique depuis dix ans et qua­si incon­nu des géné­ra­tions occi­den­tales actuelles ver­sées dans le conflit israé­lo-pales­ti­nien, cet homme poli­tique n’avait pour­tant jamais vrai­ment dis­pa­ru des radars israé­liens. Jusqu’à sa mort, outre des recueils de poé­sie, il conti­nua de publier chaque ven­dre­di une chro­nique dans le quo­ti­dien hébréo­phone Ha’Aretz (centre-gauche), chro­nique éga­le­ment acces­sible sur le site anglo­phone du quo­ti­dien.

Publiée quelques heures avant son décès, son ultime chro­nique, inti­tu­lée Car Il nous a sanc­ti­fiés, était consa­crée à l’inégalité fla­grante de trai­te­ment entre « ter­ro­ristes » et meur­triers juifs, et « ter­ro­ristes » et meur­triers pales­ti­niens, les pre­miers se voyant condam­nés à des peines légères au regard des faits jugés, les seconds se voyant infli­ger de lourdes peines et leurs familles pro­mises à voir leurs mai­sons détruites par des bull­do­zers de l’armée israé­lienne1.

À la Knesset en 2004: Yossi Sarid (g.) et Rubi Rivlin (d.), actuel président de l'État d'Israël. © Pierre Turgeman
À la Knes­set en 2004 : Yos­si Sarid (g.) et Rubi Riv­lin (d.), actuel pré­sident de l’É­tat d’Is­raël. © Pierre Turgeman
Yos­si Sarid incar­na une cer­taine idée du sio­nisme tra­vailliste et ensuite du sio­nisme de gauche israé­liens. Avec sa col­lègue Shu­la­mit Alo­ni (de douze ans son ainée et décé­dée en jan­vier 2014), il per­son­ni­fia éga­le­ment la ten­ta­tive de renou­vel­le­ment et de démo­cra­ti­sa­tion d’un sys­tème poli­tique israé­lien long­temps « colo­ni­sé » par le Par­ti tra­vailliste, fon­da­teur de l’État d’Israël. Dans les tra­vées de la Knes­set (Par­le­ment), il repré­sen­ta l’opposition à l’occupation et à la colo­ni­sa­tion des ter­ri­toires pales­ti­niens de Cis­jor­da­nie et de la bande de Gaza. Par ses ren­contre secrètes, il incar­na aus­si la volon­té de négo­cier avec l’Organisation de libé­ra­tion de la Pales­tine (OLP)2 un accord de paix défi­ni­tif fon­dé sur un retrait israé­lien hors de ter­ri­toires occu­pés appe­lés à deve­nir un État de Pales­tine indé­pen­dant aux côtés de l’État d’Israël. Mais, comme Shu­la­mit Alo­ni, il fit en défi­ni­tive les frais de l’irrésistible déli­te­ment du tra­vaillisme sio­niste et sur­tout de la gauche sio­niste depuis la moi­tié des années 1990.

Une enfance travailliste

Né en 1940 à Reho­vot3, une ville juive nou­velle de la Pales­tine sous Man­dat bri­tan­nique, Yos­si Sarid était le fils de Yaa­kov Sarid, un pro­fes­seur d’hébreu ori­gi­naire de la Pologne de la Deuxième Répu­blique et émi­gré en Pales­tine en 1935. Yaa­kov Sarid gra­vi­ra rapi­de­ment les éche­lons du mou­ve­ment tra­vailliste avant de ter­mi­ner son par­cours au poste de direc­teur géné­ral du minis­tère de l’Éducation (1963 – 1969).

Dans la lignée de son père, Yos­si Sarid pas­se­ra la moi­tié de sa vie pro­fes­sion­nelle et poli­tique dans le giron du mou­ve­ment sio­niste tra­vailliste , fon­da­teur de l’État d’Israël et qua­si omni­po­tent jusqu’à l’année fati­dique de 1977. Cette année-là, les élec­tions légis­la­tives amènent pour la pre­mière fois au pou­voir le Likoud (« Ras­sem­ble­ment »), for­ma­tion natio­na­liste de droite née de la fusion orches­trée en 1973 par Ariel Sha­ron entre le Herout (« Mou­ve­ment de la Liber­té », droite ultra­na­tio­na­liste) de Mena­hem Begin, le Par­ti libé­ral et quelques petites for­ma­tions natio­na­listes mar­gi­nales comme la Liste éta­tique (créée par le fon­da­teur… tra­vailliste de l’État d’Israël David Ben Gou­rion) et le Mou­ve­ment pour le Grand-Israël.

Le « renversement » de 1977

Les élec­tions du 17 mai 1977 furent un tour­nant déci­sif dans l’histoire poli­tique d’Israël4. Depuis ce scru­tin trau­ma­tique, le Likoud, mal­gré des scis­sions en cas­cade et des scan­dales à répé­ti­tion, n’a ces­sé de conso­li­der son sta­tut de par­ti pivot, un sta­tut qu’avait déte­nu le mou­ve­ment tra­vailliste depuis les années trente (en Pales­tine man­da­taire). Paral­lè­le­ment, depuis 1977, le mou­ve­ment tra­vailliste n’a ces­sé de voir son élec­to­rat se réduire comme peau de cha­grin. L’électorat popu­laire5 lui pré­fère de plus en plus le Likoud tan­dis qu’une frange de l’électorat urbain, intel­lec­tuel et aca­dé­mique d’ascendance ash­ké­naze lui pré­fère des for­ma­tions poli­tiques net­te­ment plus mar­quées, soit à gauche sur le plan socio-éco­no­mique, soit libé­rales et laïques sur le plan phi­lo­so­phique, soit expli­ci­te­ment ouvertes au com­pro­mis avec les Pales­ti­niens et leur repré­sen­tante à l’époque inter­na­tio­na­le­ment incon­tes­tée, l’OLP. Enfin, l’électorat arabe israé­lien (ou pales­ti­nien de citoyen­ne­té israé­lienne), long­temps « cap­tif » de listes coop­tées par le mou­ve­ment tra­vailliste durant toute la période du gou­ver­ne­ment mili­taire (1949 – 1966), s’est défi­ni­ti­ve­ment tour­né vers des listes authen­ti­que­ment arabes.

On l’a dit, Yos­si Sarid était généa­lo­gi­que­ment et cultu­rel­le­ment issu du giron tra­vailliste et plus pré­ci­sé­ment de l’ancêtre de l’actuel Par­ti tra­vailliste, le Mapaï, acro­nyme hébreu du Par­ti ouvrier du Pays d’Israël6. Fon­dé en 1930 par David Ben Gou­rion, le Mapaï sera, dès les années soixante (et avant la guerre des Six Jours de juin 1967), affai­bli par plu­sieurs scis­sions7. Il se réuni­fie­ra en 1968 sous la nou­velle déno­mi­na­tion d’Avoda (Par­ti tra­vailliste israé­lien), dans la fou­lée de la guerre des Six Jours et de la conquête des deux der­niers ter­ri­toires arabes de Pales­tine : la Cis­jor­da­nie (uni­la­té­ra­le­ment annexée par la Jor­da­nie en 1948)8, et la bande de Gaza (sous admi­nis­tra­tion mili­taire égyp­tienne de 1948 à 1967).

La guerre des Six Jours et ses consé­quences de plus en plus déci­sives, tant sur la socié­té israé­lienne occu­pante que sur la socié­té pales­ti­nienne occu­pée, inflé­chirent peu à peu le par­cours jusqu’alors tout tra­cé d’un Israé­lien ash­ké­naze ayant com­men­cé sa car­rière comme porte-parole d’un Pre­mier ministre tra­vailliste (Lévy Esh­kol, 1963 – 1969) pour ensuite prê­ter ses talents ora­toires et lit­té­raires à, res­pec­ti­ve­ment, la radio d’État Kol Israël (La Voix d’Israël) et Davar (Parole), l’organe de la His­ta­drout9, le syn­di­cat unique israé­lien, et enfin sié­ger à la Knes­set comme dépu­té tra­vailliste de 1973 à 1984.

Les ondes de choc de la guerre du Liban

En 1984, alors que les ondes de choc de l’opération « Paix en Gali­lée » (la guerre du Liban de 1982 et l’écrasement mili­taire de l’OLP) et de sa conclu­sion désas­treuse (les mas­sacres com­mis en sep­tembre 1982 par des mili­ciens chré­tiens pha­lan­gistes dans les camps de réfu­giés pales­ti­niens de Sabra et Cha­ti­la) conti­nuaient de désta­bi­li­ser l’opinion publique et la vie poli­tique israé­liennes, Yos­si Sarid cla­qua la porte du Par­ti travailliste.

Sous la hou­lette de Shi­mon Per­es, l’Avoda venait en effet de déci­der de for­mer un gou­ver­ne­ment d’union natio­nale avec le Likoud de Yitz­hak Sha­mir10. Ce der­nier, selon le prin­cipe de la rotat­zia, devait suc­cé­der en 1986 à Shi­mon Per­es au poste de Pre­mier ministre. Or, en février 1983, une com­mis­sion d’enquête indé­pen­dante diri­gée par le pré­sident de la Cour Suprême Yitz­hak Kahane avait attri­bué une res­pon­sa­bi­li­té indi­recte des mas­sacres à Yitz­hak Sha­mir, ministre des Affaires étran­gères dans le gou­ver­ne­ment Begin. De même, Shi­mon Per­es avait accep­té qu’Ariel Sha­ron, éga­le­ment iden­ti­fié comme cores­pon­sable des mas­sacres de Bey­routh par la com­mis­sion Kahane, siège dans le nou­veau gou­ver­ne­ment et y détienne le por­te­feuille du Com­merce et de l’Industrie.

Rupture du cordon ombilical et émancipation

Cela fai­sait quelques années que Yos­si Sarid, sio­niste convain­cu, était acquis à l’idée du retrait (uni­la­té­ral ou négo­cié) d’Israël hors des ter­ri­toires pales­ti­niens conquis en 1967, le met­tant ain­si de plus en plus en porte-à-faux avec la poli­tique d’implantation de peu­ple­ment cau­tion­née par son propre men­tor Shi­mon Per­es. Pour Sarid, la consti­tu­tion du gou­ver­ne­ment d’union natio­nale de 1984 fut la com­pro­mis­sion de trop. Il déci­da alors de rejoindre le petit par­ti Ratz (« Mou­ve­ment pour les Droits civiques et la Paix ») fon­dé onze ans plus tôt par Shu­la­mit Alo­ni, une autre dis­si­dente de l’Avoda travailliste.

En 1992, le pre­mier sou­lè­ve­ment pales­ti­nien contre l’occupation (Inti­fa­da, 1987 – 1992) s’éteignait à petit feu. Sur le plan diplo­ma­tique, les négo­cia­tions israé­lo-arabes (lan­cées à l’automne 1991 par les États-Unis et l’Union sovié­tique dans la fou­lée de la guerre du Koweït) se heur­taient à un double obs­tacle : l’absence offi­cielle de l’OLP (repré­sen­tée offi­cieu­se­ment par des Pales­ti­niens coop­tés par la… Jor­da­nie) exi­gée par le Likoud de Yitz­hak Sha­mir et le refus de toute esquisse de conces­sion ter­ri­to­riale par le gou­ver­ne­ment israé­lien. Sur le plan socio-éco­no­mique, Israël était frap­pé par la réces­sion, réces­sion aggra­vée par l’arrivée d’une vague de plus d’un mil­lion d’immigrants juifs ex-sovié­tiques et l’apparition dans les rues israé­liennes de dizaines de mil­liers de sans-abris juifs majo­ri­tai­re­ment d’ascendance magh­ré­bine ou moyen-orientale.

La parenthèse « vertueuse » d’Oslo

Cette année-là, emme­né par le tan­dem for­mé par Shu­la­mit Alo­ni et Yos­si Sarid, le Ratz déci­da de s’allier à deux autres petites for­ma­tions réfor­mistes : le par­ti libé­ral laï­ciste Shi­nouï (« Mou­ve­ment démo­cra­tique pour le Chan­ge­ment ») et le par­ti sio­niste socia­liste Mapam (« Par­ti ouvrier uni­fié »). Lors des élec­tions légis­la­tives du 23 juin 1992, le car­tel élec­to­ral, bap­ti­sé Meretz (« Par­ti démo­crate d’Israël »), effec­tua une per­cée his­to­rique en obte­nant 10% des sièges à la Knes­set et en deve­nant la troi­sième force poli­tique de l’État. Simul­ta­né­ment, l’Avoda tra­vailliste, emme­né par le vété­ran Yitz­hak Rabin, opé­ra un retour inat­ten­du en obte­nant 37% des sièges, tan­dis que le Likoud de Yitz­hak Sha­mir voyait sa repré­sen­ta­tion par­le­men­taire fondre à 27%.

Pour la pre­mière fois depuis quinze ans, le Par­ti tra­vailliste repre­nait la main dans la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment et, pour la pre­mière fois depuis 1984, il accep­tait de for­mer une coa­li­tion avec des par­tis poli­tiques situés sur sa gauche, tant sur le plan socio-éco­no­mique que sur le plan diplo­ma­tique. Avec l’appoint du Shas (Gar­diens sépha­rades de la Torah), un par­ti ultra-ortho­doxe orien­tal, Yitz­hak Rabin, vain­queur de la guerre de juin 1967 en sa qua­li­té de chef d’état-major, par­vint alors à pré­sen­ter à la Knes­set le gou­ver­ne­ment à la fois le plus homo­gène et le plus dis­po­sé au com­pro­mis de l’histoire israé­lienne à ce jour.

C’est ce gou­ver­ne­ment qui, le prin­temps et l’été 1993, négo­cia en secret (et sans en infor­mer l’allié amé­ri­cain) les « accords d’Oslo ». Ces accords étaient cen­sés s’échelonner sur trois phases. Pre­miè­re­ment, la recon­nais­sance par l’OLP du droit d’Israël à l’existence dans des fron­tières sûres et recon­nues, et la recon­nais­sance par Israël de l’OLP comme repré­sen­tant unique et légi­time du peuple pales­ti­nien11. Deuxiè­me­ment, la mise sur pied d’un régime pales­ti­nien d’autonomie par­tielle et tran­si­toire dans les ter­ri­toires occu­pés et le redé­ploie­ment de l’armée israé­lienne hors de zones désor­mais admi­nis­trées par une Auto­ri­té pales­ti­nienne. Troi­siè­me­ment, la négo­cia­tion d’un règle­ment défi­ni­tif du conflit israé­lo-pales­ti­nien par la réso­lu­tion de ques­tions aus­si cru­ciales que le sta­tut juri­dique12 et l’étendue ter­ri­to­riale de la sou­ve­rai­ne­té pales­ti­nienne, le sta­tut des réfu­giés pales­ti­niens (chas­sés en 1947 – 1949 durant la guerre de Pales­tine et la créa­tion de l’État d’Israël), le sta­tut de Jéru­sa­lem, et, enfin, le sta­tut des colo­nies de peuplement.

Pour les plus opti­mistes, les légis­la­tives israé­liennes de 1992 et l’ouverture de négo­cia­tions offi­cielles et directes entre le gou­ver­ne­ment d’Israël et le Comi­té exé­cu­tif de l’Organisation de Libé­ra­tion de la Pales­tine étaient cen­sées ouvrir un cercle ver­tueux, après pra­ti­que­ment un siècle de conflit total entre la socié­té arabe pales­ti­nienne et la socié­té néo-hébraïque israélienne.

Le retour des « sécuritaristes »

Il n’en fut rien. Côté israé­lien, le pro­ces­sus de négo­cia­tions fut rapi­de­ment sou­mis aux pres­sions exer­cées par l’état-major de l’armée et en par­ti­cu­lier par son chef de l’époque, le géné­ral Ehoud Barak. Ce der­nier se deman­dait ain­si « com­ment mener des négo­cia­tions dans les­quelles il n’y a que nous qui puis­sions faire des conces­sions ? [Il faut] fixer des limites sub­stan­tielles à l’ac­cord [d’Oslo] et ce, pas seule­ment sur le plan sécu­ri­taire, mais en dres­sant autour de l’OLP une muraille d’acier, recou­verte de coton mais infran­chis­sable »13. Après le mas­sacre d’Hébron de février 199414, pétri­fié à l’idée de devoir ouvrir un front contre la frange ultra­na­tio­na­liste des colons et par le spectre de repré­sailles pales­ti­niennes, le Pre­mier ministre Rabin déci­da de main­te­nir le sta­tu quo ante, tout en ren­for­çant la pro­tec­tion des colons d’Hébron, en res­tau­rant tem­po­rai­re­ment le couvre-feu et en déli­mi­tant des zones dras­ti­que­ment inter­dites à la libre cir­cu­la­tion des Pales­ti­niens, cette der­nière mesure étant tou­jours d’application en 2015. Côté pales­ti­nien, le Hamas lan­ça sa pre­mière cam­pagne d’attentats sui­cides en ter­ri­toire israé­lien, une cam­pagne qui eut pour effet de rai­dir davan­tage les exi­gences sécu­ri­taires posées par les négo­cia­teurs israéliens.

L’assassinat de Rabin et le suicide travailliste

Vint une autre date fati­dique. Le 4 novembre 1995, sur la Place des Rois d’Israël à Tel-Aviv, après avoir pro­non­cé un dis­cours devant des mili­tants du Par­ti tra­vailliste et du Meretz, le Pre­mier ministre Yitz­hak Rabin était assas­si­né par un extré­miste natio­na­liste reli­gieux. Cet assas­si­nat eut un double impact politique.

Pre­miè­re­ment, dési­reux de faire men­tir sa répu­ta­tion de poli­ti­cien retors plus à l’aise dans la recherche de com­pro­mis alam­bi­qués que dans l’usage de la force armée, Shi­mon Per­es, suc­cé­dant à Yitz­hak Rabin, don­na son aval à une cam­pagne de liqui­da­tion de cadres mili­taires du Hamas dans la bande de Gaza, ce qui eut pour effet immé­diat de voir le mou­ve­ment isla­mo-natio­na­liste pales­ti­nien déclen­cher une vague d’une ampleur sans pré­cé­dent d’attentats sui­cides en Israël.

Secun­do, les diri­geants tra­vaillistes appli­quèrent bel et bien le volet « auto­no­mie » de l’accord Israël-OLP. Cepen­dant, une par­tie d’entre eux, soit trau­ma­ti­sés par l’assassinat de leur chef par un mili­tant du « pilier » natio­na­liste reli­gieux (c’était le cas de Yos­si Bei­lin, cf. infra), soit dès le départ hos­tiles à des négo­cia­tions israé­lo-pales­ti­niennes devant débou­cher sur la créa­tion d’un État de Pales­tine (c’était le cas de Shi­mon Per­es), s’engagèrent dans la recherche d’une entente natio­nale (has­ka­ma le’oumit) sus­cep­tible de séduire les res­pon­sables modé­rés du Likoud.

Ain­si, dès décembre 1995, un mois après l’assassinat de son pré­dé­ces­seur, Shi­mon Per­es affi­chait dans une inter­view sa pré­fé­rence pour un com­pro­mis fonc­tion­nel en lieu et place d’un com­pro­mis ter­ri­to­rial. « Pour ce qui est de la sou­ve­rai­ne­té [pales­ti­nienne], il existe beau­coup de pos­si­bi­li­tés. Qui a dit que la solu­tion devait être conven­tion­nelle ? Cette solu­tion peut se pas­ser de sou­ve­rai­ne­té. Cela fait près de cin­quante ans qu’il n’y a pas de sou­ve­rai­ne­té en Cis­jor­da­nie ». Comme le rele­vait son inter­vie­weur Nahoum Bar­nea, « ce que Per­es pro­pose, c’est une struc­ture dans laquelle les Pales­ti­niens auront une sou­ve­rai­ne­té com­plète à Gaza et une sou­ve­rai­ne­té nébu­leuse en Cis­jor­da­nie, sans doute dans le cadre d’un condo­mi­nium israé­lo-jor­da­nien. »15

Cette recherche d’un com­mun déno­mi­na­teur avec un par­ti qui n’avait pas hési­té à qua­li­fier l’Avoda et le Meretz de cri­mi­nels d’Oslo (posh‘ei Oslo) ne pou­vait débou­cher que sur une révi­sion à la baisse des ambi­tions des négo­cia­tions israé­lo-pales­ti­niennes16. Simul­ta­né­ment et en pleine cam­pagne élec­to­rale, cette démarche ne pou­vait en outre être inter­pré­tée par l’opinion israé­lienne que comme un mea culpa impli­cite pour les crimes d’Oslo (pish‘ei Oslo) de la part des for­ma­tions poli­tiques impli­quées dans ces négociations.

Ce double impact poli­tique fut reflé­té par les élec­tions légis­la­tives du 29 mai 1996. Emme­né par son nou­veau chef Binya­min Neta­nya­hou, « confir­mé » par la vague d’attentats sui­cides déclen­chée par le Hamas au prin­temps 1996 et ser­vi par les ater­moie­ments de Shi­mon Per­es, le Likoud revint au pou­voir et mit sur pied ce qu’un édi­to­ria­liste local sur­nom­ma la coa­li­tion des affa­més17. Le gou­ver­ne­ment for­mé autour du Likoud était un assem­blage hété­ro­clite de par­tis natio­na­listes, ultra­na­tio­na­listes, ultra-ortho­doxes et « sec­to­riels » (com­mu­nau­ta­ristes) qui n’avaient qu’un déno­mi­na­teur com­mun mais de taille : le rejet des « accords d’Oslo ». Mais, miné par son hété­ro­gé­néi­té, les exi­gences contra­dic­toires de ses « affa­més » et les pres­sions de l’administration Clin­ton, le gou­ver­ne­ment Neta­nya­hou finit par être mis en mino­ri­té à la Knes­set et des légis­la­tives anti­ci­pées (17 mai 1999) rame­nèrent briè­ve­ment au pou­voir un Par­ti tra­vailliste affai­bli et méconnaissable.

Ehoud Barak, le « détecteur de mensonges »

Mécon­nais­sable… L’Avoda était désor­mais diri­gé par l’ancien chef de l’armée israé­lienne Ehoud Barak qui, lorsqu’il occu­pait cette fonc­tion, avait mul­ti­plié les chausse-trappes sous un pro­ces­sus diplo­ma­tique israé­lo-pales­ti­nien auquel il n’avait jamais cru. Deve­nu Pre­mier ministre et confron­té à un Par­le­ment écla­té, il mit sur pied un gou­ver­ne­ment moins plé­tho­rique mais plus hété­ro­clite que celui de Neta­nya­hou en for­mant autour du Par­ti tra­vailliste une coa­li­tion mariant l’eau et le feu : des par­tis ultra-droi­tiers voire annexion­nistes (ultra-ortho­doxes, rus­so­phones et natio­na­listes reli­gieux) et des par­tis favo­rables au pro­ces­sus diplo­ma­tique israé­lo-pales­ti­nien (l’éphémère Par­ti du Centre et le Meretz).

Le Pre­mier ministre Barak ne rem­plit qu’une seule de ses pro­messes élec­to­rales en pro­cé­dant, en mai 2000, au retrait de l’armée israé­lienne hors du Sud-Liban qu’Israël occu­pait depuis 1978 et où il payait de plus en plus cher les actions mili­taires du Hez­bol­lah chiite. Sur le front pales­ti­nien, Barak déci­da d’accélérer le pro­ces­sus diplo­ma­tique en lan­çant à Camp David, en juillet 2000, les négo­cia­tions sur le sta­tut défi­ni­tif avec un Yas­ser Ara­fat affai­bli par l’autoritarisme et la cor­rup­tion de son Auto­ri­té pales­ti­nienne, ain­si que par la mon­tée en puis­sance du Hamas, désor­mais plus puis­sant poli­ti­que­ment et mili­tai­re­ment que l’OLP. Les pro­po­si­tions ter­ri­to­riales et juri­diques sou­mises à l’OLP par Ehoud Barak étaient à ce point indé­fen­dables par les diri­geants pales­ti­niens que Yas­ser Ara­fat cla­qua la porte des négociations.

Affai­bli par les défec­tions suc­ces­sives du Meretz (sur fond de clash total avec les ultra-ortho­doxes) et du Maf­dal natio­na­liste reli­gieux (hos­tile à l’édification d’un État pales­ti­nien sur 73% de la Cis­jor­da­nie), Barak ten­ta de faire entrer dans sa coa­li­tion un Likoud désor­mais diri­gé par un reve­nant, Ariel Sha­ron, le pes­ti­fé­ré de la guerre du Liban de 1982. Pour ce faire, le Pre­mier ministre auto­ri­sa le chef du Likoud à fou­ler le sol de l’Esplanade sacrée (Mont du Temple ou Noble Sanc­tuaire), afin d’y réaf­fir­mer la sou­ve­rai­ne­té éter­nelle de l’État d’Israël. Cette visite contro­ver­sée fut en outre dou­blée d’une inter­view qui fit l’effet d’une douche froide sur l’OLP et sur le Meretz, inter­view dans laquelle Ehoud Barak se posait en résis­tant face aux Pales­ti­niens. « Pen­dant une géné­ra­tion, les Pales­ti­niens ont eu la légi­ti­mi­té inter­na­tio­nale de leur côté. Or, en un an, nous avons ren­ver­sé la situa­tion, sans rien céder du tout, ni 5% ni 13% [des ter­ri­toires]. Et nous avons mis la légi­ti­mi­té inter­na­tio­nale de notre côté tout en met­tant Ara­fat sur la défen­sive. Tout cela alors que nous n’avons cédé sur rien. »18

Deuxième Intifada et effondrement de la gauche

Ce fut l’amorce du deuxième sou­lè­ve­ment pales­ti­nien (Deuxième Inti­fa­da, 2000 – 2004), lequel, face à la répres­sion sans pré­cé­dent de l’armée israé­lienne19, se mili­ta­ri­sa rapi­de­ment et se concré­ti­sa éga­le­ment par des vagues d’attentats sui­cides exé­cu­tés par des mili­tants du Hamas mais aus­si du Fatah. Mis en mino­ri­té à la Knes­set, Ehoud Barak convo­qua des élec­tions légis­la­tives anti­ci­pées et axa sa cam­pagne élec­to­rale autour d’un man­tra : « J’ai révé­lé le vrai visage (part­zou­fo ha-ami­ti) de l’OLP : nous n’avons pas de par­te­naire »20. En février 2001, les légis­la­tives se sol­dèrent par une déroute his­to­rique du Par­ti tra­vailliste, lequel accep­ta néan­moins d’entrer dans la coa­li­tion diri­gée par Ariel Sharon. 

Depuis l’hiver fati­dique de 2000 – 2001, le pro­ces­sus diplo­ma­tique israé­lo-pales­ti­nien est en état de mort cli­nique. Trau­ma­ti­sée par les cycles d’attentats sui­cides, convain­cue par le der­nier négo­cia­teur en chef (Ehoud Barak) des accords Israël-OLP que la fina­li­té du mou­ve­ment natio­nal pales­ti­nien est l’anéantissement d’Israël et main­te­nue à l’abri der­rière la « bar­rière de sépa­ra­tion » édi­fiée en Cis­jor­da­nie et autour de la bande de Gaza, la socié­té israé­lienne, dans sa grande majo­ri­té, ne veut plus entendre par­ler de négo­cia­tions sub­stan­tielles avec l’OLP.

La socié­té pales­ti­nienne, elle, est sor­tie érein­tée par son écra­se­ment mili­taire israé­lien et par le modus ope­ran­di poli­ti­que­ment sui­ci­daire choi­si par plu­sieurs de ses repré­sen­tants poli­tiques. Quant à l’Autorité pales­ti­nienne, suite à la vic­toire élec­to­rale du Hamas en jan­vier 2006, elle s’est scin­dée en deux en juin 2007 : une AP diri­gée par le Hamas dans la bande de Gaza et une AP diri­gée par le Fatah en Cisjordanie.

Ces régres­sions mili­taires, poli­tiques et socio­lo­giques, Yos­si Sarid et ses suc­ces­seurs à la tête du Meretz les ont en quelque sorte sui­vies du bal­con. Exclu des gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé depuis quinze ans, le Meretz a payé au prix fort ses crimes d’Oslo. Son pro­gramme laïc a été récu­pé­ré par un par­ti de centre-gauche popu­liste et popu­laire, le Shi­nouï (rebap­ti­sé Yesh Atid, « Il y a un Ave­nir »), lequel a éga­le­ment repris à son compte l’ash­ké­na­zi­té impli­cite du Meretz, une ash­ké­na­zi­té qui lui avait alié­né les suf­frages des plus modé­rés des Juifs d’ascendance magh­ré­bine et moyen-orientale.

Les réformes édu­ca­tives qu’il avait fait voter par la Knes­set ont été détri­co­tées dans un sens davan­tage com­mu­nau­ta­riste et natio­na­liste. Les réformes « détra­vailli­sa­trices » qu’il s’était fait fort d’introduire ont été endos­sées par le Likoud de Binya­min Neta­nya­hou, mais dans le sens d’une libé­ra­li­sa­tion et une déré­gu­la­tion débri­dées. Quant au pro­ces­sus mili­ta­ro-diplo­ma­tique noué avec l’OLP, le Meretz n’y a jamais vrai­ment eu « la main », même lorsqu’il était le par­te­naire obli­gé des gou­ver­ne­ments Rabin-Per­es de 1992 – 1996. Enfin, lors des der­nières légis­la­tives, celles du 17 mars 2015, il s’en est fal­lu de peu que le Meretz passe sous le seuil élec­to­ral des 5% et dis­pa­raisse de la Knes­set. Concrè­te­ment, le Meretz n’est plus que l’ombre du sou­ve­nir d’une alter­na­tive sio­niste de gauche qu’ambitionnait d’incarner Yos­si Sarid.

« Il ne reste pas de survivant »

Yos­si Sarid n’était pas qu’une sur­vi­vance. Il était un sur­vi­vant. Et pas seule­ment parce qu’il avait failli dix ans plus tôt être empor­té par une tumeur au cer­veau. Au len­de­main de sa dis­pa­ri­tion, Gideon Levy, édi­to­ria­liste de gauche du Ha’Aretz, lui consa­crait un très beau por­trait inti­tu­lé Il ne reste pas de sur­vi­vant (Lo notar sarid). En hébreu, sarid signi­fie sur­vi­vant, res­ca­pé21. En jouant avec les mots, Levy ren­dait hom­mage à celui qui avait en vain ten­té d’incarner une alter­na­tive démo­cra­tique et morale. 

Sarid ne s’appelait pas ain­si par hasard. Comme c’est le cas pour une bonne par­tie des Israé­liens ash­ké­nazes de sa géné­ra­tion et de celle de ses parents, son his­toire per­son­nelle et sa généa­lo­gie étaient indis­so­lu­ble­ment liées à l’Histoire mil­lé­naire des Juifs d’Europe orien­tale22 et au point final qu’y mit leur exter­mi­na­tion par l’Allemagne nazie et ses alliés.

Né en 1940, Sarid s’appela Szna­j­der les cinq pre­mières années de sa vie. Son père, Jakow Szna­j­der, avait déci­dé de s’installer en Pales­tine en 1935, par enga­ge­ment sio­niste23 certes, mais aus­si pour échap­per à l’arsenal légis­la­tif anti­sé­mite d’une Pologne sur le point de pas­ser sous la coupe d’une dic­ta­ture mili­taire ultra­na­tio­na­liste et à l’antisémitisme vis­cé­ral d’une large par­tie de la pay­san­ne­rie ukrai­nienne de sa Vol­hy­nie natale.

Jakow Szna­j­der était né en 1903 en Rus­sie impé­riale, à Rafałów­ka (Rafa­liv­ka, en ukrai­nien). Après la dés­in­té­gra­tion de l’Empire russe et la révo­lu­tion bol­che­vique, cette petite bour­gade ukrai­nienne fut incor­po­rée en 1922 au ter­ri­toire de la Deuxième Répu­blique de Pologne (Dru­ga Rzecz­pos­po­li­ta, 1922 – 1939), un État où, avec les Ukrai­niens (14%), les Juifs consti­tuaient une mino­ri­té eth­nique de 3.400.000 âmes (10% de la popu­la­tion) à la veille de leur géno­cide. En juin 1941, dès la rup­ture du Pacte ger­ma­no-sovié­tique, l’armée alle­mande défer­la sur les cam­pagnes ukrai­niennes. Comme ce fut le cas dans des cen­taines d’autres bour­gades (sou­vent majo­ri­tai­re­ment juives), des Ein­satz­grup­pen24 occu­pèrent Rafałów­ka et y assas­si­nèrent les cadres poli­tiques et admi­nis­tra­tifs polo­nais, ain­si que les mili­tants com­mu­nistes polo­nais et ukrai­niens. Quant à ceux des Juifs (25% de la popu­la­tion) qui furent « épar­gnés » lors des pre­miers mas­sacre, ils furent rejoints par 2000 autres expul­sés des vil­lages envi­ron­nants et par­qués dans un ghet­to de 2.900 âmes.

Le 29 août 1942, tous les Juifs furent extraits du ghet­to de Rafałów­ka par la police ukrai­nienne (armée par les mili­taires alle­mands). Ache­mi­nés à la lisière d’une forêt et contraints de creu­ser deux fosses, ils y furent exé­cu­tés par les Ein­satz­grup­pen25. C’est selon ce même modus ope­ran­di que 1.200.000 Juifs polo­no-ukrai­niens furent assas­si­nés dans le cadre de ce que l’historiographie fran­çaise récente qua­li­fie un peu abrup­te­ment de Shoah par balles.

Lorsqu’en 1945, dix ans après avoir immi­gré en Pales­tine, Jakow Szna­j­der apprit que toute sa famille avait été assas­si­née à Rafałów­ka, il déci­da d’hébraïser son nom en Yaa­kov Sarid, Jacob le Sur­vi­vant.

  1. Fin novembre, le gou­ver­ne­ment israé­lien diri­gé par Binya­min Neta­nya­hou adop­tait un pro­jet de loi, ava­li­sé par le Conseil d’État, léga­li­sant la des­truc­tion sys­té­ma­tique des habi­ta­tions des familles des auteurs pales­ti­niens d’attaques au cou­teau contre des Israé­liens et abais­sant à douze ans la majo­ri­té pénale des Pales­ti­niens des ter­ri­toires occu­pés de Cis­jor­da­nie et de Jérusalem-Est.
  2. À l’époque, l’OLP était une orga­ni­sa­tion faî­tière ras­sem­blant peu ou prou l’ensemble des mou­ve­ments de libé­ra­tion pales­ti­niens et son Comi­té exé­cu­tif (gou­ver­ne­ment en exil) était pré­si­dé par Yas­ser Ara­fat, diri­geant du mou­ve­ment majo­ri­taire, le Fath (Mou­ve­ment de la Libé­ra­tion natio­nale pales­ti­nienne). Les contacts avec des repré­sen­tants de l’OLP étaient for­mel­le­ment inter­dits par la loi israélienne.
  3. À l’origine, Reho­vot était une colo­nie agri­cole juive créée en 1890 en Pales­tine otto­mane sur des terres ache­tées au pro­prié­taire chré­tien du vil­lage arabe adja­cent de Dei­rân. Elle est aujourd’hui une ville de 130.000 habitants.
  4. En Israël, le scru­tin de mai 1977 est sur­nom­mé le mah­pakh, lit­té­ra­le­ment ren­ver­se­ment, voire coup d’État
  5. Dans un pre­mier temps, cet élec­to­rat popu­laire fut majo­ri­tai­re­ment com­po­sé de Juifs ori­gi­naires des pays ara­bo-musul­mans, pour ensuite s’élargir à de nom­breux Juifs ex-sovié­tiques émi­grés en masse au début des années 1990, sou­vent pau­pé­ri­sés et mar­qués à la fois par une culture poli­tique auto­ri­taire héri­tée du sovié­tisme et une aver­sion pour tout ce qui peut se défi­nir peu ou prou comme « socia­liste » ou « oriental ».
  6. Par­fois tra­duit par Par­ti ouvrier de Pales­tine, ce par­ti ayant été fon­dé sous le Man­dat bri­tan­nique (1922 – 1948). La notion hébraïque de Pays d’Israël (Eretz-Israël) cor­res­pond, au mini­mum, au ter­ri­toire de la Pales­tine man­da­taire, c’est-à-dire incluant les actuelles Cis­jor­da­nie et bande de Gaza, et au maxi­mum, à la Pales­tine man­da­taire et à la Jordanie.
  7. Sur sa « gauche » d’abord, le Mapaï voit des dis­si­dents fon­der l’Ahdout Ha’Avoda (« Union du Tra­vail »), un par­ti à la fois ultra­na­tio­na­liste et d’organisation sta­li­nienne. Sur sa « droite » ensuite, le Par­ti ouvrier subit la défec­tion de figures his­to­riques comme David Ben Gou­rion, Shi­mon Per­es et Moshé Dayan qui créent le Rafi (acro­nyme de la Liste ouvrière israé­lienne), un par­ti plu­tôt natio­na­liste et par­ti­san d’une doc­trine stra­té­gique que l’on n’appelait pas encore « guerre préventive ».
  8. En juillet 1988, au plus fort de la Pre­mière Inti­fa­da, la Jor­da­nie renonce offi­ciel­le­ment à la Cis­jor­da­nie qu’elle « cède » offi­cieu­se­ment à l’OLP. Mais l’accord de paix israé­lo-jor­da­nien du 25 juillet 1994 confé­re­ra à la dynas­tie haché­mite le rôle de gar­dienne des lieux saints isla­miques de Jéru­sa­lem, prin­ci­pa­le­ment de l’Esplanade sacrée.
  9. D’abord nom­mé Confé­dé­ra­tion géné­rale des Tra­vailleurs hébreux de Pales­tine (Pays d’Israël), ce syn­di­cat unique fut rebap­ti­sé dans les années cin­quante Confé­dé­ra­tion géné­rale des Tra­vailleurs d’Israël. Il était com­po­sé de per­ma­nents et de res­pon­sables élus sur une base par­ti­sane et fut à ce titre long­temps une chasse gar­dée du mou­ve­ment travailliste.
  10. Yitz­hak Sha­mir avait suc­cé­dé à la tête du Likoud à Mena­hem Begin, reti­ré de la vie poli­tique en octobre 1983 suite aux mas­sacres de Sabra et Cha­ti­la com­mis en pré­sence de l’armée israé­lienne. Begin était convain­cu d’avoir été tra­hi à ce sujet par son ministre de la Défense Ariel Sha­ron et le chef d’état-major de l’armée israé­lienne Raphaël Eitan.
  11. Ce fut la pre­mière fois qu’un docu­ment offi­ciel israé­lien cou­cha, en hébreu, l’expression jusqu’alors taboue (et illé­gale) le peuple pales­ti­nien (ha-‘am ha-falas­ti­ni).
  12. Les textes cosi­gnés par Israël et l’OLP lais­saient cette ques­tion entre paren­thèses. La fina­li­té du pro­ces­sus était-elle un État de Pales­tine indé­pen­dant, un État dont le contrôle sécu­ri­taire serait exer­cé in fine par un condo­mi­nium israé­lo-jor­da­nien, une confé­dé­ra­tion jordano-palestinienne ?
  13. Yediot Aha­ro­not, 4 février 1994.
  14. Le 25 février 1994, à Hébron et en plein Rama­dan, un colon natio­na­liste reli­gieux péné­tra dans l’aile isla­mique du Caveau des Patriarches (ou Sanc­tuaire abra­ha­mique) et vida plu­sieurs char­geurs sur des fidèles musul­mans, tuant 29 Pales­ti­niens et en bles­sant 129 autres.
  15. Yediot Aha­ro­not, 8 décembre 1995.
  16. Cette recherche d’un consen­sus abou­tit, le 26 jan­vier 1997, à la publi­ca­tion d’un texte inti­tu­lé Entente natio­nale concer­nant les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens sur le sta­tut défi­ni­tif. Dis­po­nible uni­que­ment en hébreu sur le site de la Knes­set, une ver­sion en anglais est consul­table sur Jewish Vir­tual Libra­ry.
  17. Yediot Aha­ro­not, 31 mai 1996.
  18. Maa­riv, 29 sep­tembre 2000.
  19. Fin octobre 2000, soit pour le seul pre­mier mois d’un sou­lè­ve­ment pales­ti­nien non encore mili­ta­ri­sé, les sol­dats avaient déjà tiré 1.300.000 balles de gros calibre sur les mani­fes­tants. Ha’Aretz, 11 juin 2004.
  20. Dans Maa­riv (res­pec­ti­ve­ment le 26 octobre 2001 et le 8 février 2002), deux négo­cia­teurs israé­liens, le juriste Mena­hem Klein et l’ancien ministre Yos­si Bei­lin (pas­sé du Par­ti tra­vailliste au Meretz), désa­voue­ront les pro­pos d’Ehoud Barak. L’ancien direc­teur de l’Aman (ren­sei­gne­ments mili­taires), Amos Mal­ka, fera de même dans les colonnes de Yediot Aha­ro­not (le 30 juin 2004). En vain. Et trop tard.
  21. L’hébreu sārîd est issu de la même racine sémi­tique que l’arabe sha­rîd (exi­lé, ban­ni, arra­ché de sa terre, fugi­tif).
  22. Nom­mée Pologne-Litua­nie par l’historiographie juive et cor­res­pon­dant gros­so modo aux actuelles répu­bliques de Pologne, d’Ukraine, de Litua­nie, du Béla­rus et de Mol­da­vie, cette région se carac­té­ri­sa, jusqu’en 1942, par la pré­sence de fortes mino­ri­tés juives qui, sou­vent majo­ri­taires dans les villes moyennes et les bour­gades rurales, y consti­tuaient un groupe eth­nique dis­tinct (sur les plans lin­guis­tique, confes­sion­nel et cultu­rel). À tel point que l’historiographie fran­co­phone contem­po­raine sur­nomme Yid­di­sh­land (« Pays juif ») cet archi­pel de 8.000.000 de « Juifs eth­niques » anéan­ti par l’antisémitisme viru­lent des natio­na­lismes slaves, la répres­sion sta­li­nienne et le géno­cide nazi.
  23. Il était pro­fes­seur d’hébreu dans le réseau sco­laire juif polo­nais Tar­bout (Culture) char­gé de pré­pa­rer les Juifs à l’émigration en Palestine.
  24. Groupes d’intervention. Uni­tés mobiles de l’armée alle­mande pla­cées sous le com­man­de­ment de la SS d’Heinrich Himmler.
  25. Com­po­sé de témoi­gnages recueillis en hébreu et en yid­dish, le yiz­ker­bukh (mémo­rial) de Rafałów­ka est par­tiel­le­ment dis­po­nible en anglais.

Pascal Fenaux


Auteur

Pascal Fenaux est membre du comité de rédaction de La Revue nouvelle depuis 1992. Sociologue, il a poursuivi des études en langues orientales (arabe et hébreu). Il est spécialiste de la question israélo-palestinienne, ainsi que de la question linguistique et communautaire en Belgique. Journaliste indépendant, il est également «vigie» (veille presse, sélection et traduction) à l’hebdomadaire Courrier international (Paris) depuis 2000. Il y traite et y traduit la presse «régionale» juive (hébréophone et anglophone) et arabe (anglophone), ainsi que la presse «hors-zone» (anglophone, yiddishophone, néerlandophone et afrikaansophone).