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Histoire de fous

Blog - Belgosphère - Bruxelles (Région) / Brussel (Gewest) chômage mouvement social suédoise par Martine Vandemeulebroucke

décembre 2014

Qui a dit qu’aucun dia­logue n’existait entre le gou­ver­ne­ment fédé­ral et les enti­tés fédé­rées ? Le ministre de l’Emploi bruxel­lois Didier Gosuin négo­cie avec son homo­logue au fédé­ral Kris Pee­ters pour lui deman­der un mora­toire sur les exclu­sions des chô­meurs à Bruxelles. Pour rap­pel, quelque 17.000 per­sonnes en Bel­gique, plus de 5.000 à Bruxelles, per­dront leur allo­ca­tion d’insertion au […]

Qui a dit qu’aucun dia­logue n’existait entre le gou­ver­ne­ment fédé­ral et les enti­tés fédé­rées ? Le ministre de l’Emploi bruxel­lois Didier Gosuin négo­cie avec son homo­logue au fédé­ral Kris Pee­ters pour lui deman­der un mora­toire sur les exclu­sions des chô­meurs à Bruxelles. Pour rap­pel, quelque 17.000 per­sonnes en Bel­gique, plus de 5.000 à Bruxelles, per­dront leur allo­ca­tion d’insertion au 1er jan­vier 2015. Le gou­ver­ne­ment Di Rupo avait en effet déci­dé de limi­ter ce droit à 36 mois et l’échéance approche. Juste avant les élec­tions, Di Rupo avait « adou­ci » (il fau­drait pou­voir mettre des qua­druples guille­mets) la mesure en pré­ser­vant les allo­ca­tions des per­sonnes souf­frant de han­di­cap et de troubles psy­cho­lo­giques graves. Il s’agit donc main­te­nant pour les Régions char­gées de pro­cé­der à ce grand net­toyage de véri­fier l’«état men­tal » de ceux qui tentent de pré­ser­ver leurs allocations. 

L’état men­tal ? On ne vise pas ici l’état de colère ou d’angoisse dans lequel ces mil­liers de per­sonnes doivent sans doute se trou­ver. Non, il faut pou­voir prou­ver qu’on ne va pas bien dans sa tête si on veut la gar­der hors de l’eau. Didier Gosuin craint que les fonc­tion­naires bruxel­lois ne perdent la leur en contrô­lant l’état psy­cho­lo­gique de mil­liers d’allocataires dans les trois semaines à venir. Argu­ment mas­sue pour obte­nir un mora­toire : dans les com­munes les plus pauvres de Bruxelles, et donc les plus peu­plées de per­sonnes d’origine étran­gère, ces exclu­sions mas­sives pour­raient créer des « débor­de­ments ». Oups  Des émeutes ! En plus des grèves et des mani­fes­ta­tions ! Il faut évi­dem­ment s’attendre à tout dans ces quar­tiers, n’est-ce pas ? Kris Pee­ters a dit qu’il allait  réflé­chir ». C’est déjà pas mal comme effort. On peut pen­ser que sa réflexion sera davan­tage influen­cée par cette menace que par l’examen des consé­quences sociales désas­treuses de cette mesure prise par le gou­ver­ne­ment Di Rupo. Et que la coa­li­tion au pou­voir va encore dur­cir. Le ministre bruxel­lois a plon­gé le nez dans les chiffres de l’Onem pour consta­ter que 70% des béné­fi­ciaires des allo­ca­tions d’insertion ne sont pas des jeunes qui glandent depuis la fin de leurs études, ils ont le plus sou­vent la tren­taine, ils sont en charge de famille et il s’agit sur­tout de femmes, mères de famille nom­breuse, sans diplôme. Pas vrai­ment le cli­ché du jeune qui se la coule douce chez papa et maman. 

Vous me direz que tout ceci n’est pas un scoop et vous aurez rai­son. Tout comme le fait que les tra­vaux d’intérêt public pour les chô­meurs sont impra­ti­cables ou que la dégres­si­vi­té des allo­ca­tions de chô­mage n’a pas d’effets sur la remise à l’emploi. Tout récem­ment une étude d’un centre uni­ver­si­taire anver­sois avait conclu à l’inefficacité totale de cette poli­tique de dégres­si­vi­té « compte tenu de l’état actuel du mar­ché de l’emploi ». Les résul­tats de cette enquête sont pas­sés inaper­çus, relayés sous la forme d’une brève dans la plu­part des médias et c’est « nor­mal ». On le savait, on le sait. Ces mesures poli­tiques n’ont nul­le­ment l’intention d’avoir une quel­conque effi­ca­ci­té. Elles sont même contre-pro­duc­tives, cela aus­si on le sait et ce n’est pas un pro­blème pour ceux qui les ont conçues. Elles sont juste idéo­lo­giques. Leur impact est com­mu­ni­ca­tion­nel, sans plus. Il s’agit, dans une logique popu­liste, de mon­trer qu’il y a des cou­pables à la crise éco­no­mique et de les dési­gner de pré­fé­rence par­mi les plus faibles, les chô­meurs, les étran­gers et sur­tout les étran­gers chômeurs. 

Et ça marche. Vous avez enten­du les mani­fes­tants pro­tes­ter contre les mesures prises à l’encontre des chô­meurs le 6 novembre ? Inter­ro­gez les gré­vistes sur les rai­sons de leur colère, ils par­le­ront du saut d’index et du recul de l’âge de la pen­sion comme objec­tifs du com­bat social. Ecou­tez les par­tis de l’opposition (ceux au pou­voir sous l’ère Di Rupo), ils s’offusqueront des attaques du gou­ver­ne­ment Michel contre la classe moyenne (ver­sion CDH) ou contre les tra­vailleurs (ver­sion PS). 

C’est vrai fina­le­ment. La seule excuse au fait d’être chô­meur ou allo­ca­taire, c’est d’être un peu malade, un peu fou. Ce sont eux bien sûr qui le sont. Sur­tout pas notre sys­tème social et politique. 

Martine Vandemeulebroucke


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