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Euthanasions !

Blog - Anathème - euthanasie prison par Anathème

septembre 2014

Un homme inter­né parce qu’il avait com­mis des infrac­tions à carac­tère sexuel, après avoir pas­sé 30 ans dans nos geôles, vient d’obtenir le droit de se faire eutha­na­sier. Il invoque la souf­france into­lé­rable que lui cause sa situa­tion : l’enfermement sans soins adé­quats. Il se pré­vaut aus­si du carac­tère incu­rable des troubles psy­chia­triques dont il souffre. Il […]

Anathème

Un homme inter­né parce qu’il avait com­mis des infrac­tions à carac­tère sexuel, après avoir pas­sé 30 ans dans nos geôles, vient d’obtenir le droit de se faire eutha­na­sier. Il invoque la souf­france into­lé­rable que lui cause sa situa­tion : l’enfermement sans soins adé­quats. Il se pré­vaut aus­si du carac­tère incu­rable des troubles psy­chia­triques dont il souffre. Il a mis l’État belge devant un dilemme en lui deman­dant, soit de le trans­fé­rer dans une uni­té aux Pays-Bas où il pour­ra rece­voir des soins appro­priés, soit de l’autoriser à se rendre dans un hôpi­tal pour y être euthanasié.

Mal­heu­reu­se­ment, si la Bel­gique est en mesure de louer aux Pays-Bas une pri­son entière (Til­burg), le trans­fert d’un seul déte­nu ne semble pas envi­sa­geable. Quel dom­mage. Heu­reu­se­ment, nous dis­po­sons d’une loi auto­ri­sant l’euthanasie. Ce sera donc une per­mis­sion de sor­tie et une fin de vie « dans la digni­té » à l’hôpital.

J’entends déjà les cris d’orfraie des huma­nistes de tout poil : c’est affreux, l’État est res­pon­sable du bien-être de ceux qu’il prive de leur liber­té, nos idéaux démo­cra­tiques nous imposent de pré­ser­ver la qua­li­té de vie de cha­cun, etc. Il faut cepen­dant se rendre à l’évidence, cette solu­tion n’est pas si mau­vaise qu’il n’y paraît.

Il faut en effet oser regar­der la réa­li­té en face : nombre de gens vivent des vies qui n’en valent pas la peine. Pauvres, sans-abris, can­di­dats réfu­giés débou­tés, vieillards iso­lés, chô­meurs incu­rables, cadres inca­pables de se rele­ver de leur burn out, etc. Il est bien évident que nous ne pou­vons prendre en charge toute la misère du monde1. Nous pou­vons par contre y mettre un terme de manière humaine.

Pour ces pauvres hères, n’ayons pas peur de le dire, la mort est une déli­vrance. S’ils sont croyants, ils partent vers un monde meilleur, si pas, le néant leur tend les bras, bien plus repo­sant que leur vie de misère.

L’euthanasie est, logi­que­ment, la meilleure solu­tion, ou plu­tôt, soyons modeste, la moins mau­vaise. Éco­no­mique et indo­lore, elle per­met de tirer un trait sur des situa­tions inte­nables sans néces­si­ter un cor­tège de mesures aléa­toires, voire contre-productives.

Ce cas est donc, nous l’espérons, un pre­mier pas vers une poli­tique plus ambi­tieuse de ges­tion de pro­blé­ma­tiques socié­tales qui, jusqu’ici, nous fai­saient pudi­que­ment détour­ner le regard. Bien enten­du, nous devrons nous entou­rer de garan­ties, notam­ment pour nous assu­rer du réel consen­te­ment des can­di­dats. Il ne fau­drait pas que nous nous lais­sions aller à des dérives. Pas ques­tion de faire des piqûres à tout-va dans des homes pour per­sonnes âgées alors que les pen­sion­naires s’y amusent encore des Chiffres et des lettres !

Nous sommes des huma­nistes, nous avons des prin­cipes, nous n’aiderons à en finir dans la digni­té que ceux qui pour­ront nous assu­rer caté­go­ri­que­ment qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils s’en vont dégoû­tés, pri­vés du moindre espoir, tel­le­ment les­si­vés que la mort leur paraît la seule issue. Pré­ci­pi­ter les choses relè­ve­rait de l’immoralité et, plus encore, du gas­pillage. On est éton­né des menus ser­vice que les moins bien lotis de notre socié­té peuvent nous rendre, de gré ou de force.

Une hor­reur, dites-vous ? Un scan­dale ? Nous en vien­drions à rendre insup­por­table la vie de ceux qui nous sont inutiles ? Certes non, voyons ! C’est faire pas­ser la réa­li­té cul par des­sus tête que d’affirmer cela. C’est l’inutilité qui conduit au déses­poir, bien entendu.

De toute façon, mettre fin humai­ne­ment au cal­vaire d’un inutile qui nous le demande avec insis­tance n’appelle pas davan­tage de débats éthiques, nous semble-t-il.

Pho­to : David Crunelle

  1. Rap­pe­lons à cet égard qu’Etienne de Cal­la­taÿ, pré­cur­seur, avait osé deman­der s’il était bien rai­son­nable de finan­cer le pla­ce­ment d’une pro­thèse de hanche chez une vieille dame de 85 ans. Cette posi­tion semble aujourd’hui bien tiède.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.