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Éloge des capitalistes asymptomatiques

Blog - Anathème - capitalisme pandémie par Anathème

novembre 2020

L’hor­rible Ana­thème nous revient avec sa lec­ture de la pan­dé­mie de la Covid-19 et ses conseils quant à la manière la plus effi­cace de la gérer. Un article à ne pas mettre entre toutes les mains.

Anathème

Dans l’actuel contexte de pan­dé­mie, se font entendre mille appels à la pru­dence, à la rai­son, à la soli­da­ri­té et à l’action col­lec­tive. Ces fadaises seraient sans impor­tance si les belles âmes qui s’en font les défen­seurs ne sapaient par là les bases de notre rap­port au monde, les fon­de­ments de notre socié­té, nos valeurs les plus sacrées, nos veaux les plus gras : notre infa­ti­gable quête de pro­fits et de crois­sance économique.

Il fau­drait confi­ner les gens, fer­mer les entre­prises, pui­ser dans la poche des riches pour sou­te­nir les pauvres encore fra­gi­li­sés par la situa­tion, prendre soin des vieux et pla­cer la vie humaine au-des­sus de tout autre inté­rêt. Billevesées !

Pour­quoi, en effet, nous sou­cie­rions-nous sou­dain d’autrui ? Parce qu’une épi­dé­mie fait des cen­taines de mil­liers de morts de par le monde ? Soyons rai­son­nables, cette héca­tombe n’a rien d’exceptionnel !

La seule voie qui soit en accord avec les fon­de­ments mêmes de notre socié­té est celle de l’immunité col­lec­tive : lais­ser le virus se répandre et pré­le­ver son lot de vie, en faire l’instrument d’un net­toyage et d’une réno­va­tion de notre socié­té. Les plus forts sur­vi­vront, ain­si que quelques vieux qui auront eu la bonne idée de se ter­rer chez eux sans impor­tu­ner les forces vives de la nation, et le champ sera libre pour les capi­ta­listes asymp­to­ma­tiques, créa­teurs de cette richesse dans laquelle nous nous plai­sons à nous vautrer.

Nous devons en effet être logiques avec nous-mêmes : nous sommes tous rede­vables des capi­ta­listes asymp­to­ma­tiques, ces êtres supé­rieurs qui ont su, dans un contexte délé­tère, por­ter le virus du capi­ta­lisme sans en souf­frir eux-mêmes, conta­mi­nant mor­tel­le­ment des mil­liers de leurs sem­blables, pour leur plus grand profit.

Les grandes for­tunes que nous révé­rons, les puis­sants que nous remer­cions pour l’emploi dont ils font l’aumône aux misé­reux, les grands hommes qui trônent en cou­ver­ture de nos maga­zines, les élites que nous consul­tons à l’instar d’oracles dès que le temps est à l’orage, n’ont-ils pas eux-mêmes construit sur la mort de leurs sem­blables, les empires dont nous nous enor­gueillis­sons par procuration ?

Leurs arrière-grands-parents n’ont-ils pas construit leurs for­tunes sur l’absence de salaire et d’âge mini­mum pour tra­vailler ou de durée de tra­vail maxi­mum ? Leurs grands-parents n’ont-ils pas fait fruc­ti­fier leurs inves­tis­se­ments dans des ter­ri­toires colo­ni­sés, dont les habi­tants ne savaient que faire pour créer de la richesse et avaient besoin qu’on leur montre com­ment récol­ter le caou­tchouc si pri­sé par l’industrie du pneu. Leurs parents n’ont-ils pas délo­ca­li­sé leurs acti­vi­tés vers des pays où le mar­ché du tra­vail était plus flexible, pour offrir des emplois à des enfants, des femmes pri­vées de tout droit, des hommes exploi­tés jusqu’à la mort ? Ne serait-il pas logique de les lais­ser, aujourd’hui, une fois de plus, faire pas­ser le pro­fit avant la vie humaine ?

On dit sou­vent, et à rai­son, que la sta­bi­li­té des règles est essen­tielle aux affaires. Il serait dès lors par­fai­te­ment absurde, face à la pan­dé­mie, de sou­dain s’acheter une conscience. Sou­te­nons donc ceux de nos diri­geants qui, proches des milieux d’affaire, rap­pellent que la prio­ri­té est au main­tien d’une crois­sance dont nous dépen­dons et qui, depuis tou­jours, a fait la gran­deur de nos nations et de leurs élites.

Il ne faut y voir aucune malice par­ti­cu­lière, juste la conti­nua­tion d’un pro­ces­sus d’amélioration de nos socié­tés, par la sélec­tion des plus aptes : les capi­ta­listes asymp­to­ma­tiques, à même de sur­vivre dans un monde pour­tant hos­tile à la majo­ri­té, capables de pros­pé­rer quand des cohortes de misé­reux dépé­rissent et qui, à ce titre, méritent bien l’opulence dans laquelle ils baignent.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.