Skip to main content
logo
Lancer la vidéo

Devenir quelqu’un ?

Blog - Anathème par Anathème

janvier 2014

Il est grand temps de réfor­mer notre ensei­gne­ment. Non seule­ment, nos élèves passent dif­fi­ci­le­ment les tests PISA – sur­tout les pauvres –, mais, pire, il sem­ble­rait que les entre­prises soient insa­tis­faites de ce que nous leur appre­nons. Ceci est par­ti­cu­liè­re­ment dra­ma­tique parce que nos jeunes, mal for­més, ne trouvent pas d’emploi, res­tent pauvres… et font […]

Anathème

Il est grand temps de réfor­mer notre ensei­gne­ment. Non seule­ment, nos élèves passent dif­fi­ci­le­ment les tests PISA – sur­tout les pauvres –, mais, pire, il sem­ble­rait que les entre­prises soient insa­tis­faites de ce que nous leur appre­nons. Ceci est par­ti­cu­liè­re­ment dra­ma­tique parce que nos jeunes, mal for­més, ne trouvent pas d’emploi, res­tent pauvres… et font des enfants qui font des scores médiocres aux enquêtes PISA. Tout est dans tout.

Et que des per­sonnes sur­di­plô­mées ne viennent pas me pré­tendre que mon rai­son­ne­ment est vicié, qu’elles se pré­oc­cupent plu­tôt de leur (non-)contribution au redres­se­ment de l’économie natio­nale. Ce n’est pas en pas­sant son temps à cou­per les che­veux en quatre plu­tôt que de faire preuve de bon sens qu’on pousse à la char­rue. Ces pseu­do-intel­lec­tuels, dans leur tour d’ivoire, ne voient pas comme moi les besoins du peuple.

Il est grand temps, disais-je, de réfor­mer notre ensei­gne­ment pour qu’il ren­contre enfin les besoins – les dési­rs – des patrons. Car il est loin le temps où nous pou­vions sans effort trans­for­mer une popu­la­tion en esclaves du mar­ché. À l’époque, pous­ser un wagon­net dans la mine, manier le pic, vis­ser le même sacré petit bou­lon 365 jours par an, gui­der le bœuf ou cou­per le lard deman­daient si peu de qua­li­fi­ca­tions que l’abrutissement ser­vile était à la por­tée des plus jeunes.

Cette faci­li­té est désor­mais révo­lue. On demande aux lar­bins de comp­ter, aux bou­chers de gérer, aux ouvriers d’innover, aux mineurs… ah, non, il n’y a plus de mineurs. Soit, le fait est qu’aujourd’hui le moindre des sous-fifres doit être alpha­bé­ti­sé… et même spé­cia­li­sé. Il faut donc le for­mer puisqu’on n’a pas encore décou­vert le gène de la lecture.

Bien enten­du, la for­ma­tion dis­pen­sée doit viser l’excellence. Du moins, une excel­lente adé­qua­tion à nos besoins sociaux ; plus pré­ci­sé­ment, à nos besoins socioé­co­no­miques. Pas ques­tion de s’encombrer de cette forme de paresse que l’on nomme réflexion. Pas d’avantage de gas­piller de l’espace-mémoire avec une culture dont on ne sait que faire. Évi­tons aus­si de nous épar­piller : l’amour du beau, le bon­heur de savoir ou la com­pré­hen­sion des enjeux contem­po­rains sont certes très enthou­sias­mants, mais tout cela doit pas­ser après le casse-croûte. Ces inté­rêts sont donc à réser­ver à ceux qui ont le loi­sir de s’en pré­oc­cu­per, mais ils ne peuvent que nuire à ceux qui demeurent sous le coup des dik­tats de leur estomac.

S’ils veulent man­ger, les indi­vi­dus doivent se rendre utiles. D’ailleurs, les nations éga­le­ment doivent aller de l’avant et viser une amé­lio­ra­tion de leurs per­for­mances et de leur com­pé­ti­ti­vi­té. Car leur posi­tion est mena­cée par des pays émer­gents qui ont tel­le­ment cru qu’ils allaient émer­ger dès lors que nous avions ces­sé de les appe­ler « sous-déve­lop­pés » que les voi­là main­te­nant sur nos talons. Il n’est plus ques­tion de s’encombrer de siècles de pen­sée occi­den­tale, il faut lut­ter pour notre sur­vie. Allons à l’essentiel !

Quand nos enfants seront deve­nus quelque chose, nous ver­rons s’ils ont de quoi se payer le luxe de deve­nir quelqu’un.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.