Skip to main content
logo
Lancer la vidéo

Défilé

Blog - Anathème par Anathème

juin 2013

On n’invente rien. Ou si peu. Pre­nez la mode, par exemple : une répé­ti­tion cyclique du même ! Ce qui s’exhibe aujourd’hui res­semble à s’y méprendre à ce qui pas­sait à la télé­vi­sion en 1985 ! Et, à nou­veau, des man­ne­quins dont on nous pré­tend qu’ils sont des gens comme nous défilent avec des modèles qui leur vont beau­coup mieux qu’à nous, […]

Anathème

On n’invente rien. Ou si peu. Pre­nez la mode, par exemple : une répé­ti­tion cyclique du même ! Ce qui s’exhibe aujourd’hui res­semble à s’y méprendre à ce qui pas­sait à la télé­vi­sion en 1985 ! Et, à nou­veau, des man­ne­quins dont on nous pré­tend qu’ils sont des gens comme nous défilent avec des modèles qui leur vont beau­coup mieux qu’à nous, qui ont été créés pour eux, retou­chés sur eux, et qui, sur nous, crie­ront que nous n’appartenons pas au même monde, que nous sommes médiocres, mal fichus, inca­pables, que sais-je encore ? Des pigeons, voi­là ce que nous sommes ! Les din­dons d’une farce répé­ti­tive, d’un infi­ni recy­clage, d’une recom­bi­nai­son éter­nelle des mêmes élé­ments. Le contexte, les besoins, les envies, les néces­si­tés maté­rielles ? Bigre ! Il s’agit bien de cela ! Ni per­ti­nence ni imper­ti­nence dans ce monde auto­pa­ro­dique péné­tré de son sérieux.

Certes, quelques grands créa­teurs ont eu des idées sor­tant des sen­tiers bat­tus. Quelques-uns, bien rares en fait, on révo­lu­tion­né la mode. Mais notre lot n’est pas de vivre dans leur monde. Nous nous conten­tons d’un prêt-à-por­ter qui se cari­ca­ture lui-même, occu­pé qu’il est à sin­ger la haute couture.

Voyez-les défi­ler, les modèles qui nous pré­sentent les mesures de l’année ! Une ministre s’avance d’un pas que l’on qua­li­fie­rait de mal­adroit si l’on ne savait que ce sub­til tan­gage n’est autre que le cat­walk. La voi­là qui essaie de nous vendre « plus de bleu dans les rues », des peines incom­pres­sibles, une jus­tice plus rapide, une appli­ca­tion effec­tive et stricte des peines, un sui­vi rigou­reux des libé­rés condi­tion­nels, une sur­veillance élec­tro­nique per­met­tant d’éviter l’incarcération, un accrois­se­ment des places dis­po­nibles en pri­son. Pour notre bien, nous serons tel­le­ment plus en sécu­ri­té, ça nous ira tel­le­ment bien ! Ça ne nous a pas réus­si en 1990 ? La col­lec­tion 1998 nous a trans­for­més en bou­dins ? Les modèles 2004 ont cra­qué de toutes leurs cou­tures avant la fin de l’année ? Nous n’avons rien com­pris, cette fois, c’est la bonne, une étude a prou­vé que…, il suf­fit cette fois de…, l’atelier de confec­tion n’est plus le même,… Tout a chan­gé, en somme.

Mais voi­ci déjà que s’avance un ministre nous pré­sen­tant les der­nières nou­veau­tés en matière d’abattements fis­caux pour les grandes for­tunes, de décla­ra­tions libé­ra­toires iniques, d’allègement des charges, d’exemptions fis­cales pour les plus-values bour­sières et de taxa­tion for­fai­taire des reve­nus immo­bi­liers. Dans la fou­lée, un autre arbore le cha­mar­ré cos­tume des res­tric­tions bud­gé­taires. Le key­né­sia­nisme, c’est dépas­sé, il faut se rha­biller de néo­li­bé­ra­lisme, cette grande nou­veau­té ! Sous les flashs qui cré­pitent, il vire­volte, tout à sa joie de figu­rer, demain, en pre­mière page des jour­naux, convain­cu de « faire le buzz », rêvant à une défer­lante de « likes » sous ses sta­tuts Face­book et de « ret­weets » de ses nou­veau­tés les plus fai­san­dées lâchées sur Twitter.

Déci­dé­ment, on invente bien peu et l’on nous vend fort cher toutes ces vieille­ries recon­di­tion­nées qui ont fait la démons­tra­tion de leur vani­té. Les man­ne­quins, ces escrocs au sou­rire radieux, portent, sous les appa­rences de la beau­té et du suc­cès, avec l’innocence des imbé­ciles, des pro­jets qui, au mieux, nous ridi­cu­li­se­ront et, au pire, nous rui­ne­ront et nous condam­ne­ront à un quo­ti­dien si dépri­mant qu’il nous fau­dra bien nous rac­cro­cher une fois de plus à nos mar­chands de rêves d’occasion pour croire que, demain, ça ira mieux.

La mode, cruel miroir aux alouettes !

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.