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Chili. Atterrissage difficile pour Michelle Bachelet

Blog - e-Mois par François Reman

juin 2013

A six mois de la pré­si­den­tielle, Michelle Bache­let fait figure de favo­rite mal­gré les tra­vers de sa famille poli­tique. Mais sau­­ra-t-elle répondre aux attentes du « pays le plus inéga­li­taire de la pla­nète » ? Les son­dages d’opinion la donnent gagnante aux élec­tions pré­si­den­tielles de novembre. Après trois ans à New York à la tête d’ONU Femmes, Michelle Bache­let brigue […]

e-Mois

A six mois de la pré­si­den­tielle, Michelle Bache­let fait figure de favo­rite mal­gré les tra­vers de sa famille poli­tique. Mais sau­ra-t-elle répondre aux attentes du « pays le plus inéga­li­taire de la planète » ?

Les son­dages d’opinion la donnent gagnante aux élec­tions pré­si­den­tielles de novembre. Après trois ans à New York à la tête d’ONU Femmes, Michelle Bache­let brigue depuis mars un second man­dat à la pré­si­dence du Chi­li. Mais le pays qu’elle a quit­té en 2010 n’est plus le même et les exi­gences de chan­ge­ments sont de plus en plus fortes. Par­mi les attentes de la popu­la­tion : une réforme fis­cale et une nou­velle Constitution.
Reflet du pro­fond malaise social chi­lien, les son­dages pré­disent un autre grand vain­queur : l’abstention, qui a atteint des som­mets (60%) aux der­nières élec­tions com­mu­nales. Car la socia­liste ne débarque pas dans un pays apai­sé. Avec l’arrivée au pou­voir du conser­va­teur Sébas­tián Piñe­ra en 2010, la socié­té chi­lienne est entrée dans une phase de mobi­li­sa­tion sociale sans pré­cé­dent depuis le retour de la démo­cra­tie en 1990 : oppo­si­tion à la construc­tion de bar­rages hydro­élec­triques et de cen­trales ther­miques, mani­fes­ta­tions contre la vie chère dans l’extrême sud du pays – notam­ment à Aysen et à Magal­lanes –, pré­gnance de la ques­tion mapuche…

« Crise de modèle »

Sans oublier le mou­ve­ment étu­diant, acteur cen­tral de la contes­ta­tion. En défi­lant pen­dant deux ans dans les rues de San­tia­go et en occu­pant uni­ver­si­tés et col­lèges, les étu­diants ont dénon­cé ce que Alber­to Mayol nomme la « crise du modèle chi­lien », c’est-à-dire « la crise d’un modèle éco­no­mique, social et cultu­rel basé sur l’exportation de matières pre­mières, le libre mar­ché et une rela­tion faible entre l’Etat et la société ».
Selon le pro­fes­seur assis­tant en socio­lo­gie de l’Université du Chi­li, « l’articulation est trop fra­gile entre la réus­site éco­no­mique du pays et le déve­lop­pe­ment social de la popu­la­tion. Les sec­teurs les plus tou­chés sont l’éducation et la san­té (pri­va­ti­sés et sous-finan­cés, ndlr).» A ce modèle éco­no­mique se rajoute un conser­va­tisme moral oppres­sant qui ne cor­res­pond en rien à l’évolution des mœurs de la société.
Défen­seur du modèle, le pré­sident Piñe­ra n’a jamais vou­lu effec­tuer les chan­ge­ments struc­tu­rels sou­hai­tés par une majo­ri­té de la popu­la­tion dont les deux plus emblé­ma­tiques sont une réforme fis­cale pour mieux redis­tri­buer la richesse et l’élaboration d’une nou­velle Consti­tu­tion pour en finir avec celle écrite par la junte mili­taire en 1980 et jamais réel­le­ment modifiée.
Une récente étude de l’Université du Chi­li vient de décrire le pays comme le plus inéga­li­taire de la pla­nète. De manière méta­pho­rique le rap­port relève que « pour un kilo de tarte pro­duit par notre éco­no­mie, 300 grammes sont réser­vés à 1% de la popu­la­tion, tan­dis les 99% res­tants accèdent seule­ment à 700 grammes de gâteau.

Opposition divisée

Même si Mme Bache­let béné­fi­cie d’une popu­la­ri­té impres­sion­nante liée entre autres à sa sim­pli­ci­té et à son côté ras­su­rant, la pres­sion qui repose sur ses épaules est forte. Para­doxa­le­ment, la Concer­ta­tion – orga­ni­sée autour du Par­ti socia­liste et de la Démo­cra­tie chré­tienne – dont elle fut l’élue et qui aujourd’hui regroupe l’essentiel de l’opposition est aus­si décriée (26% d’approbation) que le gouvernement.
Au pou­voir de 1990 à 2010, elle s’est lar­ge­ment acco­mo­dée du modèle éco­no­mique et social créé sous la dic­ta­ture et qui réduit le rôle de l’Etat à peau de cha­grin. Dif­fi­cile, dès lors, d’apparaître comme une force réformatrice.
Et les pre­mières ten­sions n’ont pas tar­dé à appa­raître. La Concer­ta­tion a en effet déci­dé de ne pas réa­li­ser de pri­maires pour l’élaboration de ses listes aux élec­tions légis­la­tives qui se dérou­le­ront le même jour que la pré­si­den­tielle. Michelle Bache­let sou­hai­tait l’inverse. Cami­lo Esca­lo­na, ex-pré­sident du PS, proche de Mme Bache­let, a refu­sé de se prê­ter à ce qu’il consi­dère comme « une farce élec­to­rale ». Cet évé­ne­ment a sus­ci­té un malaise dans le com­man­do de cam­pagne de l’ex-présidente et l’enchantement sus­ci­té par son retour a com­men­cé à se dis­si­per pour lais­ser place à la sus­pi­cion. Ses décla­ra­tions publiques se font d’ailleurs plus rares et plus per­sonne ne l’imagine gagner au pre­mier tour.

Une nouvelle majorité

L’ex-présidente a pris soin de ne s’afficher pour l’instant avec aucun diri­geant de sa coa­li­tion tant l’image qu’ils ren­voient est char­gée néga­ti­ve­ment. Elle semble néan­moins avoir pris la mesure des attentes de la popu­la­tion en affir­mant que « les pro­grès de la lutte contre la pau­vre­té ne se sont pas tra­duits néces­sai­re­ment par un chan­ge­ment signi­fi­ca­tif du niveau d’inégalité sociale », et d’ajouter qu’elle tra­vaille­ra pour construire une nou­velle majo­ri­té poli­tique, sociale et un pays plus inclu­sif. Le défi s’annonce colossal

François Reman


Auteur

François Reman est licencié en journalisme et diplômé en relations internationales. Il entame sa carrière professionnelle en 2003 en tant que chargé de communication à la FUCID, l’ONG de coopération au développement de l’Université de Namur. Il y assumera rapidement le rôle de responsable des activités d’éducation au développement. En 2010, il s’envole pour le Chili où il travaillera comme journaliste correspondant pour La Libre Belgique et le Courrier. De retour en Belgique en 2013, il est engagé au MOC comme attaché de presse et journaliste pour la revue Démocratie. En 2014, il devient attaché de presse de la CSC. En dehors de ses articles pour la presse syndicale, la plupart de ses publications abordent la situation politique en Amérique latine.