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Bruxelles, frappée par Daech

Blog - e-Mois - Belgique (België) Daech démocratie Islamisme Syrie Terrorisme par

novembre 2015

Ce ven­dre­di 20 novembre, une semaine après les atten­tats abjects com­mis à Paris, les ter­ro­ristes ont à nou­veau frap­pé. À Bruxelles, cette fois.

e-Mois

jl-depianofabriek-51.jpgPro­gram­mée de longue date et inti­tu­lée Guerres et révo­lu­tion en Syrie : quelle soli­da­ri­té ?, une confé­rence-débat orga­ni­sée par la For­ma­tion Léon Lesoil devait se tenir au centre cultu­rel néer­lan­do­phone du Pia­no­fa­briek, situé à Saint-Gilles, l’une des 19 com­munes de Bruxelles-Capitale.

Les inter­ve­nants invi­tés à débattre de la situa­tion en Syrie étaient Joseph Daher, assis­tant char­gé de cours à l’Université de Lau­sanne et oppo­sant de gauche syrien ; Pas­cal Fenaux, jour­na­liste à Cour­rier inter­na­tio­nal (Paris) et à La Revue Nou­velle (Bruxelles); Sophie Aujean, coor­di­na­trice d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal Bel­gique et membre du col­lec­tif citoyen Action Syrie ; et Rho­di Mel­lek, repré­sen­tante du PYD (Par­ti de l’Union démo­cra­tique, Kur­dis­tan syrien).

À 18h30, une heure avant l’événement, les orga­ni­sa­teurs se sont vus signi­fier par les forces de police l’interdiction in extre­mis de la confé­rence, sur ordre du bourg­mestre de Saint-Gilles, Charles Pic­qué (PS).

Les forces de police, entre­temps accom­pa­gnées de ren­forts, se sont heur­tées à l’incompréhension des orga­ni­sa­teurs et des nom­breux par­ti­ci­pants. Lorsque l’organisation a pro­po­sé de dépla­cer la confé­rence vers un autre lieu, les forces de l’ordre ont mena­cé d’arrêter, non seule­ment l’un des orga­ni­sa­teurs, mais aus­si l’opposant syrien, invo­quant, qui la déci­sion du bourg­mestre Charles Pic­qué, qui « l’état d’urgence ».

Deux détails méritent d’être poin­tés. Pre­miè­re­ment, cet « état d’urgence » ne s’est pas appli­qué aux autres acti­vi­tés en cours au Pia­no­fa­briek, ces der­nières n’étant pas inquié­tées… Deuxiè­me­ment, cette inter­dic­tion a été signi­fiée avant que l’a­lerte ter­ro­riste pour Bruxelles-Capi­tale soit rele­vée ce same­di 21 novembre au niveau 4 (maxi­mal), celui qui qua­li­fie la menace de « sérieuse et immi­nente », suite à une nou­velle éva­lua­tion de l’OCAM.

Une des ques­tions abor­dées par la confé­rence devait être : Fau­drait-il, comme cer­tains nous l’or­donnent, « choi­sir entre Assad ou les jiha­distes ? ».

En mena­çant d’arrêter un oppo­sant syrien au régime de Bachar El-Assad et à Daech, les auto­ri­tés de Saint-Gilles ont, ne leur en déplaise, don­né l’impression de choi­sir Assad et Daech. Évi­dem­ment moti­vé par le devoir qu’a tout État de garan­tir le droit de ses citoyens à la sécu­ri­té, ce mes­sage, que l’on espère mal­adroit, a néan­moins de quoi faire frémir.

En effet, que conclure de cette soi­rée avor­tée ? Que les ter­ro­ristes agis­sant au nom de Daech sont en train de mar­quer des points et de faire de nou­velles victimes :

  • la luci­di­té et le sang-froid du per­son­nel poli­tique et des forces de l’ordre belges ;
  • la liber­té d’expression et de rassemblement ;
  • la soli­da­ri­té avec les mil­lions de Syriens pris en tenaille entre deux machines de mort : celle de Bachar El-Assad et celle de l’«État islamique ».

Nous sommes ici face à l’exemple-type de ce que les auto­ri­tés belges ne doivent abso­lu­ment pas faire, sous peine de bri­der le débat démo­cra­tique et de « faire le jeu des ter­ro­ristes ».

Pen­dant cinq ans, les oppo­sants et les démo­crates syriens, ont été, au mieux igno­rés, au pire frap­pés du soup­çon « isla­miste » par la majo­ri­té des opi­nions, des auto­ri­tés poli­tiques et des sphères intel­lec­tuelles euro­péennes, de gauche comme de droite.

Depuis ce 13 novembre de mal­heur, les oppo­sants syriens risquent désor­mais la « double peine » : faire les frais des actes abjects com­mis par Daech en Syrie et sur le sol euro­péen, d’une part, être réduits au silence par nos régimes démo­cra­tiques, d’autre part.

Com­ment ne pas éprou­ver un sen­ti­ment de honte face à cette injus­tice faite, en notre nom, aux oppo­sants syriens, aux révol­tés syriens et à tous ceux qui tentent de rendre leur parole aux sup­pli­ciés syriens ? Com­ment ne pas nous inquié­ter des risques encou­rus par une démo­cra­tie belge qui plonge tête bais­sée dans le piège ten­du par ses ennemis ?

Ce 20 novembre, Daech a frap­pé Bruxelles. Avec succès.