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Bienfaisante pauvreté

Blog - Anathème - action sociale chômage justice sociale pauvreté par Anathème

mars 2018

Récem­ment, Euro­stat a publié de nou­veaux chiffres rela­tifs au chô­mage. Il y est notam­ment indi­qué que le risque pour les tra­vailleurs et les chô­meurs de connaitre une situa­tion de pau­vre­té a consi­dé­ra­ble­ment crû au cours des der­nières années. Le coro­laire évident en est que l’ensemble de ces gagne­pe­tits vit dans la crainte d’une fatale dégrin­go­lade.  Ce sont bien […]

Anathème

Récem­ment, Euro­stat a publié de nou­veaux chiffres rela­tifs au chô­mage. Il y est notam­ment indi­qué que le risque pour les tra­vailleurs et les chô­meurs de connaitre une situa­tion de pau­vre­té a consi­dé­ra­ble­ment crû au cours des der­nières années. Le coro­laire évident en est que l’ensemble de ces gagne­pe­tits vit dans la crainte d’une fatale dégringolade. 

Ce sont bien enten­du des chiffres encou­ra­geants, puisqu’il est bien connu que les gens ordi­naires ne com­prennent que la peur et ne se bougent que s’ils sont sous le coup d’une menace suf­fi­sante. Là où les gens raf­fi­nés, les puis­sants, les élites seront moti­vés par l’accroissement de leurs reve­nus (primes, stock options, incen­tives, etc.) et de leur pou­voir (stra­pon­tins, postes déci­sion­nels, par­ti­ci­pa­tion à de mul­tiples com­mis­sions et conseils d’administration), il faut recon­naitre que la rus­ti­ci­té du vul­gum pecus oblige les lea­deurs à l’usage de méthodes contrai­gnantes. Ils y répugnent sou­vent, certes, mais ils se résignent à les mettre en œuvre au nom de l’intérêt général.

Du mana­ge­ment par la ter­reur au contrôle tatillon des chô­meurs, en pas­sant par la méfiance envers les malades de longue durée ou le har­cè­le­ment des béné­fi­ciaires du CPAS, la menace de pri­va­tion de moyens d’existence tient donc aujourd’hui une place cen­trale dans le main­tien de la popu­la­tion dans l’état de sujé­tion et de dis­ci­pline qui convient à la bonne marche de la socié­té. Le béné­fice en est par­ti­cu­liè­re­ment large, puisque l’édifiant exemple des licen­ciés, déchus et débou­tés, pro­fite à de larges cohortes de citoyens : enfants, conjoints, col­lègues, voi­sins, etc.

Comme le rap­pe­lait récem­ment un intel­lec­tuel de droite, mal­gré l’ostracisme dont il fait l’objet, les inéga­li­tés sont vivi­fiantes pour l’économie. Il nous faut donc les culti­ver. Or, au-delà de la bonne nou­velle de l’accroissement du champ de la menace (bien­tôt, la moi­tié des chô­meurs euro­péens sera mena­cée de pau­vre­té), il faut recon­naitre que la Bel­gique souffre d’un lourd han­di­cap concurrentiel.

C’est ain­si que notre voi­sine, l’Allemagne, dont l’économie flo­ris­sante et l’embonpoint réjouis­sant des patrons est un exemple pour tous, peut comp­ter sur plus de 70% de chô­meurs en risque de pau­pé­ri­sa­tion. Loin devant la Litua­nie, ce pays illustre une fois de plus l’enviable « modèle alle­mand » qui sou­tient la crois­sance de ce pays. Son­geons à cet égard que, même la Grèce, pour­tant ample­ment pillée par nos ger­ma­niques amis, affiche un taux infé­rieur à 50%! Com­ment dès lors ne pas s’inquiéter du fait que la Bel­gique s’en tire encore moins bien qu’elle ?

Pire encore, là où l’Allemagne a inten­sé­ment pré­ca­ri­sé ses chô­meurs entre 2006 et 2016 (25% de taux de varia­tion posi­tive sur cette période), là où la Litua­nie pré­ci­tée pro­gresse à marche for­cée (près de 140% de taux de varia­tion posi­tive), la Bel­gique stagne lamen­ta­ble­ment, n’engrangeant qu’une négli­geable pro­gres­sion posi­tive. Cela en dit long sur l’inefficacité des gou­ver­ne­ments de droite et d’extrême droite au pou­voir durant la période concernée.

Loin de rat­tra­per notre retard, nous creu­sons notre han­di­cap de précarisation.
Com­ment trou­ver ces tra­vailleurs prêts à tout (pour deux fois rien) dont l’économie a besoin ? Com­ment concur­ren­cer les esclaves du Ban­gla­desh ? Com­ment assu­rer aux riches l’accroissement expo­nen­tiel de leur patri­moine ? Com­ment faire de la Bel­gique un para­dis pour les actionnaires ?

Com­ment, sinon en créant un enfer pour les tra­vailleurs et les allo­ca­taires sociaux et, qui plus est, un enfer pire que celui des autres ? Bien­fai­sants les pauvres, car ils nous ouvrent les portes du Royaume où coule le lait et le miel !

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s'est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd'hui le regard lucide d'un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes. Son expérience du pouvoir l'incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d'ordre dans ce monde qui va à vau-l'eau.