À bâtons rompus : le récit de La Revue nouvelle
Dans notre numéro spécial de décembre 2025, nous publiions la première partie d’un entretien accordé par deux figures marquantes de l’histoire de notre Revue : Michel Molitor et Luc Van Campenhoudt. D’une richesse exceptionnelle, cette conversation s’est révélée si dense que nous avons choisi d’en postposer la publication intégrale au début des vacances. Dans les lignes […]
Dans notre numéro spécial de décembre 2025, nous publiions la première partie d’un entretien accordé par deux figures marquantes de l’histoire de notre Revue : Michel Molitor et Luc Van Campenhoudt. D’une richesse exceptionnelle, cette conversation s’est révélée si dense que nous avons choisi d’en postposer la publication intégrale au début des vacances. Dans les lignes qui suivent, vous retrouverez la voix de Michel, qui raconte l’histoire de cette revue remarquable à bien des égards et revient sur l’expérience humaine et intellectuelle qu’il y a vécue. Bonne lecture !
Ma génération est arrivée à La Revue nouvelle dans la seconde moitié des années 60. Jean Delfosse, le directeur de la revue à l’époque, avait contacté un certain nombre de personnes pour leur présenter le travail de La Revue nouvelle et discuter de son avenir. Nous étions quelques-uns qui avions terminé nos études et nous posions la question d’un engagement qui poursuivrait notre expérience du mouvement étudiant. La revue nous paraissait une formule intéressante et nous avons proposé d’y constituer une équipe politique qui fournirait chaque mois un commentaire sur l’actualité. En décembre 1966, nous avons publié un ensemble, La Belgique en crise, qui comportait deux volets : les relations communautaires et le problème des partis politiques. Sur le premier thème, nous avons mis en évidence les problèmes posés par la dynamique du mouvement flamand et les fragilités de la Wallonie. Pour ce qui concernait les partis, nous plaidions pour la formation d’un travaillisme à partir de la démocratie chrétienne et du monde socialiste. Le travaillisme était d’abord une pratique, à divers niveaux, politiques et syndicaux. Le numéro a eu un fort retentissement et a été bien relayé dans les médias. Ce succès a conforté l’approche et le style de travail de l’équipe politique qui signait d’un nom collectif : Trencavel.[1] D’autres personnes de notre génération sont alors arrivées par divers canaux.
La fabrication de la revue
À l’époque, La Revue publiait 11 numéros par an. Et un volume de 120 pages par numéro. La structuration d’un numéro était classique : 40% d’articles divers, 30% de chroniques mensuelles, des rubriques régulières comme la Rose de vents qui proposait des commentaires plus brefs sur de sujets divers, une bibliographie souvent abondante. Les chroniques étaient tenues par de fort bonnes plumes : l’actualité internationale était suivie par Marcel Hayoul (William Ugeux), les questions sociales par Marcel Laloire, l’économie par divers commentateurs. Franz Weyergans suivait le cinéma et la littérature, etc.

Tout premier numéro de La Revue nouvelle paru en février 1945
Ces personnes appartenaient à la génération fondatrice et acceptaient assez largement l’idée d’un renouveau et d’un passage de témoin. Le cœur de la revue était le comité de direction qui se réunissait tous les mois autour des questions à mettre à l’ordre du jour. On y rencontrait aussi des personnes d’une génération intermédiaire, qui avaient été cooptées au milieu des années 50, tels Jules Gérard-Libois ou Robert Vandergucht. La rédaction était assurée par Jean Delfosse, assisté par Marc Delepeleire depuis 1967, et par une secrétaire chargée de l’administration. La gestion matérielle était assurée par un éditeur, Casterman.
En 1969, notre éditeur a décidé d’arrêter sa fonction de soutien à La Revue. Nous avons négocié la reprise des abonnements (autour de 3000 à l’époque). Jean Delfosse est resté directeur, non salarié, et le comité de direction a créé une ASBL dont la mission était d’éditer La Revue. Nous n’avions d’autres ressources que les abonnements, un apport fort symbolique de la publicité et un très mince subside à la création littéraire. La Revue a tenté alors une formule de collaboration technique avec les Éditions Vie ouvrière et le CRISP afin d’assurer sa base matérielle. Cette formule n’a pas été un succès et la revue a rapidement pris les chemins d’une gestion autonome. La formule a été facilitée par la reprise des abonnements d’une revue d’éducation permanente proche du MOC, « les Dossiers de l’action sociale », dirigée par Max Bastin, qui estimait que nous faisions le même travail. Des personnes des Dossiers, comme René Schoonbrodt, ont alors rejoint la revue. Marc Delepelaire, le rédacteur en chef, a fait un travail de renouvèlement considérable de la revue, aussi bien dans sa présentation, l’organisation de ses rubriques que dans son animation rédactionnelle. La formule de la réunion mensuelle d’un comité de rédaction a été maintenue avec un double ordre du jour : le suivi des numéros en route ou programmés et des discussions générales sur des thèmes divers, susceptibles d’un débouché rédactionnel. La composition du comité a été revue, avec la mise en œuvre d’un principe exigeant : la revue est dirigée par ceux qui la font. Autrement dit la participation au comité de rédaction était subordonnée à une production (article ou chronique) et/ou à une activité d’animation précise (d’une rubrique, par exemple).
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C’est un principe qui me semble important, aujourd’hui encore. Une équipe réduite se réunissait toutes les semaines autour de la mise au point des numéros et de leur suivi. Plusieurs d’entre elles se répartissaient l’animation des rubriques. Celle en charge des Politiques du mois se penchait sur les enjeux syndicaux, économiques et de société. Michel Capron, par exemple, assurait des chroniques remarquables sur les questions industrielles, comme Jos Schoonbrood sur les questions sociales ou Hervé Cnudde sur les questions urbaines. La rubrique Rose des vents était conduite par une équipe « culture ». Les questions religieuses étaient confiées à une autre équipe et bénéficiaient d’un traitement attentif, notamment dans le contexte des profondes transformations engagées à la suite du concile Vatican II. La revue sortait toujours 11 numéros par an, avec un volume de page qui tournait autour des 120 pages par mois. L’existence des équipes assurait un confort rédactionnel remarquable, car chacune disposait de son réseau et surtout garantissait un volume de production régulier. En plus les différentes équipes assuraient la promotion de la revue dans divers milieux. Ce dispositif de travail a existé jusqu’au début des années 2000. Il reposait essentiellement sur le bénévolat et la disponibilité de collaborateurs réguliers.

Premier logo de La Revue nouvelle
Au fil des années, la base professionnelle —ou salariée— de La Revue a fort évolué. Comme je le disais plus haut, quand Casterman a renoncé à en assurer la gestion, nous sommes partis en autonomie avec un rédacteur en chef et trois personnes (en réalité, deux équivalents temps plein) chargées des tâches administratives : secrétariat, abonnements, comptabilité. Les textes qui arrivaient à La Revue étaient traités par la rédaction qui les communiquait à un imprimeur. Les rationalisations successives ont fortement réduit l’équipe permanente. Les rédacteurs en chef qui se sont succédé (Andrée Gérard, Gérard Lambert, Philippe Brau, Joëlle Kwaschin —sans compter pendant un bref moment François Ryckmans) ont été soumis à des contraintes budgétaires de plus en plus serrées. J’ai été élu à la fonction de directeur de La Revue nouvelle en 1981 et une partie significative de mon temps (pas la plus heureuse) a été occupée par la gestion des contraintes économiques. Au début des années 80, nous tournions autour des 2400 abonnés (plus ou moins 2000 en 1993 quand Théo Hachez me succèdera à la direction). La formule classique de fabrication de la revue coutait cher. Le passage en autoproduction complète (via le recours au traitement de texte qui transférait à la rédaction la composition des numéros) s’est fait en avril 1983, mais exigeait un travail accru, à ressources constantes, de la rédaction. La revue s’était équipée alors d’un ordinateur de seconde main, qui ressemblait plus à une sorte de boite à cigare, d’où sortaient des fils de couleur connectés à un écran et à une tablette. Ce premier numéro composé à la revue était consacré au thème de la société duale… Quelques années plus tard, une ultime tentative de collaboration avec un éditeur n’a pas permis de trouver une formule satisfaisante, ni pour ce dernier ni pour la revue, qui a été rendue à son autonomie (sa solitude ?) rédactionnelle. La formule actuelle, une rédactrice en chef assistée d’un secrétaire de rédaction, est l’ultime étape de ce processus.
Les numéros spéciaux
Dans les années 70, nous avons systématisé la sortie de deux ou, parfois, trois numéros spéciaux par an. Un numéro spécial présentait une analyse approfondie d’une question particulière : économiques (le choix de l’énergie nucléaire), éthiques (la santé), de politique internationale (la Palestine).
À l’occasion de la parution d’un numéro spécial, nous organisions souvent une conférence de presse pour en assurer la promotion. Ces conférences étaient généralement bien suivies. Un de ces numéros a été particulièrement emblématique, celui que nous avons consacré à la Société Générale de Belgique en novembre 1972. Cette dernière fêtait ses 150 ans avec un gros battage médiatique. Le groupe de la Société Générale contrôlait une partie importante de l’industrie wallonne et avait été un acteur central de l’industrialisation. Néanmoins, elle nous semblait caractérisée par une action rentière plus que de développement. Nous avons alors décidé de faire un numéro qui célébrait cet anniversaire, mais sans utiliser les langages traditionnels de la critique de gauche.

Au contraire, en appliquant à l’action économique et culturelle de la Société Générale les critères d’une gestion capitaliste ordinaire, nous en avons mis en évidence l’échec (confirmé d’ailleurs spectaculairement, quelques années plus tard, lors de la lutte pour son contrôle, finalement remportée par Suez). Le groupe de la Générale nous en a beaucoup voulu, mais le numéro a été fort médiatisé et il s’est vendu à plus de 10.000 exemplaires. Le produit de ce succès a constitué un trésor de guerre qui nous a été bien utile par la suite.
Comme je l’ai dit, la sortie d’un numéro spécial faisait l’objet d’une promotion particulière. La conférence de presse était réservée à des occasions particulières. Toutefois, nous tentions d’assurer la promotion d’un numéro spécial « normal » en contactant quelques journalistes susceptibles de donner un écho à notre travail. Par exemple, en mai 1989, nous avons publié un numéro particulièrement réussi, animé par Pierre Reman, consacré à L’homme oublié. Il traitait des limites —voire des lacunes— des systèmes de protection sociale mis en place dans les social-démocraties. Le numéro a fait l’objet d’une longue discussion au journal télévisé du soir.
Le crédit de La Revue nouvelle
Comme on l’a vu lors de l’entretien précédent, la revue est née à l’initiative de chrétiens qui voulaient apporter un commentaire nouveau ou des idées nouvelles dans la société belge. Au cours du temps, La Revue s’est sensiblement pluralisée, dans sa composante rédactionnelle comme dans sa production, mais elle a très longtemps été définie comme une publication reflétant les préoccupations de milieux « à la gauche du monde chrétien ». Je n’ai jamais considéré cela comme une limite, mais comme une réalité inhérente à la société dans laquelle nous vivions et agissions. En octobre 1990, nous avons sorti un numéro qui questionnait les appartenances. Mitoyens ou citoyens, pour en finir avec les piliers discutait l’évolution des cloisonnements qui marquaient la société belge. Notre conclusion (provisoire) était de dire que si les « mondes » gardaient quelques fonctionnalités locales, la circulation des individus, au-delà des frontières traditionnelles, était une réalité indiscutable et que des coopérations inédites étaient bien à l’œuvre, ce que confirmeraient les mouvements écologistes, par exemple. Il ne fallait pas être « du monde socialiste » pour penser travaillisme ou rassemblement des progressistes (au contraire).
De même qu’il ne fallait pas être chrétien pour penser que la théologie de la libération en Amérique latine était une donnée capitale pour comprendre l’évolution de l’Église catholique dans ce continent. En fait, cette position originale de la revue explique, je pense, pourquoi elle a été rejointe dans les années 1970/80/90 par des personnes issues de divers mouvements qui y ont apporté un écho de leurs préoccupations ou de leurs luttes et qui ont sensiblement contribué à son renouveau rédactionnel. Jacqueline Aubenas, Eliane Bouquey, Marie Denis, Andrée Gérard (qui a assuré la responsabilité de la rédaction lors du départ de Marc Delepeleire pour Le Ligueur en 1974) ont amené à la revue des idées du mouvement des femmes. Les questions de l’école ou de l’éducation ont toujours été un intérêt central de la revue ; elles ont été revisitées par l’apport d’enseignants du secondaire. Avec la publication d’un ensemble important, « Des mouvements en mouvement » (octobre 1978) la revue s’est ouverte aux thèmes de l’écologie politique. Il en a été de même dans le domaine de la santé avec les apports de personnes du Groupe d’étude pour une réforme de la médecine (GERM), etc. Ces compagnonnages ont profondément enrichi la revue et assuré son succès dans divers milieux. Elle a lancé le débat sur l’allocation universelle, introduit par Philippe Van Parijs, puis y est régulièrement revenue par la suite.

De gauche à droite : Michel Molitor, Charlotte Maisin, Azzedine Ajji, Renaud Maes et Anne Delizée lors de l’Assemblée générale de La Revue nouvelle de 2025.
La force du réseau
Le crédit de La Revue nouvelle est aussi venu de la manière dont elle a traité certains thèmes. Je pense au Congo et à la décolonisation. Au début des années 50, le Congo était considéré par l’opinion publique comme une sorte d’annexe évidente de la Belgique. Pour la revue, il n’en allait pas de même. En 1947, Guy Malengreau expliquait que la Belgique ne connaissait pas le Congo alors qu’il s’agissait d’une société dont on prétendait assurer le futur. En 1954, la revue a soutenu le projet de Jef Van Bilsen, un « Plan de 30 ans pour la décolonisation du Congo ». À l’époque, nous avons été traités d’irresponsables incompétents ; les milieux dirigeants estimaient que le Congo pourrait être un problème, mais n’avaient guère de perspectives quant à son futur, alors qu’au plan international la question des colonies (britanniques, françaises, hollandaises, belges… ) était fort débattue, notamment aux Nations-Unies.
Nous sommes une des seules publications belges à avoir sorti d’une manière régulière des articles, des commentaires sur cette question. Mais l’idée force était que le Congo était une société que nous ne connaissions pas. Et, du coup, notre responsabilité était énorme, tandis que notre ignorance nous rendait incapables d’agir. Dans la revue, nous avons découvert que, pendant la Seconde Guerre mondiale, le Congo avait constitué une ressource essentielle pour le gouvernement belge exilé à Londres. Ce qu’on savait moins, c’est que l’effort intense de production au profit des alliés avait entrainé des changements sociaux considérables, l’urbanisation, le déplacement de populations, la salarisation d’une partie de la population « indigène », et que cela avait eu des conséquences politiques importantes notamment sur l’aspiration à l’indépendance. Tout cela était assez bien expliqué dans la revue alors que, dans la plupart des médias de l’époque, le silence régnait sur le Congo. Le plan de 30 ans pour une décolonisation était une première projection et Jef Van Bilsen a précisé son plan en en raccourcissant les étapes. Mais il a toujours été traité d’utopiste irresponsable par les milieux dirigeants. L’histoire leur a donné tort, car, dès 1959, l’indépendance de la colonie a été acquise et réalisée un an plus tard dans le désordre que l’on connait. Par la suite, La Revue nouvelle a continué un travail de commentaire remarquable sur les questions africaines et sur la politique belge de coopération au développement, entre autres grâce aux chroniques de Jean-Claude Willame.
Elle a également été présente, de manière originale, sur les questions d’Église, notamment dans la préparation et le suivi du Concile Vatican II, dont l’objectif était d’assurer un nouveau rapport de l’Église catholique au monde, dans un contexte de sécularisation des sociétés occidentales. Ici aussi, elle s’est assuré le concours d’experts qui ont mené un travail d’expertise et d’accompagnement critique. À la revue, des personnes comme Albert Bastenier, Gérard Fourez ou Georges Thill ont conduit ces explorations avec intelligence et sensibilité.
Par ailleurs, sur les grandes questions de l’après-guerre, notamment le retour du roi, la revue était partagée et les deux positions ont été avancées, avec des arguments « oui, mais » versus « non ». Pendant la guerre scolaire, qui trouve son épilogue en 58, la revue a aussi essayé de garder une position ouverte tout en en défendant certains principes, comme la liberté d’enseignement, elle a avancé des propositions pour un pacte scolaire, des suggestions tout à fait intéressantes et novatrices sur l’enseignement supérieur et l’organisation de l’enseignement universitaire.
Des questions importantes ont fait l’objet de suivis réguliers, dans des articles ou des chroniques, et non nécessairement des numéros spéciaux. Je pense à la Palestine. Jean Delfosse a été un des fondateurs, avec Marcel Liebman (autre chroniqueur de la revue), des Amitiés belgo-palestiniennes et a très régulièrement, au cours des années, traité de ce sujet dans la revue. Il en a été de même pour l’Amérique latine. Grâce à un réseau de correspondants, La Revue nouvelle a, par exemple, publié des dossiers sur les dictatures latino-américaines et les résistances. Enfin, elle est parvenue à s’assurer le concours de très grands chroniqueurs sur d’autres sujets aussi. Je reviens à quelqu’un comme Michel Capron dont les chroniques sur la désindustrialisation de la Wallonie et ses politiques de reconversion étaient tout à fait exceptionnelles, à la fois comme source d’information et comme analyses de qualité. Il en a été de même avec Paul Peeters (Jean Debras) dont les articles sur l’économie ou les finances publiques ont fait date, de même que les ensembles promus par Albert Carton sur le secteur de l’énergie et son contrôle.
En réalité, une des forces de La Revue a été la qualité de son réseau de correspondants et d’auteurs. Jusqu’au tournant des années 2000, on était dans un univers médiatique où l’écrit était un canal d’expression important. En outre, il existait un important réservoir de personnes susceptibles d’écrire. Nous avions un réseau de collaborateurs possibles dans les universités. Pour eux, écrire dans la revue n’était pas particulièrement rémunérateur du point de vue professionnel, mais cela les intéressait de diffuser des idées ou des analyses. C’est une question essentielle. Pour beaucoup d’auteurs potentiels, les contraintes professionnelles se sont fort resserrées et publier dans une revue comme La Revue nouvelle n’est pas nécessairement rémunérateur. D’autres personnes susceptibles d’écrire aujourd’hui sont aussi confrontées à des contraintes professionnelles ou autres. J’ai bien conscience qu’à divers égards, notre génération disposait de marges de liberté qui facilitaient son investissement dans un travail comme celui de la revue. J’ai été directeur de La Revue nouvelle entre 1981 et 1993 et cela a été possible jusqu’au moment où les contraintes professionnelles ont fortement diminué mes disponibilités. Il en a été de même pour Théo Hachez qui m’a succédé ; s’il n’avait pas été enseignant dans l’enseignement supérieur, il n’aurait pas disposé du minimum de liberté qui rendait possible la gestion de ce mandat.

De gauche à droite : Luc Van Campenhoudt et Aline Andrianne, lors de l’AG de 2025 de La Revue
Pareil pour Luc Van Campenhoudt, qui a succédé à Théo pendant une dizaine d’années. Malgré ces contraintes, la revue est toujours parvenue à attirer des auteurs, mais il fallait pouvoir les garder en acceptant certaines de leurs exigences, ce qui n’était pas toujours nécessairement facile pour les responsables de la rédaction. Il nous est arrivé de perdre l’une ou l’autre bonne plume pour des raisons variées et je le regrette encore.
Au total, l’expérience de La Revue nouvelle a néanmoins été assez fascinante. Une revue « sans domicile fixe » comme je l’ai écrit un jour, mais bien ancrée dans son temps, qui a réussi à mener son action pendant 80 ans, une action de liberté de l’esprit et de solidarités multiples. Néanmoins, je suis bien conscient de sa fragilité dans un univers médiatique bouleversé, dans lequel le texte écrit cherche une nouvelle place. Mais cela, c’est une autre histoire.
[1] Le patronyme d’une famille hérétique du sud de la France au XIIe siècle. Nous l’avions choisi, non pour cette raison, mais parce que nous trouvions que cela sonnait bien. J’ai repris ensuite la signature dans d’autres occasions.