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André Molitor

Numéro 06/7 Juin-Juillet 2005 - Revue nouvelle (La) par Théo Hachez

juin 2005

Au moment de mettre sous presse ce numé­ro, nous avons appris avec une grande tris­tesse le décès d’An­dré Moli­tor qui fut le pre­mier direc­teur de La Revue nou­velle. Âgé de nonante-trois ans, il fai­sait par­tie de cette géné­ra­tion qui a tra­ver­sé le xxe siècle : celle dont la jeu­nesse s’est for­mée dans l’ef­fer­ves­cence trouble des années trente, […]

Au moment de mettre sous presse ce numé­ro, nous avons appris avec une grande tris­tesse le décès d’An­dré Moli­tor qui fut le pre­mier direc­teur de La Revue nou­velle. Âgé de nonante-trois ans, il fai­sait par­tie de cette géné­ra­tion qui a tra­ver­sé le xxe siècle : celle dont la jeu­nesse s’est for­mée dans l’ef­fer­ves­cence trouble des années trente, celle à qui reve­nait dans l’im­mé­diat après-guerre de refon­der la démo­cra­tie sur les cendres d’un désastre moral pla­né­taire répété.

Il n’est pas temps ici d’im­pro­vi­ser un por­trait qui ne pour­rait être qu’in­com­plet. Sur le par­cours d’An­dré Moli­tor, nous revien­drons dans le numé­ro de sep­tembre, avec Xavier Mabille, Hen­ri Bau­chau et Chris­tian de Vis­scher qui ont accep­té, avec d’autres, d’é­vo­quer une per­son­na­li­té riche, dont l’ac­ti­vi­té de revue n’a consti­tué qu’une des facettes.

Une facette pré­cieuse pour nous. Car, soixante ans après sa mise en route, nous res­tons les dépo­si­taires recon­nais­sants et pas­sion­nés de ce legs des fon­da­teurs. Leur acte de foi ini­tial et le sen­ti­ment qu’ils avaient de rem­plir libre­ment une mis­sion qu’ils s’é­taient à eux-mêmes don­née hantent encore notre acti­vi­té comme des évi­dences. Cette voca­tion-là conti­nue de s’im­po­ser comme aty­pique : ni ama­teur, ni pro­fes­sion­nelle, elle fait appel à un enga­ge­ment qui mise sur la liber­té et l’in­tel­li­gence, sur leur usage et leur par­tage public et responsable.
Car faire ou refaire le monde, n’est-ce pas tou­jours d’a­bord le rendre plus lisible pour le par­ta­ger et faire cir­cu­ler les idées et les visions pour les éprou­ver ? Que la nature des dif­fi­cul­tés ait pro­fon­dé­ment chan­gé depuis l’o­ri­gine, que la place de la revue dans un monde tra­ver­sé par des flots d’in­for­ma­tions ne soit plus com­pa­rable à ce qu’elle était il y a soixante ans, tout cela laisse intactes l’in­ten­tion de l’en­tre­prise et les valeurs mises en œuvre son accom­plis­se­ment et dans la résis­tance opi­niâtre et rusée qu’elle a su oppo­ser à toutes formes de nar­cis­sisme et d’instrumentalisation.

La lon­gé­vi­té d’une revue tient évi­dem­ment à la per­ma­nence sans cesse renou­ve­lée d’une com­mu­nau­té de lec­teurs qu’elle aimante et qui est tout à la fois sa condi­tion maté­rielle et sa rai­son d’être. Pour que ce magné­tisme se soit main­te­nu au mois le mois, il faut que La Revue nou­velle soit bien née d’emblée comme un pro­jet col­lec­tif et ambi­tieux. C’est assu­ré­ment ce que l’on doit à l’é­quipe ini­tiale et à son pre­mier direc­teur : l’é­lan d’un pro­jet par­ta­gé et régé­né­ré par tous ceux qui y engagent leurs forces et qui, par le res­pect qu’il impose, place cha­cun à égalité.

Avec ce res­pect qu’on lui doit, c’est donc plu­tôt à un frère fon­da­teur que nous ren­dons hom­mage ici. Un frère au cœur ardent dont nous vou­lons conti­nuer à (faire) par­ta­ger les exi­gences et le plai­sir d’une revue qui entend res­ter ouverte et diverse dans ses inté­rêts et ses enga­ge­ments autant que fidèle dans ses repères. 

Théo Hachez


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