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Une sexualité comme une autre…?

Numéro 07/8 Juillet-Août 2011 par Vladimir Martens

juillet 2011

Les rap­ports sexuels entre per­sonnes de même sexe seraient aujourd’­hui per­çus comme une « sexua­li­té comme une autre ». À leur évo­ca­tion, la réac­tion « la plus com­mune » serait « sys­té­ma­ti­que­ment » « tant que c’est entre adultes consen­tants ». Ces der­nières décen­nies, des avan­cées sub­stan­tielles en matière de droits des homo­sexuels ont eu lieu, en par­tie favo­ri­sées par les consé­quences de l’é­pi­dé­mie de sida chez les gays. En paral­lèle, une main­mise de plus en plus réduite de la méde­cine sur la ques­tion de l’ho­mo­sexua­li­té peut être obser­vée. Pour autant, les atti­tudes et com­por­te­ments homo­phobes res­tent nom­breux et ont des réper­cus­sions sur le psy­chisme des indi­vi­dus qui ne se conforment pas à la norme hété­ro­sexuelle, comme l’at­testent les taux de sui­cide plus éle­vés chez ceux-ci. Cette homo­pho­bie, régu­liè­re­ment mise à dis­tance dans cer­tains dis­cours comme l’a­pa­nage de contextes cultu­rels moins éga­li­taires, ne révèle-t-elle pas plu­tôt un rap­port de force, tou­jours bien à l’œuvre « chez nous », lié à une hié­rar­chi­sa­tion des sexualités ?

L’égalité des sexua­li­tés serait enfin acquise, un peu plus de qua­rante ans après les émeutes de Stone Wall qui ont mar­qué un tour­nant déci­sif dans l’histoire des luttes pour la recon­nais­sance des droits des per­sonnes homo­sexuelles. En 1972, Guy Hoc­quen­ghem écri­vait en intro­duc­tion de son fra­cas­sant opus­cule Le désir homo­sexuel : « Ce qui pose pro­blème n’est pas le désir homo­sexuel, c’est la peur de l’homosexualité ; il faut expli­quer pour­quoi le mot seul déclenche les fuites et les haines. » Cette phrase n’aurait, quelque qua­rante ans plus tard, plus aucune actualité.

Lors du pas­sage du dis­po­si­tif d’alliance au dis­po­si­tif de sexua­li­té et avec l’essor de l’intérêt pour les sexua­li­tés péri­phé­riques (Fou­cault, 1976), émerge une spé­ci­fi­ca­tion des caté­go­ries sexuelles. Alors que l’Église s’attachait prin­ci­pa­le­ment aux actes « contre-nature » qu’il conve­nait de condam­ner, dont la pra­tique de la sodo­mie fai­sait par­tie, « l’homosexuel est main­te­nant une espèce » (Fou­cault, 1976). Il est conçu comme une des figures du per­vers qu’il est pos­sible de soi­gner grâce à la méde­cine. Les XIX et XXes siècles ont ain­si connu le déve­lop­pe­ment de théo­ries « scien­ti­fiques » expli­ca­tives de l’homosexualité et autant de méthodes pour la « gué­rir » (Bri­cki, 2009), dont cer­taines ont encore cours aujourd’hui.

En Europe, un lent pro­ces­sus de dépé­na­li­sa­tion des rap­ports sexuels entre per­sonnes de même sexe débute au XVIIIe siècle (Leroy-For­geot, 1997) et est plei­ne­ment réa­li­sé depuis une date récente. De plus, les der­nières décen­nies ont connu des avan­cées en ce qui concerne la recon­nais­sance des homo­sexuels. En Bel­gique, on peut évo­quer quelques jalons récents dans l’acquisition de droits : la fin de la dif­fé­ren­cia­tion entre rela­tions homo­sexuelles et hété­ro­sexuelles pour déter­mi­ner l’âge de la majo­ri­té sexuelle en 1985, l’accès à un contrat de coha­bi­ta­tion légale en 1998, la loi anti-dis­cri­mi­na­tions en 2003 et, la même année, l’accès au mariage pour les couples de même sexe (Pater­notte, 2011) et enfin le droit d’adopter (2006).

Dépénalisation ou droit de cité ?

Paral­lè­le­ment à ces avan­cées, l’homosexualité a connu un pro­ces­sus de « démé­di­ca­li­sa­tion » : elle n’a plus été consi­dé­rée comme une mala­die men­tale à par­tir de 1973, année où elle est sor­tie du DSM (Diag­nos­tic and sta­tis­ti­cal manual of men­tal disor­ders de l’American Psy­chia­tric Asso­cia­tion), et l’OMS ne l’inclut plus dans la clas­si­fi­ca­tion inter­na­tio­nale des mala­dies depuis 1992.

L’épidémie de sida aurait pu ser­vir de pré­texte pour ralen­tir ces avan­cées, voire pour jus­ti­fier un retour en arrière dans le trai­te­ment social réser­vé aux homo­sexuels. Au contraire, sur le plan de la san­té publique, les asso­cia­tions homo­sexuelles ont été consi­dé­rées comme des inter­lo­cu­teurs légi­times pour défi­nir les poli­tiques de pré­ven­tion à des­ti­na­tion des « hommes qui ont des rap­ports sexuels avec des hommes ». Des écueils ont certes été ren­con­trés, mais les mesures libé­rales adop­tées dans beau­coup de pays indus­tria­li­sés ont mis l’accent sur le res­pect des modes de vie et des sexua­li­tés, et ont même prô­né un modèle de pré­ven­tion qui tienne compte des vul­né­ra­bi­li­tés et favo­rise le bien-être des hommes gays via l’acquisition de droits. Ain­si, l’épidémie a per­mis une plus grande prise en compte des reven­di­ca­tions des mili­tants et a agi comme un cata­ly­seur des reven­di­ca­tions des asso­cia­tions homo­sexuelles sur les plans légal et poli­tique (Roca i Esco­da, 2010).

Aujourd’hui, la « pré­sence gay » (Ber­sa­ni, 1998) est un phé­no­mène géné­ra­li­sé, les « homos » étant de plus en plus visibles dans les domaines poli­tique, artis­tique, média­tique, scien­ti­fique et de manière géné­rale dans l’espace public.

Forts de ces constats, d’aucuns en concluent que les reven­di­ca­tions des mou­ve­ments homo­sexuels seraient désor­mais péri­mées, l’égalité étant acquise dans ce domaine : plus de hié­rar­chie, plus de domi­na­tion, mais une « heu­reuse dis­so­lu­tion de l’homosexualité dans un nir­va­na trans­gen­der » (Bochow, 2004).

La visi­bi­li­té et l’acquisition de droits suf­fisent-elles pour conclure à un com­plet « droit de cité » ? Une par­tie crois­sante de l’opinion publique fait preuve d’attitudes « tolé­rantes » vis-à-vis de l’homosexualité. Dans l’enquête « Contexte de la sexua­li­té en France » menée auprès d’un échan­tillon repré­sen­ta­tif de la popu­la­tion fran­çaise (Bajos & Bozon, 2008), à la ques­tion « À pro­pos des rap­ports homo­sexuels, diriez-vous plu­tôt que c’est…?», une courte majo­ri­té de répon­dants (60% des femmes et 48,4% des hommes) répond « une sexua­li­té comme une autre ». Les répon­dants les plus jeunes et les plus ins­truits ain­si que ceux qui comptent au moins trois per­sonnes homo­sexuelles dans leur entou­rage sont plus nom­breux à choi­sir cette réponse. Le reste de l’échantillon estime qu’il s’agit « d’un pro­blème psy­cho­lo­gique » (cas de 10% des femmes et de 12,3% des hommes), « d’une sexua­li­té contre-nature » (17% des femmes et 26,6% des hommes) ou « d’une sexua­li­té libé­rée » (13,1% des femmes et 12,8% des hommes). Il convient de pré­ci­ser que pour ce der­nier item, une ana­lyse affi­née conduit les auteurs à esti­mer que cette réponse ren­voie non à une vision éman­ci­pée de l’homosexualité, mais à une concep­tion péjo­ra­tive, l’adjectif « libé­rée » devant être plu­tôt com­pris dans le sens de « dévoyée ». Plus d’un homme sur deux et deux femmes sur cinq expriment donc des atti­tudes néga­tives à l’égard des rap­ports homo­sexuels, la plus grande pro­por­tion d’hommes s’expliquant notam­ment, selon les auteurs, par la crainte de cer­tains d’entre eux de voir leur iden­ti­té mas­cu­line remise en cause par l’homosexualité. Par ailleurs, une par­tie impor­tante de l’échantillon émet des réserves quant à la pos­si­bi­li­té pour les couples de même sexe d’élever des enfants : 46,2% des répon­dants et 53,2% des répon­dantes estiment qu’un enfant peut être éle­vé par deux femmes et 33,9% des répon­dants et 45,9% des répon­dantes par deux hommes.

Les atti­tudes défa­vo­rables mesu­rées par ce type d’enquête se tra­duisent par­fois par des com­por­te­ments homo­phobes. En Bel­gique fran­co­phone, une enquête par auto-ques­tion­naire menée en 2004 auprès d’un échan­tillon d’un mil­lier d’homosexuels mas­cu­lins (Mar­tens, 2005) montre que 29% d’entre eux déclarent avoir été vic­times d’injures en rai­son de leur orien­ta­tion sexuelle dans l’année et que 4% disent avoir été vic­times d’agressions phy­siques. Les jeunes semblent par­ti­cu­liè­re­ment expo­sés aux injures : les 16 – 25 ans sont 41% à dire en avoir subi.

Le Rap­port sur l’homophobie en France (SOS Homo­pho­bie, 2010), à tra­vers les 1260 témoi­gnages recueillis en 2009, per­met de prendre connais­sance des cir­cons­tances et des moda­li­tés d’expression de l’homophobie, de la les­bo­pho­bie et de la trans­pho­bie. Des com­por­te­ments carac­té­ri­sés par des degrés de vio­lence variables, allant de l’insulte à la vio­lence phy­sique en pas­sant par le har­cè­le­ment, s’expriment prin­ci­pa­le­ment sur inter­net (16%), au tra­vail (14%), dans le voi­si­nage (13%), dans des lieux publics (11%) et dans la famille ou l’entourage (9%). En Bel­gique, sur cent-quatre dos­siers rela­tifs à une dis­cri­mi­na­tion sup­po­sée sur la base de l’orientation sexuelle ouverts en 2009 par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR, 2010), les pro­blèmes signa­lés se situent aus­si majo­ri­tai­re­ment dans le milieu pro­fes­sion­nel (23%), dans le voi­si­nage (22%) ou dans les médias et Inter­net (19%). Seule une petite par­tie des situa­tions ren­con­trées est réper­to­riée, lorsque les vic­times dis­posent des res­sources suf­fi­santes pour réa­li­ser une démarche de plainte ou de témoignage.

Quel impact sur la situation des individus concernés ?

Un champ d’études assez vaste dans le domaine de la san­té men­tale des « mino­ri­tés sexuelles » aborde des thé­ma­tiques comme la consom­ma­tion d’alcool et d’autres drogues, la dépres­sion, le sui­cide ou encore le recours aux pro­fes­sion­nels de la san­té men­tale. Pour ne par­ler que des résul­tats concer­nant le sui­cide, dif­fé­rentes études menées depuis les années nonante, en par­ti­cu­lier en Amé­rique du Nord, montrent que les homo­sexuels, et en par­ti­cu­lier les jeunes, pré­sentent un risque de ten­ta­tives de sui­cide plus impor­tant que les hété­ro­sexuels (Beck et al., 2010). Ce risque est esti­mé de 2 à 7 fois plus éle­vé chez les hommes et de 1,4 à 2,5 fois chez les femmes homo- ou bisexuelles, même si cer­tains auteurs rap­portent des risques encore plus éle­vés (Obser­va­toire du sida et des sexua­li­tés, 2001).

Les déter­mi­nants de cette sur­sui­ci­da­li­té ont fait l’objet d’hypothèses diverses, dont cer­taines renouent avec la patho­lo­gi­sa­tion de l’homosexualité ou iden­ti­fient un stress spé­ci­fique dû à des modes de vie répu­tés propres aux homo­sexuels. Des tra­vaux récents ont réfu­té ces hypo­thèses et démontrent que les dis­cri­mi­na­tions et la stig­ma­ti­sa­tion subies par les (jeunes) homo­sexuels sur­dé­ter­minent le risque de sui­cide (Beck et al., 2010).

Conclusion

Il n’est évi­dem­ment pas ques­tion de nier ou de mini­mi­ser les avan­cées dont la situa­tion des homo­sexuels a béné­fi­cié ces der­nières décen­nies. Néan­moins, les quelques don­nées évo­quées plus haut montrent que, encore aujourd’hui, « avant d’être l’expression d’un désir vécu par un sujet, l’homosexualité est un thème social qu’il ren­contre, autour duquel s’articulent moque­ries, dési­gna­tion, craintes, dégouts » (Delor, 1999).

Les inéga­li­tés en matière de san­té et de bien-être, dont les études sur le sui­cide donnent sans doute l’aperçu le plus spec­ta­cu­laire, démontrent que la non-confor­ma­tion à la norme hété­ro­sexuelle s’inscrit encore aujourd’hui de manière vio­lente dans les corps et les psy­chismes, en dépit d’assouplissements notables dans le registre des valeurs et d’avancées tan­gibles dans celui des droits (Delor, 1999).

Tout dis­cours scien­ti­fique auto­ri­sé sur l’homosexualité en (re)définit les contours et a des impli­ca­tions poli­tiques qui peuvent être contra­dic­toires (Hal­pe­rin, 2007). Ain­si, avec l’épidémie de sida, les dis­cours de san­té publique ont pu, d’un côté, réac­ti­ver les fan­tasmes d’hypersexualité, de débauche et de pro­mis­cui­té atta­chés à l’homosexualité et, d’un autre côté, mettre en évi­dence l’efficacité des stra­té­gies de réduc­tion des risques que les com­mu­nau­tés concer­nées ont rapi­de­ment mises en place de manière volon­ta­riste (Jablons­ki et al., 2010). Les débats à pro­pos de la recon­nais­sance des couples de même sexe ont pro­duit des béné­fices pour les gays et les les­biennes au plan des droits, et ont en même temps défi­ni les contours d’une homo­sexua­li­té accep­table, « nor­male » ou res­pec­table dans la mesure où elle res­semble en (presque) tous points aux sup­po­sés modes de vie hété­ro­sexuels et où elle exclut cer­taines formes d’«inconduites » sexuelles (Gais­sad, 2010). Insis­ter sur la vio­lence de l’homophobie ou étu­dier les déter­mi­nants du malêtre des gays et des les­biennes par des enquêtes de san­té men­tale per­met de déve­lop­per des poli­tiques sou­cieuses d’égalité et, en même temps, risque de ren­for­cer les repré­sen­ta­tions vic­ti­maires ou patho­lo­gi­santes de l’homosexualité. De même, répandre l’illusion d’une par­faite « tolé­rance » ou d’une indif­fé­rence géné­ra­li­sée peut contri­buer à l’acceptation et à la nor­ma­li­sa­tion de l’homosexualité en la bana­li­sant, mais risque sur­tout de mas­quer l’existence des inéga­li­tés et de sous-esti­mer l’ampleur du che­min qui reste à par­cou­rir pour y mettre fin.

Il existe une arti­cu­la­tion étroite entre poli­tique des sexes et poli­tique des sexua­li­tés, et les débats concer­nant l’un de ces domaines peuvent uti­le­ment éclai­rer ceux qui ont cours dans l’autre. À plu­sieurs reprises, la phi­lo­sophe Éli­sa­beth Badin­ter (2005) a for­te­ment cri­ti­qué les don­nées d’enquêtes qui font état de la vio­lence infli­gée aux femmes par des hommes, notam­ment dans le contexte conju­gal. Elle estime que ces enquêtes, en mélan­geant la vio­lence phy­sique et la vio­lence psy­cho­lo­gique, en viennent à sur­es­ti­mer ces vio­lences et à invi­si­bi­li­ser celles que les femmes font aux hommes, puisqu’elles partent du prin­cipe qu’ils sont les éter­nels bour­reaux. À par­tir de ces cri­tiques métho­do­lo­giques, la phi­lo­sophe en vient à réfu­ter le concept de vio­lence de genre, qui ne serait plus d’actualité dans les « États démo­cra­tiques », contrai­re­ment à la situa­tion des « États tota­li­taires et patriar­caux » : «[…] la vio­lence à l’égard des femmes dans nos socié­tés est tout à fait contraire à nos prin­cipes. Elle appelle la répres­sion de ses auteurs, mais, contrai­re­ment à ceux qui disent que toute socié­té est struc­tu­rel­le­ment vio­lente à l’égard des femmes, […] je pense qu’elle révèle avant tout une patho­lo­gie psy­cho­lo­gique et sociale, qui néces­site des soins […]».

Plu­sieurs auteurs ont ana­ly­sé de manière cri­tique cette argu­men­ta­tion basée sur une vision cli­vée du monde qui oppose un « nous » éga­li­taire à un « eux » patriar­cal, inéga­li­taire et struc­tu­rel­le­ment violent (Del­phy, 2008 ; Fas­sin, 2007). Pour le sujet qui nous occupe, si l’on prend pour acquis le constat d’une équi­va­lence dans l’opinion entre rap­ports sexuels qu’ils soient pra­ti­qués entre per­sonnes de même sexe ou de sexe dif­fé­rent, faut-il alors consi­dé­rer que les mani­fes­ta­tions d’homophobie encore à l’œuvre chez nous aujourd’hui seraient le fait d’une mino­ri­té négli­geable d’individus détra­qués ou issus de cultures « autres », en recherche de ras­su­rance sur leur viri­li­té, mais en aucun cas de l’expression d’un rap­port de force lié à la hié­rar­chie des sexua­li­tés ? Cette ana­lyse aurait un effet décul­pa­bi­li­sant en met­tant l’homophobie struc­tu­relle à dis­tance : celle-ci ne sévi­rait plus que dans les pays où la recon­nais­sance des couples de même sexe n’est même pas ima­gi­nable et dans ceux où l’homosexualité est pas­sible de pri­son ou de peine de mort1.

Pré­tendre à la par­faite éga­li­té de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, c’est-à-dire tout bon­ne­ment à la fin de l’hétérosexisme, relève d’un opti­misme socio­lo­gique pour le moins hâtif.

  1. Pour une car­to­gra­phie détaillée de la situa­tion des per­sonnes les­biennes, gays, bisexuelles, trans­genres et inter­sexes dans le monde sur le plan des droits : http://ilga.org/.

Vladimir Martens


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